{"id":41421,"date":"2020-12-05T07:36:00","date_gmt":"2020-12-05T06:36:00","guid":{"rendered":"https:\/\/novastan.org\/fr\/?p=41421"},"modified":"2021-01-22T13:18:39","modified_gmt":"2021-01-22T12:18:39","slug":"au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang\/","title":{"rendered":"Au Kazakhstan, l&rsquo;enfer des rescap\u00e9s du Xinjiang"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Les citoyens chinois d\u2019ethnie kazakhe sont, \u00e0 l\u2019instar des Ou\u00efghours, la cible d&rsquo;une r\u00e9pression extr\u00eamement violente en Chine. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus dans les camps d\u2019internement cr\u00e9\u00e9s par le gouvernement chinois afin de \u00ab&nbsp;r\u00e9-\u00e9duquer&nbsp;\u00bb les populations musulmanes du Xinjiang, soup\u00e7onn\u00e9es de radicalisation religieuse et de s\u00e9paratisme. Apr\u00e8s avoir subi torture et travail forc\u00e9, certains ont pu fuir la Chine mais leur calvaire ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re. T\u00e9moignages.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publi\u00e9 le 4 septembre 2020 par le m\u00e9dia kazakh <a href=\"https:\/\/vlast.kz\/obsshestvo\/41550-vybratsa-iz-sinczana.html\">Vlast<\/a>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la r\u00e9gion autonome ou\u00efghoure du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Xinjiang\">Xinjiang<\/a>, en Chine se trouvent pas moins d&rsquo;1,5 million de Kazakhs, plus de 11 millions <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ou%C3%AFghours\">d\u2019Ou\u00efghours<\/a>, pr\u00e8s d\u2019un million de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dounganes\">Dounganes<\/a> et environ 200&nbsp;000 Kirghiz<em>. <\/em>La politique de r\u00e9pression extr\u00eamement violente du pouvoir central chinois depuis le tournant des ann\u00e9es 2010 et qui vise ces populations, majoritairement musulmanes et <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Peuples_turcs\">turciques<\/a>, a conduit \u00e0 l\u2019enfermement du plus d\u2019un million d\u2019individus, <a href=\"https:\/\/www.amnesty.org\/fr\/latest\/news\/2018\/09\/china-xinjiang-families-of-up-to-one-million-detained-demand-answers\/\">selon Amnesty International<\/a>. <\/p>\n\n\n<p style=\"background-color: #d4d4d4;\"><span style=\"color: #000000;\">Novastan est le seul m\u00e9dia europ\u00e9en (en fran\u00e7ais, en allemand et en anglais) sp\u00e9cialis\u00e9 sur l'Asie centrale. 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L\u2019enfer v\u00e9cu par les Kazakhs de Chine parvenus \u00e0 fuir les camps pour rejoindre le Kazakhstan t\u00e9moigne de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.novastan.org\/fr\/kazakhstan\/la-capitale-du-kazakhstan-renommee-nur-sultan\/\">Nur-Sultan<\/a> et des pressions politiques exerc\u00e9es par la Chine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G\u00fclzira Awelkhan, rest\u00e9e 15 mois dans un camp<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>G\u00fclzira Awelkhan, \u00e2g\u00e9e de 41 ans, est n\u00e9e dans la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pr%C3%A9fecture_autonome_kazakhe_d%27Ili\">pr\u00e9fecture autonome kazakhe d\u2019Ili<\/a>, en Chine. En 2014, elle d\u00e9m\u00e9nage au Kazakhstan avec sa fille cadette et son mari. Une partie de sa famille, dont sa fille a\u00een\u00e9e, reste en Chine. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"600\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/1-Gu\u0308lizira-Awelkhan.jpg\" alt=\"G\u00fclzira Awelkhan Kazakhstan Chine Camps Xinjiang\" class=\"wp-image-41518\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/1-Gu\u0308lizira-Awelkhan.jpg 900w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/1-Gu\u0308lizira-Awelkhan-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/1-Gu\u0308lizira-Awelkhan-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/1-Gu\u0308lizira-Awelkhan-128x86.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption>G\u00fclzira Awelkhan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En 2017, G\u00fclzira Awelkhan se rend en Chine afin de rendre visite \u00e0 son p\u00e8re, qui est gravement malade. Mais apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la fronti\u00e8re, la police lui confisque son passeport et l\u2019interroge. Quelques heures plus tard, elle est transf\u00e9r\u00e9e dans un camp o\u00f9 elle est d\u00e9tenue pendant 15 longs mois. Son sort ressemble \u00e0 celui de centaines de Kazakhs partis de Chine, qui pour une raison ou pour une autre, y sont retourn\u00e9s et se sont retrouv\u00e9s pi\u00e9g\u00e9s dans les camps chinois.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Mon passeport a \u00e9t\u00e9 saisi \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Khorgos\">Khorgos<\/a><\/em> (le point de passage \u00e0 la fronti\u00e8re sino-kazakhe, ndlr) <em>et transmis \u00e0 la police locale. Le policier m\u2019a dit&nbsp;: Si tu essaies de retourner au Kazakhstan, je ne te laisserai jamais partir. Je n\u2019ai pas compris et j\u2019ai demand\u00e9&nbsp;:&nbsp;Pourquoi ? Ma famille est l\u00e0-bas. Ai-je tu\u00e9 quelqu\u2019un&nbsp;? Ai-je braqu\u00e9 une banque&nbsp;?&nbsp;Il m\u2019a r\u00e9pondu&nbsp;: je t\u2019emm\u00e8nerai dans un endroit dont tu ne pourras jamais sortir. Je l\u2019ai donc provoqu\u00e9&nbsp;et j\u2019ai dit&nbsp;:&nbsp;allez-y&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em>, se souvient G\u00fclzira Awelkhan dans un entretien avec le m\u00e9dia kazakh Vlast. La police chinoise l\u2019interroge, pr\u00e9l\u00e8ve ses empreintes digitales puis lui fait lire un livre \u00e0 haute voix pour enregistrer sa voix.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ensuite, on m\u2019a amen\u00e9e chez mon beau-fr\u00e8re o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 la nuit. Le lendemain matin, la police chinoise est venue me chercher. J\u2019ai dit que je venais voir mon p\u00e8re car il \u00e9tait malade. Ils m\u2019ont r\u00e9pondu que je rentrerai dans 15 jours. Alors j\u2019ai dit que j\u2019avais besoin de prendre quelques v\u00eatements, mais on m\u2019a r\u00e9pondu que ce n\u2019\u00e9tait pas la peine, qu\u2019on me donnerait des v\u00eatements sp\u00e9ciaux, puis on m\u2019a emmen\u00e9 dans le camp. Les 15 jours se sont transform\u00e9s en 15 mois&nbsp;\u00bb<\/em>, raconte G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/camps-de-re-education-au-xinjiang-on-peut-rester-dans-ces-camps-tres-longtemps-certains-a-perpetuite\/\">Camps de r\u00e9-\u00e9ducation au Xinjiang&nbsp;: \u00ab\u00a0On peut rester dans ces camps tr\u00e8s longtemps, certains \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9\u00a0\u00bb<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le camp se trouvaient pr\u00e8s de 800 femmes&nbsp;: Ou\u00efghoures et Kazakhes notamment. Pour emp\u00eacher toute communication entre elles, les femmes d\u2019une m\u00eame ethnie ne partagent jamais la m\u00eame cellule.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Certaines avaient des toilettes, d\u2019autres, non\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le matin, nous allions en cours en rang, comme du b\u00e9tail, puis le soir ils nous emmenaient dans des dortoirs collectifs. Lorsqu\u2019ils nous donnaient l\u2019ordre de se coucher ou de se lever, on ob\u00e9issait. Certaines avaient des toilettes, d\u2019autres, non\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit G\u00fclzira Awelkhan.<em> \u00ab\u00a0On dormait sur le c\u00f4t\u00e9, car les chambres \u00e9taient surpeupl\u00e9es et nous n\u2019avions pas assez de place. Ils nous interdisaient de s\u2019allonger sur le dos parce qu\u2019ils pensaient que dans cette position, nous pourrions prier. On sortait vers cinq heures du matin puis on revenait le soir, entre 21 heures et 22 heures\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute-t-elle. <\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Entre les chambres et les salles de travail, il y avait une ligne jaune au sol. Les \u00ab&nbsp;\u00e9tudiants&nbsp;\u00bb suivaient la ligne jaune en deux rangs. De part et d\u2019autre, il y avait des lignes blanches. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les instituteurs, de l\u2019autre, les gardiens. S\u2019il nous arrivait de tousser et ou faire le moindre geste, les gardiens nous frappait la t\u00eate avec des b\u00e2tons. Chaque personne avait deux minutes pour faire ses besoins et sa toilette. Si nous restions davantage, ils nous battaient jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on arrive dans la classe. \u00c0 cause de \u00e7a, on avait des \u0153d\u00e8mes, les yeux rouges et une mauvaise haleine&nbsp;\u00bb<\/em>, raconte G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des produits st\u00e9rilisants<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour chaque geste, il faut demander l\u2019autorisation en chinois. <em>\u00ab&nbsp;Si nous nous d\u00e9placions sans permission, on nous disait qu\u2019on \u00e9tait rep\u00e9r\u00e9s par la cam\u00e9ra et on nous amenait dans une pi\u00e8ce \u00e0 part. Dans cette pi\u00e8ce se trouvait une chaise \u00e0 laquelle nous \u00e9tions attach\u00e9es avec des menottes. Au moindre mouvement, les menottes se resserraient sur nos poignets \u00bb<\/em>, se souvient-elle.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Trois mois plus tard, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 nous injecter des produits, sans jamais qu\u2019on nous explique vraiment de quoi il s&rsquo;agissait. On nous a dit que cette piq\u00fbre \u00e9tait administr\u00e9e pour la toux. Apr\u00e8s ces injections, beaucoup de femmes n\u2019avaient plus leurs r\u00e8gles\u00a0\u00bb<\/em>, dit G\u00fclzira Awelkhan. <em>\u00ab\u00a0Ils nous faisaient cette piq\u00fbre tous les jours, puis ils nous donnaient des petits cachets blancs. Les m\u00e9decins et les infirmi\u00e8res venaient contr\u00f4ler. Ils nous obligeaient \u00e0 manger du porc, ils appelaient \u00e7a \u00ab&nbsp;la nourriture familiale&nbsp;\u00bb. Au d\u00e9but, on refusait, on pleurait, mais apr\u00e8s ces piq\u00fbres, on oubliait tout et on ne pensait qu\u2019\u00e0 manger. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0C\u2019est mon certificat de mariage qui m\u2019a sauv\u00e9 du viol\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Puis, les autorit\u00e9s chinoises ont donn\u00e9 un travail \u00e0 G\u00fclzira Awelkhan&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Ils m\u2019ont dit que j\u2019allais travailler, gr\u00e2ce \u00e0 la bonne politique du gouvernement chinois\u00a0\u00bb<\/em>, se souvient-elle.<em> \u00ab\u00a0Je pensais faire du m\u00e9nage, quelque chose d\u2019ordinaire, mais j\u2019ai atterri dans un endroit o\u00f9 on mettait des femmes \u00e0 disposition des hommes. Je rangeais leurs affaires, je faisais leur lit. Puis des hommes entraient dans leur chambre et fermaient les rideaux pendant plusieurs heures. J\u2019ai fait \u00e7a pendant six mois puis on m\u2019a ramen\u00e9 au camp. C\u2019est mon certificat de mariage qui m\u2019a sauv\u00e9 du viol. Les femmes veuves ou divorc\u00e9es \u00e9taient viol\u00e9es, on venait les cherchait en pleine nuit et elles ne revenaient pas&nbsp;\u00bb<\/em>, d\u00e9crit G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le camp, les interrogatoires \u00e9taient incessants. <em>\u00ab&nbsp;Ils nous demandaient si nous \u00e9tions all\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, si nous faisions la pri\u00e8re, si nous croyions en Allah.&nbsp;On m\u2019a interrog\u00e9 27 fois durant 15 mois\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit G\u00fclzira Awelkhan. <em>\u00ab\u00a0Parfois je pensais \u00e0 ma famille, \u00e0 mes proches et je pleurais. Si nous pleurions, on nous attachait \u00e0 la chaise avec les menottes pendant 12, 16 ou 24 heures&nbsp;\u00bb<\/em>, explique la rescap\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/dans-la-region-ouighoure-la-surveillance-detat-au-plus-pres-des-familles\/\">Dans la r\u00e9gion ou\u00efghoure, la surveillance d\u2019\u00c9tat au plus pr\u00e8s des familles<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le camp, les gardiens chinois br\u00fblaient des exemplaires du Coran et les tapis de pri\u00e8re. <em>\u00ab&nbsp;Il y en avait beaucoup. Ils disaient aux familles des d\u00e9tenus&nbsp;d\u2019apporter tout ce qu\u2019elles poss\u00e9daient qui \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 la religion, comme le Coran et les tapis de pri\u00e8re. En \u00e9change, le Parti les pardonnerait\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit G\u00fclzira Awelkhan. <em>\u00ab\u00a0On nous disait&nbsp;: apprenez le chinois, il n\u2019y a pas d\u2019autres langues ni d\u2019autres ethnies&nbsp;: Kazakhs, Ou\u00efghours, Kirghiz, vous ressemblez aux Chinois. Vous vivez sur les terres chinoises, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019argent chinois. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des examens de langue chinoise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait parfois des contr\u00f4les de dirigeants du Parti communiste chinois : <em>\u00ab&nbsp;Lorsqu\u2019ils venaient, ils nous teignaient nos cheveux blancs, nous maquillaient et nous parfumaient. Nos chambres \u00e9taient d\u00e9cor\u00e9es. Ils mettaient au premier rang les gens qui parlaient chinois. Nous devions les accueillir avec un sourire, puis sortions \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du camp et nous dansions. Nous chantions des chansons \u00e0 la gloire de la nation chinoise\u00a0\u00bb<\/em>, raconte G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"622\" height=\"350\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/Camps-Xinjiang.jpg\" alt=\"Ou\u00efghours Kazakhs Musulmans Chine Xinjiang Camps\" class=\"wp-image-41496\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/Camps-Xinjiang.jpg 622w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/Camps-Xinjiang-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 622px) 100vw, 622px\" \/><figcaption>Des hommes d\u00e9tenus dans un camp d&rsquo;internement au Xinjiang<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Un examen de langue chinoise avait lieu chaque semaine. <em>\u00ab<\/em>&nbsp;<em>Nous \u00e9tions oblig\u00e9es de tricher car il \u00e9tait difficile d\u2019apprendre la langue. Nous \u00e9crivions les r\u00e9ponses sur nos doigts. Ils nous disaient que si l\u2019on r\u00e9ussissait, on aurait le droit de sortir\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Il nous \u00e9tait permis de voir nos proches une fois par mois, pendant 15 minutes. Je ne voyais pas mon mari car il \u00e9tait au Kazakhstan. Quant aux proches, je les voyais \u00e0 travers la grille. Ils venaient une fois tous les trois mois car ils habitaient loin. Leurs t\u00e9l\u00e9phones ont \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9s, on notait tous leurs contacts. Six mois apr\u00e8s, la \u00ab&nbsp;bonne politique du gouvernement&nbsp;\u00bb nous a permis de se voir t\u00eate \u00e0 t\u00eate. Mais nous ne voulions pas que nos proches viennent de peur qu\u2019on ne les retienne dans les camps<\/em>&nbsp;\u00bb, confie t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/lagman-et-paranoia-a-khorgos-pourquoi-linfluence-chinoise-a-la-frontiere-kazakhe-est-en-declin\/\">Lagman et parano\u00efa \u00e0 Khorgos : pourquoi l\u2019influence chinoise \u00e0 la fronti\u00e8re kazakhe est en d\u00e9clin<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La fille a\u00een\u00e9e de G\u00fclzira Awelkhan, rest\u00e9e en Chine, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 intern\u00e9e dans un camp. Les autorit\u00e9s chinoises ont \u00e9chafaud\u00e9 une raison pour la convoquer. \u00ab&nbsp;<em>Comme elle \u00e9tait institutrice, elle pouvait circuler plus librement mais je ne sais pas dans quel camp elle \u00e9tait&nbsp;\u00bb<\/em>, explique G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des fonctionnaires chinois chez soi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 15 mois, G\u00fclzira Awelkhan est lib\u00e9r\u00e9e. En rentrant \u00e0 son domicile en Chine, elle y d\u00e9couvre trois inconnues&nbsp;: deux Ou\u00efghoures et une Chinoise. \u00ab&nbsp;<em>Elles m\u2019ont observ\u00e9. Puis nous nous sommes salu\u00e9es, nous avons mang\u00e9 ensemble et pris des photos. En partant le lendemain, elles ont laiss\u00e9 20 yuans. J\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 la femme chinoise pourquoi elle me donnait de l\u2019argent, elle m\u2019a r\u00e9pondu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Votre famille est notre famille<\/em>&nbsp;<em>\u00bb\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit G\u00fclzira Awelkhan. Comme <a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2018\/05\/13\/chine-visites-imposees-de-fonctionnaires-dans-des-foyers-du-xinjiang\">le relate Human Rights Watch<\/a>, depuis 2014, des fonctionnaires chinois se rendent syst\u00e9matiquement dans les familles musulmanes du Xinjiang pour observer leurs membres et contr\u00f4ler leur int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 chinoise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain de sa lib\u00e9ration, G\u00fclzira Awelkhan est convoqu\u00e9e pour faire de la propagande en faveur des camps aupr\u00e8s des habitants de son village. <em>\u00ab<\/em>&nbsp;<em>Je devais mentir et convaincre les gens qu\u2019aller dans un camp pour \u00e9tudier le chinois et suivre des formations \u00e9tait une belle opportunit\u00e9 \u00bb<\/em>, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, les autorit\u00e9s chinoises autorisent G\u00fclzira \u00e0 rentrer au Kazakhstan. <em>\u00ab&nbsp;On m\u2019a demand\u00e9 de me rendre au Kazakhstan et dire \u00e0 mon mari que j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9e malade, que j\u2019avais perdu mon passeport\u00a0\u00bb<\/em>, se souvient G\u00fclzira Awelkhan. <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer mes papiers, mais ils m\u2019ont dit que je partirai seulement avec mon permis de s\u00e9jour, qu\u2019ils me donneraient 250&nbsp;000 yuans, et qu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re je serai accueillie par leurs agents. On m\u2019a dit de ne rien dire sur les camps. J\u2019avais peur de prendre de l\u2019argent, mais j\u2019ai promis que je reviendrai en Chine et que je ne dirai pas un mot sur le camp.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/pourquoi-la-cause-ouighoure-peine-a-prendre-en-france\/\">Pourquoi la cause ou\u00efghoure peine \u00e0 prendre en France<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais la Chine n\u2019a pas laiss\u00e9 G\u00fclzira Awelkhan tranquille bien longtemps. Apr\u00e8s quatre jours au Kazakhstan, les autorit\u00e9s chinoises l\u2019ont appel\u00e9e pour la faire travailler dans une usine pendant trois mois. <em>\u00ab&nbsp;Nous y avons cousu des gants \u00bb<\/em>, dit-elle. <em>\u00ab\u00a0Tous les samedis, nous rentrions \u00e0 la maison et la semaine nous \u00e9tions log\u00e9es dans une auberge. J&rsquo;ai cousu environ 20 gants par jour. Ma fille a\u00een\u00e9e y travaillait \u00e9galement\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La menace d&rsquo;un retour dans les camps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un certain temps, les ouvriers ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 appeler leurs proches. <em>\u00ab Mon mari me demandait de revenir mais je n&rsquo;avais pas de passeport. Nous avons donc attendu trois mois \u00bb<\/em>, dit-elle. <em>\u00ab&nbsp;Un jour, les Chinois nous ont demand\u00e9 de signer un document. Si on refusait de le signer, on nous emmenait \u00e0 nouveau dans un camp. J\u2019ai alors demand\u00e9 : \u00c7a fait presque deux ans que je suis ici, quand aurais-je le droit de rentrer chez moi&nbsp;? On m\u2019a alors r\u00e9pondu&nbsp;: Quand tu signeras ce papier, nous le remettrons au bureau des affaires int\u00e9rieures, apr\u00e8s quoi nous recevrons de l\u2019argent et vous serez lib\u00e9r\u00e9e. Alors, j\u2019ai \u00e9crit \u00e0 mon mari et je lui ai demand\u00e9 de me ramener au Kazakhstan par tous les moyens, que je risquais de mourir s\u2019il ne m\u2019aidait pas. Il s\u2019est alors adress\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/twitter.com\/atajurt?lang=fr\">Atajourt<\/a>, une organisation qui soutient les Kazakhs de Chine r\u00e9fugi\u00e9s au Kazakhstan, et on m\u2019a conseill\u00e9 de ne pas signer ce document\u00a0\u00bb<\/em>, explique-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/2-Gu\u0308lzira-Awelkhan-1024x682.jpg\" alt=\"G\u00fclzira Awelkhan\" class=\"wp-image-41520\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/2-Gu\u0308lzira-Awelkhan-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/2-Gu\u0308lzira-Awelkhan-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/2-Gu\u0308lzira-Awelkhan-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/2-Gu\u0308lzira-Awelkhan-128x86.jpg 128w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/2-Gu\u0308lzira-Awelkhan.jpg 1160w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>G\u00fclzira Awelkhan avec son mari et sa fille cadette<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le 29 d\u00e9cembre 2018, \u00e0 l\u2019occasion des c\u00e9l\u00e9brations du Nouvel An, les ouvriers sont autoris\u00e9s \u00e0 partir plus t\u00f4t. Mais au moment de partir, ils sont de nouveau r\u00e9unis et menac\u00e9s. Comme G\u00fclzira Awelkhan et sa fille refusent de signer le document, elles sont emmen\u00e9es au commissariat. Une fois l\u00e0-bas, les policiers chinois analysent le t\u00e9l\u00e9phone de G\u00fclzira Awelkhan et trouvent la conversation qu\u2019elle a eu avec son mari. Ils l&rsquo;interrogent et elle est oblig\u00e9e d&rsquo;avouer qu&rsquo;elle lui a tout racont\u00e9 au sujet du camp.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00fclzira Awelkhan et sa fille sont alors emmen\u00e9es au sous-sol du commissariat.<em> \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait effrayant. J\u2019ai cru vivre mes derniers instants. Ils m\u2019ont pos\u00e9 une question en chinois, \u00e0 laquelle je n\u2019ai pas pu r\u00e9pondre. Puis ils m\u2019ont \u00e9lectrocut\u00e9. Quand j\u2019ai perdu connaissance, ils m\u2019ont jet\u00e9 de l\u2019eau au visage et j\u2019ai repris mes esprits. Ils ont repris l\u2019interrogatoire en chinois. Ils m\u2019ont plant\u00e9 des clous dans les mains, auxquels ils ont attach\u00e9 mes cheveux. J\u2019ai cru que ma nuque allait se casser. Puis ils m\u2019ont rentr\u00e9 des aiguilles sous les ongles \u00bb<\/em>, raconte-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Tu as trahi ta patrie en mangeant leur pain et en buvant leur eau\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain matin, G\u00fclzira Awelkhan est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 des policiers kazakhs. En les voyant, elle fond en larmes. <em>\u00ab&nbsp;Pourquoi tu pleures&nbsp;? Nous sommes l\u00e0 pour toi. Que faisais-tu dans une organisation ill\u00e9gale&nbsp;? Tu as trahi ta patrie en mangeant leur pain et en buvant leur eau&nbsp;\u00bb<\/em>, affirment les policiers. G\u00fclzira Awelkhan cherche alors \u00e0 comprendre pourquoi on l\u2019emp\u00eache de retourner au Kazakhstan alors qu\u2019elle a une carte de s\u00e9jour. Elle leur explique que les policiers chinois ont confisqu\u00e9 son passeport, son acte de mariage et sa carte de s\u00e9jour. Puis ils emm\u00e8nent G\u00fclzira Awelkhan dans un caf\u00e9 et lui offrent \u00e0 manger. Ils lui promettent qu\u2019elle rentrera bient\u00f4t au Kazakhstan. Deux jours plus tard, G\u00fclzira Awelkhan est autoris\u00e9e \u00e0 rentrer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/xinjiang-identites-en-sursis\/\">Xinjiang, identit\u00e9s en sursis<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Au poste de contr\u00f4le frontalier, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9shabill\u00e9e et on a fouill\u00e9 toute ma valise. Quand nous sommes arriv\u00e9s au contr\u00f4le des passeports, le policier a parl\u00e9 avec les agents et ils m\u2019ont laiss\u00e9 passer sans contr\u00f4le. Je crois qu\u2019il a dit que j\u2019avais pass\u00e9 \u00ab&nbsp;la r\u00e9\u00e9ducation&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s cela, j\u2019ai pass\u00e9 la fronti\u00e8re et j\u2019\u00e9tais enfin au Kazakhstan. J\u2019ai fondu en larmes&nbsp;\u00bb<\/em>, explique G\u00fclzira Awelkhan.  <\/p>\n\n\n\n<p><strong>De nombreux signes de traumatisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux semaines apr\u00e8s son retour, elle d\u00e9cide de raconter ce qu\u2019elle a v\u00e9cu. <em>\u00ab&nbsp;On m\u2019a demand\u00e9 pourquoi j\u2019avais \u00e9t\u00e9 absente pendant deux ans et comment j\u2019avais pu rentrer sans passeport. Alors j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de tout expliquer, malgr\u00e9 le serment que j\u2019avais fait aux Chinois. Au d\u00e9but, je voulais tenir cette promesse, mais trop de gens disparaissent, trop de gens souffrent. Je suis devenu proche des autres d\u00e9tenus, nous avons partag\u00e9 le pain. Quand j\u2019ai pu partir, d\u2019autres personnes m\u2019ont suppli\u00e9 de les sauver. Il y avait des gens fragiles, des personnes \u00e2g\u00e9es et handicap\u00e9es. Certains devenaient fous <\/em>\u00bb, explique G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec un titre de s\u00e9jour temporaire, les Kazakhs de Chine sont oblig\u00e9s de rentrer sur le territoire chinois tous les six mois. G\u00fclzira Awelkhan a donc sollicit\u00e9 les autorit\u00e9s kazakhes pour obtenir la nationalit\u00e9. Mais sa demande est rest\u00e9e lettre morte. Elle s\u2019est donc tourn\u00e9e vers les m\u00e9dias et les ONG, ce qui lui a permis de recevoir l\u2019aide d\u2019un avocat et d&rsquo;obtenir le statut de r\u00e9fugi\u00e9e, puis la nationalit\u00e9 kazakhe.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00fclzira Awelkhan pr\u00e9sente de nombreux signes de traumatisme. <em>\u00ab&nbsp;Durant ces 18 mois, j\u2019ai vu de mes propres yeux la fa\u00e7on dont ils bafouent les droits humains. Je n\u2019arrive plus \u00e0 regarder les informations \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision car cela me rappelle les camps. Je ne comprends m\u00eame pas la t\u00e9l\u00e9vision au Kazakhstan\u00a0\u00bb, <\/em>d\u00e9crit-elle.<em> \u00ab\u00a0En Chine, il n\u2019y a pas de films, on montre Xi Jinping du matin au soir et on r\u00e9p\u00e8te sans cesse que la Chine est riche et prosp\u00e8re, par rapport aux autres pays o\u00f9 il n\u2019y a que des guerres et des manifestations. Je n\u2019ai plus de force, m\u00eame pour p\u00e9trir de la p\u00e2te. J\u2019ai sans cesse des migraines. Ma m\u00e9moire est d\u00e9faillante. Une fois, j\u2019ai oubli\u00e9 le chemin pour ramener ma fille de l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb<\/em>, explique-t-elle.<em> <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Je ne peux plus travailler, seul mon mari travaille et tout ce qu\u2019il gagne, je le d\u00e9pense pour acheter des m\u00e9dicaments. Mais les m\u00e9decins ne savent pas comment me soigner. Parfois, mes r\u00e8gles durent plus de deux semaines. Je ne sais pas si je pourrai de nouveau avoir un enfant\u00a0\u00bb<\/em>, s&rsquo;inqui\u00e8te G\u00fclzira Awelkhan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Nous combattons sur deux fronts \u00e0 la fois&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Apr\u00e8s que le Kazakhstan a obtenu son ind\u00e9pendance, pr\u00e8s de 200 000 Kazakhs ont quitt\u00e9 la Chine pour rejoindre leur patrie gr\u00e2ce \u00e0 un programme d\u2019incitation au retour\u00a0\u00bb<\/em>, explique \u00e0 Vlast, Serikjan Bilach, un Kazakh lui-m\u00eame rentr\u00e9 de Chine en 2000. Son association Naghyz Atajurt Eriktileri, \u00ab\u00a0les Vrais Volontaires de la Patrie\u00a0\u00bb en kazakh, soutient les Kazakhs du Xinjiang qui ont r\u00e9ussi \u00e0 fuir les camps et \u00e0 s\u2019installer au Kazakhstan.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/3-Serijkan-1024x682.jpg\" alt=\"Serijkan Bilach Atajurt Kazakhstan Chine Xinjiang Camps\" class=\"wp-image-41521\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/3-Serijkan-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/3-Serijkan-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/3-Serijkan-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/3-Serijkan-128x86.jpg 128w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/3-Serijkan.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Serijkan Bilach et son association soutiennent les Kazakhs du Xinjiang qui ont r\u00e9ussi \u00e0 fuir.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Si on compte ceux qui y r\u00e9sident avec un titre de s\u00e9jour temporaire, les Kazakhs qui sont pass\u00e9s de Chine au Kazakhstan serait environ 500&nbsp;000. Tous ont de la famille en Chine. Les enfants de certains \u00e9tudient ici, alors que leurs parents sont rest\u00e9s en Chine\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit Serikjan Bilach<em>. \u00ab\u00a0Des hommes font des affaires ici, tandis que leurs femmes et enfants habitent en Chine. Des retrait\u00e9s reviennent vivre au Kazakhstan alors que leurs enfants travaillent en Chine. Beaucoup de familles sont partag\u00e9es entre les deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re. Il n\u2019existe aucune \u00e9tude statistique \u00e0 ce sujet, mais nous estimons qu\u2019entre 700 -000 et 800 000 Kazakhs sont dans cette situation\u00a0\u00bb<\/em>, assure-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/les-racines-de-la-sinophobie-au-kazakhstan\/\">Les racines de la sinophobie au Kazakhstan<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Serikjan Bilach a commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec des Kazakhs citoyens de Chine en 2009. Fin juin de cette ann\u00e9e-l\u00e0, il est arriv\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%9Cr%C3%BCmqi\">\u00dcr\u00fcmqi<\/a> de Hongkong. Le 5 juillet au soir, des tirs de mitraillette retentissent pr\u00e8s de chez lui. Serikjan Bilach retrouve des impacts de balles sur les murs de sa maison. C&rsquo;est plus tard que les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89meutes_au_Xinjiang_en_juillet_2009\">\u00e9meutes de 2009<\/a> et la violente r\u00e9pression qui en a d\u00e9coul\u00e9 ont pris le nom d\u2019\u00c9v\u00e9nements de juillet. Ils ont servi de pr\u00e9texte pour mettre en place un contr\u00f4le r\u00e9pressif syst\u00e9matique des populations musulmanes de Chine. Des camps d\u2019internement sont cr\u00e9\u00e9s au cours des ann\u00e9es 2010. Les autorit\u00e9s chinoises pr\u00e9sentent ces camps comme des centres \u00e9ducatifs o\u00f9 les Ou\u00efghours, les Kazakhs et les autres peuples musulmans du Xinjiang doivent apprendre le chinois et se soumettre \u00e0 la politique de P\u00e9kin. Tout \u00e9l\u00e9ment en lien avec l\u2019islam et avec leurs cultures d\u2019origine est proscrit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une acc\u00e9l\u00e9ration en 2016<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Apr\u00e8s 2009, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 conseiller aux Kazakhs de Chine&nbsp;de partir\u00a0\u00bb<\/em>, se souvient Serikjan Bilach. Il publie alors plusieurs articles sur Internet pour les convaincre de rallier le Kazakhstan. Puis, en 2014, Serikjan Bilach propose son aide aux personnes d\u00e9sireuses de venir \u00e9tudier ou chercher un emploi au Kazakhstan. Au m\u00eame moment, la politique r\u00e9pressive de P\u00e9kin s\u2019intensifie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les autorit\u00e9s chinoises ont commenc\u00e9 en confisquant les passeports des Kazakhs qui vivaient en Chine. Puis ils ont pers\u00e9cut\u00e9 ceux qui utilisaient WeChat en v\u00e9rifiant leurs t\u00e9l\u00e9phones et en copiant leurs contacts. Ils ont traqu\u00e9 ceux qui consultait des sites \u00e9trangers&nbsp;: leur t\u00e9l\u00e9phone pouvait \u00eatre saisi pour trois \u00e0 cinq jours, ils le contr\u00f4laient et puis le rendaient. Certains sont repass\u00e9s aux anciens t\u00e9l\u00e9phones basiques d\u00e8s 2011, pour \u00e9viter tout probl\u00e8me\u00a0\u00bb<\/em>, t\u00e9moigne-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan\u00a0: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/le-prix-sakharov-2019-decerne-a-ilham-tohti-dissident-ouighour\/\">Le prix Sakharov 2019 d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 Ilham Tohti, dissident ou\u00efghour<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 2016, Serikjan Bilach re\u00e7oit pour la premi\u00e8re fois un message faisant \u00e9tat d\u2019une disparition.<em> \u00ab&nbsp;Nous avions cr\u00e9\u00e9 un groupe WhatsApp pour r\u00e9unir les Kazakhs de Chine. Ils y \u00e9changeaient et racontaient leurs d\u00e9boires. L\u2019un deux a racont\u00e9 que son fr\u00e8re, simple berger, avait disparu depuis un mois. Son fr\u00e8re disait que ses affaires \u00e9taient pr\u00eates pour d\u00e9m\u00e9nager au Kazakhstan.\u00a0\u00bb<\/em> La m\u00eame ann\u00e9e, Serikjan Bilach et ses amis cr\u00e9ent l\u2019association Atajourt, \u00ab\u00a0patrie\u00a0\u00bb en kazakh.<\/p>\n\n\n\n<p>Les autorit\u00e9s chinoises ne tardent pas \u00e0 exercer leur pression sur les Kazakhs ethniques qui travaillaient dans la fonction publique : il leur est interdit de d\u00e9missionner tant que leurs enfants \u00e9tudient au Kazakhstan. Les \u00e9tudiants originaires de Chine inscrits dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur au Kazakhstan commencent alors \u00e0 rentrer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0On arr\u00eatait les Kazakhs petit \u00e0 petit, cinq dans un village, dix dans un autre\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 2017, Atajourt organise une conf\u00e9rence de presse lors de laquelle une femme raconte que son mari a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par la justice chinoise \u00e0 13 ans de prison en 2005, jug\u00e9 coupable d\u2019espionnage au profit du Kazakhstan. Sa faute principale serait en fait d\u2019avoir d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 au Kazakhstan avec sa famille. Ces pers\u00e9cutions envers les Kazakhs de Chine sont d\u2019abord pass\u00e9es inaper\u00e7ues, puis sont peu \u00e0 peu devenues visibles. <em>\u00ab On arr\u00eatait les Kazakhs petit \u00e0 petit, cinq dans un village, dix dans un autre. Au d\u00e9but, personne n\u2019a remarqu\u00e9 ce qui se passait.<\/em>&nbsp;<em>Au d\u00e9but, lorsque les proches des personnes arr\u00eat\u00e9es en Chine s\u2019exprimaient dans les m\u00e9dias \u00e9trangers, ces personnes \u00e9taient lib\u00e9r\u00e9es. Si la famille avait peur et ne r\u00e9agissait pas, certains pouvaient \u00eatre envoy\u00e9s en prison pour 10 ou 20 ans<\/em>\u00ab\u00a0, raconte Serikjan Bilach.<\/p>\n\n\n\n<p>Les membres d\u2019Atajourt commencent donc \u00e0 collecter des informations sur les disparus et sur ceux qui sortaient des camps pour les transmettre aux m\u00e9dias et aux organisations de d\u00e9fense des droits de l&rsquo;Homme. <em>\u00ab&nbsp;Nous luttons sur deux fronts&nbsp;: \u00e0 la fois avec la Chine mais aussi avec les prochinois au Kazakhstan<\/em>\u00ab\u00a0, explique-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des pressions c\u00f4t\u00e9 kazakh<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En effet, Atajourt a subi de nombreuses pressions. En f\u00e9vrier 2019, Serikjan Bilach doit r\u00e9pondre devant un tribunal des accusations de participation \u00e0 une organisation ill\u00e9gale. Le tribunal le d\u00e9clare coupable et le condamne \u00e0 payer une amende \u00e9quivalente \u00e0 100 fois le salaire de base au Kazakhstan. Le mois suivant, il est arr\u00eat\u00e9 pour <em>\u00ab&nbsp;suspicion de commettre une action pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e ayant pour but d\u2019inciter \u00e0 la haine sociale ou interethnique&nbsp;\u00bb.<\/em> Apr\u00e8s cela, il est <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/un-defenseur-des-kazakhs-emprisonnes-dans-la-region-ouighoure-arrete-au-kazakhstan\/\">assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence pendant plusieurs mois<\/a>. En ao\u00fbt 2019, le tribunal interdit \u00e0 Serikjan Bilach de diriger une organisation publique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan\u00a0: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/un-defenseur-des-kazakhs-emprisonnes-dans-la-region-ouighoure-arrete-au-kazakhstan\/\">Un d\u00e9fenseur des Kazakhs emprisonn\u00e9 dans la r\u00e9gion ou\u00efghoure arr\u00eat\u00e9 au Kazakhstan<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le 31 d\u00e9cembre 2019, la p\u00e9riode de contr\u00f4le judiciaire a pris fin. D\u00e8s le 1<sup>er<\/sup> janvier 2020, j\u2019ai d\u00e9clar\u00e9 que je travaillais pour Atajourt&nbsp;en tant qu\u2019agent d\u2019entretien. Je fais le m\u00e9nage et parfois je sers comme conducteur. Selon la d\u00e9cision du tribunal, je ne peux pas \u00eatre dirigeant. Je trouve cela risible&nbsp;; que craignent-ils, que je veuille diriger Nour-Otan&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb, s&rsquo;interroge Serikjan Bilach, en r\u00e9f\u00e9rence <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nour-Otan\">au parti politique pr\u00e9sidentiel kazakh<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 2019, le d\u00e9partement de justice <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/almaty-la-ville-aux-1000-couleurs-et-aux-1001-annees\/\">d\u2019Almaty<\/a> valide l&rsquo;inscription au registre l\u2019organisation Atajourt Eriktileri, \u00ab\u00a0Les Volontaires de la Patrie\u00a0\u00bb&nbsp;en kazakh, dont la reconnaissance a \u00e9t\u00e9 <a href=\"https:\/\/twitter.com\/State_SCA\/status\/1177558966051770373\">salu\u00e9e par le d\u00e9partement d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain<\/a>. Serikjan Bilach avait tent\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises de faire reconna\u00eetre Atajourt par les autorit\u00e9s kazakhes, en vain. Selon lui, l\u2019organisation ainsi enregistr\u00e9e est une coquille vide.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Si on refuse de nous enregistrer, c\u2019est pour nous emp\u00eacher d\u2019obtenir cette aide internationale\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Accompagn\u00e9 de certains anciens compagnons, il d\u00e9cide de reprendre son engagement en cr\u00e9ant une structure officieuse, Nagyz Atajourt Eriktileri, \u00ab\u00a0les Vrais Volontaires de la Patrie\u00a0\u00bb&nbsp;en kazakh.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Si on nous enregistrait l\u00e9galement, nous pourrions obtenir des subventions importantes de la part de donateurs internationaux. Cet argent pourrait aider les Kazakhs qui ont souffert dans les camps, physiquement et psychologiquement. Si on refuse de nous enregistrer, c\u2019est pour nous emp\u00eacher d\u2019obtenir cette aide internationale. Les autorit\u00e9s ont enregistr\u00e9 une association bidon pour faire diversion et \u00e9viter la pression internationale<\/em>\u00ab\u00a0, explique Serikjan Bilach.<\/p>\n\n\n\n<p>En mars 2020, il dissout officiellement son association \u00e0 cause du manque de moyens. Quatre mois plus tard, il est \u00e0 nouveau condamn\u00e9 pour <em>\u00ab\u00a0participation \u00e0 une organisation ill\u00e9gale&nbsp;\u00bb<\/em>. Il explique au tribunal son action en faveur des Kazakhs fuyant le Xinjiang, mais le tribunal ne fait aucun cas de son engagement. Serikjan Bilach est poursuivi dans deux autres affaires li\u00e9es \u00e0 ses activit\u00e9s militantes. Son patrimoine immobilier, sa voiture et ses comptes bancaires sont alors saisis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>30 000 plaintes de Kazakhs du Xinjiang<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cela, l\u2019association Nagyz Atajourt Eriktileri poursuit son travail. Plus de 30&nbsp;000 plaintes \u00e9manant des Kazakhs du Xinjiang ont \u00e9t\u00e9 transmises \u00e0 des ONG de d\u00e9fense des droits de l&rsquo;Homme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan\u00a0: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kirghizstan\/xinjiang-des-kirghiz-se-mobilisent-a-bichkek-pour-alerter-sur-les-camps-chinois\/\">Xinjiang : des Kirghiz se mobilisent \u00e0 Bichkek pour alerter sur les camps chinois<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le nombre de plaintes a diminu\u00e9 depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2020. <em>\u00ab&nbsp;Cela d\u00e9montre que les pressions internationales sur la Chine ont produit des r\u00e9sultats. Mais le probl\u00e8me est loin d\u2019\u00eatre r\u00e9solu. Les autorit\u00e9s chinoises ont emprisonn\u00e9 tous ceux qui pouvaient l\u2019\u00eatre. Le reste de la population musulmane est \u00e9troitement surveill\u00e9 et les pers\u00e9cutions se poursuivent apr\u00e8s la sortie des camps&nbsp;\u00bb<\/em>, affirme Serikjan Bilach. <em>\u00ab&nbsp;Ceux qui finissent par revenir sont physiquement et psychologiquement ab\u00eem\u00e9s. Il leur est impossible de reprendre leur vie normalement et retourner au travail&nbsp;\u00bb<\/em>, d\u00e9crit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s lui, nombreux sont les proches de d\u00e9tenus qui se replient sur eux-m\u00eames et se murent dans le silence. <em>\u00ab&nbsp;Je me souviens d\u2019un homme \u00e0 qui j\u2019ai montr\u00e9 une photographie de ses enfants. Je lui ai demand\u00e9 combien d\u2019enfants il avait. Deux. O\u00f9 sont-ils&nbsp;? En Chine. Depuis combien de temps&nbsp;? Deux ans. Avez-vous des nouvelles ? Non. Il a souri\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit Serikjan Bilach.<em> \u00ab\u00a0J\u2019ai continu\u00e9 doucement&nbsp;: \u00c7a vous manque&nbsp;? Oui. De quoi vous occupez vous&nbsp;? Je garde le b\u00e9tail. Si vous perdez une vache, partez-vous \u00e0 sa recherche&nbsp;? Oui, le jour-m\u00eame. \u00c7a fait deux ans que vos enfants ont disparu, pourquoi vous ne les cherchez pas ? Et l\u00e0, il a commenc\u00e9 \u00e0 pleurer. Leurs c\u0153urs sont ferm\u00e9s \u00e0 double tour. Il faut ouvrir ce verrou \u00bb<\/em>, affirme le militant. <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Nous avons d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 au Kazakhstan pour ne pas perdre notre enfant&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nagyz Atajourt Eriktileri aide les familles sur le plan psychologique, mais aussi financier . <em>\u00ab&nbsp;Quatre familles sont confi\u00e9es \u00e0 un homme d\u2019affaires, trois \u00e0 un autre. Il est responsable d\u2019eux et chaque mois, il leur donne de l\u2019argent. Les employ\u00e9s ordinaires prennent en charge une seule famille. Chacun fait ce qu\u2019il peut en fonction de ses moyens \u00bb<\/em>, d\u00e9crit Serikjan Bilach.<\/p>\n\n\n\n<p>La famille de Bikamal Kaken est une des familles aid\u00e9es par Serikjan Bilach. \u00ab&nbsp;<em>Mon mari, Adilgazy Mouqa\u00ef, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 9 ans de prison. Il se trouve dans la prison de Qaramay. Il a 48 ans<\/em>&nbsp;\u00bb, t\u00e9moigne Bikamal Kaken.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mois avant que la famille d\u00e9m\u00e9nage au Kazakhstan, Adilgazy Mouqa\u00ef avait pris sa retraite pour raisons de sant\u00e9. Bikamal Kaken \u00e9tait alors enceinte depuis quatre mois. <em>\u00ab Lorsque mon mari a commenc\u00e9 \u00e0 travailler, il y avait des rumeurs selon lesquelles les familles qui auraient plus d\u2019un enfant seraient oblig\u00e9es de payer une amende. Or nous avions d\u00e9j\u00e0 une fille. Nous \u00e9tions inquiets qu\u2019on nous impose une amende et qu\u2019on nous arr\u00eate apr\u00e8s la naissance de notre deuxi\u00e8me enfant. Nous avions aussi entendu que certaines avaient \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9es d\u2019avorter. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9m\u00e9nager au Kazakhstan pour ne pas perdre notre enfant&nbsp;\u00bb<\/em>, raconte-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/5-Bikamal-1024x683.jpg\" alt=\"Bikamal Kaken Kazakhstan Chine Xinjiang Camp\" class=\"wp-image-41522\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/5-Bikamal-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/5-Bikamal-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/5-Bikamal-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/5-Bikamal-1300x867.jpg 1300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/5-Bikamal-128x86.jpg 128w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/5-Bikamal.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Bikamal Kaken<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9m\u00e9nagement, l\u2019\u00e9poux de Bikamal Kaken se rend r\u00e9guli\u00e8rement en Chine et n\u2019a jamais eu aucun probl\u00e8me. En mai 2017, il est convoqu\u00e9 par la compagnie p\u00e9troli\u00e8re pour laquelle il travaillait en Chine. En cas d\u2019absence, on le menace de suspendre le versement de sa retraite.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La nouvelle de l&rsquo;arrestation arrive par les m\u00e9dias<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;La police a arr\u00eat\u00e9 mon mari apr\u00e8s le passage du poste-fronti\u00e8re \u00e0 Khorgos. Trois jours plus tard, la police chinoise a apport\u00e9 son sac chez sa s\u0153ur et a annonc\u00e9 qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9. Ils n\u2019ont jamais expliqu\u00e9 la raison de son arrestation. Trois ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis et nous n\u2019avons aucune nouvelle, aucune information \u00bb<\/em>, d\u00e9crit \u00e0 Vlast Bikamal Kaken. C\u2019est trois ans apr\u00e8s son arrestation qu&rsquo;elle apprend la condamnation de son mari \u00e0 neuf ans de prison pour radicalisation religieuse.<em> \u00ab&nbsp;Je l\u2019ai appris dans un article du Global Times <\/em>(un m\u00e9dia d\u2019\u00c9tat chinois, ndlr). <em>Dans cet article, l\u2019ambassadeur de Chine au Kazakhstan, Jiao Siao, \u00e9voque la condamnation de mon mari \u00e0 neuf ans de prison pour extr\u00e9misme et terrorisme&nbsp;\u00bb<\/em>, raconte-t-elle. Lors de son arrestation, Adilgazy Mouqa\u00ef avait dans son sac les cl\u00e9s de la maison dans laquelle il vivait avec Bikamal Kaken, en Chine. <em>\u00ab&nbsp;La police a pris ses cl\u00e9s et a fouill\u00e9 la maison. Ils ont trouv\u00e9 un exemplaire du Coran que nous avions achet\u00e9 dans une librairie. Rien d\u2019ill\u00e9gal&#8230;<\/em>&nbsp;\u00bb, explique-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Bikamal Kaken a pu avoir des nouvelles de son mari par des proches qui sont parvenus \u00e0 le joindre par t\u00e9l\u00e9phone. Il disait courir un grave danger et ne pas \u00eatre certain de survivre encore longtemps, il a demand\u00e9 \u00e0 ses amis de prendre soin de son \u00e9pouse et de ses filles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avec les premi\u00e8res apparitions m\u00e9diatiques de Bikamal Kaken, l\u2019entourage de son mari a chang\u00e9 de ton. <em>\u00ab<\/em>&nbsp;<em>Ils m\u2019ont dit avoir r\u00e9ussi \u00e0 parler avec lui via WeChat. Apr\u00e8s cela, ma belle-s\u0153ur m\u2019a dit qu\u2019il allait bien et qu\u2019il \u00e9tait en s\u00e9curit\u00e9 mais elle m\u2019a demand\u00e9 de ne plus les appeler. Je n\u2019ai donc plus eu de contact apr\u00e8s cela.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aucune aide kazakhe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ma fille a\u00een\u00e9e conna\u00eet son p\u00e8re car il est parti quand elle avait 18 mois. Elle joue souvent dans la cour avec d\u2019autres enfants. Quand ceux-ci accourent pour accueillir leurs p\u00e8res apr\u00e8s le travail, ma fille rentre \u00e0 la maison en pleurant et demande quand son p\u00e8re va rentrer. Quant \u00e0 ma fille cadette, elle ne comprend m\u00eame pas le mot papa&nbsp;\u00ab\u00a0<\/em>, d\u00e9crit la m\u00e8re de famille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/region-ouighoure-pour-les-etats-unis-le-mouvement-islamiste-au-turkestan-oriental-nest-plus-un-groupe-terroriste\/\">R\u00e9gion ou\u00efghoure : pour les \u00c9tats-Unis, le Mouvement islamiste au Turkestan oriental n\u2019est plus un groupe terroriste<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bikamal Kaken et ses filles ont pu obtenir la nationalit\u00e9 kazakhe mais n&rsquo;ont droit \u00e0 aucune aide sociale. <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai demand\u00e9 une aide pour mes enfants aupr\u00e8s du gouvernement du Kazakhstan mais on m\u2019a r\u00e9pondu que pour obtenir une allocation, il me fallait un document attestant que mon mari \u00e9tait bien emprisonn\u00e9 en Chine. Mais c\u2019est impossible. Je me suis quand m\u00eame adress\u00e9e au Minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res. Ils ont dit qu\u2019ils m\u2019enverraient une note. Je l\u2019attends toujours \u00bb<\/em>, affirme-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Actuellement, Bikamal Kaken et ses filles sont aid\u00e9s par l\u2019association Nagyz Atajourt Eriktileri.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;On m&rsquo;a dit que j&rsquo;aurais la nationalit\u00e9 si je me taisais&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Qaycha Aqan raconte qu\u2019elle a travers\u00e9 la fronti\u00e8re kazakhe ill\u00e9galement, parce qu\u2019elle risquait un long internement dans le camp. L\u2019\u00e9cole o\u00f9 se trouve la maison de ses parents au Xinjiang s\u2019est transform\u00e9e en un de ces camps.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;En face de notre maison, il y avait une \u00e9cole secondaire chinoise qui s\u2019est subitement transform\u00e9e en camp. Tous les \u00e9coliers ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s dans une autre \u00e9cole. Apr\u00e8s cela, le portail de ce b\u00e2timent a \u00e9t\u00e9 peint en noir. On a construit des murs d\u2019enceinte de sept m\u00e8tres de hauteur avec des barbel\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit Qaycha Aqan \u00e0 Vlast<em>. \u00ab\u00a0On a fait de l\u2019\u00e9cole une prison. Des cam\u00e9ras ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es \u00e0 un m\u00e8tre d\u2019intervalle, autour du camp. D\u00e9sormais, personne n\u2019approche ce b\u00e2timent et il est interdit de le photographier. Puisque nous habitions \u00e0 c\u00f4t\u00e9, les autorit\u00e9s chinoises nous ont d\u00e9plac\u00e9s. C\u2019est exactement \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9e \u00e0 la police .\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/7-Qaysha-1024x683.jpg\" alt=\"Qaycha Aqan Khorgos Kazakhstan Chine Xinjiang Camps\" class=\"wp-image-41523\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/7-Qaysha-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/7-Qaysha-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/7-Qaysha-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/7-Qaysha-1300x867.jpg 1300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/7-Qaysha-128x86.jpg 128w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/7-Qaysha.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Qaycha Aqan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En 2017, Qaycha Aqan ouvre une entreprise \u00e0 Khorgos, et se rend r\u00e9guli\u00e8rement en voyages d\u2019affaires au Kazakhstan. Pendant le premier interrogatoire, la police s\u2019int\u00e9resse aux raisons de ces voyages r\u00e9guliers puis lui pose des questions sur sa pratique religieuse. <em>\u00ab<\/em>&nbsp;<em>J\u2019ai r\u00e9pondu que je ne faisais pas la pri\u00e8re et je n\u2019allais pas \u00e0 la mosqu\u00e9e. Mais je n\u2019ai pas cach\u00e9 le fait que je faisais le ramadan&nbsp;\u00bb<\/em>, d\u00e9crit Qaycha Aqan. L\u2019ann\u00e9e suivante, les autorit\u00e9s installent en ville des postes de contr\u00f4le et v\u00e9rifient les smartphones. Qaycha Aqan est hospitalis\u00e9e pendant un mois, puis elle est \u00e0 nouveau convoqu\u00e9e au commissariat car elle n\u2019a pas enregistr\u00e9 son domicile. La police fouille alors dans son t\u00e9l\u00e9phone et l&rsquo;accuse d\u2019avoir consult\u00e9 un site kazakh.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/pourquoi-la-cause-ouighoure-peine-a-prendre-en-france\/\">Pourquoi la cause ou\u00efghoure peine \u00e0 prendre en France ?<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Je leur ai dit&nbsp;: d\u2019accord, d\u00e9montrez-moi que j\u2019ai commis une faute qui s\u2019oppose \u00e0 la politique du gouvernement. Si vous pouvez me le prouver, je reconna\u00eetrai ma faute&nbsp;\u00bb<\/em>, d\u00e9crit Qaycha Aqan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Pourquoi vous me torturez et me d\u00e9tenez sans preuves&nbsp;?\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On l&#8217;emm\u00e8ne pour l\u2019interroger sur la m\u00eame chaise que G\u00fclzira Awelkhan. <em>\u00ab C\u2019\u00e9tait une chaise avec des menottes. J\u2019\u00e9tais habill\u00e9e en v\u00eatements d\u2019hiver donc je ne pouvais pas m\u2019y asseoir. Ils m\u2019ont dit d\u2019enlever mes v\u00eatements. Je n\u2019ai pas eu choix, m\u00eame si sortais \u00e0 peine de l\u2019h\u00f4pital. Ensuite ils m\u2019ont mis les menottes<\/em>&nbsp;\u00bb, explique Qaycha Aqan.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;J\u2019ai demand\u00e9&nbsp;:&nbsp;Pourquoi vous me torturez et me d\u00e9tenez sans preuves&nbsp;? On m\u2019a r\u00e9pondu que durant dix ans, j\u2019avais voyag\u00e9 au Kazakhstan et que j\u2019avais peut-\u00eatre adopt\u00e9 une culture occidentale.<\/em> <em>Mes fautes \u00e9taient nombreuses&nbsp;: je visitais le Kazakhstan, je faisais le ramadan, je faisais partie d\u2019une organisation terroriste, j\u2019\u00e9tais en contact avec des \u00e9trangers et j\u2019\u00e9coutais les cours \u00ab&nbsp;Jarqyn jeti&nbsp;\u00bb\u00a0\u00bb, d<\/em>\u00e9crit Qaycha Aqan, faisant r\u00e9f\u00e9rence aux cours de pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019installation au Kazakhstan de Serikjan Bilach<em>. \u00ab\u00a0Le plus dur, c\u2019\u00e9tait que ce qu\u2019ils appelaient \u00ab&nbsp;\u00e9trangers&nbsp;\u00bb \u00e9tait mon peuple, les Kazakhs. On m\u2019aurait condamn\u00e9 pour tout \u00e7a \u00e0 huit ans de prison. Ils m\u2019ont renvoy\u00e9 chez moi en me faisant jurer de ne rien raconter \u00e0 personne. Je devais revenir le lendemain pour faire des analyses. On m\u2019a \u00e9galement demand\u00e9 de ramener mon passeport \u00bb<\/em>, explique-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>A quatre heures du matin, Qaycha Aqan est partie \u00e0 Khorgos en taxi. Mais plut\u00f4t que d\u2019aller remettre son passeport \u00e0 la police chinoise, elle a d\u00e9cid\u00e9 de fuir la Chine d\u00e9finitivement. <em>\u00ab&nbsp;La police m\u2019appelait toutes les cinq minutes. Je n\u2019avais pas d\u2019autre choix que de fuir. J\u2019ai donc travers\u00e9 ill\u00e9galement la fronti\u00e8re kazakhe pour fuir la Chine. Je refusais d\u2019aller en prison<\/em>. <em>\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La qu\u00eate de la nationalit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au Kazakhstan, Qaycha Aqan a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 six mois de prison avec sursis pour passage ill\u00e9gal de la fronti\u00e8re, sans expulsion vers la Chine. <em>\u00ab&nbsp;J\u2019ai demand\u00e9 l\u2019asile au Kazakhstan. On m&rsquo;a donn\u00e9 une attestation de demande d\u2019asile qui se renouvelle tous les trois mois. Selon la loi, on peut la prolonger quatre fois mais je vais le faire pour la cinqui\u00e8me fois\u00a0\u00bb<\/em>, explique-t-elle. <em>\u00ab\u00a0Le Kazakhstan ne m\u2019a toujours pas accord\u00e9 le statut de r\u00e9fugi\u00e9.&nbsp;Certains disent que si je me fais discr\u00e8te, les autorit\u00e9s kazakhes me donneront la nationalit\u00e9. Mais \u00e7a fait deux ans et demi que j\u2019attends et rien ne vient&nbsp;\u00bb<\/em>, d\u00e9crit la Kazakhe ethnique.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 2019, les autorit\u00e9s chinoises ont accus\u00e9 Qaycha Aqan de malversation financi\u00e8re. <em>\u00ab&nbsp;Ils m\u2019ont accus\u00e9 d\u2019avoir pris de l\u2019argent dans plusieurs entreprises avant de fuir au Kazakhstan. Ces histoires m\u2019ont rendue insomniaque&nbsp;\u00bb<\/em>, affirme-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Nous pensions que notre patrie serait accueillante&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux autres Kazakhs de Chine, Qaster Musaqanuly et Murager Alimuly, se trouvent dans une situation similaire. Ils ont fui le Xinjiang en 2019, et depuis ils sont toujours en attente d\u2019une reconnaissance de leur qualit\u00e9 de r\u00e9fugi\u00e9, priv\u00e9s de perspectives d\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 4 octobre 2019, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Moukhtar Tl\u00e9ouberdi annonce qu\u2019il n\u2019y a plus aucun Kazakh dans \u00ab&nbsp;les centres \u00e9ducatifs&nbsp;\u00bb chinois. <em>\u00ab&nbsp;Notre pr\u00e9sident a fait une visite d\u2019\u00c9tat en Chine. Cette information a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e dans les hautes sph\u00e8res. Actuellement, il n\u2019y a plus de Kazakhs ethniques vivant en Chine dans \u00ab&nbsp;les centres \u00e9ducatifs&nbsp;\u00bb. Dans ces centres, il n\u2019y a que des criminels\u00a0\u00bb<\/em>, a-t-il r\u00e9pondu aux journalistes.<\/p>\n\n\n\n<p>La veille, deux Kazakhs du Xinjiang, Qaster Mousaqanouly, 30 ans et Mourager Alimouly, 25 ans ont travers\u00e9 la fronti\u00e8re sino-kazakhe, apr\u00e8s dix jours de marche. Lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse \u00e0 Almaty, Qaster Mousaqanouly raconte sa d\u00e9tention dans les camps chinois. <em>\u00ab&nbsp;Dire qu\u2019il n\u2019y a plus de Kazakhs dans les camps est un mensonge. Quand cinq personnes sont lib\u00e9r\u00e9es, dix autres sont arr\u00eat\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em>, affirme-t-il, r\u00e9futant les paroles du ministre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"600\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/9-qaster.jpg\" alt=\"Qaster Musaqanuly Murager Alimuly Kazakhstan Chine Xinjiang Camps\" class=\"wp-image-41524\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/9-qaster.jpg 900w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/9-qaster-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/9-qaster-768x512.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/9-qaster-128x86.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption>Qaster Mousaqanouly et Mourager Alimouly<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les deux jeunes hommes avaient l\u2019intention de d\u00e9poser une demande d\u2019asile. Mais imm\u00e9diatement apr\u00e8s la conf\u00e9rence de presse, ils sont arr\u00eat\u00e9s par la police des fronti\u00e8res kazakhe.&nbsp;Menac\u00e9s d\u2019extradition vers la Chine, leur avocate, Lazzat Akhatova les d\u00e9fend en agitant le risque qu&rsquo;on les condamne \u00e0 la peine capitale. Ils y \u00e9chappent mais sont n\u00e9anmoins condamn\u00e9s \u00e0 un an de prison pour avoir franchi la fronti\u00e8re ill\u00e9galement. Ils sont sortis de prison le 22 juin dernier et n\u2019ont toujours pas obtenu le statut de r\u00e9fugi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Comment pouvais-je avouer des crimes que je n\u2019ai pas commis ?\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qaster Mousaqanouly raconte qu\u2019avec Mourager Alimouly, ils faisaient commerce ensemble pendant deux ans. Puis de mars 2013 \u00e0 novembre 2017, Qaster Mousaqanouly a \u00e9t\u00e9 en d\u00e9tention.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;En 2009, j\u2019\u00e9tais \u00e0 Urumqi lorsque la r\u00e9volte a commenc\u00e9. Je n\u2019y avais m\u00eame pas particip\u00e9 mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 quatre ans et huit mois de prison\u00a0\u00bb, <\/em>se souvient Qaster Mousaqanouly. <em>\u00a0\u00bb Au d\u00e9but, j\u2019\u00e9tais r\u00e9guli\u00e8rement tortur\u00e9 par \u00e9lectrocution. Comment pouvais-je avouer des crimes que je n\u2019ai pas commis ? Ils ne me croyaient pas. Avant mon transfert dans un camps, j\u2019ai subi de nombreux s\u00e9vices&nbsp;: tabassages, violences, humiliations. Tous les deux ou trois jours, ils me torturaient, me plongeaient la t\u00eate dans l\u2019eau. Puis j\u2019ai \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 dans un camp. L\u00e0-bas, il \u00e9tait interdit de parler kazakh, de faire la pri\u00e8re, les ablutions, le ramadan. Pendant quatre ans, j\u2019ai march\u00e9 menott\u00e9, sans lever la t\u00eate. D\u00e9sormais, j\u2019ai les lombaires coinc\u00e9es. Je n\u2019arrive pas \u00e0 rester assis et \u00e0 me tenir droit<\/em> <em>\u00bb<\/em>, raconte-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>En Chine, la famille de Qaster Mousaqanouly subit des pressions. Il ne peut pas les appeler car leurs t\u00e9l\u00e9phones ont \u00e9t\u00e9 mis sur \u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00a0\u00bb Nous n\u2019avions plus le droit d\u2019\u00eatre Kazakh \u00ab\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mourager Alimouly raconte qu\u2019apr\u00e8s la lib\u00e9ration de son ami, il a d\u00e9cid\u00e9 de fuir avec lui. <em>\u00ab&nbsp;Je suis venu au Kazakhstan car c\u2019est mon pays, ma terre. Je voulais fuir les pers\u00e9cutions que nous vivions en Chine. Nous n\u2019avions plus le droit d\u2019\u00eatre Kazakh, d\u2019aller prier sur la tombe de nos anc\u00eatres et de lire le Coran. Ils ont interdit les enterrements et ont d\u00e9truit des mosqu\u00e9es \u00bb<\/em>, d\u00e9crit-il.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/region-ouighoure-des-milliers-de-mosquees-recemment-detruites\/\">R\u00e9gion ou\u00efghoure&nbsp;: des milliers de mosqu\u00e9es r\u00e9cemment d\u00e9truites<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les deux jeunes hommes pensaient recevoir un bon accueil au Kazakhstan. Ils ne s\u2019attendaient pas \u00e0 \u00eatre jug\u00e9s ni emprisonn\u00e9. N\u00e9anmoins, ils se disent reconnaissants de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 extrad\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Bawirkan Azanov, leur deuxi\u00e8me avocat, explique que selon la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Convention_relative_au_statut_des_r%C3%A9fugi%C3%A9s\">convention de Gen\u00e8ve de 1951<\/a>, ratifi\u00e9e par le Kazakhstan, les personnes qui arrivent sur le territoire pour demander l\u2019asile ne doivent pas \u00eatre reconduites \u00e0 la fronti\u00e8re. C&rsquo;est une violation du droit international. <\/p>\n\n\n\n<p>Serikjan Bilach abonde en ce sens. <em>\u00ab&nbsp;Ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme demandeurs d\u2019asile pendant une certaine p\u00e9riode. Apr\u00e8s cela, ils risquent d\u2019avoir \u00e0 nouveau des probl\u00e8mes, peut-\u00eatre d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9s en Chine. Lorsque les r\u00e9fugi\u00e9s vont en Europe pour obtenir l\u2019asile et d\u00e9clarent avoir \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9s \u00e0 cause de leur religion, de leur race ou de leur opinions politiques, on ne les arr\u00eate pas pour avoir travers\u00e9 la fronti\u00e8re&nbsp;ill\u00e9galement<\/em> <em>\u00bb<\/em>, explique le responsable de Nagyz Atajourt Eriktileri.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir renouvel\u00e9 trois fois leur attestation de demandeur d\u2019asile, Qaster Mousaqanouly et Mourager Alimouly attendent que les autorit\u00e9s kazakhes prennent enfin une d\u00e9cision. Ils n\u2019excluent pas d\u2019aller demander l\u2019asile ailleurs. <em>\u00ab&nbsp;Pour l\u2019instant, nous n\u2019avons rien planifi\u00e9. Depuis notre arriv\u00e9e au Kazakhstan, Atajourt nous vient en aide. Nous ne comprenons pas les lois du Kazakhstan \u00bb,<\/em> explique Qaster Mousaqanouly.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Lutter par l\u2019\u00e9criture&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sayragul Sauytbay, une Kazakhe de Chine qui enseignait le chinois dans un camp, a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 t\u00e9moigner de l\u2019horreur des camps de r\u00e9\u00e9ducation chinois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/proces-sauytbay-cette-mediatisation-met-en-lumiere-les-camps-dont-lexistence-etait-niee-par-la-chine\/\">Proc\u00e8s Sauytbay&nbsp;: \u00ab&nbsp;cette m\u00e9diation met en lumi\u00e8re les camps dont l\u2019existence \u00e9tait ni\u00e9e par la Chine&nbsp;\u00bb<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but 2018, elle fuit le Xinjiang et se rend au Kazakhstan pour rejoindre son mari et ses enfants, partis avant elle. Ils \u00e9taient parvenus \u00e0 obtenir la nationalit\u00e9 kazakhe. Au mois de mai, elle est arr\u00eat\u00e9e par les services de s\u00e9curit\u00e9 kazakhs. Durant le proc\u00e8s, en juillet 2018, Sayragul Sauytbay d\u00e9clare avoir \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de franchir la fronti\u00e8re ill\u00e9galement pour prot\u00e9ger sa propre vie. Le tribunal la condamne finalement \u00e0 une peine d\u2019emprisonnement avec sursis et l\u2019astreint \u00e0 un contr\u00f4le judiciaire, mais elle ne sera <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/un-tribunal-kazakh-se-prononce-contre-lexpulsion-dune-chinoise-dorigine-kazakhe\/\">pas expuls\u00e9e vers la Chine<\/a>. Ne parvenant \u00e0 obtenir le statut de r\u00e9fugi\u00e9 au Kazakhstan, <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/une-rescapee-des-camps-de-reeducation-chinois-quitte-le-kazakhstan\/\">Sayrag\u00fcl Sauytbay se r\u00e9fugie en Su\u00e8de<\/a> avec sa famille en juin 2019.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"534\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/sayra.jpg\" alt=\"Sayragul Sauytbay Kazakh Chine Camp Xinjiang\" class=\"wp-image-41514\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/sayra.jpg 800w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/sayra-300x200.jpg 300w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/sayra-768x513.jpg 768w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/12\/sayra-128x86.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Sayragul Sauytbay<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En Su\u00e8de, elle entend poursuivre sa lutte pour le droit des minorit\u00e9s ethniques et religieuses au Xinjiang. En juin 2020, elle publie un livre qui relate son internement dans les camps chinois, co-\u00e9crit avec l&rsquo;\u00e9crivaine allemande Alexandra Cavelius. Intitul\u00e9 <em>Die Kronzeugin<\/em>, \u00ab\u00a0la t\u00e9moin\u00a0\u00bb en allemand, il est actuellement en cours de traduction en anglais, russe, kazakh et de nombreuses autres langues. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/region-ouighoure\/une-chinoise-dorigine-kazakhe-nommee-femme-de-courage-par-le-gouvernement-americain\/\">Une Chinoise d\u2019origine kazakhe nomm\u00e9e \u00ab Femme de courage \u00bb par le gouvernement am\u00e9ricain<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le livre occupe la deuxi\u00e8me place des meilleures ventes en Autriche et la huiti\u00e8me place en Suisse. A travers ces chiffres, on constate qu\u2019un large public s\u2019int\u00e9resse \u00e0 notre cause. Nous recevons de tr\u00e8s nombreuses lettres de reconnaissance et c\u2019est pour nous une grande victoire&nbsp;\u00bb<\/em>, se r\u00e9jouit-elle aupr\u00e8s de Vlast. Mais elle d\u00e9clare \u00e9galement avoir subi des pressions de <em>\u00ab&nbsp;gens qui travaillent pour les int\u00e9r\u00eats de la Chine&nbsp;\u00bb<\/em> et qui ont essay\u00e9 d\u2019emp\u00eacher la publication du livre. <\/p>\n\n\n<p style=\"background-color: #d4d4d4;\"><span style=\"color: #000000;\">Envie d'Asie centrale dans votre bo\u00eete mail ? Inscrivez-vous gratuitement \u00e0 notre newsletter hebdomadaire <strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/2ff41361.sibforms.com\/serve\/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N\">en cliquant ici.<\/a><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Apr\u00e8s ce que j\u2019ai v\u00e9cu dans les camps chinois, ma sant\u00e9 s\u2019est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e. \u00c0 cela se sont ajout\u00e9es les difficult\u00e9s que j\u2019ai rencontr\u00e9es au Kazakhstan. J\u2019ai de nombreux rhumatismes et je ne suis plus capable de me lever d\u2019une chaise toute seule. Il m\u2019est difficile de descendre les escaliers\u00a0\u00bb <\/em>, d\u00e9crit Sayragul Sauytbay. <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai aussi des probl\u00e8mes de tension et de sommeil. Je r\u00eave tr\u00e8s souvent des camps. Depuis mon arriv\u00e9e en Su\u00e8de, je me soigne et ma sant\u00e9 s\u2019am\u00e9liore. Je me sens en s\u00e9curit\u00e9 et je suis heureuse d\u2019\u00eatre ici avec ma famille. Je continue de lutter pour nos droits. Je vais faire tout ce qui est possible pour nos fr\u00e8res rest\u00e9s en Chine soient lib\u00e9r\u00e9s<\/em>\u00ab\u00a0, explique-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Sayragul Sauytbay reconstruit d\u00e9sormais sa vie en Su\u00e8de. Elle apprend le su\u00e9dois et cherche un travail. Elle r\u00eave que ses enfants fassent des \u00e9tudes sup\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Olga Loguinova, Nazerke Qurmangazinova, Alina Jartieva<\/strong><br><strong>Journalistes pour Vlast<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Traduit du <a href=\"https:\/\/vlast.kz\/obsshestvo\/41550-vybratsa-iz-sinczana.html\">russe<\/a> par Talgat Abdrakhmanov<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>\u00c9dit\u00e9 par Guillaume G\u00e9rard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Relu par Cl\u00e9ment Beuselinck<\/strong><\/p>\n\n\n<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous am\u00e9liorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href=\"https:\/\/forms.gle\/3M7U3fyMRXAiaZmJA\">r\u00e9pondre anonymement \u00e0 ce questionnaire<\/a> ou nous envoyer un email \u00e0 <a href=\"mailto:redaction@novastan.org\">redaction@novastan.org<\/a>. Merci beaucoup !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les citoyens chinois d\u2019ethnie kazakhe sont, \u00e0 l\u2019instar des Ou\u00efghours, la cible d&rsquo;une r\u00e9pression extr\u00eamement violente en Chine. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus dans les camps d\u2019internement cr\u00e9\u00e9s par le gouvernement chinois afin de \u00ab&nbsp;r\u00e9-\u00e9duquer&nbsp;\u00bb les populations musulmanes du Xinjiang, soup\u00e7onn\u00e9es de radicalisation religieuse et de s\u00e9paratisme. 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