Un hélicoptère MI-8 comme celui que possède le Kirghizstan

Kirghizstan : l’ex-président accusé d’avoir tenté de louer des hélicoptères militaires à l’Ouganda

L’ancien ministre de la Défense Abiboulla Koudaiberdiev a rapporté que l’ancien président kirghiz Almazbek Atambaïev avait ordonné de donner en location les quatre hélicoptères militaires kirghiz à l’Ouganda pour la guerre en Somalie. Le porte-parole du principal parti au parlement kirghiz dément. Explications.

Novastan reprend et traduit un article originellement publié sur le média kirghiz en ligne Kloop.kg.

Le député du parti d’opposition « Ata-Meken » Kanybek Imanaliev a déclaré le 14 juin dernier que le gouvernement de l’ancien président Almazbek Atambaïev avait voulu louer le quatre seuls hélicoptères kirghiz en fonctionnement à l’Ouganda afin d’appuyer leur participation aux hostilités en Somalie.

« Nous avons seulement six hélicoptères militaires. Deux en état de non-fonctionnement, deux reçus des États-Unis sous forme d’assistance, et deux qui viennent de Russie. Ces quatre hélicoptères aurait dû être loués par une compagnie de l’Ouganda à la Somalie en 2014, où la guerre se poursuit encore aujourd’hui”, a affirmé Kanybek Imanaliev. Selon le député kirghiz, si la location avait eu lieu, “le Kirghizstan n’aurait pas reçu un centime, tout l’argent aurait été envoyé à Dubaï”.

“Les dommages à l’autorité du Kirghizstan sur la scène internationale sont incalculable si nous aidons un pays où la guerre se déroule. Deuxièmement, nous avons reçus ces hélicoptères comme une aide de la Russie et nous n’avons aucun droit de le transférer à un tiers », a déclaré Kanybek Imanaliev.

Le député a refusé de commenter sa déclaration au journaliste Kloop.kg, en disant que « tout avait été dit ». L’état-major kirghiz a nié ces déclarations et a affirmé qu’aucun hélicoptère ne sera loué à un autre pays. L’Ouganda est impliqué dans la guerre de Somalie depuis 2006 contre des islamistes Shabab, une guerre qui continue encore aujourd’hui.

Un ordre présidentiel retrouvé

Ces accusations ont trouvé une preuve formelle. La radio « Azattyk », la branche kirghize de Radio Free Europe ainsi que le média russe « Kommersant » ont publié un ordre présidentiel de 2014, selon lequel les quatre hélicoptères – deux Mi-24V et deux Mi-8 MTV – devront être transféré à l’Ouganda. Le document est signé d’Almazbek Atambaïev, qui était alors le président du Kirghizstan.

Le ministre de la Défense kirghize à l’époque, Abiboulla Koudaiberdiev, a affirmé qu’il aurait appris l’existence de l’accord six mois après sa signature et  qu’il a tenté d’empêcher son exécution. Cette décision lui a valu d’être alors accusé de corruption et renvoyé de son poste.

« Sur la base de ma demande, le bureau du procureur général a ordonné au parquet militaire de tout vérifier et ce dernier a rendu sa conclusion. Naturellement, ils ont dit de suspendre l’accord, car il a été conclu en violation de la loi. Et ainsi les hélicoptères sont restés dans le pays. Et puis ils m’ont retiré de mon poste à cause de cela », a déclaré Abiboulla Koudaiberdiev.

Un montage assez obscur

L’auteur de l’article paru dans « Kommersant », l’ancien député Kabai Karabekov, soutient que malgré la conclusion du bureau du procureur militaire, le chef adjoint de l’administration présidentielle a demandé à l’état-major général de se soumettre aux ordres du président. A cette époque, le poste était occupé par Sapar Issakov, devenu Premier ministre en août 2017 avant d’être déchu de son poste en avril dernier puis arrêté dans une autre affaire le 7 juin dernier.

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Selon Kommersant, qui se réfère à une lettre en date du 4 août 2015 adressée au chef de l’état-major général, l’Ouganda aurait dû transférer l’argent pour les hélicoptères sur le compte de la société « Sky Tech Trading Services FZE » domicilié à l’Emirates Bank de Dubaï. Le montant de la transaction est inconnu, mais en cas de non conformité avec l’accord, la partie kirghize perdrait 30 millions de dollars.

Comme l’explique Kloop.kg, la recherche de l’entreprise Sky Tech Trading Services FZE dans la base de données du Centre d’enquête sur la corruption et le crime organisé (OCCRP) n’a donné aucun résultat, et son numéro de téléphone sur sa page internet ne répond pas.

Le parti présidentielle dément

L’ex-président lui-même n’a pas fait de commentaires sur les allégations portées contre lui, mais une porte-parole du parti social-démocrate (SDPK) Koundouz Joldubaïeva a décrit les accusations comme étant « fausses ».

« C’est une autre fausse nouvelle. Cette question a été exprimée par le député Imanaliev à la session du Jogorku Kengech (le parlement kirghiz, ndlr). En réponse à un organisme officiel, l’état-major général a déclaré que « il n’y a pas d’accord, pas un hélicoptère du pays ne décollera, toute la flotte est sur le terrain de déploiement permanent », selon la porte parole.

Selon la loi kirghize, même si les autorités ont lancé une affaire pénale, elles ne seront pas en mesure de mettre l’ex-président devant ses responsabilités du fait de son immunité. Pour contourner cet obstacle, des députés du parlement kirghiz ont proposé en juin dernier un projet de loi dans lequel ils ont prescrit un mécanisme pour engager des poursuites pénales contre les ex-présidents du Kirghizstan.

Une série d’affaires visant les alliés de l’ancien président

La question de la location d’hélicoptères kirghizes en Ouganda a été soulevée dans le contexte d’affaires criminelles impliquant des alliés d’Almazbek Atambaïev.

L’ex-Premier ministre Sapar Issakov, qui aurait participé à la transaction des hélicoptères, est déjà arrêté et emprisonné. Il est accusé de corruption lors de la modernisation du chaufferie centrale de Bichkek. Dans cette même affaire, l’ancien ministre de l’énergie Osmonbek Artykbaïev est également détenu. Il est accusé d’avoir signé un contrat désavantageux pour le Kirghizstan.

Kubanichbek Kulmatov, un autre allié d’Almazbek Atambaïev, st également détenu. Longtemps maire de Bichkek,  la capitale kirghize, il est ensuite devenu chef des douanes, puis du Fonds de développement russo-kirghize et de la Banque nationale. Il est accusé d’« utilisation illégale » du don de la société chinoise TBEA quand il était maire de Bichkek.

Le 13 juin dernier, c’est le maire actuel de Bichkek, Albek Ibraimov, qui a été convoqué et intérogé par la police. Il est cité comme témoin dans une affaire de détournement de biens sociaux qui avaient alors été confiés pour quelques 470 000 dollars à la compagnie de TNK “Dastan”, qu’il a dirigé en 2012.

Une “chasse aux sorcières” ?

L’ex-président Almazbek Atambaïev estime que ces affaires et ces détentions sont une « chasse aux sorcières » et une « vengeance de ses (anciens) amis » comme Raimbek Matraïmov, un ancien chef adjoint des douanes que Sapar Issakov avait démis de ses fonctions.

L’actuel président du Kirghizstan Sooronbaï Jeenbekov est accusé sans le dire d’être derrière ces affaires en série. Auparavant considéré comme un allié et même un protégé de l’ancien président Almazbek Atambaïev, les relations entre les deux hommes se sont refroidies en avril dernier après l’élection d’Almazbek Atambaïev comme chef du parti majoritaire au parlement, le SDPK.

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Les présidents actuels et anciens nient la confrontation, mais avec l’arrivée de Sooronbaï Jeenbekov au pouvoir, tous les plus proches partisans de l’ex-président qui occupaient des postes élevés ont été renvoyés. Le seul haut fonctionnaire de l’époque d’Atambaïev encore en place dans le pays est le maire de Bichkek, Albek Ibraimov.

Alexandra Titova pour Kloop.kg

Article traduit du russe par la rédaction

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