Le président du Kirghizstan, Sadyr Japarov, a promulgué une loi rebaptisant la ville de Djalal-Abad, située dans la région du même nom, en Manas, selon le service de presse présidentiel. Le texte, adopté par le Jogorkou Kenech, la Cour suprême kirghize, est entré en vigueur.
Comme l’a expliqué le service de presse du président Sadyr Japarov, l’objectif du changement de nom est de renforcer l’idéologie nationale et de perpétuer le souvenir du héros épique Manas, symbole de la lutte du peuple kirghiz pour son indépendance et sa protection contre les menaces extérieures. L’initiative de changement de nom émane des membres du conseil municipal de Djalal-Abad et du maire Ernisbek Ormokov.
La question du changement de nom a été débattue à la hâte et en plusieurs étapes, comme le souligne Kaktus Media. Le 3 septembre dernier, les membres du conseil municipal ont approuvé à l’unanimité la proposition du maire. Le 5 septembre, le projet de loi a été publié sur le Portail de discussion publique unifié.
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Une réforme à prix élevé
Suite à ce changement de nom, les organismes gouvernementaux et les organisations privées devront remplacer leurs documents officiels, sceaux et panneaux. Selon les premières estimations de la mairie, ces modifications coûteront au moins 15 millions de soms (145 318 euros).
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Pour autant, comme l’a déclaré le directeur de l’Agence d’État pour la fonction publique et de l’autonomie locale, Koudaïberguen Bazarbaïev, les habitants de la ville continueront d’être appelés les habitants de Djalal-Abad.
L’histoire symbolique du pays au cœur des décisions publiques
Djalal-Abad a été fondé à la fin du XIXème siècle comme kichlak (village centrasiatique, ndlr), dans la vallée de Ferghana. La date officielle de création de la ville est octobre 1877. Aujourd’hui, Djalal-Abad est le centre administratif de la région de Djalal-Abad et la troisième ville la plus peuplée du Kirghizstan, après Bichkek et Och. Selon les données officielles, la ville compte plus de 184 000 habitants.
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Manas est le personnage principal de l’épopée du même nom, considérée comme le monument le plus important du folklore oral kirghiz. Cette épopée compte plus d’un demi-million de vers et est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
L’opposition plaide pour d’autres options
Le changement de nom a suscité un débat public dans le pays. Selon Kaktus Media, de nombreux habitants de Djalal-Abad se sont dit surpris par cette nouvelle et ont exprimé leur désaccord avec cette décision. Ils ont indiqué ne pas savoir comment faire part de leur position aux autorités nationales, qui ont le dernier mot.
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L’ancien Premier ministre Felix Koulov a qualifié l’adoption de la loi de précipitée. Il propose plutôt de renforcer le statut de la ville, en y transférant le parlement et d’autres organes gouvernementaux, à l’image de ce qui a été fait au Pays-Bas ou en Afrique du Sud, afin de mieux répartir sur le territoire les fonctions capitales : institutions constitutionnelles, gouvernementales, parlementaires et judiciaires.
Perceptions par les citoyens : entre communication politique et démonstration de pouvoir
Le politologue Medet Tüleguenov a fait remarquer que cette décision de changement de nom s’inscrivait dans une série de changements symboliques mis en œuvre par les autorités en un laps de temps très court. Il estime que ces mesures visent à maintenir une communication constante, mais qu’en l’absence d’un plan de développement clair, elles risquent d’amoindrir la portée symbolique du nom de Manas et d’exacerber les tensions interrégionales.
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« D’un autre côté, rebaptiser Djalal-Abad est une démonstration de force. On pourrait se demander : « Pourquoi changer le nom de la ville ? » et les autorités répondront simplement : « Parce que nous le pouvons. » Cela prouve que n’importe quelle décision peut être prise en quelques jours, même sans concertation préalable », a conclu le politologue.
La rédaction de Fergana News
Traduit du russe par Aruzhan Urazova
Édité par Emma Fages
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