{"id":9369,"date":"2017-03-21T19:12:11","date_gmt":"2017-03-21T18:12:11","guid":{"rendered":"https:\/\/novastan.org\/fr\/?p=9369"},"modified":"2020-12-03T11:55:19","modified_gmt":"2020-12-03T10:55:19","slug":"entretien-avec-lecrivain-hamid-ismailov-interdit-en-ouzbekistan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/novastan.org\/fr\/ouzbekistan\/entretien-avec-lecrivain-hamid-ismailov-interdit-en-ouzbekistan\/","title":{"rendered":"Entretien avec l&rsquo;\u00e9crivain Hamid Isma\u00eflov, interdit en Ouzb\u00e9kistan"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Hamid Isma\u00eflov est l&rsquo;un des \u00e9crivains ouzbeks les plus lus et appr\u00e9ci\u00e9s dans le monde. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de journalisme \u00e0 Tachkent, il est contraint de quitter l&rsquo;Ouzb\u00e9kistan \u00e0 cause de son activisme politique et se&nbsp;r\u00e9fugie au Royaume-Uni en 1992. Ses \u0153uvres&nbsp;restent interdites dans son pays. <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La revue litt\u00e9raire&nbsp;<a href=\"http:\/\/editions-jentayu.fr\/numero-5\/hamid-ismailov-manastchi\/\">Jentayu<\/a>&nbsp;l&rsquo;a rencontr\u00e9 pour parler de son dernier roman (encore in\u00e9dit en France) et de la litt\u00e9rature d\u2019Asie centrale.&nbsp;<\/em><\/strong><em><strong>Novastan republie le d\u00e9but de leur&nbsp;entrevue.<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous avez dit dans une interview&nbsp;: <em>\u00ab je n\u2019ai jamais vu cette diversit\u00e9 de cultures et de peuples d\u00e9crite dans la litt\u00e9rature sovi\u00e9tique. \u00bb<\/em> Vos romans<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><em><strong>Contes du chemin de fer<\/strong><\/em><strong>, ainsi que votre dernier roman encore non-publi\u00e9,<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><em><strong>Manastchi \u2013 Le conteur de Manas<\/strong><\/em><strong>, sont de parfaits exemples de la coexistence, mais aussi des conflits des cultures en Asie centrale. Pourquoi ce th\u00e8me est-il si pro\u00e9minent dans votre \u0153uvre&nbsp;? Les autres \u00e9crivains d\u2019Asie centrale soulignent-ils cet h\u00e9ritage mixte, ou, au contraire, se replient-ils sur leur propre culture dans un discours mono-ethnique&nbsp;? Les fronti\u00e8res relativement jeunes de l\u2019Asie centrale contemporaine isolent-elles les \u00e9crivains&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense que c\u2019est un probl\u00e8me qui d\u00e9passe la sp\u00e9cificit\u00e9 sovi\u00e9tique. Prenez pour exemple la litt\u00e9rature anglaise ou fran\u00e7aise (ou tout autre litt\u00e9rature europ\u00e9enne), et vous verrez que tous les personnages principaux sont des Blancs. C\u2019est pratiquement impossible de trouver des personnages non-Blancs, sauf si l\u2019auteur est lui-m\u00eame non-Blanc. Au contraire, le monde dans lequel j\u2019ai grandi et v\u00e9cu \u00e9tait un riche m\u00e9lange de langues, de croyances, d\u2019attitudes par rapport \u00e0 la vie. Mon seul but est de d\u00e9peindre cette r\u00e9alit\u00e9 qui m\u2019entourait, et dont je faisais partie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la m\u00eame chose ici au Royaume-Uni. Un de mes derniers romans,&nbsp;<em>Gaya, la reine des fourmis<\/em>, d\u00e9crit des personnages divers&nbsp;: l\u2019un est \u00e0 moiti\u00e9 ouzbek, les autres sont turcs, irlandais, karakalpak, anglais, fran\u00e7ais, indiens, etc. Pour moi, c\u2019est tr\u00e8s \u00e9trange d\u2019observer le gouffre qu\u2019il y a entre la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est d\u00e9crite dans les livres ou dans les films, et celle qu\u2019on vit au quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne mes compatriotes, ils \u00e9crivent des romans purement ouzbeks, et pour des lecteurs ouzbeks uniquement. Et c\u2019est la m\u00eame chose pour les \u00e9crivains kirghiz ou tadjiks. Je consid\u00e8re que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette culture mono-ethnique, mono-raciale et ghetto\u00efs\u00e9e qui est responsable de l\u2019\u00e9tat actuel du monde, de sa violence et de ce nationalisme omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment est per\u00e7ue la litt\u00e9rature d\u2019Asie centrale aujourd\u2019hui&nbsp;? Tout d\u2019abord, dans sa r\u00e9gion d\u2019origine&nbsp;: les gens lisent-ils leur propre litt\u00e9rature&nbsp;? Existe-t-il des plateformes et des espaces pour acc\u00e9der \u00e0 ces textes&nbsp;? Quel est le paysage linguistique \u2013 les gens lisent-ils en langues locales ou en russe&nbsp;? Y-a-t-il des traductions entre le kirghiz et le tadjik, ou l\u2019ouzbek et le kazakh&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La litt\u00e9rature ne meurt jamais. Ceci est d\u2019autant plus valable en Asie centrale o\u00f9 l\u2019art de raconter des histoires a une tradition mill\u00e9naire. Il suffit de mentionner le&nbsp;<em>Manas<\/em>, la plus longue \u00e9pop\u00e9e au monde. N\u2019oublions pas que dans les&nbsp;<em>Mille et Une Nuits<\/em>, chaque \u00e9pisode est racont\u00e9 au fr\u00e8re du sultan de Samarcande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon ami Marat Akhmedjanov, en charge de la maison d\u2019\u00e9dition Silk Road Media, organise chaque ann\u00e9e un festival litt\u00e9raire. Cette ann\u00e9e, il a re\u00e7u 1400&nbsp;manuscrits pour son concours litt\u00e9raire. Les textes sont pour la plupart \u00e9crits en russe, mais certains \u00e9crivent aussi dans leur langue. Et le second prix du concours a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 un \u00e9crivain ouzbek, Moukhammad Charif, pour une \u0153uvre \u00e9crite en ouzbek.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne les traductions, les gens sont relativement actifs en Ouzb\u00e9kistan. De jeunes traducteurs introduisent des \u0153uvres traduites de langues europ\u00e9ennes et asiatiques, car il existe une revue de litt\u00e9rature mondiale,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jahonadabiyoti.uz\/\"><em>Jahon Adabiyoti<\/em><\/a>. Mais les traductions entre langues d\u2019Asie centrale restent extr\u00eamement rares.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Lisez la suite sur le site de Jentayu <a href=\"http:\/\/editions-jentayu.fr\/numero-5\/hamid-ismailov-manastchi\/\">en cliquant ici<\/a>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Propos recueillis et traduits par Filip Noubel<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hamid Isma\u00eflov est l&rsquo;un des \u00e9crivains ouzbeks les plus lus et appr\u00e9ci\u00e9s dans le monde. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de journalisme \u00e0 Tachkent, il est contraint de quitter l&rsquo;Ouzb\u00e9kistan \u00e0 cause de son activisme politique et se&nbsp;r\u00e9fugie au Royaume-Uni en 1992. Ses \u0153uvres&nbsp;restent interdites dans son pays. 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