{"id":26569,"date":"2019-11-13T07:10:09","date_gmt":"2019-11-13T06:10:09","guid":{"rendered":"https:\/\/novastan.org\/fr\/?p=26569"},"modified":"2021-03-10T14:25:08","modified_gmt":"2021-03-10T13:25:08","slug":"qu-est-ce-qu-etre-un-coreen-au-kazakhstan-aujourd-hui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/qu-est-ce-qu-etre-un-coreen-au-kazakhstan-aujourd-hui\/","title":{"rendered":"Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre un Cor\u00e9en au Kazakhstan aujourd\u2019hui ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les Cor\u00e9ens sont arriv\u00e9s en Asie centrale \u00e0 la suite de diff\u00e9rentes vagues de migrations. Une \u00e9tude r\u00e9cente, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir d&rsquo;entretiens conduits avec des Kazakhs issus de la diaspora cor\u00e9enne, explore les rapports complexes qu&rsquo;entretiennent ces populations avec leur langue natale et leur pays d&rsquo;origine. Elle tente d&rsquo;appr\u00e9hender comment \u00ab se sentent\u00a0\u00bb les Cor\u00e9ens du Kazakhstan.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publi\u00e9 le 2 ao\u00fbt 2019 par le m\u00e9dia russe sp\u00e9cialis\u00e9 sur l&rsquo;Asie centrale\u00a0<a href=\"https:\/\/fergana.agency\/articles\/109435\/\">Fergana News<\/a>.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que les Cor\u00e9ens soient arriv\u00e9s dans les r\u00e9publiques d\u2019Asie centrale dans les ann\u00e9es 1930 seulement, avec la vague des d\u00e9portations staliniennes, ils sont devenus une partie incontournable de la diversit\u00e9 ethnoculturelle de la r\u00e9gion, principalement au Kazakhstan, au Kirghizstan et en Ouzb\u00e9kistan. Il est difficile d\u2019imaginer l\u2019Asie centrale sans l\u2019agriculture et la cuisine cor\u00e9ennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment les Cor\u00e9ens de l\u2019ex-URSS appr\u00e9hendent-ils leur ethnicit\u00e9 ? Quels sont leurs rapports avec leur langue natale (en majeure partie perdue) et leur terre originelle, d\u2019o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 tragiquement expuls\u00e9s ? Quel r\u00f4le jouent dans leur vie les deux projets gouvernementaux concurrents de la p\u00e9ninsule cor\u00e9enne, la Cor\u00e9e du Nord et la Cor\u00e9e du Sud ? C\u2019est \u00e0 ces questions que tente de r\u00e9pondre le nouvel article de la linguiste et sociologue am\u00e9ricaine\u00a0<a href=\"https:\/\/www.elisesahn.com\/\">Elise S. Ahn<\/a> (Universit\u00e9 de Wisconsin dans le Minnesota), qui s\u2019intitule <em>Tracing the Language Roots and Migration Routes of\u00a0Koreans from the Far East to\u00a0Central Asia<\/em>, publi\u00e9 dans le journal scientifique<em> Journal of Language, Identity and Education<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2015, Elise S. Ahn et ses coll\u00e8gues ont conduit des entretiens aupr\u00e8s de 26 citoyens du Kazakhstan issus de la diaspora cor\u00e9enne. Ils ont rencontr\u00e9 des personnes de diff\u00e9rents \u00e2ges, entre 18 et 67 ans, et de diff\u00e9rentes professions : \u00e9tudiants, commerciaux, ing\u00e9nieurs, comptables, juristes, managers. Les interview\u00e9s venaient aussi bien d\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Almaty\">Almaty<\/a>, la capitale \u00e9conomique, que du sud du Kazakhstan.<\/p>\n<p><strong>Lire aussi sur Novastan :\u00a0<a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/le-president-sud-coreen-tente-de-charmer-lasie-centrale\/\">Le pr\u00e9sident sud-cor\u00e9en tente de charmer l\u2019Asie centrale<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les interviews ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es en russe et en anglais. Les scientifiques ont tent\u00e9 de p\u00e9n\u00e9trer les histoires familiales des Cor\u00e9ens, d&rsquo;en savoir plus sur les chemins difficiles par lesquels ils sont arriv\u00e9s dans la r\u00e9gion, de conna\u00eetre leur repr\u00e9sentation de leur terre natale, de leur maison, de la langue cor\u00e9enne. La question la plus importante \u00e9tant de savoir : qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre un Cor\u00e9en au Kazakhstan aujourd\u2019hui ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les voies p\u00e9rilleuses de l\u2019Empire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons par l\u2019Histoire. La premi\u00e8re migration connue des Cor\u00e9ens vers l\u2019Empire russe s\u2019est produite dans les ann\u00e9es 1860 lorsque 30 familles venant d\u2019une Cor\u00e9e surpeupl\u00e9e sont venues s\u2019installer dans le territoire administratif de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kra%C3%AF_du_Primori%C3%A9\">Primorsky<\/a>, dans l&rsquo;extr\u00eame-est russe. En 1884, une autorisation officielle leur a permis de demander la nationalit\u00e9 russe. Selon les donn\u00e9es du premier recensement sovi\u00e9tique, 87 000 Cor\u00e9ens vivaient dans le pays, dont la grande majorit\u00e9 en Extr\u00eame-Orient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1937, ils ont \u00e9t\u00e9 les premiers (avant les Allemands, les Tatars de Crim\u00e9e, les Grecs, les Tch\u00e9tch\u00e8nes et autres) \u00e0 subir la d\u00e9portation suite au d\u00e9cret national. La m\u00eame ann\u00e9e, avec la mise en place du Conseil des Commissaires du peuple de l\u2019URSS, ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s dans les R\u00e9publiques du Kazakhstan et de l\u2019Ouzb\u00e9kistan pour cause de <em>\u00ab\u00a0suppression de p\u00e9n\u00e9tration des services secrets japonais dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Orient\u00a0\u00bb<\/em>. Les Cor\u00e9ens, qui vivaient regroup\u00e9s dans de nombreuses banlieues, \u00e9taient suspect\u00e9s d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019une possible ins\u00e9curit\u00e9, alors que la Cor\u00e9e \u00e9tait une colonie japonaise. Au total, 180 000 citoyens ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s et environs 100 000 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis sur le territoire de la R\u00e9publique sovi\u00e9tique du Kazakhstan.<\/p>\n\n\t\t<div class=\"flex flex-col md:flex-row justify-evenly items-center bg-yellow-100 my-20 p-10 space-y-10 subscribe\">\n\t\t\t<div class=\"container flex flex-row justify-between\">\n\t\t\t\t<div class=\"flex flex-col w-3\/5\">\n\t\t\t\t\t<h2 class=\"text-3xl text-secondary font-bold mb-4 text-[#749D02]\">\n\t\t\t\t\t\tSoutenez Novastan, le media associatif d\u2019Asie&nbsp;centrale <\/h2>\n\t\t\t\t\t<p>\n\t\t\t\t\t\t<span>En vous abonnant \u00e0 Novastan, vous soutenez le seul m\u00e9dia en anglais, fran\u00e7ais et allemand sp\u00e9cialis\u00e9 sur l\u2019Asie&nbsp;centrale.<\/span> Nous sommes ind\u00e9pendants et pour le rester, nous avons besoin de votre aide !<\/p>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"flex flex-col w-2\/5 flex flex-col justify-items-center justify-center\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"rounded-md bg-accent-500 px-10 py-5 text-center w-72 mx-auto\">\n\t\t\t\t\t\t<p class=\"pricing text-2xl font-bold text-center\">3\u20ac\/mois<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<p class=\"\">Toute l\u2019actualit\u00e9 d\u2019Asie centrale<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<a class=\"block rounded bg-white p-2 mt-4 font-bold\" href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/sabonner\">Abonnez-vous<\/a>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\n\t\t\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9portation en Asie centrale a s\u00e9rieusement contrari\u00e9 la pratique de la langue natale des Cor\u00e9ens. Avant 1937, sur le territoire de Primorsky, il existait des dizaines d\u2019\u00e9coles proposant l&rsquo;\u00e9tude du cor\u00e9en, des journaux et magazines en cor\u00e9en \u00e9taient publi\u00e9s et un institut p\u00e9dagogique \u00e9tait en activit\u00e9, entre autres. M\u00eame apr\u00e8s la d\u00e9portation, de nombreuses \u00e9coles ont continu\u00e9 \u00e0 fonctionner. Mais d\u00e8s les ann\u00e9es de guerre, elles se sont tourn\u00e9es vers l\u2019apprentissage de la langue russe. Un refus de la langue natale a d\u00e9but\u00e9 : le recensement de 1979 a montr\u00e9 que, parmi les Cor\u00e9ens sovi\u00e9tiques, 47,7 % parlaient en russe. Dans les ann\u00e9es post-sovi\u00e9tiques, la perte de la langue s&rsquo;est poursuivie.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9placements vers Sakhaline puis l&rsquo;Asie centrale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9portations ne se sont pas arr\u00eat\u00e9es avec le Primorsky. Suite \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019Empire russe lors de\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Guerre_russo-japonaise\">la Guerre russo-japonaise<\/a> (1904-1905), le Japon a re\u00e7u la moiti\u00e9 sud de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sakhaline\">l\u2019\u00eele de Sakhaline<\/a>, devenue la pr\u00e9fecture Karafuto. Durant la Seconde Guerre mondiale, les Japonais y ont d\u00e9plac\u00e9, dans le cadre d\u2019ex\u00e9cution de travaux forc\u00e9s, 60 000 Cor\u00e9ens. La grande majorit\u00e9 d\u2019entre eux sont rest\u00e9s sur l\u2019\u00eele apr\u00e8s son int\u00e9gration \u00e0 l\u2019URSS. Pendant longtemps, on ne leur a pas donn\u00e9 la citoyennet\u00e9 sovi\u00e9tique, mais on ne les laissait pas partir non plus, les utilisant comme une force de travail pr\u00e9cieuse : des p\u00eacheurs, des mineurs ou des b\u00fbcherons. Ils ont obtenu des passeports en 1953 seulement, suite \u00e0 quoi ils ont \u00e9t\u00e9 nombreux \u00e0 s&rsquo;installer en Asie centrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, la diaspora cor\u00e9enne du Kazakhstan sovi\u00e9tique puis autonome a \u00e9galement accueilli des ressortissants de la Cor\u00e9e du Nord, se retrouvant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger apr\u00e8s la fin d\u2019une mobilit\u00e9 ou des \u00e9tudes. Apr\u00e8s 1991, se sont ajout\u00e9s les commerciaux et les sp\u00e9cialistes techniques de la Cor\u00e9e du Sud. Les quatre vagues de la migration cor\u00e9enne au Kazakhstan (une part peu importante des 6 millions que constitue la diaspora cor\u00e9enne) sont repr\u00e9sent\u00e9es sur la carte ci-dessous.<\/p>\n<figure id=\"attachment_26846\" aria-describedby=\"caption-attachment-26846\" style=\"width: 750px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-26846 size-full\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2019\/11\/Trac\u00e9s.jpg\" alt=\"Kazakhstan Cor\u00e9ens d\u00e9portation carte\" width=\"750\" height=\"487\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2019\/11\/Trac\u00e9s.jpg 750w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2019\/11\/Trac\u00e9s-300x195.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-26846\" class=\"wp-caption-text\"><em>Trac\u00e9s des d\u00e9placements des Cor\u00e9ens russes et sovi\u00e9tiques au XXe si\u00e8cle<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La m\u00e9moire de la d\u00e9portation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme de nombreuses autres diasporas, celles des Juifs ou des Arm\u00e9niens par exemple, les Cor\u00e9ens sont profond\u00e9ment li\u00e9s \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement tragique qui d\u00e9marre l\u2019histoire de leur vie en Asie centrale : la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9portation_des_peuples_en_URSS\">d\u00e9portation stalinienne<\/a>. Bien que les interview\u00e9s d&rsquo;Elise S. Ahn soient des Kazakhs de la troisi\u00e8me ou la quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, ils se rappellent bien le pass\u00e9 de leur famille et parlent beaucoup de la d\u00e9portation de l\u2019ann\u00e9e 1937. Ils l&rsquo;associent \u00e0 la peur face aux espions japonais ou aux plans de Joseph Staline sur la r\u00e9organisation sociale du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur la carte ci-dessous, les lignes illustrent la grande diversit\u00e9 des routes emprunt\u00e9es par les anc\u00eatres des interview\u00e9s qui les ont men\u00e9s au Kazakhstan. Le d\u00e9placement sous Staline est le plus fr\u00e9quemment \u00e9voqu\u00e9. La complexit\u00e9 de la route, le vagabondage \u00e0 travers l\u2019URSS et les cas de fuite des trains de d\u00e9portations en Sib\u00e9rie ont \u00e9t\u00e9 pass\u00e9s sous silence.<\/p>\n<figure id=\"attachment_26852\" aria-describedby=\"caption-attachment-26852\" style=\"width: 750px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-26852 size-full\" src=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2019\/11\/routes-de-migration.jpg\" alt=\"Kazakhstan Cor\u00e9ens migrations\" width=\"750\" height=\"484\" srcset=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2019\/11\/routes-de-migration.jpg 750w, https:\/\/novastan.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2019\/11\/routes-de-migration-300x194.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-26852\" class=\"wp-caption-text\"><em>Les routes de migration diverses les plus fr\u00e9quemment cit\u00e9es<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>L&rsquo;oubli de la langue natale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La recherche a confirm\u00e9 la perte de la pratique de la langue cor\u00e9enne parmi ceux qui sont n\u00e9s \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980. Les interview\u00e9s se souviennent seulement que leurs parents et grands-parents parlaient en cette langue, en soulignant que cette langue diff\u00e9rait de celle pratiqu\u00e9e actuellement en Cor\u00e9e du Sud. Beaucoup se souviennent du cor\u00e9en comme d\u2019une <em>\u00ab\u00a0langue cach\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0<em>\u00ab\u00a0Dans le cercle familial nous parlions le russe, mais lorsque papa et maman voulaient cacher quelque chose, \u00e0 nous ou aux \u00e9trangers, ils passaient au cor\u00e9en. Par exemple lorsque la discussion portait sur l\u2019argent\u00a0\u00bb, <\/em>d\u00e9crit\u00a0Inna, 32 ans, ing\u00e9nieur. La langue natale a donc \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e, cependant sa fonction, permettant de tracer la limite entre la famille et les \u00e9trangers et de garder les secrets, a \u00e9t\u00e9 retenue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre \u00e9l\u00e9ment, non moins important dans la repr\u00e9sentation de soi, est le sentiment d\u2019incommodit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 l\u2019ignorance de la langue natale. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce type de sentiment qui motive \u00e0 \u00e9tudier cette langue. <em>\u00ab\u00a0Parfois j\u2019ai l\u2019impression que je dois l\u2019apprendre, juste pour pouvoir dire que je suis une Cor\u00e9enne et que je parle le cor\u00e9en\u00a0\u00bb<\/em>, explique Elina, 24 ans, professeure d\u2019anglais. <em>\u00ab\u00a0Tout le monde dit aux Cor\u00e9ens qu\u2019ils doivent parler le cor\u00e9en. C\u2019est nos racines. Il serait donc int\u00e9ressant de l\u2019apprendre\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>d\u00e9crit de son c\u00f4t\u00e9\u00a0Dima, 30 ans, ing\u00e9nieur financier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, bien que la langue natale de tous les interlocuteurs de la chercheuse soit le russe, ils ont \u00e9galement grandi entour\u00e9s d\u2019autres peuples, ont re\u00e7u une bonne \u00e9ducation. Ils croient cependant en la nature profonde du lien entre un peuple et une langue. Au sentiment du devoir (<em>\u00ab Il faut apprendre\u00a0\u00bb<\/em>) il n\u2019est pas rare que s\u2019ajoute celui du regret et de la honte. <em>\u00ab\u00a0La langue cor\u00e9enne, c\u2019est la langue de mon pays. Mais je ne peux pas la qualifier de natale puisque je ne la parle pas\u2026 Si, \u00e9tant jeune, j&rsquo;avais compris que je me privais de ma langue, j\u2019aurais demand\u00e9 \u00e0 ma grand-m\u00e8re de parler en cor\u00e9en avec moi, et \u00e0 mes parents aussi\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>affirme\u00a0Ludmila, 63 ans, comptable. Ce n\u2019est pas facile de vivre coup\u00e9 de ses racines.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Il est important de savoir d\u2019o\u00f9 tu viens. J\u2019ai des amis arm\u00e9niens qui parlent leur langue natale alors qu\u2019ils sont d\u00e9j\u00e0 de la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u2026 Si je connaissais ma langue natale, ce serait mieux\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>ajoute\u00a0Dima.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, \u00e0 part ce type de sentiments aux aspects ethniques, de nombreux Cor\u00e9ens consid\u00e8rent leur langue comme une ressource pr\u00e9cieuse, utile dans la vie. Lena, une manager de 35 ans, a pris la d\u00e9cision d\u2019apprendre non pas le <em>kore mar,\u00a0<\/em>le dialecte que parlaient les Cor\u00e9ens de l\u2019ex-URSS, mais le dialecte sud-cor\u00e9en contemporain.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Je ne vois pas l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019apprendre le vieux cor\u00e9en. Il peut servir seulement pour des \u00e9tudes d\u2019histoire\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>d\u00e9crit-elle. Une approche pragmatique et le rattachement de l\u2019apprentissage de la langue aux possibilit\u00e9s politiques futures est un cas commun. <em>\u00ab\u00a0Mes enfants n\u2019apprennent pas le cor\u00e9en. Je n\u2019ai pas l\u2019intention de les contraindre \u00e0 le faire\u2026\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0explique de son c\u00f4t\u00e9 Marina, 40 ans, manager d&rsquo;un restaurant.<em>\u00a0\u00ab\u00a0Actuellement il n\u2019y a pas de n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 apprendre cette langue. Mais \u00e0 l&rsquo;avenir\u2026 Je vois beaucoup de potentiel pour le cor\u00e9en. C\u2019est un point de vue plus rationnel\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>O\u00f9 est la patrie ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout comme le rapport \u00e0 la langue, l\u2019identit\u00e9 ethnique des Cor\u00e9ens du Kazakhstan est mouvante, fluide et complexe. Inna, par exemple, ne peut pas se consid\u00e9rer tout \u00e0 fait comme une Cor\u00e9enne : elle est Cor\u00e9enne de nationalit\u00e9, parle russe, vit au Kazakhstan et se consid\u00e8re comme Kazakhe. Ekaterina, 25 ans, se sent plus Russe :\u00a0<em>\u00ab\u00a0J\u2019ai un nom russe, je pr\u00e9f\u00e8re la cuisine russe et je parle russe &#8211; c\u2019est seulement mon physique qui est cor\u00e9en\u00a0\u00bb<\/em>. Pour L\u00e9na, tout est encore plus complexe : l\u2019Extr\u00eame-Orient est pour elle une zone de transition, la Cor\u00e9e du Nord sa patrie historique, et elle se consid\u00e8re \u00e0 la fois comme une citoyenne du monde et une sovi\u00e9tique portant \u00e9galement l\u2019identit\u00e9 de la ville d\u2019Almaty.<\/p>\n<p style=\"background-color: #d4d4d4;\"><span style=\"color: #000000;\">Envie d'Asie centrale dans votre bo\u00eete mail ? Inscrivez-vous gratuitement \u00e0 notre newsletter hebdomadaire <strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/2ff41361.sibforms.com\/serve\/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N\">en cliquant ici.<\/a><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par <em>\u00ab v\u00e9ritable maison \u00bb<\/em>, la majorit\u00e9 des interview\u00e9s citent la Cor\u00e9e du Sud. Pour autant, ils ne sont pas press\u00e9s d\u2019y d\u00e9m\u00e9nager. <em>\u00ab\u00a0Avant, je voulais partir l\u00e0-bas pour \u00e9tudier. Mais ensuite j\u2019ai discut\u00e9 avec les gens qui ont v\u00e9cu en Cor\u00e9e et ils ont eu une impression n\u00e9gative. Les \u00e9trangers l\u00e0-bas sont ignor\u00e9s. On ne leur parle pas. M\u00eame si ces derniers parlent le cor\u00e9en\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>explique\u00a0Dima. En effet, les Sud-Cor\u00e9ens consid\u00e8rent leurs \u00ab\u00a0parents\u00a0\u00bb de l\u2019ex-URSS comme des semi-Cor\u00e9ens. Les raisons \u00e0 cela : le prestige de la Cor\u00e9e du Sud, son \u00e9conomie puissante et son statut g\u00e9opolitique invitent \u00e0 consid\u00e9rer pr\u00e9cis\u00e9ment ce pays comme le gardien originel de la langue et de la culture cor\u00e9ennes. En opposition \u00e0 la Cor\u00e9e du Nord \u00ab\u00a0exclue\u00a0\u00bb, m\u00eame si c\u2019est justement de l\u2019ancien territoire de la Cor\u00e9e du Nord que les anc\u00eatres des Cor\u00e9ens sovi\u00e9tiques sont venus au Primori\u00e9, le nom moderne du Primorsky.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en r\u00e9sulte que les Cor\u00e9ens du Kazakhstan n\u2019ont pas de d\u00e9finition de la patrie qui mette tout le monde d\u2019accord. Ils sont attir\u00e9s par la Cor\u00e9e du Sud et la respectent mais les Sud-Cor\u00e9ens les consid\u00e8rent comme des semi-\u00e9trangers, diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et en ce qui concerne le Kazakhstan, o\u00f9 ils sont n\u00e9s et ont grandi ? Les Cor\u00e9ens n\u2019y sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme des citoyens de seconde zone. En 2016, lorsque la f\u00eate nationale du \u00ab\u00a0Remerciement\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9e, le pr\u00e9sident du pays, <a href=\"https:\/\/novastan.org\/fr\/kazakhstan\/noursoultan-nazarbaiev-le-dernier-des-soviets\/\">Noursoultan Nazarba\u00efev<\/a>, a rappel\u00e9 que les Kazakhs ont accueilli les populations d\u00e9laiss\u00e9es dans la steppe par le r\u00e9gime stalinien comme des amis pr\u00e9cieux. Mais dans un tel contexte, on fait poliment comprendre aux Cor\u00e9ens que sur la terre du Kazakhstan, ils sont des invit\u00e9s. Il ne reste plus, pour les Cor\u00e9ens d&rsquo;Asie centrale, qu\u2019\u00e0 s\u2019accrocher les uns aux autres, aux r\u00e9seaux personnels \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la diaspora, conclut Elise S. Ahn.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Traduit du russe par Anna Kosova<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>\u00c9dit\u00e9 par Aline Simonneau<\/strong><\/p>\n<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous am\u00e9liorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href=\"https:\/\/forms.gle\/3M7U3fyMRXAiaZmJA\">r\u00e9pondre anonymement \u00e0 ce questionnaire<\/a> ou nous envoyer un email \u00e0 <a href=\"mailto:redaction@novastan.org\">redaction@novastan.org<\/a>. Merci beaucoup !<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Cor\u00e9ens sont arriv\u00e9s en Asie centrale \u00e0 la suite de diff\u00e9rentes vagues de migrations. Une \u00e9tude r\u00e9cente, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir d&rsquo;entretiens conduits avec des Kazakhs issus de la diaspora cor\u00e9enne, explore les rapports complexes qu&rsquo;entretiennent ces populations avec leur langue natale et leur pays d&rsquo;origine. 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