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Pourquoi la transplantation d’organes de personnes décédées n’est-elle pas développée au Tadjikistan ?

Le Kirghizstan adopte des mesures pour faciliter la transplantation d'organes post mortem. Le Tadjikistan, en revanche, traine encore sur cette question. Le sujet est encore tabou pour la population.

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Asia Plus 

Traduit par : Lisa D'Addazio

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Transplantation Coeur
Les greffes d'organes post-mortem sont peu répandues au Tadjikistan. Illustration : Asia-Plus.

Le Kirghizstan adopte des mesures pour faciliter la transplantation d’organes post mortem. Le Tadjikistan, en revanche, traine encore sur cette question. Le sujet est encore tabou pour la population.

Au Kirghizstan, environ 3 300 personnes souffrant d’une insuffisance rénale grave sont sous hémodialyse, une procédure dispendieuse et complexe. Chaque année, plus de 3 milliards de soms (28,9 millions d’euros) de fonds publics y sont consacrés. Pourtant, une greffe de rein coûte beaucoup moins cher, environ 250 000 soms (2 410 euros) par an pour le traitement de suivi après l’opération.

En 2025, les imams kirghiz ont officiellement autorisé le ministère de la Santé à effectuer des transplantations d’organes provenant de donneurs décédés. Il s’agit d’un véritable progrès pour la médecine et la société : le pays contribue déjà activement à l’élaboration d’une loi, et un conseil spécial est en en cours de formation pour organiser la transplantation post-mortem.

Une telle décision pourrait-elle être prise au Tadjikistan ?

Quelles sont les conditions actuelles au Tadjikistan ?

Au Tadjikistan, la loi autorise la transplantation d’organes provenant de personnes décédées. Les normes applicables ont été inscrites dans le code de la santé, qui a été complété en 2019 par des dispositions spéciales en matière de transplantation d’organes et de tissus. Conformément à la loi, les organes ne peuvent être prélevés sur une personne décédée que si la mort cérébrale est confirmée par les médecins et avec le consentement des proches.

La mort cérébrale équivaut à l’arrêt total et irréversible des fonctions du cerveau, à partir duquel une personne est considérée comme biologiquement morte, même si le cœur et d’autres organes peuvent encore fonctionner grâce à des appareils. Par ailleurs, la loi interdit strictement le commerce d’organes.

En pratique, cependant, les transplantations d’organes provenant de personnes décédées ne sont pas encore effectuées. Les familles refusent souvent de donner leur consentement, et les traditions ainsi que la religion suscitent souvent une attitude prudente voire négative à ce sujet.

Plus de transplantations entre vivants

Dans le pays, les greffes à partir de donneurs vivants sont courantes, le plus souvent réalisées entre membres d’une même famille, en particulier pour les reins et le foie.

Selon les données du ministère de la Santé, en 2024, les chirurgiens du Centre scientifique national de transplantation à Douchanbé et de l’hôpital de district de Danghara ont réalisé 298 opérations de transplantation d’organes, soit 74 de plus qu’en 2023. Parmi celles-ci, 192 étaient des greffes de rein et 67 de foie.

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Les médecins estiment que la transplantation d’organes chez des personnes en état de mort cérébrale confirmée, notamment parmi les victimes d’accidents de la route, chez qui ce type de mort est fréquent, pourrait sauver de nombreuses vies. Cependant, pour diverses raisons, le don d’organes post-mortem ne s’est pas encore développé.

La crainte de la profanation du corps et de l’apparition d’un marché noir

Le ministre de la Santé, Jamoliddin Abdoullozoda, a également évoqué cette situation. Lors d’une conférence de presse, il a indiqué que le groupe de travail n’avait pas encore trouvé de solution pour lancer ce type d’opérations. Pourtant, dans d’autres pays, y compris à majorité musulmane, les greffes d’organes provenant de personnes décédées sont pratiquées avec succès grâce au travail de commissions spécialisées.

Selon le ministre, le Tadjikistan est techniquement prêt à effectuer des transplantations d’organes vitaux. Pourtant, en raison des obstacles existants, ces opérations ne peuvent pas être réalisées.

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Les experts estiment que les principaux freins sont les craintes liées à la profanation du corps après la mort, ainsi que les inquiétudes selon lesquelles le don d’organes post-mortem pourrait entraîner des abus et entraîner l’émergence d’un marché noir des organes.

Transplantation et religion islamique

Dans les pays musulmans, les représentants religieux jouent un rôle crucial dans la formation de la conscience sociale et des opinions sur diverses questions. Au Tadjikistan, comme dans d’autres pays d’Asie centrale, de nombreux croyants accordent une grande importance à l’avis des imams et des mollahs, qui abordent généralement avec prudence les questions liées au corps après la mort.

Le président du Conseil des oulémas de la région de Soghd, Hussein Mousozoda, explique que l’islam autorise la transplantation d’organes provenant de personnes décédées, car la vie humaine et l’aide apportée aux autres représentent des valeurs fondamentales de toute religion.

D’après l’expert, dans la tradition islamique, le cœur humain est traité avec un profond respect. De plus, sa transplantation soulève des questions plus cruciales que pour d’autres organes. Toutefois, si les proches du défunt consentent à son prélèvement, l’opération est autorisée.

« L’islam nous enseigne à apprécier la valeur de la vie et à respecter les autres. Si la transplantation d’organes est en mesure de sauver une vie, cela peut être considéré comme une bonne action », estime-t-il.

Quand attendre une évolution ?

Abdoumalik Salomov, cardiologue et chef du service des maladies ischémiques à l’hôpital régional de Khoudjand, déclare que le développement de la transplantation dans le pays nécessite une approche globale. Pour lui, la greffe de cœur est un grand rêve et un objectif important dans sa carrière.

Selon lui, il est nécessaire d’améliorer la législation encadrant la transplantation afin d’éliminer les lacunes juridiques et de garantir la protection des donneurs et des receveurs. Cela ne peut se faire sans un financement suffisant : l’État doit couvrir une part importante des coûts des opérations et des médicaments.

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« Les médicaments à prendre après une greffe cardiaque sont très coûteux, et peu de gens peuvent se le permettre. C’est pourquoi l’État devrait au moins couvrir partiellement ces frais, sinon de telles opérations resteront inaccessibles pour la majorité des patients », souligne le médecin.

À titre d’exemple, une opération de greffe du cœur à Moscou coûte environ 120 000 dollars (101 000 euros), et les dépenses mensuelles en médicaments durant la rééducation atteignent environ 3 000 dollars (2 528 euros). De plus, la législation russe n’autorise pas la réalisation de telles opérations pour des citoyens étrangers.

Des médecins qui doivent être formés

Par ailleurs, la réussite de ce type d’opérations nécessite une infrastructure médicale développée, des centres spécialisés et une formation adéquate des médecins.

« Il est crucial de mettre en œuvre un système de registre des donneurs, car tout le monde ne peut pas être donneur. Par exemple, pour une greffe cardiaque, une compatibilité totale sur tous les paramètres est nécessaire. Il faut également dialoguer avec les représentants religieux et sensibiliser l’opinion publique, tant les donneurs que les receveurs. C’est une tâche ardue et délicate, mais elle en vaut la peine », affirme le médecin.

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Il souligne que les pays voisins avancent plus rapidement dans ce domaine. Au Kazakhstan, des centaines de patients ont déjà bénéficié d’une greffe du cœur, tandis qu’en Ouzbékistan, des préparatifs actifs sont en cours pour développer les transplantations. Étant donné la forte population de ces pays, le besoin de telles opérations y est particulièrement élevé.

« Je suis convaincu que dans quelques années, nous commencerons aussi à pratiquer des greffes cardiaques ici. Nos spécialistes tadjiks travaillant à l’étranger, qui ont acquis une grande expérience, sont prêts à revenir au pays pour partager leurs connaissances », conclut Abdoumalik Salomov.

Aliya Khamidoullina
Journaliste pour Asia-Plus

Traduit du russe par Lisa D’Addazio

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