Noursoultan Nazarbaïev Larmes Pleurs Kazakhstan

Les larmes énigmatiques de Noursoultan Nazarbaïev

Ce contenu est une reproduction de notre newsletter hebdomadaire de décryptage, envoyée uniquement à nos membres. Si vous souhaitez la recevoir tous les mardis matins dans votre boîte mail, vous pouvez devenir membre à partir de 2 euros par mois ou en adhérant.

Le 23 avril, l’émotion est montée d’un cran pour Noursoultan Nazarbaïev. L’ex-président du Kazakhstan venait de désigner son successeur, Kassym-Jomart Tokaïev, pour être candidat de son parti à l’élection présidentielle du 9 juin. Mais, lorsque l’hymne national kazakh, qu’il a lui-même choisi, a retentit : « Nazarbaïev a pleuré », comme le rapporte le média kazakh TengrinewsPourquoi ces larmes ont-elles un sens dans la transition en cours au Kazakhstan ? Tentatives d’éclaircissements.

Avant de verser ces quelques larmes, le premier président du Kazakhstan, a engagé une transition politique le 19 mars dernier en démissionnant de la présidence kazakhe. Le président du Sénat Kassym-Jomart Tokaïev est devenu, conformément à la constitution, le président par intérim du pays. Lors de la passation de pouvoir, le lendemain, Kassym-Jomart Tokaïev a annoncé comme première mesure de renommer la capital Astana, en l’honneur de son créateur et prédécesseur, « Nur-Sultan »Premier indice pour expliquer les larmes : un président devenu ex-président, et qui aspire à devenir un monument, sans pour autant s’en aller complètement…

De fait, Noursoultan Nazarbaïev a perdu un titre de président mais en a gardé de nombreux autres : premier président (titre sacralisé dans la Constitution), président à vie du conseil de sécurité du Kazakhstan (qui lui donne de large pouvoir de supervision sur à peu près tout), et président du parti Nur-Otan, majoritaire au parlement. C’est en qualité de ce dernier titre que Noursoultan Nazarbaïev a versé ces larmes. Lors de ce qui était l’intronisation officielle de son successeur, de celui qui doit gagner les élections grâce à son parti mais surtout à son soutien : Kassym-Jomart Tokaïev. Durant son discours, Noursoultan Nazarbaïev a expliqué son choix, qu’il a mis trois ans à faire, qu’il a regardé chacun sous tous les angles avant de faire ce choix, qui est un « choix juste ».

Dans son explication, il a justifié que Kassym-Jomart Tokaïev serait le seul qui continuera sa politique, agitant la menace qui pèse selon lui sur le Kazakhstan. “Nous devons tenir notre indépendance entre des mains fortes. Oui, les doigts d’une main ne sont pas les mêmes. Il y a des gens différents parmi nous. Il y a ceux qui courent après le monde fantomatique de l’Ouest. Nous le voyons aussi. Mais dans notre position, si nous perdons le pouvoir de la main si nous donnons la parole à ceux qui rejettent notre être, nous perdrons notre indépendance. Je suis inquiet à ce sujet. Nous avons besoin de stabilité, nous avons besoin d’unité“.

Dans ce discours il y a donc l’explication de texte de la conduite à venir de la campagne présidentielle : « ne pas donner la parole », notamment à « ceux qui courent après le monde fantomatique de l’Ouest ». On pourrait y voir une référence à cette simple banderole demandant quelques jours plus tôt, « des élections justes » durant le marathon d’Almaty. Cette banderole a valu à ses auteurs 15 jours de prison pour avoir simplement demandé des élections justes publiquement, menant à une large indignation parmi la jeunesse kazakhe, largement éduquée à l’Ouest.

Ce discours était donc le testament de celui qui laisse une de ses chaises de président, lui arrachant ces fameuses larmes, devenues rapidement un symbole viral sur Internet – entre un sticker sur la messagerie Telegram et des Gifs en tout genre – de la comédie du remplacement d’un irremplaçable, qui est toujours autant sur le devant de la scène, comme samedi dernier pour représenter son pays à Beijing

 

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire ou nous soutenir en devenant membre de la communauté Novastan.

Ce contenu est une reproduction de notre newsletter hebdomadaire de décryptage, envoyée uniquement à nos membres. Si vous souhaitez la recevoir tous les mardis matins dans votre boîte mail, vous pouvez devenir membre à partir de 2 euros par mois ou en adhérant.

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *