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Turkménistan: la Commission et le Parlement européen veulent aller plus loin sur les droits de l’Homme

L’Union européenne a estimé, par la voix de sa « Madame Défense » Federica Mogherini, que la situation des droits de l’Homme au Turkménistan serait à l’ordre du jour pour les prochaines rencontres avec le pays le plus fermé d’Asie centrale.

Novastan reprend et traduit ici un article paru originellement sur Alternative News Turkmenistan.

D’ordinaire, le sujet des droits de l’Homme au Turkménistan n’a que peu de place dans la vie du Parlement européen. En ce sens, la question du député européen Urmas Paet, représentant du Parti estonien des réformes, posée le 1er février dernier, est une exception. Le député s’est adressé à la Commission européenne au sujet de la situation des droits de l’Homme dans les centres pénitentiaires du Turkménistan.

« A notre connaissance, 85 personnes ont subi une disparition forcée. Le 13 janvier, l’une d’entre elle, Tirkish Tyrmyev, emprisonnée depuis 15 ans, est décédée. Comme nous l’a communiqué plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme, sa famille encourt des graves représailles », a-t-il déclaré.

Le traitement des prisonniers au Turkménistan est hors la loi internationale

La question des disparitions forcées au Turkménistan a été soulevée de nombreuses fois. Le pouvoir turkmène a promis en réponse d’autoriser les diplomates étrangers à rencontrer les détenus, mais cette promesse est restée lettre morte.

Un tel traitement des prisonniers viole les traités internationaux et la législation du Turkménistan. Aujourd’hui, l’Union européenne est obligée de mettre en œuvre tous les moyens pour que la situation change, afin de mettre un terme à ces disparitions forcées et assurer aux détenus la garantie de s’entretenir avec leurs familles et leurs avocats. Un observateur international dans les prisons turkmènes est aussi nécessaire.

 « Que peut faire l’Union européenne pour améliorer la situation au Turkménistan ? Quand cette question sera de nouveau soulevée au niveau décisionnel de l’Union ? Dans quelle mesure cette situation influe sur le processus de conclusion de l’Accord de partenariat et de coopération entre l’Union européenne et le Turkménistan ? » a demandé le député estonien Urmas Paet au cours de sa question au Parlement, retranscrite sur le site officiel de l’institution.

Une situation qui dure

C’est la Haute Représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère et la sécurité, Federica Mogherini, qui a répondu au parlementaire estonien le 27 mars dernier. Sa réponse est également en ligne.  « Nous portons une grande attention à la situation des droits de l’Homme au Turkménistan. L’Union européenne utilise chaque moyen dont il dispose pour soulever cette question. Le 26 janvier 2017 au cours d’une séance du conseil permanent de l’OSCE à Vienne, l’Union européenne a soulevé la question des disparitions forcées au Turkménistan, et concrètement le cas de monsieur Tyrmyev, pressant le gouvernement turkmène de faire la lumière sur les circonstances de sa mort en prison », affirme Federica Mogherini.

« En janvier 2017, un groupe de diplomates de l’Union européenne et d’autres pays ont visité la colonie pénitentiaire pour femmes de Dachoguz. C’était la troisième visite d’établissements carcéraux à l’invitation du pouvoir turkmène. L’Union européenne continue de demander l’autorisation de visite des établissements contenant des détenus disparus.

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Le dialogue sur les droits de l’Homme entre le Turkménistan et l’Union européenne se poursuivra à Achgabat en avril 2017. Au cours de cette rencontre l’Union Européenne exhortera le Turkménistan à supprimer les restrictions pesant sur la société civile et fournir des informations sur le sort et la localisation des personnes disparues », a promis Federica Mogherini.

Historiquement, l’Union européenne n’a rien fait pour les droits de l’Homme au Turkménistan

« L’accord de partenariat et de coopération entre l’Union européenne et le Turkménistan a été signé en 1998. Actuellement, le Parlement européen étudie la question de sa ratification et élabore des critères concrets concernant les droits de l’homme au Turkménistan. Quand le procédé de ratification sera achevé, l’Union  disposera de possibilités plus élargies afin de défendre ses intérêts et ses valeurs, dont les droits de l’Homme, au Turkménistan », estime la « Madame défense » de l’Union européenne.

Malgré ces déclarations, l’historique des relations entre Turkménistan et Europe ne plaide pas en faveur d’un changement de paradigme des autorités turkmènes. La réunion entre le Turkménistan et l’Union européenne, qui a eu lieu le 21 avril dernier, ne fait d’ailleurs aucune mention des droits de l’Homme.

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Si en mai 2016, le pays a accueilli sa première Semaine de l’Europe, l’évènement était avant tout d’ordre communicationnel. Par ailleurs, les négociations en cours entre l’Europe et le Turkménistan sont beaucoup plus précises lorsqu’il s’agit du gaz, première ressource du pays, plutôt que des droits de l’Homme. Les perspectives restent donc relativement sombres pour une vraie évolution d’un des pays les plus fermés du monde.

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