Logo de la chaîne de télévision STV basé à Samarcande en Ouzbékistan et qui a été coupée par les autorités

Ouzbékistan : une chaîne de télévision fermée pour avoir montré « des scènes érotiques »

La chaîne télé STV a été coupée par les autorités ouzbèkes tandis que la chaîne nationale Sevimli a  reçu un avertissement pour avoir montré des films américains « de nature inacceptable » à caractère érotique. La censure conservatrice ouzbèke est toujours aussi vivace.

Novastan reprend, traduit et édite un article initialement publié par le site spécialisé sur l’Asie centrale et basé en Russie, Fergana.ru.

La censure en Ouzbékistan est encore d’actualité. Le signal de la chaîne de télévision STV, basée à Samarcande, a été interrompu pour une durée indéterminée. La chaîne nationale Sevimli a reçu quant à elle un avertissement pour avoir montré des films américains « d’une nature inacceptable », notamment à cause de leur caractère érotique. L’Agence ouzbèke pour la presse et l’information (UzAPI) a déclaré avoir pris ces mesures le 28 juillet dernier.

Les griefs diffèrent selon les chaînes. STV a passé à l’antenne le blockbuster américain, « I Am Legend » avec Will Smith, et le film d’animation américain « Sausage Party », qui feraient partie de la liste des films « non recommandés » en Ouzbékistan. Sevimli a quant à elle projeté le film américain « I Fell Pretty », qui contient des scènes érotiques, ainsi que des vidéos de musique étrangères avec des phrases qui, selon les autorités « pourraient avoir un impact négatif sur l’éducation des jeunes et correspondent aux valeurs nationales ».

5 lois violées d’un coup

Si le couperet de la censure tombe, il est presque impossible pour les chaînes de savoir ce qui est interdit. Les sites web d’UzAPI, de l’Agence pour la propriété intellectuelle et de “Uzbekkino” ne mentionnent nulle part la liste des films « non recommandés ». La dernière fois qu’une telle liste a été publiée en juillet 2017, les films passés à l’antenne et qui ont provoqué la fermeture et l’avertissement de ces deux chaînes de télévision n’y étaient pas listé parmi les 225 films « non recommandés ».

L’agence ouzbèke pour la presse et l’information a accusé les chaînes de télévision d’avoir violé cinq lois : celle « sur les médias », « Sur la politique publique de la jeunesse », « Sur la protection des enfants contre les informations nuisibles à leur santé » et « Sur les principes et les garanties de la liberté d’information ».

Sevimli, qui a reçu l’avertissement, s’est déjà excusée. La chaîne a renvoyé les employés coupables de ne pas avoir effacé la scène érotique du film en question.

La chaîne de télévision interdite propriété d’un ancien proche de Gulnara Karimova

Si Sevimli a reçu un avertissement, STV a été totalement arrêtée. Crée en 1991, STV est la première société de télévision non gouvernementale en Ouzbékistan. Son audience serait de quelques 20 millions de personnes selon son site officiel, sur les 31,8 millions d’habitants que compte l’Ouzbékistan. Son fondateur Firdavs Abdouhalikov a par le passé travaillé en étroite collaboration avec Gulnara Karimova, la fille de l’ancien chef de l’Etat ouzbek Islam Karimov, et sa fondation « Forum de la culture et l’art de l’Ouzbékistan » (ou « Fonds Forum »). Firdavs Abdouhalikov a également dirigé l’Association nationale des médias électroniques de masse.

Après que le lancement des poursuites pénales contre Gulnara Karimova, Firdavs Abdouhalikov a essayé d’expliquer sa relation complexe avec la fille aînée du premier président de l’Ouzbékistan en tentant de se dédouaner des agissements controversé de cette dernière. Actuellement, il gère un projet gouvernemental culturel sur le « Patrimoine culturel de l’Ouzbékistan dans les assemblées du monde ».

Une censure toujours aussi stricte, mais sélective

En Ouzbékistan, la censure s’applique autant aux films diffusés à la télévision qu’aux clips. En février dernier, les chanteurs et musiciens ouzbeks ont été officiellement interdits de montrer des tatouages, de chanter dans la chambre à coucher et d’apparaître même semi-nu dans leurs clips. Il a également été déclaré qu’ils devraient correspondre à la « mentalité nationale ». « Les clips pourront êtres diffusés à la télévision et et sur internet seulement en cas d’approbation du contenu artistique de la chanson », a alors déclaré le chef de « Uzbekkontserta » Odiljon Abdoukahor. Sinon, les vidéos pourront êtres retirées.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : tatouages et robes légères retirés des clips

En février dernier, le site musulman Azon.uz s’est opposé à ce qu’une série télévisée turque, « l’Amour noir », soit diffusée en Ouzbékistan. Les personnes qui doublent les acteurs en ouzbek ont été accusés d’être « des traîtres à la nation » par ce site musulman ouzbek. Dans ce cas, les autorités n’ont pas suivi Azon.uz et la série turque en question est toujours diffusée en Ouzbékistan. L’agence de presse et d’information a accusé les auteurs du site d’extrémisme, promettant d’agir. 6 mois après les faits, aucune sanction n’a été prise officiellement. Le site web Azon.uz est toujours en ligne, accessible et publie du contenu, à la différence de la chaîne STV qui a elle été fermée pour avoir montré des scènes « érotiques ».

Article traduit du russe par la rédaction

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire ou nous soutenir en devenant membre de la communauté Novastan.

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *