{"id":46792,"date":"2021-05-12T12:40:16","date_gmt":"2021-05-12T10:40:16","guid":{"rendered":"https:\/\/novastan.org\/fr\/?p=46792"},"modified":"2023-07-24T15:19:12","modified_gmt":"2023-07-24T13:19:12","slug":"ici-coulait-une-riviere-comment-lassechement-de-loural-change-la-vie-des-riverains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/novastan.org\/fr\/environnement\/ici-coulait-une-riviere-comment-lassechement-de-loural-change-la-vie-des-riverains\/","title":{"rendered":"Ici coulait une rivi\u00e8re : comment l\u2019ass\u00e8chement de l\u2019Oural change la vie des riverains"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>LA VIE AU FIL DU FLEUVE<\/strong> &#8211; <strong>L\u2019Oural, la troisi\u00e8me plus longue rivi\u00e8re d\u2019Europe, a perdu de sa profondeur ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es. C&rsquo;est devenu particuli\u00e8rement visible ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es. Pour mieux comprendre en quoi l\u2019ass\u00e8chement de l\u2019Oural change la vie des riverains, les journalistes Loukpan Akhmediarov et Raoul Ouporov sont all\u00e9s \u00e0 la rencontre de ceux qui vivent le long du fleuve et d\u00e9pendent de lui.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Novastan traduit et reprend ici un article publi\u00e9 le 27 janvier 2021 par le m\u00e9dia en ligne kazakh <\/strong><a href=\"https:\/\/vlast.kz\/story\/43543-ranse-byla-reka.html\"><strong>Vlast<\/strong><\/a><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Cet article fait partie de la s\u00e9rie \u201cLittle People, Big River\u201d, <a href=\"https:\/\/docs.google.com\/document\/d\/17xs4m0HuMbFwT303tZTZiQIHA2V-USHL9Cl6ejOYsjI\/edit\">un projet journalistique<\/a> soutenu par le m\u00e9dia allemand <a href=\"https:\/\/n-ost.org\/\">n-ost<\/a>, le centre kazakh <a href=\"https:\/\/medianet.kz\/?lang=en\">MediaNet<\/a> International Centre for Journalism et <a href=\"http:\/\/www.bmz.de\/de\/index.html\">le minist\u00e8re allemand de la coop\u00e9ration \u00e9conomique<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tout le long de l\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oural_(fleuve)\">Oural<\/a>, dans le district du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kazakhstan-Occidental\">Kazakhstan-Occidental<\/a>, les rives du fleuve sont reli\u00e9es par trois ponts et des passeurs. Chaque ann\u00e9e, ces passeurs du Kazakhstan-Occidental font traverser jusqu\u2019\u00e0 un demi-million de personnes. <\/p>\n\n\n<p style=\"background-color: #d4d4d4;\"><span style=\"color: #000000;\">Novastan est le seul m\u00e9dia europ\u00e9en (en fran\u00e7ais, en allemand et en anglais) sp\u00e9cialis\u00e9 sur l'Asie centrale. Enti\u00e8rement associatif, il fonctionne gr\u00e2ce \u00e0 votre participation. Nous sommes ind\u00e9pendants et pour le rester, nous avons besoin de vous !\u00a0Vous pouvez nous soutenir <strong><a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/sabonner\/\"> en vous abonnant<\/a><\/strong>, en r\u00e9alisant <a href=\"https:\/\/www.okpal.com\/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie\/#\/\"> un don d\u00e9fiscalis\u00e9 \u00e0 66 %<\/a>, ou en\u00a0devenant membre actif<strong> <strong><a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/novastan-france\/devenez-membre-devenez-novastan\/\">par ici<\/a><\/strong>.<\/strong><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 eux, les riverains peuvent aller chez des amis, c\u00e9l\u00e9brer des mariages, s\u2019approvisionner en nourriture, obtenir des documents ou conduire leur commerce agricole. Les passeurs font m\u00eame traverser occasionnellement des cort\u00e8ges fun\u00e9raires d\u2019une berge \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le chemin vers la travers\u00e9e<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Pour voir leur travail, Loukpan Akhmediarov, journaliste d\u2019investigation pr\u00e9sent\u00e9 ici par <a href=\"https:\/\/rsf.org\/fr\/hero\/lukpan-akhmediarov\">Reporters Sans Fronti\u00e8res<\/a>, et Raoul Ouporov, photographe documentaire pr\u00e9sent\u00e9 par <a href=\"https:\/\/ieres.elliott.gwu.edu\/project\/the-other-side-of-oil\/\">l\u2019Institut des Etudes Europ\u00e9ennes, Russes et Eurasiennes<\/a> de l\u2019Universit\u00e9 Georges Washington, doivent effectuer un voyage de 500 kilom\u00e8tres. Leur route commence avant le village de Batourino, dans le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/District_d%E2%80%99Akjaik\">district d\u2019Akjaik<\/a>, le long de la partie europ\u00e9enne du fleuve.<\/p>\n\n\n\n<p>En p\u00e9riph\u00e9rie du village, une route en terre battue longe le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lit_majeur\">lit d\u2019inondation<\/a> du fleuve. Pour sillonner la campagne, la terre battue vaut les routes b\u00e9tonn\u00e9es, comme celle qui va d\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oural_(Kazakhstan)\">Ouralsk<\/a> \u00e0 Batourino. Les journalistes suivent le lit d\u2019inondation du fleuve tout au long d&rsquo;une for\u00eat derri\u00e8re laquelle coule l&rsquo;Oural. Sur leur route, ils arr\u00eatent deux voitures pour savoir o\u00f9 trouver le passeur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Suis la route en terre battue, ne te perds pas&nbsp;<\/em>\u00bb, leur recommande le conducteur d\u2019une vieille Lada 110. Il a deux passagers dans sa voiture. L\u2019habitacle est plein \u00e0 craquer de couvertures. Une malle est accroch\u00e9e sur le toit. \u00ab&nbsp;<em>Ma fille s\u2019est mari\u00e9e \u00e0 un gars de Ta\u00efpak. Les grands-m\u00e8res lui ont cousu des couvertures et des <\/em><a href=\"https:\/\/kazakhstan.travel\/publications\/fr\/50\/the-art-of-handicraft-what-to-bring-back-from-kazakhstan\"><em>korp\u00e9s<\/em><\/a><em> pour sa nouvelle maison&nbsp;<\/em>\u00bb ajoute-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon lui, on pouvait se perdre \u00e0 cet endroit il y a dix ans. De la lisi\u00e8re de la for\u00eat au village de Batourino, il y avait des herbes hautes et quelques lacs. \u00ab&nbsp;<em>Avant, ici, il n\u2019y avait que des p\u00eacheurs qui venaient, ou bien les locaux qui cueillaient des baies dans les bois. Mais maintenant tout est sec. Les lacs sont ass\u00e9ch\u00e9s, l\u2019herbe n\u2019est plus comme avant. Alors on peut rouler plus facilement : on voit tout autour<\/em>&nbsp;\u00bb leur explique le conducteur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kirghizstan\/la-force-de-naryn-temoignages-de-riverains-sur-levolution-de-cette-grande-riviere-kirghize\/\"><strong>\u00ab La force de Naryn \u00bb \u2013 t\u00e9moignages de riverains sur l\u2019\u00e9volution de cette grande rivi\u00e8re kirghize<\/strong><\/a><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le paysage qui entoure les journalistes confirme ses dires&nbsp;: les rares bosquets sont constitu\u00e9s de jeunes arbres fr\u00eales aux branches s\u00e8ches. Ici et l\u00e0, on voit des troncs secs et des arbres renvers\u00e9s. Depuis que les villages du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en sont approvisionn\u00e9s en gaz,  les habitants ne vont plus chercher de bois en for\u00eat. Sur le chemin pour aller au bois, Loukpan Akhmediarov et Raoul Ouporov passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de trois ou quatre <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bras-mort\">bras morts<\/a> ass\u00e9ch\u00e9s. Des saules et des roseaux secs t\u00e9moignent de l\u2019ancienne pr\u00e9sence d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le syst\u00e8me des bacs, unique moyen de traverser<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Ils entrent finalement dans le bois, et 200 m\u00e8tres plus loin, arrivent sur les berges du fleuve. Sur la rive m\u00eame, deux rampes, un vieux lit en fer et un tuyau, bien enterr\u00e9 dans le sol, auquel est attach\u00e9 un c\u00e2ble m\u00e9tallique qui relie l\u2019autre rive. La rive sur laquelle les journalistes se trouvent est en pente douce, celle d\u2019en face est abrupte. Sur cette derni\u00e8re est amarr\u00e9 le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bac_%28bateau%29\">bac<\/a>, deux barils m\u00e9talliques coup\u00e9s en long, dont le pont est bord\u00e9 d\u2019une barri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme sort de la cabine et demande aux deux hommes, en kazakh,&nbsp;s\u2019ils souhaitent traverser. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019arrive<\/em>&nbsp;\u00bb lance l\u2019homme, avant de se tourner de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la cabine. Bient\u00f4t, un deuxi\u00e8me homme en sort. Ils descendent tous les deux sur la berge et commencent \u00e0 approcher le bac de la rive en tirant sur la corde.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"600\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-2.jpg\" alt=\"Oural Passeurs Travers\u00e9e Bacs  Environnement Kazakhstan\" class=\"wp-image-46820\" title=\"\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-2.jpg 900w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-2-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-2-128x86.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Un passage de travers\u00e9e, bac et passeurs attendent des voyageurs.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le bac accoste quelques minutes plus tard. Ayant remarqu\u00e9 que Loukpan Akhmediarov et Raoul Ouporov les prennent en photo, ils s\u2019int\u00e9ressent discr\u00e8tement \u00e0 l\u2019identit\u00e9 des voyageurs et \u00e0 la raison de ces photos. Les deux hommes leur expliquent qu\u2019ils sont journalistes et qu&rsquo;ils recueillent des informations sur le fleuve et ceux qui vivent le long de l\u2019Oural. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est un peu tard pour prendre des photos. Les rivi\u00e8res disparaissent. Si le fleuve continue \u00e0 perdre de son volume comme \u00e7a, dans un ou deux ans le bac ne sera plus n\u00e9cessaire<\/em>\u00a0\u00bb commente l\u2019un des passeurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/la-disparition-du-fleuve-oural\/\"><strong>La disparition du fleuve Oural<\/strong><\/a><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me passeur pose des rampes d\u2019acc\u00e8s en bois entre le bac et la rive et montre \u00e0 ses passagers comment embarquer la voiture. Ces derniers leur posent une s\u00e9rie de questions&nbsp;: les rampes supporteront-elles le poids de la voiture&nbsp;? Le bac ne va-t-il pas se retourner au milieu du fleuve&nbsp;? Comment faire pour passer sur cette construction ? \u00ab <em>Ne t\u2019inqui\u00e8te pas&nbsp;! On peut faire passer deux voitures en une fois. Personne ne s\u2019est encore plaint.<\/em>&nbsp;\u00bb s\u2019amuse Kouandyk, l\u2019un des passeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les journalistes roulent craintivement sur les rampes fragiles et arrivent sur le pont. Les passeurs leur font signe d\u2019avancer jusqu\u2019au bout du bac. \u00ab&nbsp;<em>Laisse rouler et \u00e9teins le moteur<\/em>&nbsp;\u00bb recommandent-ils aux voyageurs avant de caler les roues avec des sabots en bois pour qu\u2019elles ne bougent pas.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"677\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-3-min-1024x677.png\" alt=\"Passeurs Bacs Travers\u00e9e Oural Kazakhstan Environnement\" class=\"wp-image-46823\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-3-min-1024x677.png 1024w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-3-min-300x198.png 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-3-min-768x508.png 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-3-min-128x86.png 128w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-3-min.png 1235w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Kouandyk et Baourjane accostant le bac.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les hommes tirent sur le c\u00e2ble enroul\u00e9 en spirale autour d\u2019une barre de fer, au bout de laquelle se trouve une poulie. Les deux hommes s\u2019accrochent \u00e0 la corde et commencent \u00e0 la tirer vers eux. Malgr\u00e9 le poids apparent de la construction, le bac s\u2019\u00e9loigne assez facilement de la rive et commence \u00e0 se diriger vers l\u2019autre berge, en suivant le c\u00e2ble.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un syst\u00e8me de travers\u00e9e privatis\u00e9 et indispensab<\/strong>le<\/h5>\n\n\n\n<p>Kouandyk et Baourjane travaillent en tant que salari\u00e9s. Le bac appartient \u00e0 un riverain qui est officiellement reconnu en tant qu\u2019entrepreneur priv\u00e9. &nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Il y a des bacs plus haut \u00e0 Merguen, \u00e0 Iesensa\u00ef, et en aval \u00e0 Almaly. Ils sont tous issus d\u2019initiatives individuelles et ils sont tous apparus il y a 10 ou 15 ans, quand l\u2019Oural a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre moins volumineux. Avant, il \u00e9tait impossible de mettre en place de tels bacs parce qu\u2019au printemps, l\u2019Oural \u00e9tait en crue et inondait la for\u00eat et le lit majeur. Mais ces 15 derni\u00e8res ann\u00e9es, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en crue une seule fois. Les moins de 20 ans ne se rappellent pas du tout qu\u2019il inondait la for\u00eat et les pr\u00e9s. Ils n\u2019y croient pas quand on le leur raconte<\/em>&nbsp;\u00bb explique Baourjane.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les bacs sont payants mais, selon Kouandyk et Baourjane, les prix varient. Celui utilis\u00e9 par les deux journalistes est le moins cher\u00a0: la travers\u00e9e avec une voiture co\u00fbte 700 tenges (1,3 euro). \u00ab\u00a0<em>Avant, le travail \u00e9tait plus difficile. Il y avait plus d\u2019eau dans le fleuve et le courant \u00e9tait plus fort. Au printemps, lors des grandes eaux, on traversait le fleuve en 10 \u00e0 15 minutes. Et maintenant on le fait en cinq \u00e0 six minutes\u00a0<\/em>\u00bb racontent les deux passeurs. Le bac est ouvert de 8 \u00e0 20 heures, avec une pause entre 13 et 14 heures.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Chaque jour on fait traverser entre 10 et 15 voitures. Le weekend, quand il y a un mariage au village, un <\/em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rites_de_mariage_kazakhs\"><em>koudalyk<\/em><\/a><em> <\/em>&#8211; rite de mariage kazakh &#8211;<em> ou un enterrement, il arrive qu\u2019on fasse traverser jusqu\u2019\u00e0 30 voitures. Mais en semaine, les travers\u00e9es se font principalement le matin et le soir, lorsque tout le monde se rend du village au chef-lieu ou \u00e0 la ville, et quand ils rentrent chez eux.\u00a0\u00bb <\/em>Les journalistes leur demandent si la baisse du niveau de l\u2019Oural a une grande influence sur leur vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>La baisse de l&rsquo;Oural : la fin des passeurs et de leurs bacs ?<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Comment dire&nbsp;? \u00e7a ne se sent pas trop. Ce qui m\u2019inqui\u00e8te, c\u2019est que le fleuve baisse tellement dans les ann\u00e9es \u00e0 venir que des gu\u00e9s apparaissent. Dans ce cas plus personne n\u2019aura besoin des bacs.&nbsp;\u00bb <\/em>r\u00e9pond le passeur. \u00ab&nbsp;<em>A quel point le niveau du fleuve a-t-il baiss\u00e9&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb s\u2019enquiert alors l\u2019un des journalistes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>&nbsp;Tu vois les troncs qui d\u00e9passent de la pente sur cette rive&nbsp;?&nbsp;<\/em>\u00bb demande Kouandyk en d\u00e9signant des troncs pourris qui d\u00e9passent de l\u2019eau entre 2 et 2 m\u00e8tres et demi. \u00ab&nbsp;<em>En 2010, notre ponton \u00e9tait \u00e0 ce niveau-l\u00e0. Chaque ann\u00e9e, le ponton doit \u00eatre abaiss\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;<em>Et vous p\u00eachez ici&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb leur demande un des journalistes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-4-1024x683.jpg\" alt=\"Oural Environnement Bateaux Travers\u00e9e Kazakhstan\" class=\"wp-image-46825\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-4-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-4-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-4-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-4-1300x867.jpg 1300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-4-128x86.jpg 128w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-4.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Barques au bord de l&rsquo;Oural (illustration).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Le poisson c\u2019est son affaire&nbsp;<\/em>\u00bb s\u2019amuse Baourjane en d\u00e9signant Kouandyk de la t\u00eate. \u00ab&nbsp;<em>Je vais p\u00eacher parfois. Mais il n\u2019y a plus autant de poisson qu\u2019avant. Dans les ann\u00e9es 90, il \u00e9tait habituel de p\u00eacher des cendres de trois ou quatre kilos dans le fleuve. Mais ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es, je n\u2019en ai pas p\u00each\u00e9 un seul. Il y a parfois des aspes, tr\u00e8s petits&nbsp;: ils p\u00e8sent un demi-kilo, un kilo au maximum. Avant, je laissais repartir les poissons aussi petits<\/em>&nbsp;\u00bb raconte Kouandyk.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bac accoste et les passeurs aident les journalistes \u00e0 faire descendre la voiture sur la rive. Une autre voiture arrive d\u00e9j\u00e0 sur l\u2019autre rive, et les passeurs repartent pour la faire traverser.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un fleuve frontalier, marqueur de l\u2019histoire de la r\u00e9gion<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de ces endroits est retrac\u00e9e par leur toponymie et les noms des villages le long des deux rivages de l\u2019Oural. Sur la rive droite les noms des villages sont de consonance <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cosaques\">cosaques<\/a> comme Lbichtchensk, Kolovertno\u00ef\u00e9, <a href=\"http:\/\/www.maplandia.com\/kazakhstan\/uralsk\/skvorkino\/\">Skvorkino<\/a>, Iana\u00efkino. Sur la rive oppos\u00e9e, les villages portent des noms kazakhs comme Iesensa\u00ef, Kyzyljar, Karasou ou Akja\u00efyk. Cette d\u00e9limitation entre les rives a eu lieu il y a plus de 300 ans, lorsque les autorit\u00e9s imp\u00e9riales russes d\u00e9poss\u00e9d\u00e8rent les cosaques de la rive gauche. Ces derniers d\u00e9m\u00e9nag\u00e8rent sur la rive droite.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019aux ann\u00e9es 80, cela \u00e9tait encore visible dans la composition ethnique des villages. Sur la rive droite vivaient exclusivement des Russes et des Cosaques tandis que la rive gauche \u00e9tait habit\u00e9e principalement par des Kazakhs. A partir de la fin des ann\u00e9es 80, l\u2019\u00e9migration massive en Russie des russophones du Kazakhstan a eu pour r\u00e9sultat de remplacer la population cosaque par des Kazakhs.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019heure actuelle, dans les villages de la rive droite, \u00e0 Lbichtchensk ou \u00e0 Kaleno\u00ef\u00e9, ne vivent ni russes ni descendants des cosaques. Seules quelques croix dans les cimeti\u00e8res orthodoxes rappellent qu\u2019ils ont un jour peupl\u00e9 ces villages. A Merguenevo, des ruines d\u2019une ancienne \u00e9glise en t\u00e9moignent. C\u2019est en partie pour cette raison que les passeurs sont apparus dans ces r\u00e9gions.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une travers\u00e9e n\u00e9cessaire \u00e0 la vie des habitants dans la r\u00e9gion<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Les Kazakhs locaux, qui vivent maintenant sur les deux rives du fleuve, sont tr\u00e8s attach\u00e9s aux relations sociales traditionnelles et \u00e0 l\u2019appartenance \u00e0 une famille. Ils rendent souvent visite aux membres de leur qoudalar, ces liens de parent\u00e9 qui passent par le mariage des enfants\u00a0: les parents, les s\u0153urs et les fr\u00e8res du gendre ou de la bru.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette premi\u00e8re travers\u00e9e, les journalistes remontent le fleuve jusqu\u2019au village de Iesensa\u00ef, 30 kilom\u00e8tres plus loin. Iesensa\u00ef est l\u2019un des villages les plus anciens, fond\u00e9 il y a 200 ans. Non loin de ce village se trouve le cimeti\u00e8re du clan des Kynyks, o\u00f9 sont enterr\u00e9s ses membres. Une route de campagne m\u00e8ne en dehors du village. Au tournant, un panneau indique le nom du village et un autre, fait \u00e0 la main, \u00ab\u00a0BAC\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-5-1024x683.jpg\" alt=\"Environnement Oural Kazakhstan Fleuve For\u00eat\" class=\"wp-image-46826\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-5-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-5-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-5-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-5-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-5-1300x867.jpg 1300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-5-128x86.jpg 128w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-5.jpg 1680w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;Oural (illustration).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le chemin qui relie Iesensa\u00ef et le bac traverse lui aussi une for\u00eat. Le bois des alentours d\u2019Iesensa\u00ef fascine par sa beaut\u00e9 particuli\u00e8re&nbsp;: d\u2019\u00e9normes arbres centenaires entre des petits lacs, sans d\u00e9chets laiss\u00e9s par l\u2019homme. Il n\u2019est pas rare de voir dans les alentours des d\u00e9tritus jonchant les espaces naturels. Il n\u2019est pas difficile de d\u00e9nicher les passeurs&nbsp;: la seule route de terre battue conduit vers eux, \u00e0 travers la for\u00eat du lit majeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux hommes travaillent sur ce bac, Azamat et Nourbol. Les journalistes leur demandent pourquoi les bacs sont autant utilis\u00e9s sur cette partie du fleuve. \u00ab&nbsp;<em>Parce que pour se rendre \u00e0 la ville, on peut soit prendre la route non b\u00e9tonn\u00e9e, soit arriver directement sur la route qui relie <\/em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oural_(Kazakhstan)\"><em>Ouralsk<\/em><\/a><em> et <\/em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Atyraou\"><em>Atyraou<\/em><\/a><em> gr\u00e2ce au bac. Pour arriver au chef-lieu, Tchapa\u00efevo, il faut rouler 200 kilom\u00e8tres jusqu\u2019\u00e0 Ouralsk, puis de l\u00e0 encore 120 kilom\u00e8tres. Alors qu\u2019avec le bac, tu traverses et en une demi-heure tu es d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Tchapa\u00efevo<\/em>&nbsp;\u00bb explique Azamat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce bac ne se diff\u00e9rencie pratiquement pas du pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;: deux citernes m\u00e9talliques soud\u00e9es et un \u00ab&nbsp;pont&nbsp;\u00bb constitu\u00e9 de planches de bois. Les passeurs font traverser le bac par la force de leurs bras, en tirant sur le c\u00e2ble \u00e9tir\u00e9 d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre. Azamat regrette lui aussi que le niveau du fleuve baisse&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai peur que bient\u00f4t on traverse le fleuve \u00e0 pied. Personne n\u2019aura besoin du bac.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/environnement\/les-metiers-de-navigation-devenus-obsoletes-le-long-de-loural\/\"><strong>Les m\u00e9tiers de navigation devenus obsol\u00e8tes le long de l\u2019Oural<\/strong><\/a><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il montre aux journaliste un banc de sable avec de jeunes roseaux. \u00ab&nbsp;<em>L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, cette petite \u00eele est apparue. Cette ann\u00e9e, des roseaux ont commenc\u00e9 \u00e0 y pousser. Il y en a de plus en plus. Le niveau du fleuve baisse, le courant apporte du sable sans arr\u00eat. Si cette \u00eele continue \u00e0 grandir \u00e0 cette vitesse, j\u2019ai bien peur de devoir d\u00e9m\u00e9nager le bac plus loin&nbsp;<\/em>\u00bb rapporte Azamat.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les cosaques&nbsp;: une relation particuli\u00e8re avec l\u2019Oura<\/strong>l<\/h5>\n\n\n\n<p>Le bac d\u00e9pose Loukpan Akhmediarov et Raoul Ouporov sur la rive aux alentours de Merguenevo, \u00e0 80 kilom\u00e8tres de Tchapa\u00efevo. Dans les ann\u00e9es 20, l\u2019ancienne <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stanitsa\">stanitsa<\/a> \u00e9tait un bastion de l\u2019opposition des Cosaques de la r\u00e9gion contre le pouvoir sovi\u00e9tique. L\u2019histoire officielle raconte que le c\u00e9l\u00e8bre commandant rouge <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vassili_Tchapa%C3%AFev\">Vasili Tchapa\u00efev<\/a> s\u2019est noy\u00e9 dans l\u2019Oural un peu plus haut. Les Cosaques de la r\u00e9gion ont insist\u00e9 sur leur version des faits, selon laquelle leurs grands-p\u00e8res auraient massacr\u00e9 Tchapa\u00efev \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chachka\">chachka<\/a> non loin de ce village.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a plus de descendants de ces cosaques dans ce village. Gu\u00e9nnadi Ielov a 85 ans. Il fait partie de ceux qui ont quitt\u00e9 les lieux \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80. G\u00e9ographiquement, il n\u2019est pas parti tr\u00e8s loin. Il vit d\u00e9sormais avec son \u00e9pouse Valentina au village de <a href=\"https:\/\/www.google.fr\/maps\/place\/Tonkeris,+Kazakhstan\/@44.0640399,68.013212,5.75z\/data=!4m5!3m4!1s0x420245c26d974cdf:0x554282ad313bfdeb!8m2!3d44.1695887!4d66.8141255\">Tonkeris<\/a>, dans le district de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/District_de_Terekti\">Terekti<\/a>, 200 kilom\u00e8tres plus haut le long de l\u2019Oural.<\/p>\n\n\n\n<p>Gu\u00e9nnadi Ielov, bien qu\u2019il ait chang\u00e9 de lieu de r\u00e9sidence, continue de vivre sur les berges de l\u2019Oural. Comme les nombreuses g\u00e9n\u00e9rations qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, le vieil homme entretient une relation traditionnelle avec le fleuve\u00a0: il p\u00eache, ramasse des champignons et du bois dans la for\u00eat. Lorsque les journalistes sont arriv\u00e9s chez lui \u00e0 Tonkeris, sa petite fille Daria les a accueillis et inform\u00e9s que son grand-p\u00e8re \u00e9tait all\u00e9 dans la for\u00eat chercher des champignons.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une fa\u00e7on de vivre en communion avec le fleuve et la for\u00eat<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>La maison des Ielov est une preuve visible de la proximit\u00e9 entre le fleuve et la for\u00eat&nbsp;: sur la table, on trouve des conserves de champignons&nbsp;tandis qu\u2019une dizaine de poissons s\u00e9ch\u00e9s pendent du plafond, accroch\u00e9s \u00e0 des ficelles. Gr\u00e2ce \u00e0 ces derniers, Gu\u00e9nnadi Ielov est connu parmi les propri\u00e9taires de buvettes ouraliens. Ils viennent r\u00e9guli\u00e8rement le voir et lui en ach\u00e8tent. Son poisson s\u00e9ch\u00e9 a une consistance que les autres n\u2019obtiennent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Les acheteurs viennent d\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oural_(Kazakhstan)\">Ouralsk<\/a> et d\u2019Aksa\u00ef pour ce poisson s\u00e9ch\u00e9. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est toujours comme \u00e7a\u00a0: nous, les femmes, nous cuisinons et mettons \u00e0 s\u00e9cher, et tout le m\u00e9rite revient aux hommes. Ce n\u2019est pas lui qui pr\u00e9pare le poisson. Vous croyez qu\u2019il met tout \u00e0 s\u00e9cher, qu\u2019il les sale\u00a0? Il am\u00e8ne le poisson, le laisse l\u00e0, et c\u2019est moi qui trime. Je n\u2019y \u00e9chappe pas. Bient\u00f4t, le fleuve sera gel\u00e9. Je pourrai me reposer un peu<\/em>\u00a0\u00bb raconte Valentina Ielov en vidant du poisson frais, deux brochets et trois br\u00e8mes.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant appris la raison de la venue des journalistes, elle les pr\u00e9vient\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il ne va pas vous aider. Il a mauvais caract\u00e8re. Un cosaque. T\u00eatu. Il a son coin dans la for\u00eat au bord du fleuve, o\u00f9 il p\u00eache. Les gens d\u2019ici appellent cet endroit\u00a0le coin d\u2019Ielov. Il n\u2019y am\u00e8ne personne. Des gens sont venus de la ville pour le lui demander. Ils ont propos\u00e9 de l\u2019argent. Mais il a refus\u00e9 \u00e0 tout le monde.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Gu\u00e9nnadi Ielov arrive peu apr\u00e8s, sur sa moto. A peine a-t-il pris connaissance de la demande de Loukpan Akhmediarov et Raoul Ouporov qu\u2019il refuse cat\u00e9goriquement. \u00ab&nbsp;<em>Vous n\u2019avez rien \u00e0 faire l\u00e0-bas&nbsp;! Je ne vous y am\u00e8nerai pas.<\/em>&nbsp;\u00bb Les journalistes insistent pour le convaincre, mais le vieillard n\u2019en d\u00e9mord pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je ne vous montrerai pas<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Papi, je veux aller dans la for\u00eat. Je peux venir avec toi&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb. Sa petite fille Daria sauve la situation. Apparemment, le pouvoir de la petite fille sur son grand-p\u00e8re est sans limite. Il grommelle sans m\u00e9chancet\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tu es toujours dans mes pattes<\/em>&nbsp;\u00bb, puis il accepte de conduire les deux journalistes au fleuve.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><strong>Les changements dans l\u2019environnement, observ\u00e9 par les habitants<\/strong><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Le coin de Gu\u00e9nnadi Ielov s\u2019av\u00e8re \u00eatre \u00e0 un tournant de l\u2019Oural, au-dessus d\u2019un ravin. <em>\u00ab&nbsp;Pourquoi est-ce que je ne veux pas emmener d\u2019\u00e9trangers ici&nbsp;? Parce que d\u00e8s que des gens arrivent, tout se d\u00e9grade. Ils laissent leurs d\u00e9chets, allument des feux, abandonnent des bouteilles. Moi-m\u00eame je ne bois pas, et je ne plains pas les ivrognes.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Gu\u00e9nnadi Ielov montre la for\u00eat de ce c\u00f4t\u00e9 du rivage. <em>\u00ab&nbsp;Avant, un couple de pygargues \u00e0 queue blanche avait fait son nid ici. Ils aiment le poisson. Si ces oiseaux-l\u00e0 s\u2019installent au bord du fleuve, cela veut dire qu\u2019il y a du poisson. Mais mes pygargues sont partis depuis trois ans d\u00e9j\u00e0. Il n\u2019y a plus de poisson dans le fleuve. Avant, j\u2019en p\u00eachais \u00e0 foison ! Maintenant, il n\u2019y a que des esp\u00e8ces ind\u00e9sirables&nbsp;: des petits rotengles et d\u2019autres de ce genre. Il y a 10 ans, je rel\u00e2chais ces poissons-l\u00e0. Maintenant, c\u2019est tout ce que je p\u00eache ici \u00bb<\/em> raconte Gu\u00e9nnadi Ielov.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"681\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-6-min-1-1024x681.png\" alt=\"Oural Kazakhstan Changement Climatique Fleuve \" class=\"wp-image-46827\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-6-min-1-1024x681.png 1024w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-6-min-1-300x200.png 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-6-min-1-768x511.png 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-6-min-1-128x86.png 128w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2021\/05\/Oural-6-min-1.png 1233w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Gu\u00e9nnadi Ielov observant l&rsquo;Oural.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, le vieillard est plus inqui\u00e9t\u00e9 par l\u2019\u00e9tat de la for\u00eat que par le poisson. Il am\u00e8ne les visiteurs d\u2019un creux \u00e0 l\u2019autre et leur montre des fosses s\u00e8ches couvertes d\u2019herbe. \u00ab&nbsp;<em>Avant, tout \u00e9tait recouvert d\u2019eau. Ici, il y avait de l\u2019eau. Au printemps, les carpes d\u2019eau peu profonde venaient pondre ici. A la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 et \u00e0 l\u2019automne nous venions. Elles avaient grossi pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, comme des petits cochons. Maintenant, c\u2019est inimaginable, personne ne croirait cela dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 sont les fosses<\/em>&nbsp;\u00bb raconte Gu\u00e9nnadi Ielov.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis il les emm\u00e8ne dans une clairi\u00e8re. Il demande aux journalistes de regarder la lisi\u00e8re du bois. \u00ab&nbsp;<em>Regarde, tu vois comme les cimes sont s\u00e8ches&nbsp;? Pas un seul arbre n\u2019est en bonne sant\u00e9. Ils s\u2019ass\u00e8chent tous. Il n\u2019y a pas d\u2019eau. Avant, quand j\u2019allais \u00e0 la p\u00eache ou dans la for\u00eat, je ne prenais pas d\u2019eau avec moi. Du ravin, on \u00e9tait plus pr\u00e8s, on pouvait boire de l\u2019eau pure. Maintenant il n\u2019y en a plus. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de creuser des puits au village. Des sp\u00e9cialistes sont venus avec leurs technologies. Ils ont creus\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 80 m\u00e8tres de profondeur, mais il n\u2019y avait pas d\u2019eau. Voil\u00e0 pourquoi le bois s\u2019ass\u00e8che. J\u2019ai peur que mes enfants ne voient pas tout \u00e7a<\/em>&nbsp;\u00bb dit Gu\u00e9nnadi Ielov en d\u00e9signant sa petite fille Daria d\u2019un signe de t\u00eate.<\/p>\n\n\n<p style=\"background-color: #d4d4d4;\"><span style=\"color: #000000;\">Envie d'Asie centrale dans votre bo\u00eete mail ? Inscrivez-vous gratuitement \u00e0 notre newsletter hebdomadaire <strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/2ff41361.sibforms.com\/serve\/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N\">en cliquant ici.<\/a><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Selon lui, la chute du niveau de l\u2019eau est l\u2019\u0153uvre de l\u2019homme. Les barrages, les canaux et la d\u00e9forestation incontr\u00f4lable \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90 auraient conduit l\u2019Oural \u00e0 \u00eatre priv\u00e9 de sa for\u00eat rivulaire. Selon lui, pendant sa jeunesse, l\u2019Oural \u00e9tait si haut au printemps qu\u2019il arrivait qu\u2019on ne voie plus l\u2019autre rive.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le projet \u00ab&nbsp;D\u00e9veloppement du journalisme&nbsp;: les probl\u00e8mes du changement climatique&nbsp;\u00bb vise \u00e0 montrer et r\u00e9soudre les probl\u00e8mes caus\u00e9s par le changement climatique, tout en d\u00e9veloppant et renfor\u00e7ant le secteur des m\u00e9dias ind\u00e9pendants en Asie centrale. Retrouvez&nbsp;<a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/tag\/le-changement-climatique-en-asie-centrale\/\">tous les articles de cette s\u00e9rie ici<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Loukpane Akhm\u00e9diarov<\/strong><br><strong>Journaliste pour Vlast.kz<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Traduit du <\/strong><a href=\"https:\/\/vlast.kz\/story\/43543-ranse-byla-reka.html\"><strong>russe<\/strong><\/a><strong> par Paulinon Vanack\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Edit\u00e9 par Laura Sauques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Relu par V\u00e9ronique Tapponnier<\/strong><\/p>\n\n\n<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous am\u00e9liorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href=\"https:\/\/forms.gle\/3M7U3fyMRXAiaZmJA\">r\u00e9pondre anonymement \u00e0 ce questionnaire<\/a> ou nous envoyer un email \u00e0 <a href=\"mailto:redaction@novastan.org\">redaction@novastan.org<\/a>. Merci beaucoup !<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA VIE AU FIL DU FLEUVE &#8211; L\u2019Oural, la troisi\u00e8me plus longue rivi\u00e8re d\u2019Europe, a perdu de sa profondeur ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es. C&rsquo;est devenu particuli\u00e8rement visible ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es. Pour mieux comprendre en quoi l\u2019ass\u00e8chement de l\u2019Oural change la vie des riverains, les journalistes Loukpan Akhmediarov et Raoul Ouporov sont all\u00e9s \u00e0 la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1109,"featured_media":46817,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[3981,4],"tags":[846,428,470,4621,3696,1956],"coauthors":[4417,4300],"class_list":["post-46792","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-environnement","category-kazakhstan","tag-eau","tag-environnement","tag-kazakhstan","tag-le-changement-climatique-en-asie-centrale","tag-oural","tag-traduction"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46792","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1109"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=46792"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46792\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/46817"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=46792"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=46792"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=46792"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=46792"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}