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	<title>Tchernobyl | Novastan France</title>
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	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
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	<title>Tchernobyl | Novastan France</title>
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		<title>« On nous a dit que nous allions en Russie pour construire des maisons », l’histoire des liquidateurs tadjiks</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jelena Dzekseneva]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Jun 2020 07:47:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/on-nous-a-dit-que-nous-allions-en-russie-pour-construire-des-maisons-lhistoire-des-liquidateurs-tadjiks/">« On nous a dit que nous allions en Russie pour construire des maisons », l’histoire des liquidateurs tadjiks</a></p>
<p>Pendant de nombreuses années des centaines de milliers de personnes ont participé à l&#8217;élimination des conséquences de l&#8217;accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dont environ 6 000 Tadjiks. On les a surnommés « les liquidateurs ». Aujourd&#8217;hui on compte plus de 1 800 liquidateurs au Tadjikistan, dont 1 450 sont handicapés. Certains d’entre eux se remémorent [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/on-nous-a-dit-que-nous-allions-en-russie-pour-construire-des-maisons-lhistoire-des-liquidateurs-tadjiks/">« On nous a dit que nous allions en Russie pour construire des maisons », l’histoire des liquidateurs tadjiks</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Pendant de nombreuses années des centaines de milliers de personnes ont participé à l&rsquo;élimination des conséquences de l&rsquo;accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dont environ 6 000 Tadjiks. On les a surnommés « les liquidateurs ». Aujourd&rsquo;hui on compte plus de 1 800 liquidateurs au Tadjikistan, dont 1 450 sont handicapés. Certains d’entre eux se remémorent le temps de leur travail sur la zone de l’accident.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Nova</strong><strong>stan reprend et traduit ici un article publié le 24 avril 2020 par le média russe spécialisé sur l&rsquo;Asie centrale, </strong><a href="https://fergana.ru/articles/117133/"><strong>Fergana News</strong></a>.</p>
<p style="text-align: justify">Le 26 avril dernier a eu lieu la Journée internationale de mémoire aux victimes d&rsquo;accidents et de catastrophes dus aux radiations nucléaires. C&rsquo;est en ce jour de 1986 que s&rsquo;est produite la plus grande catastrophe industrielle du XXème siècle, à la centrale de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tchernobyl">Tchernobyl</a>, en Ukraine. Après l’accident, les autorités envoyaient sur place principalement les hommes qui avaient servi dans l&rsquo;armée soviétique, dont de nombreux Tadjiks. On ne leur communiquait ni la destination ni les raisons de leur déplacement. De jeunes hommes en bonne santé partaient travailler dans la zone de radiation élevée, souvent en violation des normes de sécurité. Ce n&rsquo;est que des mois, voire des années après leur retour qu&rsquo;ils ont connu la raison pour laquelle ils développaient diverses maladies graves. Les <em>« liquidateurs »</em> tadjiks ont donné naissance à plus de 1 300 enfants atteints de pathologies ou de maladies chroniques.</p>

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<p style="text-align: justify">Kibrio Ganïeva, la présidente de l’ONG Union des victimes de Tchernobyl à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khodjent">Khodjent</a>, se souvient très bien de la soirée du 7 avril 1989. Il faisait déjà nuit quand des gens en uniforme militaire ont toqué à sa porte. Les officiers se sont présentés comme des employés du commissariat militaire de Leninabad, l&rsquo;ancien nom de Khodjent. Ils ont dit à son mari, Nozir Ganïev, âgé alors de 35 ans : <em>« Demain vous devez vous présenter au commissariat. Équipez-vous de l’essentiel, vous serez envoyé à une formation militaire. »</em></p>
<p style="text-align: justify">Kibrio Ganïeva se remémore : <em>« Nozir était un chef de cuisine réputé. Il travaillait à « Panchshanbe », un restaurant prestigieux connu non seulement à Khodjent, mais dans toute la République. Des gens venaient de tous les coins du Tadjikistan spécialement pour goûter les plats préparés par mon mari. Il était souvent invité à de grands évènements avec des centaines de personnes. Sa spécialité était le pilaf. »</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong> « Il ne tenait pas debout à cause des douleurs »</strong></p>
<p style="text-align: justify"><em>« Il est parti le 8 avril. Il nous a dit qu&rsquo;il était envoyé en Ukraine, mais pourquoi ? Ni lui ni nous ne le savions. Il s&rsquo;est avéré ensuite qu&rsquo;il avait été envoyé à Tchernobyl pour éliminer les conséquences de l&rsquo;accident survenu dans la centrale nucléaire. Il est revenu le 2 octobre, six mois plus tard »,</em> raconte Kibrio Ganïeva. Elle explique qu’avant Tchernobyl, Nozir Ganïev était en parfaite santé. À son retour il a repris le travail, il faisait ce qu&rsquo;il aimait faire le plus. Mais son exposition aux radiations s&rsquo;est vite fait sentir. <em>« Nozir a commencé à avoir des douleurs très fortes<strong>. </strong>Il ne tenait plus debout à cause des douleurs. »</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>« Les médecins ont diagnostiqué chez Nozir la leucémie, le cancer du sang. Il a été cloué au lit pendant une longue période. Il a courageusement enduré la douleur et ne s&rsquo;est jamais plaint à personne. J’étais la seule à savoir quelle souffrance il éprouvait »,</em> raconte Kibrio Ganïeva.<em> « Nozir est décédé sept ans après son retour de Tchernobyl. Les amis de mon mari m&rsquo;ont demandé de m’occuper de l&rsquo;Union de victimes de Tchernobyl à Khodjent. J’ai accepté parce que je voulais consoler les victimes de Tchernobyl, les aider à obtenir une assistance juridique et des aides financières. Actuellement nous préparons une proposition au gouvernement sur l&rsquo;exemption totale ou au moins partielle des charges d&rsquo;électricité pour ceux qui ont été envoyés à Tchernobyl. »</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/istiklol-entre-fabrication-de-chaussures-et-de-missiles-atomiques/"><strong>Istiklol, entre fabrication de chaussures et de missiles atomiques</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">Les conséquences de Tchernobyl ont affecté la plus jeune des filles des Ganïev. Contrairement à ses sœurs, elle est née après que Nozir est rentré de la zone contaminée. Kibrio Ganïeva raconte : « <em>Notre fille de 24 ans est anémique. Comme elle, de nombreux enfants de liquidateurs souffrent de maladies chroniques et ont régulièrement besoin d&rsquo;un traitement. Les effets de la radiation peuvent affecter la santé de plusieurs générations. »</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Une journée de travail de 20 minutes</strong></p>
<p style="text-align: justify">Khomijon Obidjonov est un habitant de Khodjent. Après son service à l&rsquo;armée il travaillait à l&rsquo;usine d’ingénierie de bâtiments résidentiels. Le 16 mai 1989 il est rentré tard. Il faisait déjà noir quand il s&rsquo;approcha de sa maison. Des employés du commissariat militaire attendaient Khomijon Obidjonov à sa porte. Ils lui ont demandé de se présenter le lendemain au commissariat avec des vêtements de rechange. La conversation a été brève. Les officiers ont dit qu’il allait être envoyé en Russie pour construire de nouveaux bâtiments résidentiels.</p>
<p style="text-align: justify">Le lendemain matin, Khomijon Obidjonov a vu une foule de jeunes hommes au commissariat. Il y en avait beaucoup comme lui. Ils ont été placés dans des wagons. Tout le monde pensait qu&rsquo;ils allaient en Russie. On leur a caché la vérité jusqu&rsquo;au dernier moment.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« Les officiers nous ont menti. Ils nous ont amenés à Tchernobyl, pas en Russie. On nous a placés dans l&rsquo;unité militaire, à 18 kilomètres du lieu de l&rsquo;accident. On nous a distribué des combinaisons. Quand on allait au travail, on se changeait dans les vestiaires, on mettait des masques à gaz. J&rsquo;ai travaillé dans la 4ème unité de la centrale. Nous faisions ce qu’on nous demandait de faire. Par exemple, on nous ordonnait de déplacer divers matériaux de construction. Notre journée de travail ne durait que 20 minutes. Après on nous examinait avec un appareil spécial. Après un traitement chimique nos vêtements étaient jetés dans une urne spéciale et enterrés ensuite. Chaque jour on avait un nouvel uniforme. Les ouvriers avaient des placards personnels sur lesquels il y avait leurs nom, prénom et patronyme. Le 3 septembre 1989 j’ai été renvoyé chez moi »</em>, se remémore Khomijon Obidjonov.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/quand-le-rock-and-roll-sovietique-faisait-danser-douchanbe/">Quand le rock-and-roll soviétique faisait danser Douchanbé</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Aujourd’hui Khomijon Obidjonov a 66 ans. Il est handicapé du troisième groupe. Il perçoit une retraite de 800 somonis (70 euros). Une grande partie de cet argent lui sert à payer le traitement des maladies qu’il a développées suite à l&rsquo;exposition aux radiations.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« Avant d&rsquo;être envoyé à Tchernobyl j&rsquo;avais déjà deux enfants et on voulait en avoir d’autres. Mais après mon retour ce n’était plus possible. Rapidement mes cheveux ont blanchi, et j’ai perdu toutes mes dents. Ma mémoire est devenue très mauvaise, mes articulations ont commencé à me faire mal. Je suis parti jeune, en bonne santé et je suis revenu invalide »</em>, explique Khomijon Obidjonov.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Nous avons été forcés de travailler au-delà de la norme »</strong></p>
<p style="text-align: justify">Quand Agzam Khodjïev a été envoyé à Tchernobyl, les autorités lui ont menti comme à tous les autres liquidateurs. Il vient du village <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Poshkent">Pochkent</a>, dans la <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Istaravshan_District">région d’Istaravchan</a>. Après avoir obtenu un diplôme à l’Institut des métiers du bâtiment de Zafarabadskiï, il a travaillé comme plâtrier et peintre dans la région de Khodjent. Un soir tardif de septembre 1988 alors qu’Agzam Khodjïev se reposait après le travail, il a reçu une convocation. Le lendemain il devait se présenter au commissariat militaire, bagage à la main, soi-disant pour une formation militaire de dix jours.</p>
<p style="text-align: justify">Mais les hommes présents au commissariat ont d&rsquo;abord été envoyés à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Volgograd">Volgograd</a>, le lendemain à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiev">Kiev</a>, ensuite ils ont été transférés au village Zelenyi Mis, à 30 kilomètres de Tchernobyl et placés dans une unité militaire.</p>
<figure id="attachment_33425" aria-describedby="caption-attachment-33425" style="width: 1300px" class="wp-caption alignnone"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-33425" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1522px-IAEA_02790037_5612537827-1300x922.jpg" alt="Tadjikistan Tchernobyl Décontamination Catastrophe" width="1300" height="922" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1522px-IAEA_02790037_5612537827-1300x922.jpg 1300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1522px-IAEA_02790037_5612537827-1300x922-300x213.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1522px-IAEA_02790037_5612537827-1300x922-768x545.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1522px-IAEA_02790037_5612537827-1300x922-1024x726.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1300px) 100vw, 1300px" /><figcaption id="caption-attachment-33425" class="wp-caption-text">Les liquidateurs de Tchernobyl reçoivent des rations alimentaires supplémentaires: du lait condensé et du poisson en conserve. &#8211; Image d&rsquo;archive de la Société ukrainienne pour l&rsquo;amitié et les relations culturelles avec les autres États (USFCRFC).</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify"><em>« Ce n&rsquo;est qu’à ce moment-là que j&rsquo;ai découvert que nous avions été appelés pour « liquider » les conséquences de l&rsquo;accident de Tchernobyl. Cela a été le début d’un quotidien très strict et réglementé »,</em> explique Agzam Khodjïev. <em>« Chaque matin après le petit-déjeuner on nous envoyait au travail. On prenait un bus, on passait trois postes de contrôle avant d’arriver sur le lieu de l’accident. Il y avait beaucoup de monde et tous était pressés, comme si on accomplissait une mission d’une très grande importance. Selon nos savoir-faire on était divisés par groupes de dix. On se changeait dans un vestiaire spécial. Il y avait des vêtements de travail de trois couleurs : rouge – pour travailler à l&rsquo;intérieur du bloc, jaune – à côté du bloc et bleu – loin du bloc. Le travail le plus dangereux était à l&rsquo;intérieur du bloc. Notre tâche consistait à collecter des fragments de métal et des débris de construction restés à l&rsquo;intérieur et à les jeter dans une boîte spéciale. La boîte était ensuite transmise à un autre groupe. »</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/tadjikistan-la-construction-de-la-centrale-hydroelectrique-de-rogun-se-poursuit-malgre-le-coronavirus/">Tadjikistan : la construction de la centrale hydroélectrique de Rogun se poursuit malgré le coronavirus</a></strong></p>
<p style="text-align: justify"><em> « Parfois on travaillait dans des installations adjacentes. Par exemple on pompait l&rsquo;eau du sous-sol d&rsquo;une maison inondée près de la centrale nucléaire. Nous n&rsquo;avions pas le choix : on faisait ce qu’on nous demandait de faire. Il se trouve qu’alors il y avait un document secret relatif aux conditions de travail. Mais les officiers ne nous le montraient pas. Le document identifiait les normes autorisées pour chaque tâche spécifique. Lorsque nous avons finalement réussi à obtenir ce document, il s&rsquo;est avéré que nous avions travaillé bien au-delà de la norme définie. Si selon la réglementation 15 minutes étaient allouées pour effectuer une tâche, nous travaillions pendant 30 minutes, et au lieu de 30 minutes on travaillait 45. Malheureusement nous avons appris ça trop tard. Ça n’avait plus de sens de déposer une plainte. Le reste du temps on se reposait dans l&rsquo;unité militaire.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>Chacun de nous a reçu un dosimètre en forme de badge pour mesurer le niveau de radiation. Nous devions porter ce badge tout le temps : au travail, dans la rue ou dans une unité militaire. Une fois par semaine on nous retirait les badges pour les envoyer à Kiev et on nous en distribuait de nouveaux. Personne ne nous expliquait rien. Et puis à ce moment-là nous ne connaissions rien sur la radiation, combien on était exposés, et on ne se rendait pas compte du danger.</em></p>
<figure id="attachment_33424" aria-describedby="caption-attachment-33424" style="width: 1300px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-33424" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1528px-IAEA_02790036_5613126700-1300x919.jpg" alt="Tadjikistan Tchernobyl Décontamination Catastrophe" width="1300" height="919" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1528px-IAEA_02790036_5613126700-1300x919.jpg 1300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1528px-IAEA_02790036_5613126700-1300x919-300x212.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1528px-IAEA_02790036_5613126700-1300x919-768x543.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/1528px-IAEA_02790036_5613126700-1300x919-1024x724.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1300px) 100vw, 1300px" /><figcaption id="caption-attachment-33424" class="wp-caption-text">Vue depuis un hélicoptère de la zone autour du réacteur accidenté de Tchernobyl. &#8211; Image d&rsquo;archive de la Société ukrainienne pour l&rsquo;amitié et les relations culturelles avec les autres États (USFCRFC).</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify"><em>J&rsquo;étais à Tchernobyl avec un autre Tadjik, Solidjon Khakimov. Nous sommes arrivés là-bas en même temps. J’ai passé 80 jours dans la zone de l&rsquo;accident et je suis rentré le 20 décembre. Solidjon y a passé exactement trois mois, jusqu&rsquo;au 30 décembre 1988. Au fil du temps il a complètement perdu la vue. Quant à moi je suis devenu faible, j’ai commencé à avoir des vertiges, puis j’ai développé un ostéochondrose et des maladies des organes internes. Une autre de mes connaissances de Tchernobyl, Ourazkoul, n&rsquo;a pas vécu longtemps après son retour. Beaucoup de mes collègues n&rsquo;ont pas eu la chance d’être en vie aujourd’hui, ils étaient pourtant encore jeunes »</em>, conclut Agzam Khodjiev.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Une aide d’État insuffisante</strong></p>
<p style="text-align: justify">En 2007, le Tadjikistan a adopté une loi sur <em>« la protection sociale des citoyens victimes de la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl »</em>. En vertu de cette loi les participants à la liquidation de l&rsquo;accident et leurs enfants ont droit à une aide financière. Les liquidateurs sont exonérés d’impôts (sur le revenu, foncier, sur l&rsquo;immobilier et autres). Les soins médicaux et les médicaments doivent leur être fournis gratuitement. Cependant, les liquidateurs disent qu’ils doivent acheter de nombreux médicaments coûteux à leurs frais.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« Chaque année il nous est recommandé de suivre un traitement de 24 jours dans les centres de santé. Pour cela l&rsquo;État alloue 2 930 somonis (257 euros) à chaque travailleur de Tchernobyl. Mais ce montant ne couvre pas le traitement. Un séjour de 24 jours coûte entre 4 500 et 5 000 somonis (entre 394 et 438 euros). Par conséquent on est obligés soit de réduire la durée du séjour, soit de payer un supplément de notre poche. Ce serait bien si, en tant que victime de Tchernobyl, on pouvait avoir une remise de 50 % dans les centres de santé. De plus, ces dernières années les aides ont été réduites. Jusqu&rsquo;en 2007 nous ne payions pas l&rsquo;électricité, l&rsquo;eau, l’entretien du bâtiment, mais nous avons été privés de ce privilège. Maintenant l&rsquo;électricité est entièrement à notre charge, et nous payons la moitié pour l&rsquo;eau et l’entretien du bâtiment </em>», se plaint le liquidateur Abdouvakhob Khodjiboïev.</p>
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<p style="text-align: justify">Après leur retour au Tadjikistan, la plupart des liquidateurs n’ont pas pu, pour des raisons de santé, reprendre leur travail. Ils vivent de leur retraite : 800 somonis par mois (70 euros). Cet argent ne suffit ni pour une bonne nutrition ni pour un bon traitement.</p>
<p style="text-align: justify">Lorsqu’on leur demande ce qu’il leur manque, la réponse est inattendue<em> : « Je voudrais visiter Tchernobyl à nouveau. Je voudrais voir de mes propres yeux comment c’est maintenant là-bas. Tchernobyl a changé toute ma vie. Oh, si seulement le gouvernement de l&rsquo;Ukraine nous faisait un tel cadeau, d’inviter les liquidateurs de l&rsquo;accident du Tadjikistan à une excursion dans la zone de l’exclusion&#8230; »</em></p>
<p style="text-align: right"><strong>Tilava Rassoul-Zadé<br />
</strong><strong>Journaliste pour Fergana News</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit </strong><a href="https://fergana.ru/articles/117133/"><strong>du russe</strong></a><strong> par Jelena Dzekseneva<br />
</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Edité par Anthony Vial </strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Anne Marvau<br />
</strong></p>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>Kazakhstan : il y a 35 ans, un « Tchernobyl » pétrolier à Tengiz</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-il-y-a-35-ans-un-tchernobyl-petrolier-a-tengiz/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Arnaud Behr]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Feb 2020 05:00:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-il-y-a-35-ans-un-tchernobyl-petrolier-a-tengiz/">Kazakhstan : il y a 35 ans, un « Tchernobyl » pétrolier à Tengiz</a></p>
<p>Il y a presque 35 ans, en juin 1985, sur les bords de la Caspienne, une catastrophe technologique inoubliable se produisait sur le forage n°37 du champ pétrolier de Tengiz, dans l&#8217;ouest du Kazakhstan. L’accident, à l’époque dissimulé à la population, aurait pu rayer la région de la carte. Une catastrophe souvent comparée à la [&#8230;]</p>
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<p align="JUSTIFY"><strong>Il y a presque 35 ans, en juin 1985, sur les bords de la Caspienne, une catastrophe technologique inoubliable se produisait sur le forage n°37 du champ pétrolier de Tengiz, dans l&rsquo;ouest du Kazakhstan. L’accident, à l’époque dissimulé à la population, aurait pu rayer la région de la carte. Une catastrophe souvent comparée à la tragédie de Tchernobyl survenue l&rsquo;année d&rsquo;après.</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><strong>Novastan reprend et traduit un article initialement publié le 10 avril 2015 par le <a href="https://www.caravan.kz/gazeta/sekretnye-materialy-neftyanojj-chernobyl-na-tengize-83983/">média kazakh Caravan</a>.</strong></p>
<p align="JUSTIFY">Du temps du pouvoir soviétique, on dissimulait souvent les catastrophes de grande ampleur. Tous les organes de l’URSS s’y appliquaient, jusqu’au Comité de Sécurité d’État, bien connu par son acronyme KGB, et au Comité Central du Parti Communiste, le KPSS. Plusieurs décennies après la liquidation de la plus grande fontaine de gaz et de pétrole de l’histoire à <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Tengiz_Field">Tengiz</a>, dans l&rsquo;ouest du Kazakhstan, les langues se délient enfin. Les liquidateurs osent évoquer les incroyables difficultés auxquelles ils ont dû faire face en ce jour funeste du 23 juin 1985.</p>
<p align="JUSTIFY">Impossible de s’approcher de l’immense torche incandescente pour l’éteindre : la terre brûlait littéralement sous les pieds. Les tenues spéciales des pompiers et des <em>protivofontanshiks</em>,<em> </em>la brigade spécialisée dans l’obturation des puits de forage pétrolier ou gazier, s’enflammaient sous la chaleur.</p>
<p align="JUSTIFY">
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<p align="JUSTIFY">L’environnement a subi des dégâts colossaux. Des milliers d’oiseaux sont morts brûlés en volant au-dessus du feu. De gigantesques volumes de pétrole et de gaz soufré ont été dispersés dans l’environnement, empoisonnant tout ce qui vivait aux alentours.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>23 juin 1985, le jour de la catastrophe</strong></p>
<p align="JUSTIFY">Pour remonter le fil de l&rsquo;histoire, il faut revenir en juin 1985. Des travailleurs du pétrole, des géophysiciens et des foreurs venant de toute l’Union soviétique tentent de finir dans les meilleurs délais le programme de tests et d’exploration par sondages géotechniques profonds dont la finalité est l’exploitation du bassin pétrolifère de Tengiz.</p>
<figure id="attachment_28744" aria-describedby="caption-attachment-28744" style="width: 1029px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-28744" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/02/Map-Tengiz.png" alt="Carte Tengiz Kazakhstan" width="1029" height="647" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/02/Map-Tengiz.png 1029w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/02/Map-Tengiz-300x189.png 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/02/Map-Tengiz-768x483.png 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/02/Map-Tengiz-1024x644.png 1024w" sizes="(max-width: 1029px) 100vw, 1029px" /><figcaption id="caption-attachment-28744" class="wp-caption-text">La catastrophe de Tengiz est souvent comparée à la tragédie de Tchernobyl de 1986.</figcaption></figure>
<p align="JUSTIFY">L’emplacement du puits de forage exploratoire n°37 du consortium basé à Balyqshy, Embaneft’, a été défini pour déterminer précisément la structure géologique sous-jacente et estimer les réserves de pétrole. Les spécialistes doivent alors composer avec des conditions anormales de haute pression de couche et de grande concentration en sulfure d’hydrogène.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/lindustrie-petroliere-et-gaziere-du-kazakhstan-in-oil-we-trust/">L’industrie pétrolière et gazière du Kazakhstan : in oil we trust?</a></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><em>« C’était le 23 juin 1985, le forage se déroulait normalement, sans écart par rapport aux prescriptions techniques »</em>, raconte Viatcheslav Ljubin, alors chef de la division des pompiers de la région (oblast) de Gouriev (aujourd’hui <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Atyraw">Atyraou</a> dans l&rsquo;ouest du Kazakhstan), il dirigeait le bataillon de pompiers du forage n°37- Tengiz. <em>« À 14 h 20, à une profondeur de 4 467 mètres, le forage des deux derniers mètres a commencé à poser des problèmes, on a observé une absorption des boues de forage », </em>un phénomène indésirable car ces boues sont essentielles pour poursuivre le forage.</p>
<p align="JUSTIFY"><b>Une première mondiale</b></p>
<p align="JUSTIFY"><em>« On n’a pas réussi à résoudre le problème. À 15 h 30, une fontaine incontrôlable de gaz et de pétrole d’une hauteur de plus de 200 mètres s’est embrasée. En 12 minutes, les constructions métalliques de la tour de forage se sont déformées à cause de la température et sont tombées »</em>, poursuit le pompier.</p>
<p align="JUSTIFY">La chaleur se faisait sentir à une distance considérable du puits de pétrole embrasé, et brûlait sur 450 à 500 mètres carrés, se souvient Viatcheslav Ljubin. <em>« Nous étions confrontés à quelque chose dont nous ne savions pas encore comment venir à bout. Il n’existait alors pas de documentation sur les tactiques d’extinction de fontaine gazo-pétrolière dans une configuration aussi délicate, en l’occurrence une haute teneur en sulfure d’hydrogène et une haute pression dans le forage. »</em></p>
<p align="JUSTIFY">De fait, à l’époque, les techniques n&rsquo;étaient pas vraiment adaptées à ce genre de situation. Il est devenu évident que la poursuite des travaux sur le forage serait très difficile et de longue haleine. Pour la prise de décisions, un état-major a été formé, rejoint par des représentants de différents services avec, en guise de chef, le premier suppléant du ministre de la Production pétrolière de l’URSS <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%98%D0%B3%D1%80%D0%B5%D0%B2%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9,_%D0%92%D0%B0%D0%BB%D0%B5%D1%80%D0%B8%D0%B9_%D0%98%D0%B2%D0%B0%D0%BD%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Valeri Igrevski</a>. Ce dernier n’était pas un simple fonctionnaire mais un scientifique renommé, un des plus grands spécialistes au monde de l’obturation des grandes fontaines de pétrole et de gaz.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-kazakhstan-a-augmente-legerement-sa-production-de-petrole/">Le Kazakhstan a augmenté légèrement sa production de pétrole</a></strong></p>
<p align="JUSTIFY">En premier lieu, les pompiers devaient sécuriser le travail des agents spécialisés dans l’obturation des fontaines, en l’occurrence la recherche de la position de l’embouchure du forage ainsi que le nettoyage des débris métalliques.</p>
<p align="JUSTIFY">Comme le feu sur le forage avait pris une forme pulvérisée, les divisons de <em>protivofontanshiks</em> ne pouvaient travailler efficacement sans que la construction métallique incandescente soit refroidie avec de l’eau. <em>« Il fallait une quantité énorme d’eau, mais dans le raïon</em> (district)<em> du forage, il n’y en avait pas »</em>, fait remarquer Viatcheslav Ljubin.</p>
<p align="JUSTIFY"><b>Les pompiers tombaient dans des trous brûlants</b></p>
<p align="JUSTIFY"><em>« On s’est attelé à la construction d’un aqueduc de 13 kilomètres de long ainsi que de bassins artificiels. Les </em>protivofontanshiks<em> ont travaillé couverts par les pompiers, qui à l’aide de leurs lances arrosaient l’espace autour du puits de forage et de la construction métallique. La situation a vraiment exigé des efforts immenses, de la bravoure et même de l’héroïsme. La température de l’air atteignait 100 degrés ! »</em>, décrit Viatcheslav Ljubin.</p>
<p align="JUSTIFY">Les lances à incendie en fonctionnement s’enflammaient et brûlaient comme des bougies. Les gens tombaient dans des accidents de terrain remplis d’eau bouillante, leur causant des brûlures sévères. En raison de la température très élevée et de la haute teneur en sels, utilisés dans l&rsquo;eau pour refroidir la bouche de forage, des cristaux se formaient rapidement et bouchaient les ouvertures des lances à incendie.</p>
<p align="JUSTIFY">En plus de cela, les gens ont dû subir les effets de l’acide sulfurique issu de la réaction entre l’eau et les produits de combustion. Il a été décidé d’envoyer un groupe de personnes vers la bouche du forage en feu afin de garantir une arrivée d’eau. Malgré les mesures de sécurité, le 29 octobre 1985, Vladimir Bondarenko, l’assistant du commandant de division du détachement paramilitaire de <em>protivofontanshiks</em> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Poltava">Poltava</a> en Ukraine, a péri.</p>
<p><iframe loading="lazy" title="Tengiz well 37 blowout. Part 1." width="500" height="375" src="https://www.youtube.com/embed/lm0YvLYBcHI?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></p>
<p align="JUSTIFY"><em>« Par la suite, une rue de la cité de Tengiz a été nommée en son honneur et un monument a été inauguré près de la bouche du forage n°37 »</em>, se souvient Viatcheslav Ljubin.</p>
<p align="JUSTIFY"><em>« L’impressionnante torche continuait d’illuminer la steppe kazakhe, jour et nuit. Les efforts des </em>protivofontanshiks<em> et des pompiers, accourant de toute l’Union soviétique, sont restés vains. Il était clair qu’avec des moyens et des méthodes traditionnels, il serait complexe d’éteindre la torche à cause de la haute concentration en composants toxiques et de l’immense réserve de pétrole. »</em></p>
<p align="JUSTIFY"><b>Une véritable géhenne</b></p>
<p align="JUSTIFY"><em>« D’abord, un système de guidage à distance de la valve d’isolation et de fermeture de l’orifice de la fontaine a été élaboré pour opérer dans ces conditions de rayonnement thermique et de forte concentration en gaz hautement toxiques. Nous avons déterminé une stratégie : nous voulions tester le forage de deux puits technologiques inclinés débouchant à une profondeur de 3 500 mètres sur la conduite accidentée afin d’y déclencher ultérieurement des explosions. On a reçu un dispositif anti-éruption de RFA et un système de pose de tubes sous pression des Pays-Bas. »</em></p>
<p align="JUSTIFY">Des travailleurs des unités paramilitaires du ministère de la Production pétrolière et du ministère de la Géologie de l’URSS ont participé à cette opération avec des pompiers venant de l’usine de réparation des équipements pétroliers et des pompiers des casernes de Gouriev (aujourd&rsquo;hui <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Atyraw">Atyraou</a>), de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9ninsule_de_Manguistaou">péninsule de Manguistaou</a>, d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Aktioub%C3%A9">Akioube</a>, d’autres oblasts ainsi que des spécialistes étrangers.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-kazakhstan-sapprete-t-il-a-mener-une-guerre-du-petrole-avec-la-russie/">Le Kazakhstan s’apprête-t-il à mener une guerre du pétrole avec la Russie?</a></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><em>« Dans cette configuration, il était indispensable d’aménager un puits fiable autour de la bouche de forage puis d’y poser une valve d’isolement pour arrêter l’éruption »</em>, raconte Klychbek Kouandykov. En 1985, il était commandant de la section de la Caspienne du détachement paramilitaire de <em>protivofontanshiks</em>. <em>« Le dispositif a été déplacé par des tracteurs, des bulldozers dans une atmosphère très lourde due à la combustion incomplète du pétrole et à la température. »</em></p>
<p align="JUSTIFY">Il raconte que les <em>protivofontanshiks</em> sont partis vers le puits cracheur de feu avec des équipements spéciaux et des masques à gaz. Vêtus de vêtements ordinaires, il était impossible d&rsquo;approcher à moins de 150 mètres du puits. Afin d’éteindre la fontaine gazo-pétrolière de Tengiz, de nouveaux matériaux ignifuges ont ainsi été expérimentés – du tissu à base d’amiante.</p>
<p align="JUSTIFY">Des pans de ce matériau ont été cousus sur les parties potentiellement inflammables des tenues spécialisées des pompiers de l’époque et ces tenues ont été testées pendant trois minutes à une distance de quatre mètres de l’embouchure du puits. Le risque, sans aucun doute, était grand, mais tout s&rsquo;est bien passé. Par la suite, des vêtements ignifugés de deux sortes ont été réalisés – légers, avec lesquels il était possible de travailler par de fortes températures pendant 15 minutes &#8211; et lourds, ces derniers rappelant les combinaisons des cosmonautes.</p>
<p align="JUSTIFY"><b>Comment le tank T-54 s’est rendu utile</b></p>
<p align="JUSTIFY"><em>« Pour la destruction de l’amas de métal issu de la tour de forage, on a eu recours à des moyens militaires, en l’occurrence le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/T-54/T-55">tank T-54</a>. Si la direction du vent variait, alors la situation changeait autour du puits. Tout de suite, on redéployait les troupes et les équipements »</em>, poursuit Klychbek Kouandykov. Le bombardement de l’amas de métal a permis de dégager partiellement l’orifice. Dans le puits se trouvait une colonne de tubes de forage. Cinq minutes après le tir, ils ont commencé à pivoter sur eux-mêmes et, lentement, à remonter. En 15 à 17 minutes, le puits a recraché 3 840 mètres de tubes de forage d’un poids total de 152 tonnes.</p>
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<p align="JUSTIFY">La grue agglomérée et les fondations en béton armé autour du puits ne pouvaient être directement extraits ni par une pelleteuse ni par de gros bulldozers. La situation exigeait le recours à des explosifs &#8211; rien de recommandable dans de telles conditions. Ailleurs, ça ne se faisait pas. Mais il n’y avait aucune autre option. Du 1er au 24 octobre, 12 explosions ont été réalisées. La fondation en béton a été broyée pas les obus, un entonnoir et des fossés de drainage ont été creusés. Après nettoyage, afin de refroidir l’accès à l’embouchure du puits, il a fallu arroser la fontaine de gaz et de pétrole avec de l’eau – à un débit de 160 litres par seconde.</p>
<p align="JUSTIFY"><em>« La valve d’isolement était arrosée en permanence. Au début, le guidage à distance vers l’embouchure du puits n’a pas fonctionné, personne n’arrivait à garantir l’étanchéité »</em>, explique Klychbek Kouandykov. C’est seulement au troisième essai, le 31 décembre 1985 à 18 h 00, que la « serrure » a pu être installée sur l’embouchure du puits. Elle a été correctement fixée à 23 h 30. Un système de vérins avait été spécialement conçu. À l’aide de ce système, le dispositif d’obturation a pu être déployé sur la torche. En conséquence, la température de l’air et du métal a drastiquement baissé.</p>
<p align="JUSTIFY">Par la suite, la consolidation finale du puits de forage et sa cimentation ont pu être préparées. Mais c’est seulement 400 jours après le début de l’accident, c’est-à-dire le 27 juillet 1986, que le feu a été définitivement éteint. Et la catastrophe, finalement stoppée.</p>
<p style="text-align: right;" align="JUSTIFY"><strong>Svetlana Novak<br />
Journaliste pour <a href="https://www.caravan.kz/gazeta/sekretnye-materialy-neftyanojj-chernobyl-na-tengize-83983/">Caravan.kz</a></strong></p>
<p style="text-align: right;" align="JUSTIFY"><strong>Traduit <a href="https://www.caravan.kz/gazeta/sekretnye-materialy-neftyanojj-chernobyl-na-tengize-83983/">du russe</a> par Arnaud Behr</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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