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	<title>Nudité | Novastan France</title>
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	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
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	<title>Nudité | Novastan France</title>
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		<title>« C’était parfois extrêmement désagréable d&#8217;être considérée par les siens comme une étrangère »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[jduvernet]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Apr 2021 07:25:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/cetait-parfois-extremement-desagreable-detre-consideree-par-les-siens-comme-une-etrangere/">« C’était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère »</a></p>
<p>Il y a quelques années, Marifat Davlatova, une jeune artiste tadjike de 25 ans, a été pendant un moment la personnalité médiatique la plus connue de son pays. C&#8217;était après l&#8217;exposition où elle avait montré au centre de Douchanbé, la capitale du pays, 26 portraits de ses compatriotes à moitié nues, ce qui provoqua presque une émeute. [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/cetait-parfois-extremement-desagreable-detre-consideree-par-les-siens-comme-une-etrangere/">« C’était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère »</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il y a quelques années, Marifat Davlatova, une jeune artiste tadjike de 25 ans, a été pendant un moment la personnalité médiatique la plus connue de son pays. C&rsquo;était après l&rsquo;exposition où elle avait montré au centre de Douchanbé, la capitale du pays, 26 portraits de ses compatriotes à moitié nues, ce qui provoqua presque une émeute. <br></strong> <br><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 22 septembre 2020 par le média russe </strong><a rel="noreferrer noopener" href="https://fergana.site/articles/121022/" target="_blank"><strong>Fergananews</strong></a><strong>.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">La famille et les amis de&nbsp;Marifat&nbsp;Davlatova&nbsp;ont parfois sérieusement peur pour sa sécurité physique. Dans ce pays patriarcal où l’État établit les règles de l&rsquo;habillement féminin,&nbsp;Marifat&nbsp;enlève aux femmes tadjikes leurs vêtements. En partie. Sur ses tableaux. Et cela suscite une violente critique des défenseurs des « valeurs traditionnelles ». L’artiste parle d’elle-même et de ses nus. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Des médias russes et occidentaux ont exprimé leur sympathie à son égard. Elle-même dit qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de quitter le pays et continue à peindre des nus, gagnant ainsi de nouveaux ennemis et de nouveaux soutiens. Pour cette jeune fille courageuse au sourire d&rsquo;écolière, tout semble aller pour le mieux.&nbsp;</p>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fergananews : À en juger par vos photos sur Facebook, vous êtes actuellement en Europe ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marifat</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Davlatova</strong><strong>&nbsp;:&nbsp;</strong>Je suis en Autriche, c&rsquo;est provisoire, pour mon travail.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Provisoirement ? Vous tenez donc votre promesse de ne pas quitter votre pays</strong> <strong>?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne me souviens pas avoir fait une telle promesse.&nbsp;Je voyage. Je suis très souvent à l&rsquo;étranger pour mon travail. Je ne peux pas m&rsquo;imaginer vivre sans voyager. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est très important pour moi de toujours avoir la possibilité de retourner dans mon Tadjikistan natal. Je n&rsquo;ai pas changé de nationalité et je n&rsquo;ai pas l&rsquo;intention de le faire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marifat, je suis du même endroit que vous. Je viens du quartier 191 de Douchanbé, on l&rsquo;appelait « le village des ivrognes ». Êtes-vous originaire de Douchanbé ? De quel quartier ? Je n&rsquo;ai pas pu trouver sur Internet.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est amusant ! Jusqu&rsquo;à mes 5 ans, j’ai vécu dans le quartier 191. Ensuite j&rsquo;y retournais tous les étés pour voir ma grand-mère et mon grand-père. Après j&rsquo;ai déménagé dans le quartier 91, celui légèrement plus haut, dans lequel je vis toujours aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai eu une enfance merveilleuse. Je me rappelle que nous étions tous ensemble le soir jusque tard dans la nuit à jouer, à nous raconter des histoires d’horreur, à cueillir des mûres et des framboises pour faire de la confiture. Nous vivions dans l&rsquo;immeuble 303 … </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>là</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>qu&rsquo;habitaient</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>mes</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>camarades</strong><strong>&nbsp;de&nbsp;</strong><strong>classe</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Zoulmira</strong><strong>,&nbsp;</strong><strong>Djamched</strong><strong>.&nbsp;</strong><strong>C&rsquo;est</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;immeuble</strong><strong>&nbsp;le plus long.</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me souviens très bien de tante Anna du premier étage, vous la connaissez peut-être ?&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="496" height="330" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook.jpeg" alt="Marifat Davlatova Artiste Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46508" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook-128x86.jpeg 128w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Non, j&rsquo;ai sans doute oublié… Les gens ne vont pas croire à ces coïncidences, ils vont dire que l&rsquo;interview était arrangée ! Bon continuons, même si les larmes, comme on dit, empêchent de parler…</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, les&nbsp;larmes&nbsp;montent&nbsp;aux&nbsp;yeux&nbsp;quand&nbsp;on se&nbsp;souvient&nbsp;de&nbsp;ces&nbsp;années…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au début du mois de septembre, c&rsquo;était le deuxième anniversaire de votre exposition. Vous avez reçu des tonnes de menaces et d&rsquo;injures, notamment sur les réseaux sociaux. Êtes-vous devenue plus dure, plus méchante ? Moi je le deviendrais si je lisais ce genre de choses sur moi.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, absolument pas. Je me suis efforcée de rester indifférente à tout cela, de ne pas le prendre trop à cœur. Je peux dire tout à fait le contraire : je suis aujourd&rsquo;hui beaucoup plus gentille et douce qu&rsquo;avant. Ces dernières années ont été riches et imprévisibles, pas toujours faciles. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur&nbsp;</strong><strong>Novastan</strong><strong>&nbsp;:&nbsp;</strong><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/pourquoi-les-femmes-dasie-centrale-commencent-a-se-devetir/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Pourquoi les femmes d’Asie centrale commencent à se dévêtir</strong></a>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mes rapports avec les gens ont changé, l&rsquo;image que je me fais d&rsquo;eux, de ce monde. J&rsquo;ai commencé à voir tout cela de façon plus simple, j&rsquo;ai appris à être calme. Et surtout j&rsquo;ai appris à être reconnaissante. Cela s&rsquo;est révélé beaucoup plus difficile que je pensais.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous reconnaît-on dans la rue ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans certains endroits. Dans le Pamir, à&nbsp;Khorog, par exemple, où je suis allée pour un voyage. Des hommes sont venus vers moi dans un café et m&rsquo;ont conseillé de peindre des paysages et des natures mortes.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2.jpeg" alt="Marifat Davlatova Artiste Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46509" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2-240x300.jpeg 240w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;était</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>une</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>menace ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Dans un de mes tableaux, on voit une calotte brodée du Pamir, il est possible qu&rsquo;ils se soient sentis blessés… Mais au même endroit, dans le Pamir, il y a eu aussi des gens qui m&rsquo;ont soutenue et m&rsquo;ont même proposé leur aide. Il y a eu différentes réactions, mais le plus souvent on me remercie pour mon courage et mon attitude. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui m&rsquo;enchante le plus, c&rsquo;est qu&rsquo;aussi bien des hommes que des femmes me remercient. J&rsquo;ai moi-même été étonnée par le soutien venant de l’extérieur. Je n&rsquo;espérais pas cela au début. Mais ce soutien m&rsquo;a donné de l&rsquo;énergie et encore plus d&rsquo;inspiration.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On dit que pour votre exposition, vous avez demandé de l&rsquo;aide à des organisations féministes occidentales, mais que vous avez essuyé un refus. Elles auraient considéré trop provocante l&rsquo;idée de monter une telle exposition dans une société traditionnelle.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, je ne me suis pas adressée à des organisations féministes, mais à plusieurs organisations internationales dont je ne souhaite pas donner les noms. Mais c&rsquo;est vrai, ces organisations ont refusé. Certaines ont expliqué leur refus en disant que l&rsquo;exposition pourrait provoquer des troubles, d&rsquo;autres n&rsquo;ont rien répondu. J&rsquo;ai alors décidé de l&rsquo;organiser toute seule.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je voudrais tout de même clarifier le sujet. Dans une </strong><a rel="noreferrer noopener" href="https://asiaplustj.info/news/life/culture/20180915/eto-ne-ih-zhentshini-a-moi-marifat-davlatova-o-svoei-vistavke-v-tadzhikistane" target="_blank"><strong>interview à Asia Plus</strong></a><strong> vous avez dit que le thème du nu est apparu dans votre travail après que vous vous êtes fait attaquer par deux hommes qui voulaient, comment dire, faire connaissance, et qui ont pris votre téléphone pour connaître votre numéro  : « Je suis devenue agressive et j&rsquo;ai peint ces tableaux pour ne pas mourir après cette agression ».</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">En lisant cette interview, je vois une tout autre&nbsp;Marifat. Bien des choses ont changé à présent, j&rsquo;ai changé. Deux années ont passé depuis, et même si ce n&rsquo;est pas considérable, ce n&rsquo;est pas rien. Pour être tout à fait exacte, dès le début de ma peinture, j&rsquo;ai été inspirée par la beauté féminine, les femmes.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et je ne pensais pas du tout faire une exposition. Mais peu à peu, en voyant mes travaux, des gens m&rsquo;ont fait des remarques, m&rsquo;ont dit que je ne devais pas peindre ainsi au Tadjikistan, que ce n&rsquo;était pas admissible. Je ne les ai pas écoutés, j&rsquo;ai continué à faire ce qui me plaisait. Mais toutes ces remarques, l&rsquo;étonnement du public, m&rsquo;ont amenée à l&rsquo;idée d&rsquo;une exposition. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet incident du téléphone a été la goutte d&rsquo;eau qui fait déborder le vase, qui a mis à bout ma patience. La façon dont les femmes sont considérées chez nous n&rsquo;est pas un secret. Il y a souvent un mépris grossier, ils ne voient simplement pas une personne dans une femme, ni son âme. Ils ne comprennent pas que les femmes se sentent mal et blessées. J&rsquo;ai décidé de montrer à mes compatriotes que la femme est belle, que son corps est beau et qu&rsquo;elle a aussi une belle âme.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls.jpeg" alt="Nudité Art Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46512" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls-240x300.jpeg 240w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La réaction violente du public a-t-elle été une surprise pour vous ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me doutais bien qu&rsquo;elle serait négative, mais je ne pensais pas que tout cela prendrait une telle ampleur&#8230; Je fais simplement ce que je sens. Je ne veux pas vivre dans la cage de l&rsquo;opinion générale. Et c&rsquo;était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vivant à Douchanbé, j&rsquo;ai pu voir toutes sortes de jeunes tadjiks de la grande ville, filles et garçons, qui se considéraient jadis comme « Russes », aujourd&rsquo;hui comme « Occidentaux », c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;ils vivent sans tenir compte des traditions. On dit même qu&rsquo;ils ne maîtrisent pas leur langue…</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la langue me préoccupe aussi. Depuis l&rsquo;enfance. À la maison, nous parlons tadjik, mais c&rsquo;est un tadjik très différent de la langue de la rue, plus littéraire, proche du farsi. Avec le tadjik parlé aujourd&rsquo;hui, ou plus exactement avec sa variante populaire, j&rsquo;ai évidemment des problèmes. Je me rappelle qu&rsquo;enfant, je n&rsquo;arrivais pas à comprendre pourquoi nos voisins parlaient différemment, et parfois je ne pouvais tout simplement pas les comprendre. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J’étais allée voir mon père en lui demandant : « Est-ce que je ne devrais pas apprendre à parler ce dialecte ? » Ce à quoi mon père a répondu : « Non, en aucun cas, tu ne dois pas faire ce que font tous les autres. Agis comme cela te convient, comme tu le ressens au fond de ton cœur. » C&rsquo;est cette règle que je suis depuis ce jour, et pas seulement par rapport à la langue. </p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="352" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem.jpeg" alt="Poème Art Tadjikistan" class="wp-image-46511" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem-300x213.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que répondez-vous d&rsquo;habitude aux critiques qui disent que chez les Tadjikes, il n&rsquo;est pas d&rsquo;usage de montrer un corps nu dans l’art ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je leur parle du <em>Livre des Rois</em> de Ferdowsi et des illustrations qui en ont été faites. Et c&rsquo;était il y a bien des siècles. D&rsquo;ailleurs ce n&rsquo;est pas seulement chez les Tadjikes que l&rsquo;on ne pouvait pas montrer et représenter un corps nu, c&rsquo;était le cas partout. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais beaucoup de peuples ont dépassé ce moment, l&rsquo;art n’est pas resté figé, et les artistes ont commencé à représenter la beauté du corps humain, beaucoup plus tôt que nous. Et je ne suis pas la première à avoir fait cela chez nous, au Tadjikistan. Cela s&rsquo;était déjà produit au XXe siècle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;parents&nbsp;</strong><strong>réagissent-ils</strong><strong>&nbsp;à&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>toiles ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père et ma mère me soutiennent toujours, ils s&rsquo;efforcent de comprendre ce que je fais. À l&rsquo;époque ils se faisaient du souci pour moi, ils voulaient me protéger, mais ils n&rsquo;ont jamais décidé pour moi qui je devais être et ce que je devais faire de ma vie. Ils m&rsquo;ont donné la possibilité de choisir, de décider par moi-même. C&rsquo;est sans doute pour cela que je n&rsquo;ai jamais compris que des gens de mon âge puissent agir contre leur volonté… </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J&rsquo;ai lu que votre père était musicien, votre mère programmeuse.</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père a beaucoup de cordes à son arc, mais il a une relation particulière avec la musique. Il a appris la guitare, mais aussi la flûte et le piano. Il pratique ces instruments depuis longtemps, mais c&rsquo;est dans le domaine de la finance qu&rsquo;il travaille. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/europe-et-asie-centrale/splendeurs-dasie-centrale-le-louvre-reporte-en-2022-la-premiere-grande-exposition-dart-ouzbek-en-europe/">« Splendeurs d’Asie centrale » : le Louvre reporte en 2022 la première grande exposition d’art ouzbek en Europe</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;amour de la musique lui est resté, et c&rsquo;est lui qui nous a fait découvrir le monde de l&rsquo;art, qui nous a appris à aimer la musique, la peinture et l&rsquo;histoire. Et ma mère, en plus d’être programmeuse, pratique le tir à l&rsquo;arc, elle est toujours en lice pour les championnats du Tadjikistan.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A-t-</strong><strong>elle</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>gagné</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>une</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>médaille</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas encore, malheureusement.  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>NDLR</em> : <em>Marifat ne savait pas encore que peu de temps avant l&rsquo;interview, sa mère, Firouza Dovlatova, avait remporté la médaille de bronze aux championnats du pays.</em> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Avez-vous ressenti dans votre famille ce dont nous parlions tout à l&rsquo;heure, un mépris à l&rsquo;égard des femmes ? Ou bien les relations entre vos parents étaient-elles respectueuses ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Incontestablement, oui ! Aussi loin que je me souvienne, j&rsquo;ai toujours senti de l’amour et du respect dans les relations de mes parents, et c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils nous ont appris.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cela se produit-il fréquemment dans d’autres familles tadjikes, d&rsquo;après vos observations ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis mon enfance, je n&rsquo;ai pu observer des relations de famille que chez moi et chez des parents proches…et je ne peux pas dire que tout m&rsquo;ait plu. Il y avait des moments où j&rsquo;étais catégoriquement en désaccord, mais, comme cela est d&rsquo;usage en Orient, on ne donne généralement pas à l&rsquo;enfant le droit de parler ou la possibilité de s&rsquo;exprimer. Dans nos familles il y avait de l&rsquo;amour et du respect, mais j&rsquo;ai vu aussi du manque de respect du côté des hommes. Du côté des garçons, dans la rue, à l&rsquo;égard des filles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En grandissant, j&rsquo;ai commencé à exprimer mon désaccord devant de tels comportements. À cause de cela ma famille m&rsquo;appelait « rebelle ». Je voyais la peur des femmes devant les hommes. Et je ne comprenais pas d&rsquo;où elle venait. J&rsquo;étais profondément indignée quand j&rsquo;entendais dire : “C&rsquo;est un garçon, cela explique tout.” </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pensez-vous que ce soit seulement inhérent à la société tadjike ? Y a-t-il en elle un mauvais atavisme ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr que non, je suis certaine que cela ne se trouve pas seulement chez le peuple tadjik, on peut aussi observer ce genre de comportement dans d&rsquo;autres nationalités, mais je l&rsquo;ai surtout remarqué dans la majorité des pays post-soviétiques. Il faudrait naturellement se plonger dans l&rsquo;histoire, quand les femmes avaient beaucoup moins de droits que les hommes, et cela, bien sûr,&nbsp;a eu&nbsp;des répercussions sur la société contemporaine.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Parlons de vos tableaux auxquels je m’intéresse. Celui-ci avec un garçon qui pleure par exemple. Pourquoi pleure-t-il ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mes travaux expriment mon monde intérieur, mes émotions, mes sentiments. Il pleure de ressentiment et de douleur. Les larmes sont notre douleur… Enfin, je suppose. Mais je me rends compte avec le temps qu&rsquo;en parlant de mes&nbsp;œuvres, en expliquant le sens que j&rsquo;ai voulu leur donner, je commence à ne plus m&rsquo;en souvenir.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="549" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy.jpeg" alt="Art Emotions Tadjikistan" class="wp-image-46506" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy-271x300.jpeg 271w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez montré que ce garçon, que les hommes tadjiks pleurent eux aussi. Peut-être qu&rsquo;eux aussi ont beaucoup de problèmes. Devriez-vous vous sentir désolée pour eux ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il existe aussi de l&rsquo;injustice à l&rsquo;égard des hommes. Mais mon travail porte seulement sur les femmes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On dirait qu&rsquo;après 2018, vous avez marqué une pause dans votre création. J&rsquo;ai entendu dire que vous avez perdu votre atelier à Douchanbé. On vous empêche de travailler ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, il n&rsquo;y a évidemment pas de pause. J&rsquo;ai participé début 2019 avec d&rsquo;autres artistes à une exposition à l&rsquo;ambassade de France, et en automne de la même année à l&rsquo;exposition internationale du New Jersey, aux États-Unis. En 2020 plusieurs expositions devaient avoir lieu, mais elles ont été supprimées à cause de la pandémie qui chamboule tous nos projets. Il est difficile en ce moment de planifier quelque chose. Mais je ne peux pas dire que quelqu’un m&#8217;empêche de travailler à Douchanbé, même si j&rsquo;ai évidemment beaucoup moins de possibilités créatrices ici que dans les pays européens. Et j&rsquo;ai dû renoncer à mon atelier parce que je suis constamment en voyage. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous continuez à travailler sur le nu ici en Europe ? Si oui, où trouvez-vous vos modèles ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne sont pas toujours des modèles, mais souvent des figures que j&rsquo;imagine. Mais il est possible ici de trouver des modèles grâce aux amis et connaissances. C&rsquo;est évidemment plus simple qu&rsquo;à Douchanbé où il me fallait d&rsquo;abord convaincre, puis modifier les traits du visage… Mais voyager en Europe fait naître en moi beaucoup d&rsquo;émotions et de sentiments nouveaux. Je fais alors des croquis, des esquisses rapides que je reprends ensuite dans des formats plus grands. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/linfluence-des-peintres-allemands-dans-lart-au-kazakhstan/">L’influence des peintres allemands dans l’art au Kazakhstan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout récemment, j&rsquo;ai pris l&rsquo;habitude de peindre de petites cartes postales des endroits où je suis allée. Je marche beaucoup et j&rsquo;essaie de bien observer tous les détails autour de moi. Je vais là où me portent mes yeux, et pas là où veulent m&rsquo;envoyer les guides touristiques occidentaux. Mon amour pour le nu est toujours vivant en moi, mais il se transforme chaque jour. Mon monde se transforme, et je me transforme avec lui. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi travaillez-vous seulement à l’aquarelle qui est compliquée et délicate ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Justement pour cette raison ! Elle m&rsquo;apprend la patience et le calme. J&rsquo;essaie de me chercher, d&rsquo;expérimenter, de me confronter à différentes techniques, mais l&rsquo;aquarelle vit toujours avec moi. C&rsquo;est une partie intégrante de ce que je suis. J’en suis tombée amoureuse dès l&rsquo;enfance. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, j&rsquo;ai pour elle un amour très particulier, et ce n&rsquo;est pas du tout une passion qui flambe et s&rsquo;éteint avec le temps. Si vous me demandiez de la comparer à quelque chose ou à quelqu&rsquo;un, je dirais que l&rsquo;aquarelle est pour moi comme un oiseau, aussi libre et légère, mais avec un caractère très compliqué.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quoi qu&rsquo;il en soit, les critiques ont fait que l&rsquo;on vous connaît maintenant… Mais pourquoi ce nom “Davlatova” ? Pourquoi n&rsquo;avez-vous pas modifié ce nom de famille “russe” ?&nbsp;</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En avril 2020 le parlement du Tadjikistan a interdit l&rsquo;utilisation des noms de famille et des patronymes russifiés.  Dans mon enfance je m&rsquo;appelais Marifati Iskandar, c&rsquo;est le nom de mon père. Plus tard, avant de finir ma 3ème, j&rsquo;ai changé mon nom de famille pour Davlatova, parce que c&rsquo;est le nom de mon arrière-grand-père, c&rsquo;était une façon de garder sa mémoire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous mes papiers officiels sont au nom de Davlatova, et si je changeais de nom, il faudrait tous les refaire. De plus tous les documents et certificats ne peuvent être changés. Et je ne vois pas l&rsquo;intérêt de passer beaucoup de temps là-dessus si je peux le dépenser à travailler sur mon propre développement. Je ne veux pas inventer de problèmes inutiles. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je&nbsp;</strong><strong>reviens</strong><strong>&nbsp;à la question de&nbsp;</strong><strong>votre</strong><strong>&nbsp;“</strong><strong>notoriété</strong><strong>”. Avez-vous plus&nbsp;</strong><strong>d&rsquo;acheteurs</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>qu&rsquo;avant</strong><strong>&nbsp;? Qui&nbsp;</strong><strong>sont-ils</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, après 2018 les personnes ont commencé à s&rsquo;intéresser à moi, à m&rsquo;inviter pour des expositions et des évènements en dehors du pays. Quant à mes acheteurs, ce sont plutôt des acheteuses. Elles ont vu mes travaux, elles les ont aimés, elles y ont trouvé quelque chose qui était proche d&rsquo;elles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont des femmes très différentes qui viennent d&rsquo;Asie centrale ou d&rsquo;autres pays post-soviétiques. Je corresponds avec beaucoup d&rsquo;entre elles, nous restons en contact, nous attendons qu&rsquo;il soit de nouveau possible de nous rencontrer, chez moi ou chez elles, et de commencer un nouveau travail. Ce sont douze femmes magnifiques.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;une</strong><strong>&nbsp;de&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;toiles, il&nbsp;</strong><strong>m&rsquo;a</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>semblé</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>reconnaître</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Aliya</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Chaguieva</strong><strong>, la fille de&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;ex-président</strong><strong>&nbsp;du&nbsp;</strong><strong>Kirghizistan</strong><strong>&nbsp;</strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Almazbek_Atambaev" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Almazbek</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Atambaïev</strong></a><strong>. Est-</strong><strong>ce</strong><strong>&nbsp;bien&nbsp;</strong><strong>elle</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Malheureusement. Je ne l&rsquo;ai pas peinte, et je ne la connais même pas personnellement. Mais elle me plaît beaucoup. J&rsquo;aime ce qu&rsquo;elle fait, j&rsquo;aime la personne qu&rsquo;elle est, je suis proche de son univers.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl.jpeg" alt="Nudité Art Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46510" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl-240x300.jpeg 240w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qui&nbsp;d&rsquo;autre&nbsp;vous&nbsp;plaît&nbsp;parmi&nbsp;les&nbsp;personnalités&nbsp;féminines&nbsp;d&rsquo;Asie&nbsp;centra</strong>l<strong>e, de qui&nbsp;aimeriez-vous&nbsp;faire le&nbsp;portrait ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Asie centrale, il y a énormément de femmes intéressantes. La liste serait très longue. En général, je ne fais pas très attention au statut, à la notoriété. Il arrive souvent que j&rsquo;aie envie de peindre un tableau d&rsquo;une femme que je ne connais pas, que je vois pour la première fois. Mais il y a aussi des femmes connues dans le monde entier dont la personnalité me plaît. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pouvez-vous</strong><strong>&nbsp;citer&nbsp;</strong><strong>quelques</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>noms</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime&nbsp;beaucoup Natalie Portman et Audrey&nbsp;Tautou.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>n&rsquo;avez</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>pas</strong><strong>&nbsp;fait de tableau de&nbsp;</strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gulnora_Karimova" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Goulnara</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Karimova</strong></a><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Je n&rsquo;ai jamais pensé à elle… Mais de toute façon, la personne la plus importante pour moi est ma mère.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vos tableaux se vendent bien ? Les nouveaux et les anciens ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout est relatif, cela dépend. Je vends des tableaux anciens, des nouveaux. Tout dépend des gens. Généralement ce sont des acheteurs étrangers. Mais j&rsquo;ai toujours beaucoup de mal à me séparer de chacune de mes œuvres, elles me manquent ensuite. Mais je comprends bien qu&rsquo;elles aussi, comme moi, ont le droit de voyager. Je ne me souviens pas exactement combien de tableaux ont été achetés, environ une quarantaine ou une cinquantaine. Le montant le plus élevé que j’ai eu était de 2 300 dollars (1909,2 euros). </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous&nbsp;</strong><strong>avez</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>dit</strong><strong>&nbsp;tout à&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;heure</strong><strong>&nbsp;que&nbsp;</strong><strong>votre</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>père</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>avait</strong><strong>&nbsp;beaucoup de&nbsp;</strong><strong>cordes</strong><strong>&nbsp;à son arc. Et&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime beaucoup écouter de la musique. Elle fait naître des formes, des univers dans ma tête. C’est de la musique très différente mais j&rsquo;aime beaucoup la musique classique instrumentale, l&rsquo;opéra et le jazz. Et j&rsquo;ai un amour particulier pour notre musique populaire authentique. Encore plus pour les livres. Je ne pourrais pas m&rsquo;imaginer vivre sans. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-artistes-qui-ne-sont-pas-des-rebelles-a-quoi-servent-ils-au-fait/">« Les artistes qui ne sont pas des rebelles, à quoi servent-ils au fait ? » – entretien avec Viatcheslav Akhounov</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime beaucoup faire quelque chose avec mes mains, créer des éléments de décoration, en bois particulièrement. Je pense que je m&rsquo;achèterai un jour les outils qu&rsquo;il faut pour cela. Je vais souvent en montagne, j&rsquo;aime photographier et faire des vidéos. J&rsquo;ai aussi un amour pour la mode qui m&rsquo;a fait étudier à l&rsquo;Institut du design et du vêtement. Il arrive encore aujourd&rsquo;hui que je couse quelque chose.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n&rsquo;êtes apparemment encore pas mariée. Êtes-vous très exigeante dans vos choix ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est&nbsp;vrai. Je&nbsp;n&rsquo;ai&nbsp;jamais&nbsp;été&nbsp;mariée&nbsp;et je&nbsp;n&rsquo;ai&nbsp;jamais&nbsp;aspiré&nbsp;à me&nbsp;marier. Je ne&nbsp;suis&nbsp;pas à la recherche de&nbsp;quelqu&rsquo;un,&nbsp;cela&nbsp;n&rsquo;est&nbsp;pas pour&nbsp;moi.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>, le&nbsp;</strong><strong>mariage</strong><strong>…</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">… n&rsquo;est pas le but principal de la vie, et ce n&rsquo;est même pas, tout simplement, un but. Pour moi, c&rsquo;est simplement un mot. Mais ce qui a une grande importance pour moi, c&rsquo;est la famille. Sur ce sujet-là, mon attitude est très responsable. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Si j&rsquo;ai un jour envie de lier ma vie à quelqu&rsquo;un, de fonder une famille, je voudrais que ce soit pour toujours. Il faut que ce soit vraiment la personne de ma vie, mon âme&nbsp;sœur. C&rsquo;est pour cela que je ne suis pas pressée. Chaque chose en son temps.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est vrai aussi pour vos toiles ? Qu&rsquo;en pensez-vous ? Je veux parler de leur réception dans notre pays ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je&nbsp;pense&nbsp;que&nbsp;oui,&nbsp;j&rsquo;espère&nbsp;!&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mais pour le moment&nbsp;vous&nbsp;êtes&nbsp;en Europe. On&nbsp;vous&nbsp;a&nbsp;proposé&nbsp;d&rsquo;y&nbsp;rester&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, j&rsquo;ai eu des propositions de soutien de quelques organisations dans le monde entier, c&rsquo;est exact. Mais comme je l&rsquo;ai déjà dit, je ne souhaite pas m&rsquo;installer définitivement quelque part. Ici, je commence à avoir la nostalgie de mon pays natal, même si à part les montagnes, il n&rsquo;en reste plus grand chose… </p>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n&rsquo;êtes pas une « Européenne » ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne comprends pas très bien ce que signifie “Européenne”. Je pense que l&rsquo;on appelle “Européens” ceux qui marchent ou essaient de marcher avec leur temps, qui ont leur propre opinion et qui se donnent le droit d&rsquo;agir différemment de tous les autres. Et parfois, oui, il n&rsquo;est pas facile de défendre mon point de vue, mon droit à mener la vie qui me convient. Et en cela&#8230;je suis fière d&rsquo;être tadjike.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Propos recueillis par Alexey&nbsp;Torky</strong> <br><strong>Journaliste pour&nbsp;Fergananews&nbsp;</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://fergana.site/articles/121022/" target="_blank">du russe</a>&nbsp;par&nbsp;Jacques&nbsp;Duvernet&nbsp;</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Luna-Rose Durot</strong> </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>Pourquoi les femmes d&#8217;Asie centrale commencent à se dévêtir</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Asia Plus]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Jan 2021 10:22:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Asie centrale]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Nudité]]></category>
		<category><![CDATA[Photo]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[Zere]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/pourquoi-les-femmes-dasie-centrale-commencent-a-se-devetir/">Pourquoi les femmes d&rsquo;Asie centrale commencent à se dévêtir</a></p>
<p>Depuis 2018, dans quasiment chaque pays d&#8217;Asie centrale, les jeunes femmes mènent leur petite révolution et s’affichent librement. Mais elles s’attirent dans le même temps les foudres de nombre de leurs compatriotes. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 juillet 2020 par le média tadjik Asia-Plus. Des photos en topless sur Instagram, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/pourquoi-les-femmes-dasie-centrale-commencent-a-se-devetir/">Pourquoi les femmes d&rsquo;Asie centrale commencent à se dévêtir</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Depuis 2018, dans quasiment chaque pays d&rsquo;Asie centrale, les jeunes femmes mènent leur petite révolution et s’affichent librement. Mais elles s’attirent dans le même temps les foudres de nombre de leurs compatriotes.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 juillet 2020 par le média tadjik </strong><a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200719/pochemu-zhentshini-v-tsentralnoi-azii-stali-razdevatsya"><strong>Asia-Plus</strong></a><strong>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des photos en topless sur Instagram, les seins nus d&rsquo;une mannequin sur le podium, ou du moins des femmes nues en peintures &#8211; tout cela eu lieu en 2018 dans plusieurs pays d’Asie centrale, une région qui reste encore conservatrice. Chacune d&rsquo;entre elles savait qu&rsquo;elles serait confrontée au harcèlement et à la haine: en effet, elles ont subi d’importantes pressions, des manifestations ont même été organisées contre certaines d&rsquo;entre elles.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Certains experts affirment le début de changements majeurs en Asie centrale et que les noms de ces femmes seront inscrits dans l&rsquo;histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelques années, tout l’Internet tadjik parlait d&rsquo;art. L&rsquo;aquarelliste Marifat Davlatova avait exposé des peintures de femmes à moitié nues avec des morceaux de vêtements traditionnels tadjiks. Cela a attiré l’attention autant des adeptes que des profanes du monde artistique. <em>«&nbsp;Nous sommes constamment confrontées dans la rue aux insultes d’inconnus à notre égard, ne serait-ce que pour une épaule découverte. J&rsquo;ai pensé que si je montrais de beaux corps de femmes en laissant comprendre que ce sont ces mêmes femmes qu&rsquo;ils insultent dans la rue, ils auraient honte&nbsp;», </em>a-t-elle expliqué dans une interview en septembre 2018 au média américain <a href="https://voicesoncentralasia.org/artist-talk-i-protest-with-my-art-interview-with-marifat-davlatova-contemporary-artist-from-tajikistan/">Voices on Central Asia</a>. «&nbsp;<em>[…] Je voulais montrer que le corps féminin est beau et qu&rsquo;il ne faut pas le considérer comme un objet, comme une chose. C&rsquo;est une forme de protestation contre les attitudes envers les femmes »</em>, a-t-elle ajouté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«&nbsp;Une fille à l’esprit libre dans un Kirghizstan libre&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que l&rsquo;exposition de la peintre faisait débat au Tadjikistan, un autre débat s’est ouvert dans le monde musical du Kirghizstan voisin : la chanteuse kirghize de 19 ans, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Zere_Asylbek">Zere Asylbek</a> s&rsquo;est filmée en soutien-gorge dans le clip de sa chanson “<a href="https://www.youtube.com/watch?v=E8XlFBSR1iE">Kyz</a>” sortie en 2018.</p>



<figure class="wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-rich is-provider-embed-handler wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
https://www.youtube.com/watch?v=E8XlFBSR1iE
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Dans sa chanson, Zere chante :<br><em>« Si seulement venait le temps, l&rsquo;époque où on ne vous apprenait pas comment vivre.</em><br><em>Et où ils ne vous diraient pas “fais-ci, mais ne fais pas ça”.</em><br><em>Pourquoi devrais-je être ce que toi ou la société veut que je sois ?</em><br><em>Je suis humaine, j&rsquo;ai droit à la liberté d&rsquo;expression, où est ton respect&nbsp;? Je te respecte, respecte-moi&nbsp;!&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré l’importance de son message, son soutien-gorge a davantage attiré l’attention. Zere Asylbek et ses proches ont reçu toutes sortes d’accusations, d’insultes et de menaces. <em>« Alors que certains m&rsquo;appellent pour me féliciter, d&rsquo;autres m&rsquo;écrivent : “Cette sorcière n&rsquo;est pas sérieusement votre fille, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;? Comment pouvez-vous permettre cela en tant qu&rsquo;enseignant&nbsp;?” Oui, Zere est ma fille. Une fille à l’esprit libre dans un Kirghizstan libre&nbsp;»,&nbsp;</em>a décrit son père, Joodonbekov Asylbek, dans un post Facebook.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/zere-asylbek-mon-histoire-est-devenue-politique/"><strong>Zere Asylbek : « Mon histoire est devenue politique »</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">La jeune femme a elle-même expliqué son clip. <em>« Au Kirghizstan et dans le monde, près de 90 % des jeunes femmes endurent l&rsquo;humiliation dans la société, au travail et à la maison. Je voulais écrire cette chanson en mon nom, au nom des femmes&nbsp;»</em>, a-t-elle affirmé en septembre 2018 auprès de <a href="https://rus.azattyk.org/a/kyrgyzstan-zere-woman-rights/29504848.html">Radio Azattyk</a>, la branche kirghize du média américain Radio Free Europe<em>. «&nbsp;Au début, je voulais confier l&rsquo;idée à des professionnels, mais j&rsquo;ai ensuite décidé d&rsquo;utiliser mon propre potentiel et d&rsquo;écrire la chanson moi-même. Voilà comment elle a été créée »</em>, a-t-elle ajouté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le corps nu comme provocation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les femmes du Kazakhstan ne sont pas restées à l&rsquo;écart de cette «&nbsp;flashmob&nbsp;» spontanée. Fin novembre 2018, la mannequin kazakhe Dinagoul Tassova a défilé dans une robe transparente lors de la <a href="http://astana.kipyat.com/en/photos/show/11851">Fashion Night Astana</a>. <em>«&nbsp;Certains y ont vu une belle robe, d&rsquo;autres y ont vu un corps nu et tous ont commencé à détester mon image »</em>, a décrit le modèle dans une <a href="https://www.bbc.com/russian/features-46681354">interview à la BBC</a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-1024x576.jpg" alt="Dinagoul Tassova Femmes Asie centrale Féminisme nudité" class="wp-image-42732" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-1024x576.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-300x169.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-768x432.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Dinagoul Tassova a défilé avec une robe transparente.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques jours après le défilé, la jeune femme a publié des photos d&rsquo;elle avec des ecchymoses sur le corps en expliquant qu&rsquo;elle avait été frappée par un jeune homme pour y avoir participé. <em>« Les blessures physiques ne sont rien comparées aux blessures psychologiques qu&rsquo;il m&rsquo;a infligées. J’ai pris la ferme décision que je ne devais pas rester silencieuse à ce sujet&nbsp;!&nbsp;»</em>, a-t-elle affirmé sur <a href="https://express-k.kz/news/moda/model_dina_tasova_pokazala_sinyaki_ostavlennye_blizkim_chelovekom-134068">son compte Instagram</a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-1024x576.jpg" alt="Dinagoul Tassova Femmes Asie centrale Féminisme nudité" class="wp-image-42731" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-1024x576.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-300x169.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-768x432.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-1536x864.jpg 1536w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-1300x731.jpg 1300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Dinagoul Tassova a voulu montrer les violences qu&rsquo;elle a subi.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">En décembre 2018, une jeune kazakhe de 18 ans, Chirine Nartchaïeva, a fait scandale dans le pays pour avoir posté des photos d’elle seins nus, recouverts par ses mains, et des ornements kazakhs traditionnels habillant sa tête, <a href="https://www.nur.kz/world/1896384-kitaj-predupredil-o-vozmoznom-nacale-vojny/">relevait le média kazakh Nur.kz</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une manifestation a même été organisée contre ses publications, au cours de laquelle les hommes présents lui ont reproché son manque de pudeur et exigé qu’elle revienne dans le droit chemin. <em>« Nous, les habitants du village de Sarbastaou, sommes descendus aujourd&rsquo;hui dans la rue comme un seul homme pour exprimer notre mécontentement face à cette jeune fille nue en vêtements traditionnels. Avec sa nudité, elle méprise non seulement les vêtements traditionnels kazakhs, mais également toutes les femmes »</em>, ont-ils affirmé dans une vidéo relayée notamment par <a href="http://www.matritca.kz/news/59611-miting-protiv-shirin-narchaevoy-ustroili-zhiteli-poselka-sarbastau-video.html">le média kazakh matritca.kz</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la vague d&rsquo;indignation, Chirine Nartchaïeva a enregistré une nouvelle vidéo dans laquelle elle apparaît encore une fois seins nus, mais cette fois-ci avec <a href="https://kaktus.media/doc/384815_v_kazahstane_sotni_myjchin_ystroili_miting_protiv_modeli_iz_za_obnajennyh_snimkov_video.html">un chapeau de mariage traditionnel kazakh</a>.<br>Dans les jours qui ont suivi, une jeune femme kirghize a montré sa solidarité en se photographiant elle aussi seins nus avec un kalpak, le couvre-chef traditionnel kirghiz masculin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le problème n&rsquo;est pas la nudité des femmes tadjikes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les nombreuses critiques dénonçant au minimum la grossièreté des femmes, les experts prêtent surtout attention aux déclarations des jeunes femmes. &nbsp;Zoulaikho Ousmonova, chercheuse à l&rsquo;Institut de philosophie, de science politique et de droit de l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mie_des_sciences_du_Tadjikistan">Académie des sciences du Tadjikistan</a> estime que tous ces événements sont interdépendants. <em>« Si des événements se produisent dans plusieurs pays en même temps et provoquent une réaction aussi violente, cela démontre que d’importants bouleversements contradictoires secouent la société. Ces bouleversements, qui s’inscrivent dans un processus de transformation sociale, sont motivés par un conflit entre différentes idéologies et visions du monde dans notre société&nbsp;»</em>, a-t-elle affirmé au <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200719/pochemu-zhentshini-v-tsentralnoi-azii-stali-razdevatsya">média tadjik Asia-Plus</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au premier regard, les sociétés conservatrices d’Asie centrale semblent homogènes, pourtant elles sont imprégnées de nombreuses opinions divergentes. <em>« Dans notre société et notre système politique, on laisse de tels évènements se produire. Des évènements inimaginables dans des pays très proches de nous géographiquement. Bien sûr, il y a eu une grande résistance sociale face aux actions de ces jeunes femmes, mais l&rsquo;État a réagi calmement. En tant que scientifique, cela me rassure bien sûr »</em>, explique-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu&rsquo;on lui demande dans quelle mesure ces formes de protestation provocantes peuvent être justifiées, l&rsquo;experte explique que, dans le cas de Marifat Davlatova, le mécontentement de la société ne concerne pas directement la nudité des femmes sur ses peintures. Il s&rsquo;agit plutôt de critiquer une femme qui crée seule ses œuvres.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Toute la culture </em>[centrasiatique]<em> s’est développée dans une forme “classique”, dans laquelle il est d’usage de percevoir la femme comme objet et l’homme comme sujet. L’homme, comme sujet, a ses sentiments, ses expériences, ses opinions et crée l’objet comme il l’entend&nbsp;» </em>explique Zoulaikho Ousmonova<em>. «&nbsp;Ainsi, un homme au Tadjikistan peut peindre ce qu’il veut, mais une femme, en tant qu’objet, ne le peut pas. L’action féministe de Marifat Davlatova réside dans son positionnement comme sujet, ce qui a suscité de nombreuses critiques&nbsp;»,</em> ajoute la chercheuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La députée tadjike Goulnora Amirchoïeva estime qu’aujourd&rsquo;hui, les jeunes femmes et les jeunes hommes ont des intérêts contradictoires. <em>«&nbsp;Les jeunes femmes veulent recevoir une éducation, être libres, réussir dans leur vie et faire carrière. Les jeunes hommes, quant à eux, pensent qu&rsquo;ils resteront les maîtres du monde et qu’ils imposeront aux femmes leurs règles et leurs idées. Or, ces règles et ces idées vont à l’encontre des tendances contemporaines, elles sont un pas vers l’obscurantisme&nbsp;»</em>, affirme-t-elle auprès d’Asia-Plus.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-1024x576.jpg" alt="Dinagoul Tassova Femmes Asie centrale Féminisme nudité" class="wp-image-42732" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-1024x576.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-300x169.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-768x432.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Dinagoul Tassova a défilé avec une robe transparente.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Goulnora Amirchoïeva dit comprendre ces jeunes femmes qui s’opposent aux conventions sociales.<em> « En raison de leur âge et du jusqu’au-boutisme propre à la jeunesse, les jeunes femmes prennent à juste titre des mesures radicales et expriment leur opposition avec provocation. Mais de nombreuses femmes âgées les soutiennent, font preuve de solidarité plutôt&nbsp;que refuser la légitimité de leurs actions »</em>, estime-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« Elle a piétiné les valeurs nationales »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La transformation sociale, dont parle Zoulaikho Ousmonova, a commencé en Asie centrale au début du siècle dernier lorsque les femmes ont enlevé leur voile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, le journal Krasnaja Niva (le champ rouge) a publié en 1929 dans son numéro 26 un <a href="https://archive.org/stream/krasnayaniva/%D0%9A%D1%80%D0%B0%D1%81%D0%BD%D0%B0%D1%8F%20%D0%9D%D0%B8%D0%B2%D0%B0.%201929.%20%E2%84%9646#mode/1up">article intitulé « Parandja »</a> (voile), dans lequel l’auteur décrit comment les femmes devraient changer à l’Est. Il encourage les femmes non seulement à enlever leur voile et à risquer leur vie, mais aussi à être actives.<br><br>Il cite notamment une déléguée communiste d’un conseil de village ouzbek. <em>«&nbsp;Nous avons des femmes qui ont répondu à notre appel, qui ont enlevé leur voile et luttent maintenant contre leurs maris. Si elles étaient indépendantes, elles apprendraient un métier, seraient alphabétisées et suivraient le chemin brillant du camarade Lénine&nbsp;»</em>, décrit le média communiste<em>. «&nbsp;Elles gagneraient leur combat contre leurs époux. Mais, cher camarade, la femme n’a aucun soutien, elle se bat seule. Après un mois ou deux, il ne reste plus rien de nos slogans. Les femmes doivent remettre leur voile et les seules nouveautés qui demeurent sont les ecchymoses sur leur corps&nbsp;», </em>continue l’article.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début du XXème siècle, les défenseurs du port du voile appuyaient leur argumentation sur les atteintes aux traditions ou à la religion. Aujourd’hui, leurs arguments n’ont pas changé. Par exemple, la journaliste kazakhe Bibigoul Daouletbekkyzy a exigé en décembre 2018 que Chirine Nartchaïeva soit expulsée du pays pour avoir <em>« piétiné les valeurs nationales », </em>relève <a href="https://www.nur.kz/1770835-izvestnaa-zurnalistka-potrebovala-vygnat-iz-strany-sirin-narcaevu.html">Nur.kz</a>.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Le chanteur pop kirghiz Mirbek Atabekov, qui avait lui-même sorti un clip provocateur en même temps que Zere Asylbek, a estimé <em>«&nbsp;qu’une jeune femme ne devrait pas montrer ce qui n’est pas approprié&nbsp;», </em>dans une interview au média kirghiz <a href="https://kaktus.media/doc/381343_mirbek_atabekov:_ia_soglasen_s_temi_kto_kritikyet_moy_novyy_klip.html">Kaktus.media</a>. Selon lui, <em>« cela commence toujours par des petites choses inappropriées mais qui vont progressivement devenir la norme. Par exemple, en Russie </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Philipp_Kirkorov"><em>Kirkorov</em></a><em> boit ou fait des choses étranges dans ses clips. Cela affecte psychologiquement ses fans. Comprenez, si on laisse tout faire, la valeur de la vie est perdue. Parfois, la modération est préférable »</em>, a-t-il affirmé.<br><br><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/bonne-nouvelle-le-dernier-clip-de-la-chanteuse-kirghize-zere-devoile/"><strong>« Bonne nouvelle », le dernier clip de la chanteuse kirghize Zere dévoilé</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, des sociologues occidentaux ont démontré aujourd’hui que rendre accessible ce type de contenu «&nbsp;inapproprié&nbsp;» lui enlève de sa valeur, et que les adolescents contemporains sont moins attirés par la drogue, le sexe ou tout autre chose de ce genre qui fascinait leurs parents avant. Dans un long article du média américain <a href="https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2018/12/the-sex-recession/573949/">The Atlantic</a>, publié en décembre 2018, des chercheurs tirent la sonnette d&rsquo;alarme soutenant que les pays développés se désintéressent du sexe et que les jeunes refusent volontairement d’offrir leur virginité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un mouvement lancé</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la région il y a encore tout à faire, et Zoulaikho Ousmonova est certaine que de telles manifestations artistiques féministes continueront de se reproduire au Tadjikistan, et que la société les acceptera progressivement. <em>« C&rsquo;est la mondialisation et c&rsquo;est imparable. Le monde semble immense, mais il est en fait très petit. Tout est à proximité et interconnecté »</em>, conclut l’experte.<br><br><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-les-femmes-reclament-le-droit-a-la-parole/"><strong>Ouzbékistan : quand les femmes réclament le droit à la parole</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Youlia Petrova, fondatrice du <a href="https://www.facebook.com/femlitclub/?hc_ref=ARTP_ywuzcs2Be6QO9YRlL1rF3yd2ElCAvCHMZaHCsE53CL1Nmci0xWkrg972nJ8_-s&amp;ref=nf_target">groupe Facebook</a> « Philosophie et féminisme en tadjik » pense également que cette tendance se poursuivra car il y a de plus en plus de femmes qui se battent chaque jour pour leurs droits, mais pour la première fois, la vie culturelle s’en est saisie, attirant l’attention de millions de personnes.<br><br><em>“Nous verrons que plus il y aura de femmes pour parler publiquement de ces problèmes systémiques et culturels, plus il y aura de formes créatives pour dénoncer l’injustice. Quand quelqu’un fait quelque chose d’audacieux, cela donne du courage aux autres »</em>, estime Youlia Petrova<em>. « C’est toujours inspirant. La nouveauté est fabuleuse, il ne faut pas l’étouffer. Il y a de la place pour tout le monde – pour les traditionnalistes et les progressistes, pour les musulmans et les athées. L’Asie centrale n’est pas une masse homogène des gens mais elle est faite d&rsquo;une riche diversité »</em>, ajoute-t-elle.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Lilia Gaïssina<br>Journaliste pour Asia-Plus</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200719/pochemu-zhentshini-v-tsentralnoi-azii-stali-razdevatsya">du russe</a> par Adrien Balland Delrieu</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Luna-Rose Durot</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Guilhem Sarraute</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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