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Retour sur le parcours d’une défenseuse des droits humains au Tadjikistan

Pour Galina Dereventchenko, militante au Tadjikistan, les droits de l’Homme permettent de garder son humanité. Elle estime que la manière d’aborder les droits de l’Homme dans la région peut être améliorée grâce à l’éducation.

Rédigé par :

La rédaction 

Traduit par : Lisa D'Addazio

Your.tj

Galina Dereventchenko
Galina Dereventchenko. Photo : Your.tj.

Pour Galina Dereventchenko, militante au Tadjikistan, les droits de l’Homme permettent de garder son humanité. Elle estime que la manière d’aborder les droits de l’Homme dans la région peut être améliorée grâce à l’éducation.

Galina Dereventchenko travaille activement dans des projets liés à la sphère des droits de l’Homme depuis plus de 20 ans. Elle a commencé son parcours au Bureau des droits de l’Homme, et aujourd’hui, vivant au Kazakhstan, Galina est activement engagée dans des activités de recherche et vérification des faits.

En 2010, elle a obtenu un master en droit international dans le domaine des droits de l’Homme à l’Université de Lund en Suède, ce qui lui a beaucoup apporté non seulement sur le plan professionnel mais aussi sur le plan académique.

Galina Dereventchenko s’est confiée auprès du média tadjik Your.tj sur son engagement en faveur des droits de l’Homme et sur le rôle crucial de la coopération internationale dans ce domaine.

Un parcours brillant

Galina Dereventchenko est née et a grandi au Tadjikistan. Après avoir terminé ses études à l’école n°8 de Douchanbé, elle est entrée à la faculté de droit de l’Université nationale du Tadjikistan, où elle a obtenu son diplôme avec mention honorable en 2004.

Pendant l’avant-dernière année de son parcours universitaire, elle a eu l’occasion de participer à un cours d’été sur les droits de l’Homme pour les étudiants en droit, organisée par le Bureau des droits de l’Homme et du respect de la légalité. Après avoir terminé ses études, la jeune femme est restée dans l’organisation en qualité de bénévole. Après avoir obtenu son diplôme, elle y a travaillé en tant que formatrice, puis comme coordinatrice des projets. Au fil du temps, la gestion du centre analytique lui a été confiée.

Parallèlement, Galina Dereventchenko enseignait le droit civique à l’université. Bien qu’elle ait apprécié son travail avec les jeunes, elle a dû abandonner ce poste car il était compliqué de trouver un équilibre entre les deux sphères à cause de la charge de travail.

Une question de respect et de dignité

D’après elle, le cours d’été et le Bureau des droits de l’Homme ont déterminé sa décision de s’engager dans la défense des droits. A cette époque-là, les cours d’été et d’hiver sur les droits de l’Homme avaient lieu chaque année.

« Je me souviens que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à examiner différentes perspectives. Car en réalité, tant qu’on ne s’est pas confronté à certains évènements, on est enclin à modeler sa vie sur des stéréotypes. Pour citer un exemple, j’étais favorable à la peine de mort. Mon opinion a radicalement changé quand j’ai appris l’existence des erreurs judiciaires, des longues détentions, de la souffrance que les gens peuvent ressentir, ce qu’est la discrimination, mais surtout, la dignité de chaque être humain indépendamment de la race, du sexe, de la langue, etc. », explique Galina Dereventchenko.

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« Les droits de l’Homme représentent essentiellement une question de respect et de dignité. Cela bouleversait tellement ce que j’étais habituée à croire que j’ai décidé de rester », raconte-t-elle.

Un but : l’Université de Lund

Le Bureau des droits de l’Homme se spécialisait dans les engagements internationaux du Tadjikistan dans le domaine des droits humains. Avec des collègues, Galina Dereventchenko rédigeait des rapports pour les Comités de l’ONU, tout en analysant la pratique, les dispositions législatives et en fournissant des missions de suivi.

D’après elle, cette expérience s’est avérée enrichissante, car cela a contribué à definir ultérieurement son parcours. En 2005, elle a participé au programme régional sur les droits de l’Homme, créé pour les activistes des pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI), organisé par l’Institut Raoul Wallenberg à Lund, en Suède.

Il s’agissait d’un cours d’un mois qui a permis à la jeune fille de se familiariser avec la faculté de droit de l’Université de Lund, ainsi qu’avec sa bibliothèque. C’était la plus grande bibliothèque spécialisée en droit de l’Homme qu’elle ait jamais vue.

Une grande persévérance

« J’ai rêvé de cette bibliothèque, des salles de cours lumineuses de l’université, des ruelles étroites pavées de pierres. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de poursuivre mes études précisément là-bas », raconte-t-elle. Peu de temps après, elle réussit à accomplir son rêve : Galina Dereventchenko a étudié pendant deux ans en master à l’Université de Lund, en droit international des droits de l’Homme.

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L’Université de Lund attribuait des bourses qui prenaient en charge non seulement les frais de scolarité, mais aussi le logement. Rentrer dans cette université a engendré des difficultés : elle n’a pas réussi à entrer du premier coup, car elle n’avait pas obtenu le score nécessaire au TOEFL.

« Après cela, je me suis préparée au test dans un centre de formation. Lors de la deuxième candidature, j’étais sur la liste d’attente, et j’ai été acceptée au troisième essai. Je pense que j’ai été prise grâce à ma persévérance, car je postulais chaque année. Cela a été une grande joie », raconte-t-elle.

« En Suède, les droits de l’Homme sont profondément appréciés »

Le système éducatif de la Suède a impressionné Galina Dereventcheko, du fait que les enseignants traitent les étudiants avec respect, sans les juger, sans demander de pots-de-vin. Par ailleurs, les étudiants ont la possibilité de s’exprimer librement, car ils n’ont pas à faire face aux incompréhensions de la société.

Le programme de ce master était également axé avant tout sur la découverte de la Suède, de ses valeurs et de ses habitants. « Il s’agit d’un pays extraordinaire où la tolérance et les droits de l’Homme sont profondément valorisés. Il y a beaucoup de populations originaires d’Asie et des pays arabes. Des programmes sont envisagés pour l’apprentissage de la langue, pour la culture et l’emploi. Et ils sont traités de maniere égalitaire », affirme-t-elle.

La jeune femme a terminé son parcours à l’université de Lund avec mention honorable en 2010. Son travail de fin d’études portait sur le système d’aide juridique gratuite, qui était en train de se developper au Tadjikistan à cette époque-là.

Galina Dereventchenko avait déjà travaillé au Bureau des droits de l’Homme sur ce sujet avant d’entamer ses études en master, réalisant diverses missions de suivi et disposant ainsi d’un fonds remarquable pour rédiger son mémoire.

Se rendre plus visible

En qualité de militante des droits humains, elle s’est engagée sur de nombreux sujets, notamment la justice équitable, la liberté d’expression, la protection contre la torture, les droits des personnes en situation de handicap, les questions de non-discrimination et les droits de l’enfant.

« Tout cela a été gratifiant, en particulier de constater qu’après nos recherches, nos rapports, nos tables rondes, la législation évoluait, et qu’à la suite des formations, les gens et leurs opinions changeaient. Pas toujours, pas tous, mais des changements avaient lieu. C’était très inspirant », confie-t-elle.

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Depuis six ans, la jeune femme vit au Kazakhstan et travaille désormais à son compte, écrivant des articles sur des sujets qui lui tiennent à cœur. Depuis l’année dernière, Galina Dereventchenko participe au programme PaperLab – Making New Experts, visant à encourager une présence active sur les réseaux sociaux et à produire des articles.

« Une tâche interessante m’a été confiée : analyser notre propre profil et rechercher des informations nous concernant sur Google. J’ai été surprise de découvrir qu’il n’y avait que quelques mentions à mon sujet. Peu importe à quel point tu es un bon expert, si tu ne rends pas ton travail visible, c’est comme si tu n’existais pas », raconte-t-elle.

Un grand intérêt pour le fact-checking

À partir de ce moment-là, la militante a rédigé plusieurs articles sur les sujets qui la mobilisaient le plus et les a publiés sur le site Factcheck.kz.

« Je suis captivée par le fact-checking. C’est étonnant de voir la quantité de fausses informations que nous prenons pour vraies. Et souvent, les gens n’ont pas de compétences en matière de vérification des informations : ils ne savent même pas utiliser correctement un outil comme Google. J’ai eu l’occasion de découvrir de nombreux outils. Je crois fermement que la sensibilisation aux médias est essentielle pour tous, étant donné qu’actuellement les deepfakes contribuent à créer une vision biaisée, déformée du monde », affirme-t-elle.

Galina Dereventchenko mène également une activité de recherche très vaste. L’année dernière, elle a approfondi une étude sur les besoins des personnes en situation de handicap face aux urgences climatiques au Tadjikistan. Elle a contribué à l’élaboration du cadre réglementaire pour l’ouverture de centres de soutien à la famille au Kazakhstan, et vient de terminer une enquête sur le fonctionnement des centres de soutien psychologique.

« Je reçois un large éventail de propositions. Je choisis les sujets qui m’intéressent le plus. Parallèlement, je fais partie d’une communauté anti-harcèlement, ce qui constitue une activité enrichissante », confie-t-elle.

Enseigner les droits humains à l’école

La jeune femme estime que la manière d’aborder les droits de l’Homme peut être améliorée grâce au soutien de l’éducation. Actuellement, il est assez facile de partager des informations : organiser une formation régionale en ligne ne coûte presque rien.

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« Je pense que notre région a besoin de collaboration, de plateformes régionales d’échange d’expérience, et si possible, de voyages. Car il vaut mieux voir quelque chose une fois que d’en entendre parler cent fois. L’éducation aux droits humains est primordiale, et non, elle n’est pas enseignée à l’école. Il n’existe pas d’écoles d’été sur les droits humains au sens classique. Au Kirghizstan, il existe une super initiative appelée Les droits humains à la manière de Poudlard : il s’agit d’un nouveau format qui fonctionne formidablement auprès des jeunes », détaille Galina Dereventchenko.

« Il est essentiel de developper le fundraising, car le soutien des organisations internationales n’est pas éternel, et c’est une vaste ressource dont nous avons besoin », affirme-t-elle.

Des conseils pour les futurs défenseurs des droits

D’après elle, les personnes qui s’engagent dans la défense des droits humains ont souvent un sens aigu de la justice. Galina Dereventchenko affirme qu’elle travaille dans ce domaine pour ne pas perdre son humanité.

Elle ajoute : « Je citerai les paroles d’Anna Federmesser, dont le travail sur les soins palliatifs m’inspire profondément : En réalité, c’est une illusion de penser que nous travaillons pour les autres. Nous faisons ce travail parce qu’il nous permet de nous sentir être des personnes respectables. Selon notre propre conception de ce qu’est l’intégrité, la responsabilité et la dévotion. C’est une façon de préserver ce qui est humain en nous. Parce qu’aujourd’hui, il est très facile d’annihiler son humanité. »

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Aux jeunes d’Asie centrale qui souhaitent s’engager dans la défense des droits humains, Galina Dereventchenko conseille de croire en eux-mêmes, de ne pas avoir peur et d’être ouverts à tout ce que représente une nouveauté.

« Quand je suis entrée à l’université en formation gratuite, on m’a dit : « Tu n’as ni argent ni relations, tu ne vas pas réussir. » Toutefois, j’y suis arrivée. J’ai réussi. Vous réussirez aussi », conclut la militante des droits humains.

Somon Komilov
Journaliste pour Your.tj

Traduit du russe par Lisa D’Addazio

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