Accueil      Le lanceur d’alerte chinois Guan Heng, qui a filmé les « camps de rééduction » pour les Ouïghours, a obtenu l’asile aux États-Unis

Le lanceur d’alerte chinois Guan Heng, qui a filmé les « camps de rééduction » pour les Ouïghours, a obtenu l’asile aux États-Unis

Le ressortissant chinois Guan Heng a obtenu l’asile aux États-Unis le 28 janvier. En 2020, il s’était exposé à de graves représailles de Pékin après avoir documenté plusieurs camps de détention pour les Ouïghours dans le Xinjiang.

Capture d’écran de la vidéo documentant les camps de détention ouïghours publiée par Guan Geng (illustration). Crédit : YouTube.
Capture d’écran de la vidéo documentant les camps de détention ouïghours publiée par Guan Geng (illustration). Crédit : YouTube.

Le ressortissant chinois Guan Heng a obtenu l’asile aux États-Unis le 28 janvier. En 2020, il s’était exposé à de graves représailles de Pékin après avoir documenté plusieurs camps de détention pour les Ouïghours dans le Xinjiang.

Le 28 janvier dernier, les États-Unis ont accordé l’asile au ressortissant chinois Guan Heng. Celui-ci avait risqué sa vie en réalisant, en 2020, un documentaire sur les camps de détention des Ouïghours dans la province du Xinjiang. Après avoir fui vers les États-Unis pour y déposer une demande d’asile, ce lanceur d’alerte s’était retrouvé menacé d’expulsion vers l’Ouganda en août dernier, sous la responsabilité des agents du Service de l’immigration et des douanes des États-Unis (ICE).

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Entre 2017 et 2019, on estime que plus d’un million de Ouïghours auraient été détenus de manière préventive dans plus de 380 « camps d’internement » – dont la plupart sont situés dans le Xinjiang – sans inculpation ni procès. Ces camps, présentés comme des « centres de transformation par l’éducation », s’inscrivent dans le cadre d’une vaste campagne « antiterroriste » lancée par Pékin à la suite d’attentats attribués à des islamistes ouïghours entre 2013 et 2014, impliquant le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) et le Parti islamique du Turkestan (TIP). Le premier de ces attentats avait causé cinq morts (dont trois assaillants) sur la place Tiananmen de Pékin, le 28 octobre 2013.

Les Ouïghours constituent l’une des 56 ethnies reconnues en Chine, pays majoritairement peuplé de Hans (environ 92 % de la population). Turcophones et de confession musulmane, ils se sont installés dès le neuvième siècle sur le territoire de l’actuel Xinjiang. Ce dernier a été rattaché à la Chine en 1759, sous la dynastie Qing. Aujourd’hui, environ 11 millions d’Ouïghours y vivraient.

Un lanceur d’alerte sur la cause ouïghoure

En 2021, Guan Heng publie une vidéo d’une vingtaine de minutes sur YouTube, montrant 18 lieux de détention des Ouïghours dans la province du Xinjiang. Les localisations provenaient d’une carte réalisée conjointement par Buzzfeed et l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI), à partir d’images satellites. 

Les séquences sont filmées depuis une voiture ou au moyen d’une caméra dissimulée dans un sac à dos. Elles révèlent des centres situés en bord de route, reconnaissables à leurs miradors et à leurs barbelés. Sur l’un de ces bâtiments, on peut lire l’inscription suivante : « Se réformer par le travail, se réformer par la culture. » 

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De nationalité chinoise, Guan Heng peut s’approcher au plus près des infrastructures sans éveiller les soupçons, comme il l’explique lui-même : « Du fait des restrictions imposées par les autorités chinoises, les journalistes étrangers ne peuvent pas avoir accès au Xinjiang. »

Cette vidéo a ainsi pu toucher de nombreux internautes chinois recourant à des VPN. Guan Heng devient néanmoins rapidement la cible d’une campagne de harcèlement, marquée par la diffusion en ligne de ses données personnelles (identité, ancienne adresse, parcours professionnel, etc.). À l’exception de sa mère, qui vit à Taïwan, le reste de sa famille est exposé à des interrogatoires des autorités dans la province du Henan.

Menacé par la démocrature chinoise, pris dans l’étau de l’autoritarisme américain

En 2021, Guan Heng fuit la Chine en se rendant d’abord à Hong Kong, puis en Équateur, aux Bahamas, et enfin en Floride où il entre illégalement. Il y dépose immédiatement une demande d’asile, qui ne lui est accordée qu’à la suite de son arrestation par des agents de l’ICE en août dernier, près d’Albany dans l’État de New York où il résidait.

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En décembre, l’ICE a abandonné son projet d’expulser Guan Heng vers l’Ouganda sous la pression de la société civile. Une telle expulsion l’aurait exposé à un risque accru de répression transnationale orchestrée par Pékin, compte tenu de la répression chinoise à bas bruit qui se poursuit contre les voix soutenant la cause ouïghoure, en Chine comme à l’étranger.

Les camps du Xinjiang, symbole du génocide des Ouïghours

Selon un rapport publié en 2022 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, la majorité de ces camps auraient depuis été démantelés. Human Rights Watch a toutefois nuancé cette affirmation, estimant qu’environ 500 000 personnes y étaient encore détenues au milieu de l’année 2022, exposées à des actes de torture ou à des stérilisations forcées. 

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La répression s’étend également aux manifestations culturelles et religieuses, visant un effacement systématique de la présence ouïghoure. Depuis 2017, les autorités ont ainsi détruit près d’un tiers des quelque 15 500 mosquées que comptait la région, au nom de la politique de « sinisation » des religions qui consiste à placer la pratique religieuse sous l’autorité du Parti communiste chinois (PCC). 

Plusieurs États, dont les États-Unis depuis 2021, qualifient ces politiques de génocide au sens de la définition retenue par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Pékin rejette fermement cette qualification, et censure toute couverture médiatique à ce sujet.

La répression des journalistes par le gouvernement chinois

Avec au moins 121 professionnels des médias actuellement détenus, la Chine demeure le plus grand geôlier de journalistes au monde. Elle occupe le 178ᵉ rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 publié par Reporters sans frontières (RSF).

Si la Constitution de 1982 garantit en principe « la liberté de parole (et) de presse », ces dispositions sont régulièrement contournées par le recours à la loi de procédure pénale. Pékin invoque fréquemment des chefs d’accusation tels que « espionnage », « subversion » ou « incitation aux querelles et troubles » pour réduire au silence les dissidents. Vaguement définies, ces infractions peuvent entraîner jusqu’à six mois d’isolement dans le cadre de la « résidence surveillée dans un lieu désigné » (RSDL), un dispositif extrajudiciaire où les personnes détenues sont privées d’assistance juridique et exposées à la torture.

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Dans ce contexte, l’opposition ouïghoure en exil, notamment le Congrès mondial des Ouïghours de Rebiya Kadeer, est vilipendée par les autorités. Les voix plus modérées ne sont pas épargnées, comme en témoigne la condamnation de l’universitaire ouïghour Ilham Tohti à la prison à vie en 2014 pour « subversion ».

Flora Le Lièvre,
Rédactrice pour Novastan

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