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L’Asie centrale sur le qui-vive après le tremblement de terre au Moyen-Orient

DECRYPTAGE. Le tremblement de terre qui a affecté le sud de la Turquie et le nord de la Syrie n’a pas laissé les gouvernements d’Asie centrale indifférents, ni leur population. Des réseaux se sont rapidement organisés pour venir en aide aux gouvernements et à la population, en particulier pour la Turquie, dont la plupart des Etats centrasiatiques sont proches.La catastrophe humanitaire confirme le rapprochement diplomatique entre l’Asie centrale et le gouvernement turc, mais laisse en suspens de nombreuses questions. Qu’adviendra-t-il des partenariats économiques entre l’Asie centrale et la Turquie, et comment les pays peuvent remettre en question leur politique de construction urbaine dans des zones sismiques à risque ? Décryptage d’un séisme à forte résonnance pour l'Asie centrale.

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Le séisme en Turquie et en Syrie a des conséquences en Asie centrale (illustration).

DECRYPTAGE. Le tremblement de terre qui a affecté le sud de la Turquie et le nord de la Syrie n’a pas laissé les gouvernements d’Asie centrale indifférents, ni leur population. Des réseaux se sont rapidement organisés pour venir en aide aux gouvernements et à la population, en particulier pour la Turquie, dont la plupart des Etats centrasiatiques sont proches.La catastrophe humanitaire confirme le rapprochement diplomatique entre l’Asie centrale et le gouvernement turc, mais laisse en suspens de nombreuses questions. Qu’adviendra-t-il des partenariats économiques entre l’Asie centrale et la Turquie, et comment les pays peuvent remettre en question leur politique de construction urbaine dans des zones sismiques à risque ? Décryptage d’un séisme à forte résonnance pour l’Asie centrale.

Le 14 février, le bilan humain de la catastrophe sismique du 6 février dernier s’élevait à plus de 37 000 morts entre la Turquie et la Syrie, rapporte l’agence de presse Reuters. Le tremblement de terre dans la partie est-anatolienne du Moyen-Orient, de magnitude 7,7 a provoqué des effondrements de terrain et l’écroulement de nombreux immeubles turcs et syriens, et ému le monde entier.

L’Asie centrale, qui se situe non loin de cette faille, se montre solidaire de ses voisins, surtout de la Turquie. En effet, un vif soutien a été apporté aux Turcs par les dirigeants centrasiatiques membres de l’Organisations des Etats turciques, dont font partie le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Turkménistan aux côtés de l’Azerbaïdjan. Chaque président s’est rendu en personne à Istanbul pour exprimer ses condoléances au peuple turc dans les jours qui ont suivi la catastrophe, informe l’agence kirghize AkiPress.

Bien qu’une aide humanitaire ait été aussi allouée à la Syrie, notamment par le Kazakhstan qui enverra 50 tonnes d’aide humanitaire au gouvernement syrien, c’est vers la Turquie qu’une forte solidarité s’est exprimée, tant les liens sont étroits entre le pays et les républiques centrasiatiques.

Une aide humanitaire allouée immédiatement

Face à l’urgence humanitaire dans laquelle se trouve la région de Kahramanmaraş, le gouvernement kazakh a alloué 1 million de dollars (929 336 euros) à Istanbul. De l’aide humanitaire de la part de volontaires est envoyée jusqu’à l’ambassade kazakhe en Turquie, rapporte le média kazakh Tengri News. Le Kirghizstan a quant à lui annoncé qu’un groupe d’une soixantaine de médecins se rendrait en Turquie pour soigner les blessés, rapporte le média kirghiz 24.kg. Deux avions sont en cours de préparation pour être envoyés en Turquie afin d’apporter une assistance aux victimes des tremblements de terre.

De plus, selon le service de presse de l’administration présidentielle, la partie kirghize enverra 100 yourtes à construire, environ 20 tentes militaires isolées et 1 tente hôpital mobile. Comme son voisin, l’Ouzbékistan a envoyé en Turquie 170 tonnes d’aide humanitaire, de la part du gouvernement et des Ouzbeks eux-mêmes, a rapporté l’agence turque Anadolou. Tandis qu’une centaine de secouristes et de médecins ont été envoyés dans la région turque sinistrée, explique Radio Ozodlik, la branche ouzbèke du média américain Radio Free Europe.

Le Turkménistan a également envoyé un avion avec une équipe de secours dont 10 médecins. Même le Tadjikistan, qui ne fait pas partie de l’Organisation des Etats turciques et dont les liens avec la Turquie sont moins forts, a envoyé une cinquantaine de secouristes dans le pays, une première depuis l’indépendance, rapporte l’agence de presse turque Anadolou.

Les Centrasiatiques, une communauté importante en Turquie

Une des raisons pour lesquelles le soutien à la Turquie a été vif est que de nombreux Centrasiatiques vivent et travaillent en Turquie. A ce jour, une citoyenne ouzbèke est décédée dans le tremblement de terre, rapporte Gazeta.uz, de même pour deux citoyens du Kazakhstan tandis que plusieurs sont encore portés disparus, explique TengriNews. Le ministère des Situations d’urgence du Kazakhstan a évacué 22 Kirghiz de la Turquie, relate Current Time, une branche du média américain Radio Free Europe.

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Le média dissident Turkmen News a rapporté que quatre citoyens turkmènes ont péri en Turquie sous les décombres des bâtiments écroulés. Le 9 février dernier, le président du Halk Maslakhaty, Gourbangouly Berdimouhamedov, a admis qu’il y avait des citoyens du Turkménistan parmi les victimes, sans préciser combien. Depuis des années, de nombreux citoyens d’Asie centrale vivent en Turquie. Selon l’Institut statistique turc, en 2020, la Turquie comptait 91 218 citoyens turkmènes, 36 510 citoyens ouzbeks, 23 645 citoyens kazakhs et 18 017 citoyens kirghiz.

Inquiétude pour les projets avec la Turquie

La catastrophe pour ce pays partenaire de l’Asie centrale a marqué les esprits. Depuis la guerre en Ukraine, la Turquie se trouve être une alternative de diversification des partenaires économiques et diplomatiques pour l’Asie centrale, expliquait The Diplomat en octobre dernier. En effet, malgré l’absence de frontières communes avec les pays de la région, la Turquie est en train de devenir l’un des partenaires commerciaux les plus importants de la région, note un article analytique de Cabar Asia. Le commerce avec la Turquie est également bénéfique pour l’Asie centrale car son marché est en pleine croissance.

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Le tremblement de terre en Turquie a causé de graves dommages à l’infrastructure ferroviaire et routière, aux pistes de l’aéroport. Cependant, les dégâts étant dans le sud du pays, les routes et chaînes d’approvisionnement pour l’Asie centrale ne devrait pas être affectés, note le média ouzbek Spot.

Les politiques de construction de logement en Asie centrale vivement questionnées

Les instituts de sismologie des pays d’Asie centrale ont répété la ligne souvent répétée selon laquelle les bâtiments sont construits pour résister aux tremblements de terre jusqu’à la magnitude 9, voire 10 pour Almaty, explique Radio Free Europe. A l’époque soviétique, les bâtiments étaient testés avant d’être construits pour pouvoir résister aux chocs sismiques, fréquents dans la région. En 1887 à Almaty, alors que la ville s’appelait encore Verniy, et en 1966 à Tachkent, de violents tremblements de terre ont détruit presque entièrement les deux villes.

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Le Kirghizstan et le Tadjikistan sont aussi des zones à forte activité sismique, et le Turkménistan aurait quant à lui été affecté par le tremblement de terre le 6 février dernier, sans que les autorités turkmènes ne donnent plus d’informations, rapporte Turkmen News. Face à ces risques, les autorités ouzbèkes commencent à montrer des inquiétudes. Sans pour autant mentionner le séisme de la plaque anatolienne, le président ouzbek Chavkat Mirzioïeva annoncé le 8 février dernier un gel des constructions dans la ville de Tachkent, le temps de trouver un nouveau plan d’aménagement.

En effet, dans la capitale ouzbèke, même sans tremblement de terre, la sécurité des logements pose question. C’est ce qu’illustre un bâtiment de Tachkent se scindant en deux, comme le rapporte le média Kun.uz le 11 février dernier. Le séisme en Turquie et en Syrie résonne alors comme des avertissement pour les politiques centrasiatiques.

Emma Collet
Rédactrice pour Novastan

Relu par Charlotte Bonin

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