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	<title>Littérature | Novastan France</title>
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	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
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	<title>Littérature | Novastan France</title>
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		<title>Entretien : « Mon livre représente le regard des femmes sur une époque racontée par les hommes »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 12:39:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Langue kazakhe]]></category>
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		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/entretien-livre-regard-femmes-epoque-racontee-hommes/">Entretien : « Mon livre représente le regard des femmes sur une époque racontée par les hommes »</a></p>
<p>Galya Nour, écrivaine kazakhe, raconte son parcours vers l&#8217;écriture et les thèmes abordés dans son premier roman. Elle dresse un état des lieux encourageant de la littérature dans son pays. L&#8217;écrivaine Galya Nour a présenté son premier roman, La couverture en patchwork. Il raconte la jeunesse de deux héroïnes : la grand-mère Balkis, qui a grandi [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/entretien-livre-regard-femmes-epoque-racontee-hommes/">Entretien : « Mon livre représente le regard des femmes sur une époque racontée par les hommes »</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Galya Nour, écrivaine kazakhe, raconte son parcours vers l&rsquo;écriture et les thèmes abordés dans son premier roman. Elle dresse un état des lieux encourageant de la littérature dans son pays.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;écrivaine Galya Nour a présenté son premier roman, <em>La couverture en patchwork</em>. Il raconte la jeunesse de deux héroïnes : la grand-mère Balkis, qui a grandi dans les années 1930, et sa petite-fille Aïssoulou, qui a grandi à l’époque de la perestroïka. Le roman est consacré à la mémoire féminine ainsi qu’à la recherche des racines nationales et de l’identité personnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le média The Village a parlé avec l&rsquo;écrivaine de la manière de publier un premier livre au Kazakhstan, des raisons pour lesquelles le regard féminin sur l’histoire du XXème siècle reste rare et de ce qui manque à la littérature kazakhe contemporaine. Galya Nour détaille ses impressions.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La vie avant la carrière littéraire</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis mon enfance, je tiens des journaux intimes. J’écrivais souvent des nouvelles sans intention de les publier. Lorsque j’ai commencé à tenir un blog sur Instagram, je me suis encore davantage passionnée pour l’écriture de textes. J’ai aimé cette expérience d’interaction immédiate avec le public &#8211; il y a là quelque chose qui tient à la fois du journal intime et de l’écriture d’un livre.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Je n’avais jamais pensé auparavant vouloir écrire un roman, encore moins être publiée. Je me suis mariée jeune, j’ai élevé mes enfants et j’ai travaillé comme ingénieure en énergie dans les réseaux de chauffage urbain. Lorsque je suis partie à la retraite et que j’ai eu du temps libre, j’ai commencé à me consacrer à ce que j’aimais depuis l’enfance &#8211; l’écriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai envisagé de publier un livre au moment où j’ai commencé à partager l’histoire de ma grand-mère sur Instagram. Je ne savais presque rien d’elle : je ne connaissais que quelques éléments issus des conversations entre ma mère, ma tante et sa sœur cadette. L’histoire que j’ai construite s’est révélée captivante, et mes abonnés ont commencé à m’encourager à écrire un roman.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comment est née l’idée de <em>La couverture en patchwork</em></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’idée d’écrire ce roman m’est venue après qu’une photographie de ma grand-mère maternelle est tombée entre mes mains. Sur cette photographie de 1929, elle paraissait complètement différente &#8211; pas telle que je me souvenais d’elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/plongee-dans-lasie-centrale-des-annees-1910/">Plongée dans l’Asie centrale des années 1910</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne l’avais jamais entendue parler de sa famille ni de ses origines. Ce n’est qu’à travers les conversations entre ma mère et sa sœur que j’ai appris qu’elle avait émigré de Russie vers le Kazakhstan dans les années 1920, qu’elle était issue d’une famille de marchands et que son père avait été victime des répressions politiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le thème de la mémoire féminine au Kazakhstan</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mon roman traite de la mémoire féminine, de la quête des racines et de l’identité. Lorsque j’ai commencé à écrire, j’ai compris que ce thème était particulièrement d’actualité au Kazakhstan et dans tout l&rsquo;espace post-soviétique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’histoire officielle du XXème siècle, on ne dit presque rien de ce qu’ont vécu les femmes durant les périodes les plus difficiles des bouleversements politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/ecrire-kazakhstan-defis-femme-ecrivaine/">Ecrire au Kazakhstan : les défis des écrivaines</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long du XXème siècle, sur notre territoire, une politique visant à effacer la mémoire familiale a été menée. Il faut également prendre en compte la tradition kazakhe de transmettre la lignée par la branche paternelle. Pourtant, sans la connaissance de la lignée maternelle, il est impossible de comprendre quel sera l’avenir de la génération suivante. C’est pourquoi mon livre propose aussi un regard féminin sur une époque dont le récit a été écrit par des hommes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le processus de travail sur le livre</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque j’écrivais le livre, grâce à Instagram, je suis entrée en contact avec la communauté indépendante d’écrivains USW, dirigée par Andreï Orlov. C’est là que j’ai compris comment transformer un manuscrit en véritable livre. Andreï a partagé une liste de maisons d’édition, et j’ai envoyé mon manuscrit à trois d’entre elles, mais aucune ne l’a accepté. J’ai alors décidé d’imprimer le livre à l’imprimerie BookExpert. J’ai apprécié travailler avec eux.</p>



<p class="has-light-color has-primary-800-background-color has-text-color has-background wp-block-paragraph">Envie de participer à Novastan ? Nous sommes toujours à la recherche de personnes motivées pour nous aider à la rédaction, l&rsquo;organisation d&rsquo;événements ou pour notre association. <a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/contribuer-a-la-redaction-de-novastan/">Et si c&rsquo;était toi ?</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment est-elle, la femme kazakhe ? Courageuse, intelligente et aimante. Dans mon livre, je m’efforce de montrer que, aussi difficile que soit la vie, la femme trouve toujours en elle la force d’élever ses enfants, de prendre soin de son mari et de sa famille. Ce qui la guide, c’est la quête du bonheur et de l’amour. C’est une force indestructible, qui ne s’éteint pas malgré les bouleversements politiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’influence d’autres écrivaines</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Je lis activement depuis l’âge de dix ans. Depuis tout ce temps, j’ai lu un nombre énorme de livres. Le premier qui a façonné ma vision de ce que peut être la littérature féminine a été <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jane_Eyre">Jane Eyre</a></em> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlotte_Bront%C3%AB">Charlotte Brontë</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant que je travaillais sur mon propre roman, j’ai rencontré le poète Ivan Beketov, qui est devenu mon mentor en écriture. Il m’a fait découvrir le monde de la prose féminine &#8211; de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Virginia_Woolf">Virginia Woolf</a> à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nathalie_Sarraute">Nathalie Sarraute</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque j’écrivais mon roman, les livres d’écrivaines telles qu&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Ernaux">Annie Ernaux</a>, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Olivia_Laing">Olivia Laing</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alice_Munro">Alice Munro</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Margaret_Atwood">Margaret Atwood</a> m’étaient particulièrement proches. Parmi les auteures kazakhes, je mentionnerais <a href="https://www.instagram.com/romiborjomi/">Meruert Alonso</a>. C’est une écrivaine très forte, avec un style marqué, une grande profondeur de pensée et un vaste horizon culturel.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce qui manque à la littérature kazakhe</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La littérature kazakhe manque d’ouverture vers le marché mondial. Chaque pays doit avoir sa propre littérature, que ses citoyens la lisent, mais elle doit aussi trouver un écho à l’international. En même temps, on assiste chez nous à une sorte de boom littéraire : beaucoup de gens commencent à écrire &#8211; certains par passion, d’autres pour en faire un business. On voit apparaître de plus en plus de science-fiction, d’horreur, de comics &#8211; des genres qui s’écrivent facilement. Cependant, la véritable littérature exige des réflexions profondes et un travail intérieur sérieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, un fossé est perceptible entre la littérature en kazakh et celle en russe. Il me semble important de chercher à les rapprocher, par le biais de traductions, de projets communs et d’associations artistiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/futur-sans-langue-russe-asie-centrale/">Un futur sans la langue russe en Asie centrale ?</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La qualité de la littérature est encore plus importante. Beaucoup des ouvrages que je lis se révèlent superficiels. Ils manquent surtout d’expérience d’écriture et de connaissances approfondies du métier. Bien sûr, cela s’acquiert avec le temps. Je pense également que l’État devrait davantage soutenir les auteurs. Avec le temps, la quantité produite finira par faire émerger la qualité et peut-être alors la littérature kazakhe pourra-t-elle se faire connaître sur la scène mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, il n’existe pas de formation spécialisée chez nous. Bien sûr, il existe différents cours de maîtrise de l’écriture, qui aident réellement les auteurs, mais ce n’est pas suffisant. Il faut des instituts littéraires, des programmes de formation et des opportunités pour les jeunes auteurs d’étudier à l’étranger, afin de revenir et de développer notre propre école d’écriture.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comment la littérature a changé depuis l’époque soviétique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La littérature ne devrait ni changer ni dépendre du temps. Néanmoins, durant l’époque soviétique, sa politisation se faisait fortement sentir. Il y avait de nombreuses interdictions. Le genre du réalisme soviétique imposait aux écrivains sur quoi et comment ils devaient écrire. De nombreux sujets étaient tabous, par exemple les scènes de sexe ou les descriptions de certaines anomalies physiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, il faut noter que malgré toutes ces interdictions, à l’époque soviétique, une véritable génération d’écrivains talentueux a émergé, capable de travailler dans ces contraintes. Cela était rendu possible grâce aux écoles littéraires, aux instituts et, surtout, au soutien matériel de l’État. L’écriture était alors une profession à part entière : un écrivain pouvait écrire des livres et vivre des droits d’auteur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-annees-tachkentoises-un-pan-de-vie-ignore-dans-loeuvre-danna-akhmatova/">Les années tachkentoises, un pan de vie ignoré dans l’œuvre d’Anna Akhmatova</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, il peut sembler qu’aucune interdiction n’existe plus. Et c’est sans doute une bonne chose : de la diversité naissent les germes du talent littéraire. De nouveaux genres apparaissent et il y a plus de liberté dans le choix de la forme et du style d’écriture. Mais, en même temps, les écrivains eux-mêmes lisent moins &#8211; ce qui signifie qu’ils connaissent moins de choses et offrent moins à leurs lecteurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Que veut dire écrire ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Écrire, pour moi, c’est vivre. Je ne peux pas imaginer ma vie sans l&rsquo;écriture. Depuis mon enfance, je tenais un journal intime, qui était mon ami le plus proche. C’est justement pour cette raison que j’ai créé le club littéraire Journal, dans lequel j’invite tous ceux qui, comme moi, ne peuvent pas vivre sans textes.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, au Kazakhstan, il existe de nombreuses opportunités pour ceux qui écrivent. Il y a des maisons d’édition ouvertes aux nouveaux auteurs et des imprimeries où l’on peut publier un livre. Il existe également de nombreux magazines et plateformes en ligne. On peut faire traduire ses textes et accéder à d’autres marchés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’essentiel est d’écrire. Terminer ses œuvres est tout aussi important. C’est ainsi que le texte pourra rencontrer un lecteur reconnaissant.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Soultan Raïs<br>Journaliste pour The Village</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://www.the-village-kz.com/village/people/interview-people/42361-moya-kniga-eto-zhenskiy-vzglyad-na-epohu-kotoruyu-pisali-muzhchiny">russe</a> par Aruzhan Urazova</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ecrire au Kazakhstan : les défis des écrivaines</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kazakhstan/ecrire-kazakhstan-defis-femme-ecrivaine/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 14:03:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/ecrire-kazakhstan-defis-femme-ecrivaine/">Ecrire au Kazakhstan : les défis des écrivaines</a></p>
<p>Être écrivain au Kazakhstan est un métier difficile, et ce d’autant plus pour une femme. Surtout en 2025, à l’heure où les maisons d’éditions prêtes à publier des jeunes autrices se font rares dans le pays. Les écrivaines souffrent d’un stéréotype qui amène beaucoup de gens à percevoir leur travail non pas comme une activité [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/ecrire-kazakhstan-defis-femme-ecrivaine/">Ecrire au Kazakhstan : les défis des écrivaines</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Être écrivain au Kazakhstan est un métier difficile, et ce d’autant plus pour une femme. Surtout en 2025, à l’heure où les maisons d’éditions prêtes à publier des jeunes autrices se font rares dans le pays.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les écrivaines souffrent d’un stéréotype qui amène beaucoup de gens à percevoir leur travail non pas comme une activité professionnelle à part entière, mais comme un simple passe-temps. Il faut ajouter à cela la nécessité de trouver un équilibre entre la création, le travail et la vie personnelle, et il est possible de mieux se représenter combien d’efforts se cachent derrière chaque œuvre publiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le média kazakh The Village est parti à la rencontre de deux autrices du Kazakhstan : Madina Bostambaïeva, autrice du livre <em>Souvenirs d’habitants d’Almaty,</em> fondatrice de la maison d’édition Estelikter, et Alima Souleïmenova, fondatrice d&rsquo;<a href="https://ainastories.kz/">Aïna</a>, le premier journal en ligne pour les autrices d’Asie centrale.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Leurs témoignages sont précieux, éclairant les lecteurs sur la place des femmes dans la littérature kazakhe, le féminisme dans la prose et les projets inspirants destinés aux femmes écrivaines.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Des idées au livre</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Madina Bostambaïeva :</strong> A 15 ans, une idée m’est venue : demander à des personnes de différents coins du monde de partager leurs souvenirs et en faire un livre. En 2021, je suis entrée à l&rsquo;université à <a href="https://www.novastan.org/fr/kazakhstan/almaty-la-ville-aux-1000-couleurs-et-aux-1001-annees/">Almaty</a> et j’ai commencé à découvrir peu à peu la ville et ses habitants. Rapidement, j’ai recueilli plusieurs histoires pour constituer un livre. Mais au-delà des souvenirs des autres, il contient aussi beaucoup de mes propres expériences.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alima Souleïmenova : </strong>J’ai travaillé pendant longtemps dans l’édition de la littérature jeunesse. Nous traduisions les best-sellers mondiaux pour enfants en kazakh. À l’époque, en 2014, je ne pensais pas encore qu’il était possible, et nécessaire, de développer notre marché intérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les années ont passé et, des livres pour enfants, je suis passée à la littérature pour adultes. Pendant cette période, j’ai commencé à écrire et petit à petit est venue l’idée de créer le projet Aïna. Je me suis demandé ce qui resterait après nous. Qui conserverait nos histoires, reflet de notre époque ? Nous avons l’habitude de lire des œuvres étrangères, mais alors comment transmettre nos valeurs et notre code culturel ?</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La situation des autrices contemporaines</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Madina Bostambaïeva : </strong>Selon moi, la situation des autrices au Kazakhstan s’est nettement améliorée ces dernières années. Les femmes prennent de plus en plus de place dans la vie littéraire et leurs voix sont de plus en plus audibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe toutefois des difficultés, notamment le manque de soutien des maisons d’édition. Malgré cela, de plus en plus d’autrices réussissent, non seulement en littérature, mais aussi dans d’autres formes d’art. Je pense que ce n’est que le début.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="701" height="509" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/OdiuQxPK6QDRmA7jphQ3xQ-wide-1.jpg" alt="Madina Bostambaieva Autrice Kazakhstan" class="wp-image-73389" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/OdiuQxPK6QDRmA7jphQ3xQ-wide-1.jpg 701w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/OdiuQxPK6QDRmA7jphQ3xQ-wide-1-300x218.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/OdiuQxPK6QDRmA7jphQ3xQ-wide-1-600x436.jpg 600w" sizes="(max-width: 701px) 100vw, 701px" /><figcaption class="wp-element-caption">Madina Bostambaïeva. Photo : The Village.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alima Souleïmenova : </strong>En ce moment même, je ressens un véritable essor. Des maisons d’éditions et des journaux voient le jour, le goût de la lecture se développe, des clubs de lecture sont créés et des écoles d’écriture s’ouvrent. Le plus important est de permettre à ces voix de se faire entendre et que les éditeurs n’aient pas peur d’investir dans de nouvelles autrices encore inconnues.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le féminisme dans la littérature kazakhe</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Madina Bostambaïeva : </strong>Je suis heureuse que la société kazakhe lève le voile sur des problèmes majeurs tels que le féminicide et la misogynie. Le fait d’entendre des histoires qui évoquent ouvertement ce qui est tabou est essentiel. Par exemple, le livre <em>Elliot</em> de <a href="https://www.instagram.com/mayathesarah/?hl=fr">Maya Sarah</a> ou encore <em>Décollement</em> d’<a href="https://www.instagram.com/altynay.sultan/">Altynaï Soultan</a> sont des proses honnêtes issus d’expériences traumatisantes vécues par de nombreuses femmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alima Souleïmenova : </strong>Le féminisme a sans aucun doute une influence sur la littérature kazakhe. Les autrices explorent et repensent le rôle des femmes dans la société, abordent les droits et déconstruisent les stéréotypes. Cela permet non seulement d’élargir les horizons de la création littéraire mais aussi de discuter de thèmes longtemps passés sous silence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-linegalite-des-sexes-dans-la-sphere-politique-demeure/">Au Kazakhstan, l’inégalité des sexes dans la sphère politique demeure</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe aujourd’hui de nombreux noms marquants, et je connais presque chacune de ces autrices. Leur parcours m’inspire. Ce qui me motive, c’est de recevoir des textes à caractère expérimental emprunts de sensibilité, souvent écrits par de nouvelles autrices qui débutent et de les faire connaître.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les attentes de la société et les autrices</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Madina Bostambaïeva : </strong>L’un des stéréotypes qui colle le plus aux écrivaines est celui de leur affiliation à des thèmes traditionnellement considérés comme féminins : l’amour, les relations familiales, les souffrances personnelles. Ces biais entravent leur créativité et empêchent d’élargir les horizons. En même temps, il y a une opinion toujours répandue selon laquelle les femmes ont des difficultés à écrire sur des thèmes plus importants, soi-disant réservés aux hommes comme la politique, la philosophie et la guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/nouvelle-essais-nucleaires-kazakhstan-mouqanova/">«&nbsp;Un thème éternel&nbsp;» : entretien avec l’autrice kazakhe Roza Mouqanova</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La douceur et la délicatesse sont d’autres injonctions auxquelles font face les autrices, tandis qu’une littérature plus «&nbsp;dure&nbsp;» s’associerait au caractère masculin. Ces schémas de pensée peuvent se révéler significatifs dans la manière où les femmes s’autocensurent. Cependant, je pense que les temps changent et que tous ces stéréotypes perdent peu à peu leur sens. Les femmes d’aujourd’hui peuvent écrire sur tous les sujets, avec toutes les formes et approches possibles. L’essentiel est que leur création ne soit pas limitée par des attentes extérieures.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alima Souleïmenova : </strong>Il faut trouver un équilibre entre les attentes personnelles du monde intérieur et les attentes sociales de la société. D’abord, savoir s’exprimer librement dans le cadre des normes traditionnelles existantes. Ensuite, intégrer l’activité littéraire dans la vie quotidienne, où la plupart des écrivaines ont un travail, une famille et d’autres responsabilités.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Cela dit, la littérature permet aux femmes de repenser les rôles traditionnels et de se raconter des histoires longtemps restées invisibles. L’équilibre se construit grâce à la conscience de sa propre force, au soutien de personnes partageant les mêmes idées et à la création d’espaces où les femmes peuvent être entendues sans crainte du jugement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’expérience des femmes sous-évaluée en littérature</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Madina Bostambaïeva : </strong>Ce déséquilibre a été observé aussi bien à l’étranger qu’au Kazakhstan. Cependant, la situation change quelque peu. De plus en plus de femmes veulent écrire sur des évènements mondiaux et leur expérience est de plus en plus considérée et valorisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/sexe-fort-quatre-femmes-carriere-inspirante-ouzbekistan/">Un sexe fort : quatre femmes racontent leur carrière inspirante en Ouzbékistan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alima Souleïmenova : </strong>Les autrices peuvent être confrontées au fait que leur production ne soit pas prise comme un travail sérieux mais plutôt comme un loisir. Des biais persistent : leurs travaux sont considérés, à tort, comme plus simplistes ou exclusivement centrés sur « la littérature féminine », tout comme l’idée que la littérature intime serait forcément scandaleuse. Pourtant, d’après mes observations, la majorité des écrivains contemporains sont des femmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Créer ses propres projets</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Madina Bostambaïeva : </strong>Le principal problème que j’identifie est celui de l’absence d’éditeurs. C’est pourquoi j’ai décidé de créer ma propre maison d’édition. Je l’ai appelée Estelikter. Cela signifie souvenir en kazakh. Pendant six mois, je n’arrivais pas à trouver de sponsors, tout le monde refusait. Alors j’ai décidé d’automatiser le système et de travailler par précommandes. Les débuts ont été difficiles : problèmes de trésorerie, arnaques, nuits blanches. Mais cette expérience a été extrêmement précieuse, j’ai fêté mon 18ème anniversaire au bureau des impôts en enregistrant ma maison d’édition.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alima Souleïmenova : </strong>J’ai remarqué que tout le monde écrivait de manière isolée, partageant ses textes dans de petits cercles sur Telegram ou Facebook, ou les envoyant à des éditeurs sans jamais recevoir de réponse. J’ai donc voulu créer une plateforme centralisée permettant de faire connaître de nouvelles autrices. C’est ainsi qu’est née Aïna, par nécessité de rassembler la création littéraire féminine.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Changements dans la littérature kazakhe et soutien aux autrices</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Madina Bostambaïeva </strong>: Chaque année, de plus en plus de jeunes autrices et auteurs apparaissent. Ils cherchent non seulement à préserver les traditions littéraires, mais aussi à les repenser. Bientôt, nous serons témoins d’un intérêt croissant pour la prose et la poésie.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">J’espère aussi que la littérature kazakhe s’ouvrira davantage à des genres autrefois considérés comme marginaux, comme la science-fiction, l’horreur ou la fantasy, et qu’elle expérimentera davantage les formes et les styles. Il serait important d’avoir plus de subventions pour l’édition de livres, ainsi qu’une baisse des coûts d’impression, afin de rendre la littérature plus accessible. Le soutien à la promotion est également essentiel pour aider les livres à trouver leur lectorat et les auteurs, leur public.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alima Souleïmenova : </strong>A mon sens, la littérature kazakhe pourrait s’améliorer en trois points majeurs : des financements pour l’industrie du livre, des espaces gratuits dédiés aux lectures publiques, un soutien médiatique pour les autrices, des concours et des prix littéraires dotés de récompenses financières pour des autrices de tout âge.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Zere Amangueldinova</strong><br><strong>Journaliste pour The Village</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://www.the-village-kz.com/village/people/experience/39745-my-privykli-chitat-zarubezhnuyu-literaturu-no-kak-togda-peredavat-nash-kulturnyy-kod">russe</a> par Lena Marin</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Emma Fages</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>L&#8217;UNESCO a célébré les 700 ans du poète persan Hafez</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Asia Plus]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Sep 2025 08:02:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Langue tadjike]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[Unesco]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/lunesco-celebre-700-ans-poete-persan-hafez/">L&rsquo;UNESCO a célébré les 700 ans du poète persan Hafez</a></p>
<p>L&#8217;UNESCO a célébré le poète et philosophe Hafez Shirazi à Paris. Des personnalités tadjikes ont pris part à l&#8217;événement. Un certain nombre de scientifiques, personnalités littéraires et artistes tadjiks ont participé à la conférence internationale et au festival « 700 ans de Hafez » du 11 au 14 juin dernier au siège de l’UNESCO à Paris. Ces [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/lunesco-celebre-700-ans-poete-persan-hafez/">L&rsquo;UNESCO a célébré les 700 ans du poète persan Hafez</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;UNESCO a célébré le poète et philosophe Hafez Shirazi à Paris. Des personnalités tadjikes ont pris part à l&rsquo;événement.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un certain nombre de scientifiques, personnalités littéraires et artistes tadjiks ont participé à la conférence internationale et au festival « 700 ans de Hafez » du 11 au 14 juin dernier au siège de l’UNESCO à Paris. Ces évènements étaient consacrés à la naissance du poète et philosophe persan <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hafez_(po%C3%A8te)">Hafez Shirazi</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministère de la Culture du Tadjikistan a précisé que l’évènement central de la commémoration du poète était la conférence scientifique portant son nom, à laquelle ont participé des chercheurs tadjiks.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Les scientifiques et les spécialistes de la production littéraire de Hafez du monde entier ont participé à cette conférence, au cours de laquelle ils ont rendu hommage non seulement à la vie du poète, mais aussi à son parcours littéraire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une soirée aux goûts pluriels&nbsp;: expositions, musiques, danses</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre de la conférence, un espace d’exposition a été aménagé, dans lequel les livres de Hafez et des objets d’artisanat traditionnel du Tadjikistan ont été présentés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En marge de la conférence, une Soirée <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Shashmaqam">Chachmaqom</a> <em>(musique traditionnelle savante du Tadjikistan et de l&rsquo;Ouzbékistan, ndlr)</em> a eu lieu, avec la participation de l’Ensemble national Shashmaqam, nommé en l’honneur de Fazliddine Chakhobov et dirigé par l’Artiste du peuple du Tadjikistan Fourkat Saïdzoda. Une représentation de l’ensemble de danse Goulrez a également eu lieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi&nbsp;sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/hymnes-de-sang-un-recueil-de-nouvelles-tadjikes-de-lepoque-de-la-perestroika/">Hymnes de sang, un recueil de nouvelles tadjikes de l’époque de la perestroïka</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, lors du festival, des chanteurs tadjiks comme Sitoraï Karomatoullo, Chohroukh Younousov et Firdavs Hochimov ont partagé la scène avec l’Orchestre oriental de Paris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministère de la Culture de la République du Tadjikistan a publié sur sa page Facebook des photos des préparatifs du festival, sur lesquelles figure notamment la ministre de la Culture Matloubakhon Sattoriyon.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Hafez, un poète aux multiples facettes</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Hafez Shirazi, célèbre poète <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ghazal">gazeliste</a> persan, est né le 31 mars (selon d’autres sources, le 31 octobre) 1325 dans la ville de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chiraz">Chiraz</a>, dans l&rsquo;actuel Iran. Le vrai nom du poète est Chamsiddine Mouhammad, mais comme il connaissait le Coran par cœur et pouvait le réciter de 14 manières différentes, il a été surnommé Hafez. Ce mot, qui signifie littéralement « gardien » en arabe, désigne ceux qui connaissent le Coran intégralement.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Bien que 700 ans se soient écoulés depuis la mort de Hafez Shirazi, sa personnalité et sa production littéraire demeurent éternelles. Les passionnés de poésie persane l’appellent Lison-ul-ghaib, ce qui signifie « connaisseur du langage occulte ou invisible », car son œuvre est profondément imprégnée de significations cachées, s&rsquo;adressant au monde intérieur de l’être humain et aux aspects mystiques de l’existence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En outre, sa poésie dévoile des vérités spirituelles et exprime des réflexions philosophiques sur la vie, l’amour et le destin, qui ne peuvent être comprises que par ceux en mesure de percevoir les subtiles vérités latentes dans les mots.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Choïra Koudrat<br>Journaliste pour Asia-Plus</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/life/culture/20250611/yunesko-prazdnuet-700-letie-hafiza-kto-predstavlyaet-tadzhikistan">russe</a> par Lisa d’Addazio</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Emma Fages</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Elise Medina</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>« La prose de Hafiz Saïfoullaïev marque un tournant fécond dans la littérature tadjike de langue russe »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Asia Plus]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Sep 2025 13:25:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Langue russe]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/hafiz-saifoullaiev-tournant-fecond-litterature-tadjike-russe/">« La prose de Hafiz Saïfoullaïev marque un tournant fécond dans la littérature tadjike de langue russe »</a></p>
<p>Le recueil de nouvelles Serre-moi dans tes bras, de Hafiz Saïfoullaïev, a été proposé pour le prix littéraire Sadriddine Aïny. Le livre Serre-moi dans tes bras&#160;(Moscou, 2024), de l&#8217;écrivain tadjik Hafiz Saïfoullaïev, a été proposé par la section de Soghd de l’union des écrivains du Tadjikistan pour le prix littéraire Sadriddine Aïny. Cela représente sans [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le recueil de nouvelles <em>Serre-moi dans tes bras</em>, de Hafiz Saïfoullaïev, a été proposé pour le prix littéraire Sadriddine Aïny.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le livre <em>Serre-moi dans tes bras</em>&nbsp;(Moscou, 2024), de l&rsquo;écrivain tadjik Hafiz Saïfoullaïev, a été proposé par la section de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sughd">Soghd</a> de l’union des écrivains du Tadjikistan pour le prix littéraire Sadriddine Aïny. Cela représente sans aucun doute un jalon important dans le paysage littéraire tadjik russophone contemporain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A première vue, les nouvelles de l’écrivain peuvent susciter un sentiment d’ambivalence. Certains les trouvent très personnelles, intimes, simples sur le plan linguistique, mais complexes au niveau de la perception et de la profondeur de la pensée qu’elles véhiculent. Certains y perçoivent une écriture plutôt cérébrale, rationnelle, animée par l’exigence d’exprimer les mots de l’âme, les fractures émotionnelles. Quoi qu&rsquo;il en soit, en captant les subtilités du sous-texte, il est clair qu&rsquo;un avenir prospère attend l’écrivain russophone, véritable sculpteur de mots.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Le média tadjik Asia-Plus a lu attentivement l’ouvrage <em>Serre-moi dans tes bras</em>, publié en 2024 par les éditions Perou à Moscou, et en a tiré les conclusions suivantes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un écrivain lyrique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Hafiz Saïfoullaïev est un écrivain lyrique, en qui l’Orient et l’Occident s’entremêlent de façon naturelle. Sa prose est imprégnée du monde qui l’entoure. L’arbre, la rivière de montagne, les sommets élevés, tous ces éléments se manifestent de façon philosophico-poétique dans sa production.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/hymnes-de-sang-un-recueil-de-nouvelles-tadjikes-de-lepoque-de-la-perestroika/">Hymnes de sang, un recueil de nouvelles tadjikes de l’époque de la perestroïka</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le trait le plus essentiel de ses nouvelles, c’est l’absence de déformation des idées sur le monde, sur les gens et leurs vies. Hafiz Saïfoullaïev exprime ses pensées et ses sentiments avec une telle sincérité que ses mots semblent surgir dans un moment de pure vérité, sans aucun artifice :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« J’étais assis sur un banc dans le parc. Dans les flammes orangées de l’automne, enveloppé dans ma veste noire, je ressemblais à un charbon qui ne s’est pas encore allumé. J’avais ouvert mon ordinateur portable et fixais l’écran. Je cherchais le Verbe. C’est un chat qui m’a distrait de ces élucubrations inutiles, s’étant glissé tout près sans que je m’en aperçoive. Il était gris, tacheté de blanc, presque transparent. Flottant, peut-être… »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Des récits emprunts de sincérité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’écrivain est tout à fait conscient du fait que la perte de la sincérité et de la vérité intérieure est fatale à la littérature. Et pourtant, les nouvelles de Hafiz Saïfoullaïev ne se limitent pas à un simple récit de ce qu’il a vu ou vécu : elles prennent la forme de méditations philosophiques, de réflexions sur la vie et la mort, le passé et l’avenir, sur le combat irréconciliable entre le bien et le mal, sur la joie et le chagrin, l’instant et l’éternité :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« En voyant ma mère allongée dans son lit, d’un air étrangement sévère, je me suis approché d’elle et j’ai pris sa main refroidie dans les miennes. Son menton était maintenu par un bandage. « C’est fini, me suis-je dit, maman est morte. » Je la regardais, tentant de graver ses traits dans ma mémoire. Mais, à la place, revenait son visage jeune, son rire. Je suis resté ainsi, jusqu’à ce que je replace l’oreiller sous sa tête. Sous l’oreiller se trouvait un gilet de velours plié, celui que j’aimais. Je n’ai pas pu retenir mes sanglots et me suis penché vers elle, je l’ai prise dans mes bras. C’est alors que j’ai entendu sa voix : « Tu m’aimes ? »</em> <em>J’ai recommencé à respirer. La lumière de ma mère coulait dans ma poitrine. Personne ne l’a vu. Cela reste un secret entre ma mère et moi. »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Comme un retour en enfance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La prose de Hafiz Saïfoullaïev se distingue par la richesse de son lexique et la variété de son rythme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La langue de ses œuvres est riche, métaphorique et simple, <em>« presque matériellement tangible »</em> d’après la critique Sanoat Azizova. Sa pensée est à la fois imagée et philosophique. L’absence, dans ses récits-miniatures, de grandiloquence ou de ton déclaratif, caractéristiques fréquentes chez les prosateurs habituels, dénote l&rsquo;alliance d&rsquo;un véritable talent artistique et d&rsquo;une profonde intelligence.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">En lisant les miniatures de Hafiz Saïfoullaïev naît ce sentiment poignant de nostalgie : le souvenir de sa propre enfance. Dans nombre de ses récits, les couleurs sont plus vibrantes, la neige plus blanche, le ciel plus azuré et plus insondable. Dans la nouvelle <em>Serre-moi dans tes bras</em>, tout est justement ainsi : le souffle se coupe devant l’éclat des épithètes merveilleuses et colorées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un cas rare : lire un texte d’une telle cohérence et densité, écrit d’un seul souffle, au point qu’on regrette presque que les souvenirs d’enfance prennent fin, qu’ils s’interrompent…</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une musique et une pensée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne sont ici que quelques esquisses d’impressions nées à la lecture, ou à l’écoute, de ces récits musicaux d’un écrivain talentueux qui s’est imposé avec éclat dans la littérature russophone du Tadjikistan. En lisant ses récits-miniatures, le lecteur perçoit une musique et une pensée, enveloppées dans le vêtement de son imagination poétique :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Il existe le Verbe. Celui qui a la fonction de réveiller l’homme. Et voilà qu’il surgit soudain dans le contexte d’une phrase, d’un récit. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est exactement ce qui se produit dans les nouvelles du recueil <em>Serre-moi dans tes bras</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/nouvelle-essais-nucleaires-kazakhstan-mouqanova/">« Un thème éternel » : entretien avec l’autrice kazakhe Roza Mouqanova</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Hafiz Saïfoullaïev avance dans la littérature avec sérieux et assurance. Il lui faut continuer d’être toujours aux côtés des gens, de vivre les événements pleinement avec ses personnages. Car c&rsquo;est l’essentiel pour un écrivain, un poète, un créateur. Et il n’est pas de plus grand bonheur que d’être compris de ceux pour qui l’on crée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un sculpteur de mots</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comme l’écrit la poétesse kabardino-balkare Tanzilia Zoumakoulova :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Et pour sécher les larmes de quelqu’un,</em><br><em>Pour adoucir la douleur, ô poète, tu dois être</em><br><em>Non un acteur jouant un rôle,</em><br><em>Mais verser toi-même des larmes amères,</em><br><em>Et ne pas refouler la véritable souffrance »</em></p>


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<p class="wp-block-paragraph">Pour conclure ces réflexions sur le livre de Hafiz Saïfoullaïev <em>Serre-moi dans tes bras</em>, une œuvre qui peut à juste titre être qualifiée de prose poétique, il est possible d’estimer que son auteur, véritable sculpteur de mots, mérite sans aucun doute l’attribution du prestigieux prix littéraire Sadriddine Aïny.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa prose, comme l’affirme le poète Nizom Kosim, <em>« réunit en elle tout ce qu’il y a de meilleur : la force d’attraction de l’intrigue et des images, l’éclat de l’imagination et de la fantaisie, la finesse des thèmes et des caractères, une langue riche et imagée. Comment ne pas apprécier une telle prose ? »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Azim Aminov et Kamila Moulloïeva<br>Journalistes pour Asia-Plus</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://www.asiaplustj.info/ru/news/life/culture/20250517/proza-hafiza-saifullaeva-kak-dunovenie-svezhego-vetra-v-tadzhikskoi-russkoyazichnoi-literature">russe</a> par Lisa D&rsquo;Addazio</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>L’unisson des poètes</title>
		<link>https://novastan.org/fr/photo-du-jour/lunisson-des-poetes/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Jul 2025 03:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Photo du jour]]></category>
		<category><![CDATA[Architecture]]></category>
		<category><![CDATA[Asie centrale]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Djizak]]></category>
		<category><![CDATA[hamid olimjon]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Monument]]></category>
		<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Photo du Jour]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[zulfiya]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/photo-du-jour/lunisson-des-poetes/">L’unisson des poètes</a></p>
<p>Ce monument, situé dans la ville natale de Djizak en Ouzbékistan, rend hommage aux célèbres poètes Hamid Olimjon et Zulfiya. Représentés côte à côte, ces figures emblématiques de la littérature ouzbèke symbolisent l&#8217;union de la poésie, de la culture et de l&#8217;amour du savoir. En arrière-plan, l’architecture traditionnelle enrichit le cadre, mêlant histoire et héritage [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/photo-du-jour/lunisson-des-poetes/">L’unisson des poètes</a></p>

<p class="wp-block-paragraph">Ce monument, situé dans la ville natale de <strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Djizak">Djizak </a></strong>en Ouzbékistan, rend hommage aux célèbres poètes <strong><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Hamid_Olimjon">Hamid Olimjon</a></strong> et <strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Zulfiya">Zulfiya</a></strong>. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Représentés côte à côte, ces figures emblématiques de la littérature ouzbèke symbolisent l&rsquo;union de la poésie, de la culture et de l&rsquo;amour du savoir. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En arrière-plan, l’architecture traditionnelle enrichit le cadre, mêlant histoire et héritage littéraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Crédits : <a href="https://www.instagram.com/hubertfelix_8/">Hubert-Félix Delattre</a></strong> (France)</p>


<p>Retrouvez <span draggable="true"><a href="https://novastan.org/fr/cat/photo-du-jour/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">toutes nos photos du jour</a></span>. Vous pouvez <u><span draggable="true"><a href="https://novastan.org/fr/novastan/vous-pouvez-acheter-les-photos-du-jour-de-novastan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">en acheter certaines par ici</a></span></u> et les recevoir chez vous. Vous aimeriez voir vos photos figurer dans cette rubrique ? N'hésitez pas à nous <a href="photo@novastan.org"><u>contacter.</u></a>" </p>
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		<title>Entretien avec Eldar Aïtmatov sur l&#8217;œuvre de son père</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kirghizstan/entretien-avec-eldar-aitmatov-sur-loeuvre-de-son-pere/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Mar 2025 12:15:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tchinguiz Aïtmatov]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/entretien-avec-eldar-aitmatov-sur-loeuvre-de-son-pere/">Entretien avec Eldar Aïtmatov sur l&rsquo;œuvre de son père</a></p>
<p>Tchinguiz Aïtmatov est considéré comme le plus grand auteur kirghiz. Son fils, Eldar Aïtmatov, a accordé un entretien à Novastan sur l&#8217;héritage de son père au Kirghizstan et dans le monde. L&#8217;ambassade de la République kirghize à Bruxelles a organisé un iftar à l&#8217;occasion de la venue du Secrétaire général de l&#8217;Organisation des Etats turciques. [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/entretien-avec-eldar-aitmatov-sur-loeuvre-de-son-pere/">Entretien avec Eldar Aïtmatov sur l&rsquo;œuvre de son père</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tchinguiz Aïtmatov est considéré comme le plus grand auteur kirghiz. Son fils, Eldar Aïtmatov, a accordé un entretien à Novastan sur l&rsquo;héritage de son père au Kirghizstan et dans le monde.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;ambassade de la République kirghize à Bruxelles a organisé un iftar à l&rsquo;occasion de la venue du Secrétaire général de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_des_%C3%89tats_turciques">l&rsquo;Organisation des Etats turciques</a>. Le fils de l&rsquo;écrivain <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tchinguiz_A%C3%AFtmatov">Tchinguiz Aïtmatov</a>, Eldar Aïtmatov, était présent et a accordé à la suite du dîner une interview à Novastan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y parle de l&rsquo;oeuvre de son père, de son héritage et de la place qu&rsquo;il a pris dans le Kirghizstan moderne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan : Quelle est la place de Tchinguiz Aïtmatov en République kirghize ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Eldar Aïtmatov : </strong>Je pense qu’il vaut mieux poser la question au peuple kirghiz, mais je vais essayer d’y répondre. C’est une question un peu personnelle pour moi, car je suis son fils, je ne donne que ma vision des choses. Mais je crois que n’importe quel Kirghiz dirait la même chose que moi.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Tchinguiz Aïtmatov est un héros pour le peuple kirghiz, comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pop%C3%A9e_de_Manas">Manas</a>, le personnage de l&rsquo;épopée, qui a fondé notre peuple, le premier chef à unifier les tribus kirghizes et à créer cette nation. C’est une histoire épique, une légende, bien sûr. Tchinguiz Aïtmatov est aussi une figure sacrée qui façonne l’identité d’un Kirghiz.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tchinguiz Aïtmatov est lu dans le monde entier, mais en Turquie, par exemple, il y a des films adaptés de ses livres comme <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Al_Yazmal%C4%B1m">Al Yazmalım</a>, ce qui montre qu’il occupe une place très importante dans le monde turcique. Quelle est votre œuvre préférée de Tchinguiz Aïtmatov ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon œuvre préférée est <em><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9F%D0%B5%D0%B3%D0%B8%D0%B9_%D0%BF%D1%91%D1%81,_%D0%B1%D0%B5%D0%B3%D1%83%D1%89%D0%B8%D0%B9_%D0%BA%D1%80%D0%B0%D0%B5%D0%BC_%D0%BC%D0%BE%D1%80%D1%8F_(%D0%BF%D0%BE%D0%B2%D0%B5%D1%81%D1%82%D1%8C)">Le chien pie qui court au bord de la mer</a></em>, et en deuxième <em><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%91%D0%B5%D0%BB%D0%BE%D0%B5_%D0%BE%D0%B1%D0%BB%D0%B0%D0%BA%D0%BE_%D0%A7%D0%B8%D0%BD%D0%B3%D0%B8%D1%81%D1%85%D0%B0%D0%BD%D0%B0">Le petit nuage de Gengis Khan</a></em>. Ce sont mes préférées, mais son œuvre la plus importante est <em><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/The_Day_Lasts_More_Than_a_Hundred_Years">Une journée plus longue qu’un siècle</a></em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nous savons qu’il parle beaucoup de l’imaginaire, des souffrances des Kirghiz sous l’ère soviétique… Qu’est-ce qui vous touche le plus dans ses écrits ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, l’élément le plus important est l’humanisme. Il est toujours en quête de sens. Il disait que la chose la plus difficile pour un être humain était de rester humain chaque jour. Il ajoutait que c’est la conscience qui fait de nous des êtres humains et qui nous pousse à devenir meilleurs chaque jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Avez-vous une autre citation favorite de Tchinguiz Aïtmatov ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il disait que la musique est un don de Dieu aux hommes, car la vie humaine est trop courte, et seule la musique rend la vie éternelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel souvenir gardez-vous de Tchinguiz Aïtmatov en tant que père ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le plus beau souvenir de mon père ? Je pense que c’est toute mon enfance. Il a toujours été quelqu’un à qui je voulais ressembler. Je voulais être comme lui. Il était toujours devant moi, un modèle pour moi, un homme qui réfléchit, un homme qui veut devenir meilleur. C’est ainsi qu’il fallait être, se comporter. Pour moi, il était un modèle en tout point.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">J’essaie d’être comme lui, de penser comme lui. Il m’a donné de nombreuses leçons : j’étais l’enfant qui a vécu avec mes parents. Mes frères et sœurs ont quitté la maison pour aller à l’université. Moi, je suis toujours resté avec ma famille. Dans la tradition kirghize, le dernier fils doit s’occuper de ses parents, même après son mariage.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tchinguiz Aïtmatov est une figure importante dans le monde turcique. Quelle image avait-il du monde turcique ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il souhaitait que le monde turcique soit uni, car ensemble, c’est toujours mieux, que ce soit pour l’économie ou la culture. Nous le voyons avec les pays européens ou d’autres régions du monde, qui forment des zones économiques et des unions sans frontières. Beaucoup de choses se passent. C’est une bonne chose pour tous les pays turciques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père voulait une union turcique, et aujourd’hui, cette union se construit. Ce n’est pas aussi rapide que nous l’aurions souhaité, mais l’Organisation des États turciques avance. Culturellement, il y a une grande unification.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le peuple kirghiz est un peuple d’imaginaire, qui a beaucoup d’imagination. Tchinguiz Aïtmatov regardait-il le ciel à travers le toundouk (la partie supérieure ouverte de la yourte) pour rêver et imaginer ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr. Quand il était petit, il allait sous la yourte, regardait le ciel, et sa grand-mère lui racontait une histoire. Il y avait bien sûr beaucoup de choses qu’il imaginait. Le peuple kirghiz est très imaginatif : nous avons de nombreuses histoires et légendes. Tchinguiz Aïtmatov s’est inspiré de toutes ces histoires, surtout celles apprises de sa grand-mère.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi Tchinguiz Aïtmatov est-il important à l’échelle mondiale ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains critiques littéraires le placent aux côtés d’Alexandre Pouchkine ou de Fiodor Dostoïevski… C’est un écrivain universel, porteur d’une philosophie humaniste que l’on ressent et que l’on lit dans ses œuvres. Ses œuvres ont été traduites en 185 langues.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">La réponse est simple : ses écrits sont nécessaires aux personnes qui réfléchissent, ils sont universels. Tchinguiz Aïtmatov tente de répondre à des questions philosophiques, sur l’amour, Dieu, les interrogations existentielles que chaque être humain se pose au cours de sa vie. Ce sont des thèmes universels. En lisant ses œuvres, les lecteurs trouvent des réponses à ces questions fondamentales, mais aussi de l’inspiration. C’est pour cela qu’il est lu et sera toujours lu dans le monde entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel livre recommanderiez-vous ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://www.babelio.com/livres/Aitmatov-Le-leopard-des-neiges/479834">Le Léopard des neiges</a></em> et <em><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/quand-tombent-les-montagnes-roman-tchinguiz-aitmatov-reedite/">Quand tombent les montagnes</a></em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi devrait-on visiter le Kirghizstan ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est encore un pays méconnu dans le monde. C’est l’un des pays qui possède les plus belles montagnes du monde : nous avons l’alpinisme, le ski, un lac unique en altitude, l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Yssyk_Koul">Issyk-Koul</a>, l’un des lacs les plus profonds du monde. Nous avons des paysages magnifiques partout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le plus important, c’est la chaleur, l’hospitalité et la gentillesse des gens. Dans la tradition kirghize, lorsqu’on reçoit un invité, on doit le traiter comme un roi.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Derya Soysal<br>Rédactrice pour Novastan</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Charlotte Bonin</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>L&#8217;écrivain et géographe Cédric Gras sur les routes de la soif</title>
		<link>https://novastan.org/fr/environnement/ecrivain-geographe-cedric-gras-routes-soif/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Marianne BULTEL]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2025 13:29:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Accès abonné]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Amou Daria]]></category>
		<category><![CDATA[Eau]]></category>
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		<category><![CDATA[Turkménistan]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/environnement/ecrivain-geographe-cedric-gras-routes-soif/">L&rsquo;écrivain et géographe Cédric Gras sur les routes de la soif</a></p>
<p>Symbole de désastre environnemental, la mer d’Aral, dont le bassin est exploité par les républiques d’Asie centrale, a vu ses eaux se réduire de près de 90 % en une soixantaine d’année. Sur les traces des affluents de ce lac d’eau salée, Cédric Gras, géographe et homme de lettres, s’engage. L’ouvrage du bourlingueur éclairé, Les [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/environnement/ecrivain-geographe-cedric-gras-routes-soif/">L&rsquo;écrivain et géographe Cédric Gras sur les routes de la soif</a></p>
<p><strong>Symbole de désastre environnemental, la mer d’Aral, dont le bassin est exploité par les républiques d’Asie centrale, a vu ses eaux se réduire de près de 90 % en une soixantaine d’année. Sur les traces des affluents de ce lac d’eau salée, Cédric Gras, géographe et homme de lettres, s’engage. L’ouvrage du bourlingueur éclairé, <em>Les routes de la soif</em>, dépeint les conditions extrêmes dans lesquelles les sources de l’Aral s’essoufflent.</strong></p>
<p>En janvier dernier, le géographe et écrivain français <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9dric_Gras">Cédric Gras</a> publie son récit de voyage, un voyage de sourcier, <a href="https://www.babelio.com/livres/Gras-Les-routes-de-la-soif/1791535"><em>Les routes de la soif</em></a>. Aux côtés du journaliste et réalisateur Christophe Raylat, l’auteur court l’Asie centrale, de la&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mer_d%27Aral">mer d’Aral</a>, par l’itinéraire des rives de l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Amou-Daria">Amou-Daria</a>, à la source de ces eaux, le glacier&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Glacier_Fedtchenko">Fedtchenko</a>.</p>
<p>La mer d’Aral, qui est en réalité un lac d’eau salé, marque le point de départ de leurs pérégrinations. Le lac se scinde en deux bassins inégaux, la "<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Petite_mer_d%27Aral">petite mer</a>" dans le centre-sud du Kazakhstan et la "grande mer" dans le nord-ouest de l’Ouzbékistan.</p>
<p>Ses eaux sont alimentées par le fleuve&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Syr-Daria">Syr-Daria</a>, qui trouve sa source dans les montagnes kirghizes du&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tian_Shan . . .
</p>

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		<title>« Un thème éternel » : entretien avec l&#8217;autrice kazakhe Roza Mouqanova</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kazakhstan/nouvelle-essais-nucleaires-kazakhstan-mouqanova/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Oct 2024 05:43:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Arme nucléaire]]></category>
		<category><![CDATA[Handicap]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Semipalatinsk]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/nouvelle-essais-nucleaires-kazakhstan-mouqanova/">« Un thème éternel » : entretien avec l&rsquo;autrice kazakhe Roza Mouqanova</a></p>
<p>L&#8217;écrivaine Roza Mouqanova a écrit l&#8217;une des histoires les plus marquantes et les plus réussies sur les conséquences des essais nucléaires qui se sont déroulés au Kazakhstan. Dans cette interview, elle aborde le contexte qui a vu naître l&#8217;histoire de Läılä, prisonnière d&#8217;un corps d&#8217;enfant à cause des essais nucléaires. L&#8217;autrice kazakhe évoque en outre [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/nouvelle-essais-nucleaires-kazakhstan-mouqanova/">« Un thème éternel » : entretien avec l&rsquo;autrice kazakhe Roza Mouqanova</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;écrivaine Roza Mouqanova a écrit l&rsquo;une des histoires les plus marquantes et les plus réussies sur les conséquences des essais nucléaires qui se sont déroulés au Kazakhstan. Dans cette interview, elle aborde le contexte qui a vu naître l&rsquo;histoire de Läılä, prisonnière d&rsquo;un corps d&rsquo;enfant à cause des essais nucléaires. L&rsquo;autrice kazakhe évoque en outre son intention : résister par la plume pour empêcher la catastrophe de se répéter.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment susciter autre chose que la douleur et le désespoir chez le lecteur en évoquant le désastre ? Comment trouver de la beauté et de la sérénité dans un paysage ravagé par les bombes ? La nouvelle <em>Mäñilik bala beıne</em>, qui peut se traduire en français par <em>Un visage éternellement enfantin</em>, de l&rsquo;auteure kazakhe Roza Mouqanova, écrite entre 1988 et 1989, répond à toutes ces questions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle y parle avec une force poétique de la jeune Läılä, âgée d&rsquo;environ 16 ans. Läılä est restée une « éternelle enfant », c&rsquo;est-à-dire une jeune femme dont le corps a très tôt cessé de grandir, une conséquence des essais nucléaires soviétiques au Kazakhstan.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Éternellement séparée de l&rsquo;avenir, incomprise par ses semblables, la jeune fille s&rsquo;enfuit chaque soir dans la steppe, dans le ravin entre les contreforts des montagnes, pour rencontrer en secret le seul être qu&rsquo;elle comprend et qu&rsquo;elle aime : la Lune. Bien que la langue kazakhe ne connaisse pas de genre grammatical, la Lune y est décrite non seulement comme clairement féminine, mais aussi comme maternelle. Une nuit, alors que Läılä est malade dans son lit, la Lune maternelle se manifeste, ses rayons scrutant les gorges et les plaines à la recherche de « l&rsquo;enfant éternel » :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Les rayons de la Lune, qui tombent dans le profond ravin, brillent plus que jamais. Ils errent sur la terre à la recherche de Läılä, la jeune fille au visage en larmes. Ils cherchent et interrogent non seulement l&rsquo;eau du village de Qarauyl, mais aussi la Terre et les montagnes, en soupirant, d&rsquo;une voix maternelle : « Où as-tu disparu ? Pourquoi n&rsquo;es-tu pas dans le profond ravin aujourd&rsquo;hui ? » Et il semble que, flottant dans le ravin, les paumes intimement chaudes, [les rayons] étendent leurs mains. »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Des libertés nouvelles avec l&rsquo;indépendance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré la mort de Läilä, la voix poétique de la narratrice se veut réconfortante. C&rsquo;est aussi pour cette raison que cette nouvelle se distingue dans le flot de productions littéraires sur les essais et les catastrophes nucléaires. En effet, le monde est montré à travers les yeux de Läılä, le lecteur le ressent avec elle et reconnaît en elle une âme magnifique faisant oublier que son corps est celui d&rsquo;une enfant, avec des mains vieilles, bien trop vieilles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette courte histoire montre la tristesse et le chagrin silencieux de la population du Kazakhstan qui vivait, vit et survit à proximité immédiate du polygone d&rsquo;essais nucléaires soviétiques de <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-une-zone-de-surete-nucleaire-va-etre-creee-sur-le-territoire-de-semipalatinsk/">Semipalatinsk</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Roza Mouqanova est une personne admirable. La pièce basée sur cette nouvelle est jouée sur les scènes kazakhes depuis 1996 et pourtant, l&rsquo;auteure est restée accessible. Elle répond à d&rsquo;innombrables questions non seulement lors d&rsquo;entretiens personnels, mais aussi plus tard dans une interview écrite complète. Les extraits les plus pertinents et les plus intéressants de cette interview sont importants pour tous ceux qui s&rsquo;intéressent à la littérature, à l&rsquo;Asie centrale, aux questions d&rsquo;éthique, d&rsquo;environnement et aux ravages du nucléaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan : Comment avez-vous vécu l&rsquo;époque soviétique et qu&rsquo;en pensez-vous aujourd&rsquo;hui ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Roza Mouqanova : </strong>J&rsquo;ai moi-même vécu dans le système soviétique et j&rsquo;ai passé une enfance et une scolarité heureuses. Ensuite, j&rsquo;ai voulu faire des études. Comme étudiante, j&rsquo;ai commencé à remarquer certains obstacles. Je me suis rendu compte que la liberté de mon peuple était limitée, qu&rsquo;il n&rsquo;écrivait pas sa propre histoire et que le pouvoir de l&rsquo;idéologie l&#8217;emportait toujours dans une certaine mesure.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Tout cela a progressivement changé avec l&rsquo;indépendance. La littérature, certains pans de notre histoire, certaines œuvres et recherches de personnalités kazakhes importantes, auparavant censurés ou complètement interdits, ont été progressivement publiées.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel a été l&rsquo;impact de l&rsquo;indépendance du Kazakhstan sur votre travail ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans l&rsquo;indépendance du Kazakhstan, il m&rsquo;aurait été impossible de publier ma nouvelle <em>Mäñilik bala beıne</em>. À travers cette nouvelle, je voulais raconter le destin de mon peuple. Je voulais écrire sur l&rsquo;injustice qui a été faite non seulement à la jeune fille Läılä, mais aussi à tous. En décrivant l&rsquo;âme de Läılä, je voulais montrer qu&rsquo;elle était une victime du système politique et que ce système avait détruit son avenir d&rsquo;être humain.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous êtes vous-même née non loin du site d&rsquo;essais nucléaires. Qu&rsquo;en disaient les gens à l&rsquo;époque ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, je suis né à Semipalatinsk. Des essais nucléaires y ont été menés pendant plus de 40 ans. Les gens qui y vivaient n&rsquo;ont pas été déplacés. Ils ne savaient pas non plus ce qui s&rsquo;y passait réellement. Le secret a été gardé sur le fait qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de bombes atomiques et que celles-ci étaient très dangereuses pour la santé humaine. Au fond d&rsquo;eux-mêmes, les gens ont ressenti tout cela, et les plus instruits d&rsquo;entre eux ont également compris que c&rsquo;était à cause des bombes atomiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/decryptage/kazakhstan-construction-centrale-nucleaire-soumise-au-referendum/">Au Kazakhstan, la construction d’une centrale nucléaire soumise au référendum</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comme les Kazakhs étaient un peuple qui avait connu la persécution politique, la faim et l&rsquo;oppression, personne n&rsquo;osait aborder ce sujet ou entreprendre quoi que ce soit. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1988-89 que l&rsquo;on a commencé à parler ouvertement du fait que la terre et l&rsquo;eau étaient empoisonnées, que le nombre de naissances diminuait, que les maladies augmentaient et que les gens mouraient anormalement tôt. Pour les Kazakhs, cette période catastrophique a été comme un raz-de-marée qui a tout englouti.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment les gens ont-ils réagi à la nouvelle et au drame ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La nouvelle a été très bien accueillie par les gens. Un directeur de théâtre m&rsquo;a même proposé de la réécrire pour la scène. La pièce a également été très bien accueillie lors de sa première. Mais j&rsquo;étais très triste pour le public qui assistait à la représentation, car ils étaient tous tellement émus qu&rsquo;ils en pleuraient. La pièce est ensuite devenue l&rsquo;une des plus populaires. Pendant une vingtaine d&rsquo;années, nous avons joué à guichets fermés. Les gens ne se lassaient pas de la voir et la demande était très forte.</p>



<p class="has-light-color has-primary-800-background-color has-text-color has-background wp-block-paragraph">Envie de participer à Novastan ? Nous sommes toujours à la recherche de personnes motivées pour nous aider à la rédaction, l&rsquo;organisation d&rsquo;événements ou pour notre association. <a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/contribuer-a-la-redaction-de-novastan/">Et si c&rsquo;était toi ?</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus tard, elle a été retirée du répertoire théâtral, il a été dit que le décor était dépassé. Je me souviens encore qu&rsquo;à l&rsquo;époque, de jeunes étudiants avaient exprimé à la télévision nationale leur mécontentement vis-à-vis de la direction du théâtre. Ces jeunes voulaient que la pièce soit réintégrée au répertoire. C&rsquo;était une nouvelle très intéressante pour moi. La pièce a été si populaire qu&rsquo;elle a même été adaptée au cinéma par la suite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La pièce est toujours jouée. Mais il s&rsquo;agit désormais d&rsquo;un théâtre inclusif, dans lequel le rôle de Läılä n&rsquo;est pas simplement joué par une jeune fille valide, mais par une actrice qui, tout comme Läılä, a le corps d&rsquo;un enfant. Comment le public a-t-il réagi ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le public a réagi comme toujours : bien que Läılä soit handicapée, ils disent que Läılä est belle, que son âme est pure et angélique, et ils aiment Läılä pour cela. Ils sympathisent avec sa tristesse. Comme s&rsquo;ils vivaient tout ensemble avec Läılä, ils accusent le système politique, sont dégoûtés par les gens corrompus et maudissent l&rsquo;arme catastrophique qui a causé sa mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce n&rsquo;est pas au ciel ou à la nuit que Läılä confie ses secrets. Elle ne se parle pas non plus à elle-même, mais à la Lune. Qu&rsquo;est-ce que la Lune a de si spécial ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La lune est pure, immaculée, d&rsquo;un blanc laiteux. Läılä est sur Terre, tandis que la Lune se trouve dans l&rsquo;espace, mais elles se voient. Läılä ne peut pas révéler ses secrets aux villageois, car pour eux, Läılä n&rsquo;est qu&rsquo;une infirme, une personne invalide. Ils ne peuvent pas comprendre l&rsquo;âme de Läılä, ses rêves et ses soucis. Läılä devait trouver quelqu&rsquo;un qui puisse la comprendre et partager sa souffrance. C&rsquo;est pourquoi elle a trouvé la Lune. C&rsquo;est le choix de Läılä !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La pièce se distingue quelque peu de la nouvelle. D&rsquo;une part, parce que de nouveaux personnages ont été ajoutés, d&rsquo;autre part parce que les personnages existants ont été étoffés. Dans la nouvelle, Läılä rencontre son amour de jeunesse, Qumar, qui est devenu un beau jeune homme. Il danse avec Läılä et se montre amical avec elle. Il la traite comme si elle était une jeune fille normale. Mais dans la pièce, le côté sombre de Qumar apparaît plus tard dans le fait qu&rsquo;il vend l&rsquo;amitié et la confiance de Läılä pour de l&rsquo;argent. Pourquoi avoir ajouté cette scène ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour faire passer la nouvelle dans le genre dramatique, je voulais exacerber le conflit et atteindre une culmination du conflit. Je voulais également protéger les jeunes du danger moral que représentent les valeurs de richesse et d&rsquo;argent. Les premières années de l&rsquo;indépendance étaient très difficiles pour les gens. Les conditions de vie étaient très difficiles. Ce sont ces réalités de la vraie vie que je voulais aussi représenter dans le drame.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans le drame, il y a aussi un autre personnage qui n&rsquo;apparaît pas du tout dans la nouvelle, la folle Şökiş. Pourquoi l&rsquo;avoir ajoutée ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand j&rsquo;étais enfant, il y avait dans notre village une vieille femme folle qui s&rsquo;appelait Meñtaı. Même en été, elle portait des vêtements d&rsquo;hiver. Les enfants la poursuivaient et se moquaient d&rsquo;elle quand elle marchait dans la rue. Ma grand-mère donnait toujours à cette vieille femme des repas chauds, du thé et des bonbons. Elle lui donnait aussi du pain et de l&rsquo;irimşik. Ensuite, Meñtaı parlait comme une personne en bonne santé et discutait beaucoup avec ma grand-mère.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan :</strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhs-appeles-prononcer-recours-nucleaire-civil/">Les Kazakhs appelés à se prononcer sur le recours au nucléaire civil</a></strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma grand-mère m&rsquo;a dit que Meñtaı n&rsquo;était pas du tout folle. Son père était autrefois non seulement un homme riche, mais aussi un chef de canton <em>(en russe, volostnoï, mandat administratif dans l&rsquo;Empire russe, ndlr)</em>. Au moment de la campagne de confiscation, son père a été arrêté et elle est alors tombée mentalement malade. J&rsquo;ai écrit Şökiş en m&rsquo;inspirant de cette Meñtaı. Bien que Şökiş ait l&rsquo;air folle, elle est en fait en bonne santé, tout comme Meñtaı. Parce que son enfant a souffert des conséquences des essais nucléaires, des troubles mentaux sont apparus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Avez-vous lu d&rsquo;autres textes littéraires sur Semipalatinsk ou sur les essais nucléaires en général ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;ai vu des expositions de photos sur le site d&rsquo;essais nucléaires de Semipalatinsk, j&rsquo;ai également lu des articles et des recherches sur le sujet. Toutefois, je n&rsquo;avais pas lu d&rsquo;autres œuvres littéraires sur ce sujet avant la mienne. Or, dans la réalité, ce ne sont pas les articles qui permettent aux gens de mieux connaître leur destin, mais les œuvres d&rsquo;art, la littérature, le cinéma et le théâtre.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Votre nouvelle se distingue des autres romans ou même des documentaires, qui décrivent généralement en détail les explosions elles-mêmes ou en montrent des images. Vous ne vous concentrez pas sur la description des explosions elles-mêmes. Pourquoi ce choix ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà d&rsquo;une mise en scène de l&rsquo;explosion, ma mission consistait avant tout à montrer les causes et les effets et à élever le problème lui-même à un niveau où il concerne l&rsquo;ensemble de l&rsquo;humanité. Je voulais transmettre cela à la conscience humaine non seulement sous forme d&rsquo;information ou d&rsquo;article, mais aussi sous forme d&rsquo;œuvre d&rsquo;art, d&rsquo;œuvre littéraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;ai écrit parce que non seulement mon pays, mais le monde entier, qui souffre de la guerre, doit voir le deuil de Läılä, sa tragédie, et y réfléchir. Je pense que l&rsquo;homme ne devrait pas utiliser la violence contre la Terre ou contre l&rsquo;humanité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelle est l&rsquo;importance de l&rsquo;art dans un sujet aussi politique que les essais nucléaires ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des essais nucléaires ont été réalisés non seulement dans notre pays, mais aussi dans le monde entier. Mais même si les journaux télévisés en parlent, il ne s&rsquo;agit là que d&rsquo;une information momentanée. Cela disparaît très vite de la conscience des gens. Mais lorsque cela s&rsquo;exprime dans le langage de la littérature, du théâtre, du cinéma, du ballet, de l&rsquo;opéra ou de la musique, cela devient un thème éternel pour l&rsquo;humanité.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Car, avec nos cœurs et nos âmes, il est clair que l&rsquo;impact des armes de guerre sur l&rsquo;humanité est tel qu&rsquo;il pourrait signifier la destruction de tous les êtres humains sur Terre. Dans ce contexte, il y a une véritable bataille à livrer pour que cela n&rsquo;arrive plus jamais. Pour moi, en tant qu&rsquo;auteur et dramaturge, c&rsquo;était nécessaire. Il fallait que j&rsquo;exprime ma résistance intérieure avec ma plume.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Une traduction en anglais de la nouvelle de Roza Mouqanova peut être trouvée dans l&rsquo;<a href="https://www.cambridge.org/sites/default/files/media/documents/Kazakh_Prose_Book_PRINT-no-crops-1.pdf">Anthologie de la prose kazakhe</a> disponible en libre accès (pages 561 à 570). La version originale en kazakh peut être trouvée en suivant <a href="https://kazneb.kz/kk/bookView/view?brId=1177990&amp;simple=true">ce lien</a> (pages 119 à 127).</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Propos recueillis et traduits du kazakh par Verena Zabel</strong><br><strong>Rédactrice pour Novastan Deutsch</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit de l’<a href="https://novastan.org/de/gesellschaft-und-kultur/das-ewige-thema-ein-gespraech-mit-der-kasachischen-schriftstellerin-roza-muqanova/">allemand</a> par Alexandre Beisel</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Arnaud Behr</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Elise Medina</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Quand tombent les montagnes : le roman de Tchinguiz Aïtmatov réédité en français</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kirghizstan/quand-tombent-les-montagnes-roman-tchinguiz-aitmatov-reedite/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Indira Ramírez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jul 2024 10:57:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Accès abonné]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tchinguiz Aïtmatov]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://novastan.org/fr/?p=66141</guid>

					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/quand-tombent-les-montagnes-roman-tchinguiz-aitmatov-reedite/">Quand tombent les montagnes : le roman de Tchinguiz Aïtmatov réédité en français</a></p>
<p>C'est un roman intemporel, poétique et qui donne à réfléchir sur le sort des hommes et des bêtes lorsqu'ils sont pris en otage par la corruption du pouvoir et de l'argent. Une histoire qui entraîne le lecteur dans un voyage d'aventure et de découverte à travers des paysages reculés et des légendes kirghizes. Bien rythmée, [&#8230;]</p>
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<p><strong>C'est un roman intemporel, poétique et qui donne à réfléchir sur le sort des hommes et des bêtes lorsqu'ils sont pris en otage par la corruption du pouvoir et de l'argent. Une histoire qui entraîne le lecteur dans un voyage d'aventure et de découverte à travers des paysages reculés et des légendes kirghizes. Bien rythmée, cette œuvre universelle traite de la préservation de l'environnement entre autres sujets toujours d'actualité.</strong></p>
<p>Les éditions Paulsen viennent de publier <a href="https://www.editionspaulsen.com/la-grande-ourse/709-quand-tombent-les-montagnes.html"><em>Quand tombent les montagnes</em></a>, un roman-fable de l'un . . .</p>

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		<title>Littérature turkmène : qui du Cobra ou de Monsieur le Camarade Président vaincra ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Michèle Häfliger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Mar 2024 07:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Turkménistan]]></category>
		<category><![CDATA[Ak Welsapar]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[L'Europe et l'Asie centrale]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/litterature-turkmene-kobra-ou-camarade-president-vaincra/">Littérature turkmène : qui du Cobra ou de Monsieur le Camarade Président vaincra ?</a></p>
<p>Dans son roman Le Cobra, récemment paru en allemand, l’auteur turkmène Ak Welsapar décrit avec une précision troublante ce dont les hommes (et les animaux) sont capables. Cobra le serpent en a assez de voir le désert, son chez-lui, pollué par les hommes avec des déchets toxiques. Il en a marre de voir disparaître l’eau [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/litterature-turkmene-kobra-ou-camarade-president-vaincra/">Littérature turkmène : qui du Cobra ou de Monsieur le Camarade Président vaincra ?</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans son roman <em>Le Cobra,</em> récemment paru en allemand, l’auteur turkmène Ak Welsapar décrit avec une précision troublante ce dont les hommes (et les animaux) sont capables.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cobra le serpent en a assez de voir le désert, son chez-lui, pollué par les hommes avec des déchets toxiques. Il en a marre de voir disparaître l’eau du paysage pour la culture du coton. Alors Cobra fait sa mue, prend forme humaine, quitte le désert pour entrer dans le monde des hommes. C&rsquo;est dans les plus hautes sphères du pouvoir qu’il va tenter sa chance.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Mais il a quelque peu sous-estimé l’ampleur de sa mission : mettre le holà aux excès des hommes. En effet, l’homme à la tête de ce pays situé au milieu de l’Asie, Monsieur le Camarade Président, tient fermement en main toutes les ficelles du pouvoir et ne compte pas un instant le céder au serpent. Cobra va comprendre dans sa propre chair, que, même parmi les hommes, rien n’est ce qu’il semble être…</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Entre absurdes perfidies et vérités qui dérangent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Avec Cobra, le lecteur de ce roman tout juste paru en allemand, dont le titre est traduit en <em>Kobra und der Herr Genosse Präsident</em>, c&rsquo;est-à-dire « Cobra et Monsieur le Camarade Président », découvre un régime totalitaire, despotique. Il voit la population se faire exploiter, les ennemis d’État éliminés et le moindre souhait du président exaucé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours du récit, le lecteur découvre quelques absurdités : un beau jour, les morts ne sont plus dignement enterrés, conformément à la coutume, mais exposés dans un musée ouvert spécialement pour l’occasion. Là-bas, ils servent de rappel au visiteur <em>“de la façon dont il faut mourir, en silence et sans adresser de revendications au gouvernement”</em>. Ceci dans un pays où la devise est <em>“Personne ne meurt avant son heure”</em> – citation de Monsieur le Camarade Président en personne, bien entendu.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Un des thèmes centraux du livre est la destruction de l’environnement, que la culture agressive du coton, avec sa forte consommation d’eau et le recours frénétique aux pesticides, accélère. Les hommes n’ont que faire de ce qu’ils infligent à la nature, à ses habitants, et, en dernier lieu, à eux-mêmes. La politique refuse de prendre des mesures de protection de la nature et hâte même son éradication. Cobra et le Président sont donc respectivement une allégorie de l’environnement et de la politique dont les intérêts se contredisent bien trop souvent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/au-turkmenistan-la-arakadag-mania-bat-son-plein/">Au Turkménistan, la Arkadag-mania bat son plein</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le style de Cobra oscille entre, d’un côté, les descriptions minutieuses des conditions de vie sous la tyrannie, des personnes, des caractères, de leur destin, et de l’autre, les monologues interminables qui révèlent la dimension pathétique des personnages. La perspective omnisciente donne un aperçu de l’univers mental de presque tous les personnages. Mais la vraie nature de certains protagonistes reste adroitement dissimulée jusqu’à la fin.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’occasion de régler ses comptes ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’auteur du livre sait de quoi il parle. Né en 1956 à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mary_(ville)">Mary</a> (alors en République socialiste soviétique turkmène), <a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/ak-welsapar-ecrivain-turkmene-en-exil/">Ak Welsapar</a> a obtenu ses deux diplômes de maîtrise à Moscou. Dénonçant les problèmes écologiques majeurs au Turkménistan, causés notamment par la culture du coton, il a attiré l’attention de l’opinion publique mondiale sur les problèmes de l’Asie centrale par une série d’articles. En conséquence de quoi, il a été contraint de quitter son pays. Depuis, il vit et travaille en Suède comme journaliste et écrivain.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Le doute subsiste quant à la part d’expériences personnelles que l’auteur a incorporée dans son livre. L&rsquo;œuvre est parsemée de maximes énigmatiques, qui confinent parfois à l’absurde : <em>“Nous n’avons rien de commun avec le présent, nous aspirons à l’avenir”</em>, ou encore : <em>“Le vol est un signe sûr de la crainte du faible face au fort et un aveu de sa propre inutilité”</em>. De la sorte, Ak Welsapar met à jour les rouages de l’esprit des despotes et dépeint la mégalomanie inhérente aux régimes totalitaires, et peut-être à l’Homme lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;:</strong> <a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/migrants-turkmenes-turquie-en-quete-de-solutions/"><strong>Les migrants turkmènes en Turquie en quête de solutions</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le Cobra </em>est une analyse fine de l’égocentrisme, de la soif de pouvoir et de la croyance que le peuple aurait besoin d’un tel dirigeant. Un dictateur au jugement obscurci par la pensée que son cercle le plus proche le trompe et que son <em>“cher peuple</em>” puisse le renverser. <em>“Vive Monsieur le Camarade Président!”</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://dagyeliverlag.com/produkt/kobra-und-der-herr-genosse-praesident/"><em>Kobra und der Herr Genosse Präsident</em></a><em>,</em> Ak Welsapar, 500 pages, Dağyeli Verlag, Juin 2023.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Michèle Häfliger</strong><br><strong>Rédactrice pour Novastan Deutsch</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit de <a href="https://novastan.org/de/gesellschaft-und-kultur/kampf-um-die-staatsmacht-gewinnt-kobra-oder-herr-genosse-praesident/">l’allemand</a> par Arnaud Behr</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Victor Gomariz</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Elise Medina</strong></p>
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		<title>Immersion dans la culture ouïghoure depuis l’exil</title>
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		<dc:creator><![CDATA[cduverdier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Jun 2023 07:06:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Région Ouïghoure]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/immersion-dans-la-culture-ouighoure-depuis-lexil/">Immersion dans la culture ouïghoure depuis l’exil</a></p>
<p>L’Institut ouïghour d’Europe plonge dans la culture ouïghoure à partir de sa littérature. L’ouvrage Littérature ouïghoure, poésie et prose propose, par une littérature diversifiée, de faire découvrir l’histoire millénaire du peuple ouïghour. Les éditions Jentayu traduisent pour la première fois en français une anthologie de littérature en langue ouïghoure. Ces traductions en français sont compilées [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/immersion-dans-la-culture-ouighoure-depuis-lexil/">Immersion dans la culture ouïghoure depuis l’exil</a></p>
<p><strong>L’Institut ouïghour d’Europe plonge dans la culture ouïghoure à partir de sa littérature. L’ouvrage <em>Littérature ouïghoure, poésie et prose</em> propose, par une littérature diversifiée, de faire découvrir l’histoire millénaire du peuple ouïghour.</strong></p>
<p>Les éditions <a href="https://editions-jentayu.fr/">Jentayu</a> traduisent pour la première fois en français une anthologie de littérature en langue ouïghoure. Ces traductions en français sont compilées dans le recueil <em>Littérature ouïghoure, poésie et prose</em>. Elles sont accompagnées de remises en contexte pour chaque genre littéraire abordé. Cela permet de faire découvrir l’historicité du genre dans la région et de donner des clefs de compréhension pour saisir les subtilités du texte et les messages qu’il porte. Le recueil a été dirigé par Vanessa Frangville et Mukaddas Mijit, chercheuses à l'Université libre de Bruxelles, et inclut . . .</p>

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		<item>
		<title>Myrjakyp Doulatov, écrivain et combattant de l’indépendance kazakhe</title>
		<link>https://novastan.org/fr/societe-et-culture/myrjakyp-doulatov-ecrivain-et-combattant-de-lindependance-kazakhe/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Maryne Boulanger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Jun 2023 08:35:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Akmet Baïtoursinoff]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Engagement]]></category>
		<category><![CDATA[Hommage]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Portrait]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/myrjakyp-doulatov-ecrivain-et-combattant-de-lindependance-kazakhe/">Myrjakyp Doulatov, écrivain et combattant de l’indépendance kazakhe</a></p>
<p>Myrjakyp Doulatov, poète et écrivain kazakh engagé, a lutté pour l&#8217;indépendance et la préservation de la culture kazakhe au début du XXème siècle. Malgré les épreuves et les périodes de détention, il est resté un fervent défenseur de son peuple jusqu&#8217;à sa mort. Son impact sur la littérature et le mouvement national kazakh est aujourd&#8217;hui [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/myrjakyp-doulatov-ecrivain-et-combattant-de-lindependance-kazakhe/">Myrjakyp Doulatov, écrivain et combattant de l’indépendance kazakhe</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Myrjakyp Doulatov, poète et écrivain kazakh engagé, a lutté pour l&rsquo;indépendance et la préservation de la culture kazakhe au début du XXème siècle. Malgré les épreuves et les périodes de détention, il est resté un fervent défenseur de son peuple jusqu&rsquo;à sa mort. Son impact sur la littérature et le mouvement national kazakh est aujourd&rsquo;hui reconnu.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le 137ème anniversaire de la naissance de Myrjakyp Doulatov, Masa Media rend hommage à ce poète reconnu, figure importante de l’histoire kazakhe. Le film documentaire <a href="https://www.youtube.com/watch?v=jMXy4JkljFw" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Myrjakyp Doulatov, mon père</a>, réalisé par Berik Barysbekov, sert de base au présent article.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Myrjakyp Doulatov voit le jour le 25 novembre 1885 dans l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oblys_de_Kostanaï">actuel oblast de Kostanaï</a>. Orphelin, c&rsquo;est son frère aîné Askar qui prend en main son éducation. À l&rsquo;âge de 8 ans, il est confié à un mollah du village pour recevoir une instruction. Myrjakyp Doulatov déclare plus tard qu&rsquo;il n&rsquo;a rien appris d&rsquo;autre que les prières pendant cette période de sa vie.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">À 12 ans, le futur poète intègre l&rsquo;école russo-kazakhe de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oblast_de_Tourgaï">Tourgaï</a>, où il fait la connaissance de son futur ami, le jeune professeur <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/qui-etait-akhmet-baitoursinoff-lhistoire-dun-enseignant-kazakh/">Akhmet Baïtoursinoff</a>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les débuts littéraires</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir terminé ses études, Myrjakyp Doulatov exerce en tant qu&rsquo;instituteur pendant quelques années dans les villages. C&rsquo;est à cette époque qu&rsquo;il commence à écrire des poèmes. En 1907, ses premières œuvres sont publiées dans le journal <em>Serké</em>. Deux ans plus tard, son recueil le plus célèbre, <em>Réveille-toi, Kazakh !</em>, voit le jour. En voici quelques vers :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Ouvre les yeux, réveille-toi,<br>Kazakh, relève la tête,<br>Ne perds plus ton temps dans l’obscurité.<br>La terre disparaît, la foi s’est essoufflée, le monde se perd.<br>Mon ami, tu ne peux plus rester là sans rien faire »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Engagement politique</strong> <strong>et premier roman</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1905, Myrjakyp Doulatov s&rsquo;implique dans la création de la succursale kazakhe du parti constitutionnel démocratique et s&rsquo;engage activement en politique. Aux côtés de ses amis proches, Akhmet Baïtoursinoff et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alikhan_Boukeïkhanov">Alikha Boukeïkhanov</a>, il signe la pétition de Karkaraline demandant des réformes telles que l&rsquo;éducation en langue kazakhe et la restitution des terres confisquées.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/qui-etait-akhmet-baitoursinoff-lhistoire-dun-enseignant-kazakh/">Qui était Akhmet Baïtoursinoff&nbsp;? L’histoire d’un enseignant kazakh</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1910, il publie <em>Malheureuse Jamal</em>, considéré comme le premier roman de la littérature kazakhe. Il raconte la vie de Jamal, une jeune femme rebelle qui finit par succomber à un destin tragique. Ce roman connait un grand succès populaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1913, Myrjakyp Doulatov, qui vient de surmonter deux ans de détention en raison de ses activités politiques, part à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Orenbourg">Orenbourg</a>. Il prend alors une part active à la création du journal <em>Qazaq</em> et en devient un contributeur régulier. Pour autant, il ne délaisse pas l’écriture. En 1914, le turcologue <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%93%D0%BE%D1%80%D0%B4%D0%BB%D0%B5%D0%B2%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9,_%D0%92%D0%BB%D0%B0%D0%B4%D0%B8%D0%BC%D0%B8%D1%80_%D0%90%D0%BB%D0%B5%D0%BA%D1%81%D0%B0%D0%BD%D0%B4%D1%80%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Vladimir Gordlevski</a> le qualifie, avec <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Aba%C3%AF_Kounanba%C3%AFouly">Abaï Kounanbaïouly</a>, de plus grand représentant de la littérature kazakhe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le poète accable le pouvoir impérial de critiques et exige des réformes. Dans l’un de ses articles, il déclare que les Kazakhs <em>« doivent viser l’autonomie : quand nous aurons notre armée et notre gouvernement, nous serons respectés »</em>. Le journal <em>Qazaq</em> subit une pression de plus en plus importante. Malgré les amendes et les menaces de fermeture, le journal résiste jusqu’en 1918. Ce sont les bolchéviques qui mettront définitivement fin à sa parution.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les doutes envers les bolchéviques</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout comme les autres membres de l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Autonomie_d%27Alash">Alach-Orda</a>, un parti kazakh qui s&rsquo;est opposé aux bolchéviques lors de la guerre civile avant de les rejoindre, Myrjakyp Doulatov accueille la Révolution de 1917 avec un certain scepticisme. Il exprime des doutes quant aux fondements théoriques de l&rsquo;enseignement bolchévique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« L’ère des bolchéviques a commencé. Le peuple est affligé : il a été volé en plein jour. Ses citoyens ont été tués, ses femmes violées, sa propriété réduite à néant. Il s’est trouvé des traîtres parmi les Kazakhs pour pactiser avec les bolchéviques. Par leurs calomnies, ils causent la perte des justes qui tombent sous les balles. Si le temps des bolchéviques dure trop longtemps, alors la beauté du pays sera perdue »</em>, écrit-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Durant la famine, le poète s&rsquo;investit activement dans l&rsquo;aide aux populations affamées. Grâce à ses efforts, environ 15 000 têtes de bétail sont rassemblées et distribuées.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/kazakhstan-la-famine-des-annees-1930-mise-en-lumiere/">Kazakhstan : la famine des années 1930 mise en lumière</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Myrjakyp Doulatov tente tant bien que mal de trouver sa place dans l’Etat soviétique. Il s’investit dans l’enseignement en aidant à l’édition de manuels scolaires. De 1922 à 1926, il enseigne à l<a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9A%D0%B0%D0%B7%D0%B0%D1%85%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9_%D0%B8%D0%BD%D1%81%D1%82%D0%B8%D1%82%D1%83%D1%82_%D0%BD%D0%B0%D1%80%D0%BE%D0%B4%D0%BD%D0%BE%D0%B3%D0%BE_%D0%BF%D1%80%D0%BE%D1%81%D0%B2%D0%B5%D1%89%D0%B5%D0%BD%D0%B8%D1%8F">&lsquo;Institut Kazakh d&rsquo;enseignement populaire</a>. Cependant, le nouveau pouvoir en place se méfie de lui et de ses camarades. En 1928, il est arrêté.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les années de répression</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Goulnara Doulatova, sa fille, se souvient : <em>« Nous dormions à la maison quand d’un coup quelqu’un frappe violemment à la porte : il s’en faut de peu que la porte casse. Ayant réveillé tout le monde, 6 personnes entrent. Ils présentent un mandat de perquisition à mon père, puis commencent à fouiller. Ils font un tas de tous les objets. Nous étions terrifiés &#8211; jamais je n’oublierai ce jour. Mon père, ayant ôté son alliance, la confie à ma mère. Il s’adresse à ses enfants : </em>&lsquo;Vous êtes encore en train de grandir. Je ne vous ai pas encore parlé de qui j’étais avant&rsquo;. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il passe quelques mois en isolement dans une cellule. Il est par la suite condamné au peloton d’exécution, mais sa peine est finalement commuée à 10 ans de prison.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-president-kazakh-commemore-les-victimes-des-repressions-et-de-la-famine-des-annees-1930/">Le président kazakh commémore les victimes des répressions et de la famine des années 1930</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La fille de Myrjakyp Doulatov décrit sa dernière rencontre avec son père : <em>« Ce jour-là, nous sommes allés à la gare. En bout de voie, il y avait un wagon rouge avec des barreaux aux fenêtres. Dehors, juste devant le wagon, se tenait un garde. Nous avons couru jusqu’au wagon. Mon père a entendu nos voix et a regardé par la fenêtre, et je me suis mise à pleurer de joie. Mon père m’a dit : </em>&lsquo;Ne pleure pas, ma chérie, ne pleure pas. Je reviens bientôt et nous allons nous revoir.&rsquo;<em> Il a demandé comment allaient maman, les parents et les proches, si tout allait bien à la maison. J’ai vu mon père pour la dernière fois le 24 juin 1929. »</em> Il a été par la suite transféré à la prison moscovite de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boutyrka">Boutyrka</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux ans plus tard, Myrjakyp Doulatov est transféré vers le tristement célèbre <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/SLON">camp spécial Solovetski</a>. Il continue à composer et à écrire, malgré des conditions de vie très difficiles.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les dernières années</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les surveillants du camp humilient fréquemment les prisonniers issus des peuples turciques, les qualifiant de <em>“tchourka”</em>, une appellation injurieuse envers les personnes originaires d’Asie centrale. A l’origine de ce mépris se trouve le manque de connaissance en russe des détenus venant des peuples turcophones. Souhaitant améliorer la situation, Myrjakyp Doulatov compile un dictionnaire harmonisé du turc vers le russe. Ce travail est très apprécié : les écrits passent de main en main parmi les prisonniers, il est copié et recopié des dizaines de fois.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire <strong><span style="text-decoration: underline;"><a href="https://2ff41361.sibforms.com/serve/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N">en cliquant ici.</a></span></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il rédige également un manuel de géométrie. Il s’inquiète beaucoup pour sa famille, c’est pourquoi il refuse la tentative d’évasion proposée par <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwitv8iy8rH-AhX1iv0HHdVSBacQFnoECAwQAQ&amp;url=https%3A%2F%2Fnovastan.org%2Ffr%2Fkazakhstan%2Flhistoire-de-moustafa-chokai-premier-dissident-kazakh%2F&amp;usg=AOvVaw1vZH9ICXgo-570qMDwYl5p">Moustafa Chokaï</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le poète continue à correspondre avec ses amis Alikha Boukeïkhanov et Akhmet Baïtoursinoff. Dans leurs lettres, ils avaient recours à des surnoms, <em>«&nbsp;le fils des steppes&nbsp;»</em>, pour le premier, ou <em>«&nbsp;Madiyar&nbsp;»</em> pour Myrjakyp Doulatov. Cette correspondance se poursuit jusqu’à sa mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il meurt le 5 octobre 1935.&nbsp;Ses restes ne sont transférés au Kazakhstan qu’en 1992. La fille de Myrjakyp Doulatov a tenté d’obtenir à plusieurs reprises sa réhabilitation de la part des autorités soviétiques, mais elle n&rsquo;obtient gain de cause qu’en 1988, soit peu avant l’effondrement de l’URSS.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Nikita Chamsoutdinov<br>Journaliste pour Masa Media</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://masa.media/ru/site/kto-takoy-myrzhakyp-dulatuly">russe</a> par Arnaud Behr</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Maryne Boulanger</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Emma Jerome</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>Au Kazakhstan, deux auteurs de bande dessinée puisent leur inspiration dans le folklore national</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Jun 2023 17:41:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Art]]></category>
		<category><![CDATA[Folklore]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-deux-auteurs-de-bande-dessinee-puisent-leur-inspiration-dans-le-folklore-national/">Au Kazakhstan, deux auteurs de bande dessinée puisent leur inspiration dans le folklore national</a></p>
<p>L’industrie de la bande dessinée au Kazakhstan n’en est qu&#8217;à ses premiers balbutiements. Néanmoins, grâce à plusieurs auteurs et illustrateurs, elle devient peu à peu un élément de la pop-culture locale, tout en donnant envie aux lecteurs de se replonger dans le folklore national. Des créateurs kazakhs partagent leur expérience. La bande dessinée kazakhe s&#8217;empare [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’industrie de la bande dessinée au Kazakhstan n’en est qu&rsquo;à ses premiers balbutiements. Néanmoins, grâce à plusieurs auteurs et illustrateurs, elle devient peu à peu un élément de la pop-culture locale, tout en donnant envie aux lecteurs de se replonger dans le folklore national. Des créateurs kazakhs partagent leur expérience.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La bande dessinée kazakhe s&#8217;empare des motifs nationaux. L’une de ces bandes dessinées s&rsquo;appelle <em>Mergen</em>. Ses créateurs, Bek-Ata Daniyal et <a href="https://www.instagram.com/magnificum9/">Magira Tleouberdina</a>, ont souhaité partager certains détails du processus de création et évoquent l’importance des bandes dessinées pour l’industrie créative du Kazakhstan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mergen</em> est basée sur la légende d&rsquo;un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bagatur">batyr</a> <em>(un guerrier héroïque, ndlr)</em>, Essek Mergen. Le début de l’œuvre raconte son retour de la guerre et l’enterrement de son ami. Fatigué des combats et des batailles, le héros souhaite reprendre une vie paisible, mais des êtres mystiques, contre lesquels il devra lutter, apparaissent dans son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Aoul">aoul</a> natal <em>(village kazakh, ndlr)</em>. Pour la création de cette bande dessinée, Bek-Ata Daniyal assure le rôle de scénariste, et Magira Tleouberdina celui d’illustratrice.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Les auteurs ont déjà prévu quatre parties à cette histoire. Dans les deux premières, le récit sera construit autour de conflits contre des menaces externes, notamment contre le méchant, Jeztyrnak. Par la suite, Bek-Ata Daniyal souhaite ouvrir l’intrigue des troisième et quatrième parties sur les conflits internes du héros. <em>“Si l&rsquo;on peut comparer la bande dessinée </em>Kaisar, Fils de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tengri">Tengri</a> <em>à </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Percy_Jackson">Percy Jackson</a><em> de </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Rick_Riordan"><em>Rick Riordan</em></a><em>, le sujet de </em>Mergen<em> est plus similaire à </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Mandalorian">The Mandalorian</a><em> : elle s’adresse à un public plus mature, le parcours du héros est plus complexe”</em>, précise l’auteur.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La genèse des personnages et le style de la bande dessinée</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Afin de décrire Essek Mergen de façon fidèle, les deux artistes ont rassemblé des informations à son sujet dans le livre des batyrs kazakhs et ont également échangé avec des professeurs de littérature kazakhe. <em>“Nous avons pris la liberté de réécrire un peu la biographie du batyr et d’y ajouter quelques éléments qui nous sont propres. Mais nous l’avons fait en respectant les mythes et légendes. C’est pour ça qu’il n’y a pas beaucoup d’ajouts dans les premières parties”</em>, révèle Bek-Ata Daniyal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan :</strong> <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-kazakhstan-se-met-a-la-bande-dessinee/"><strong>Le Kazakhstan se met à la bande dessinée</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">La différence entre les styles de dessin de Bek-Ata Daniyal et de Magira Tleouberdina est évidente. Les dessins de Magira Tleouberdina sont lumineux et colorés, tandis que les bandes dessinées de Bek-Ata Daniyal sont plus sombres. Ainsi, Bek-Ata Daniyal a décidé de collaborer avec l’illustratrice pour cette bande dessinée après avoir lu une de ses interviews dans le média kazakh <a href="https://the-steppe.com/intervyu/creative-steppe-kak-hudozhnica-iz-astany-sozdala-komiks-pro-kabanbay-batyra">The Steppe</a>. <em>« J&rsquo;ai aimé son approche fraîche du dessin, et elle a aussi un style très agréable, parfait pour une épopée héroïque »</em>, explique Bek-Ata Daniyal.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le processus d’illustration</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Magira Tleouberdina affirme avoir beaucoup appris depuis la parution de sa bande dessinée sur le batyr Qabanbaï. Par exemple, ses dessins sont devenus plus dynamiques. C’est pourquoi son style actuel convient parfaitement à la bande dessinée sur Essek Mergen&nbsp;: son histoire est sombre, mais le dessin de Magira Tleouberdina lui donne du charme et de la légèreté. D&rsquo;après l’illustratrice, elle était initialement très préoccupée par la différence entre son style et la vision de Bek-Ata Daniyal. Avant d’accepter le projet, Magira Tleouberdina a dessiné quelques&nbsp;essais de personnages.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>“Ma première bande dessinée était très maladroite et spontanée. Je n&rsquo;avais pas planifié l&rsquo;intrigue et il a pu m’arriver de faire une esquisse puis de la retravailler pendant la coloration. Cette fois-ci, Bek-Ata m’a envoyé le scénario, à partir duquel j’ai d’abord réalisé un story-board sommaire. Cela m’a pris environ une semaine, puis j’ai commencé à réfléchir soigneusement aux personnages eux-mêmes et à leur apparence, à élaborer les personnages secondaires et les antagonistes »</em>, raconte l&rsquo;artiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Tout cela a dû être fait rapidement, car Bek-Ata m&rsquo;a envoyé deux parties de la BD en même temps et j&rsquo;ai dû lui fournir des croquis. Après son accord, nous avons commencé à travailler sur les détails : poses, vêtements et armes. Essek Mergen est un archer et il était important pour moi de soigner ses armes »</em>, poursuit Magira Tleouberdina.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Des scènes de combat</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le plus difficile pour Magira Tleouberdina a été de dessiner les scènes de combat. Il lui a fallu 15 jours pour réaliser 32 pages de la bande dessinée. Actuellement, la dessinatrice travaille sur la couleur. Ensuite, <em>Mergen</em> sera envoyé à la rédaction pour une révision de la bande dessinée et pour la préparation du matériel d’impression.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan :</strong> <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/entretien-avec-lartiste-goulnour-moukajanova-sur-la-sauvegarde-de-la-culture-kazakhe-dans-lart-contemporain/"><strong>Entretien avec l’artiste Goulnour Moukajanova sur la sauvegarde de la culture kazakhe dans l’art contemporain</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour créer l&rsquo;antagoniste, Jeztyrnaq, l&rsquo;illustratrice s&rsquo;est inspirée des héroïnes de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kill_Bill_:_Volume_1"><em>Kill Bill</em></a> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Quentin_Tarantino">Quentin Tarantino</a>. Le scénario de Bek-Ata Daniyal décrivait seulement les actions de Jeztyrnaq: Magira Tleouberdina a donc peaufiné l&rsquo;héroïne et en a fait un personnage féminin fort.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La publication</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les auteurs prévoient de publier la bande dessinée à la fois en ligne et en version papier. <em>« Nous n&rsquo;avions montré que les esquisses de la bande dessinée à la maison d&rsquo;édition lorsqu&rsquo;elle a accepté de collaborer avec nous. L&rsquo;objectif principal de la maison d&rsquo;édition est de fournir aux lecteurs des informations sur l&rsquo;existence d&rsquo;une telle bande dessinée »</em>, se réjouit Bek-Ata Daniyal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Auparavant, Magira Tleouberdina s&rsquo;était vu proposer de publier sa bande dessinée sur le batyr Qabanbaï avec une maison d&rsquo;édition. Mais elle s&rsquo;est vite rendue compte que cela ne lui convenait pas. <em>« J’estime qu&rsquo;il est préférable de faire les choses par soi-même. Car si quelque chose se passe mal, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même. Les éditeurs ont leurs propres règles et restrictions. Et même la décision de publier ou non une bande dessinée est prise par la maison d&rsquo;édition. J&rsquo;ai choisi la voie d&rsquo;un rebelle qui fait tout lui-même, et cela me convient parfaitement »</em>, explique-t-elle.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le développement de l’industrie de la bande dessinée au Kazakhstan</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La bande dessinée est relativement rentable au Kazakhstan. Selon Bek-Ata Daniyal, les créateurs de <a href="https://tengrinews.kz/picture_art/pochemu-komiks-kazahman-bet-rekordyi-prodajam-chto-nem-412665/#:~:text=%D0%BD%D0%B0%D0%B6%D0%BC%D0%B8%D1%82%D0%B5%20Ctrl%20%2B%20Enter-,%D0%9D%D0%BE%D0%B2%D1%8B%D0%B9%20%D0%BA%D0%B0%D0%B7%D0%B0%D1%85%D1%81%D1%82%D0%B0%D0%BD%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9%20%D1%8E%D0%BC%D0%BE%D1%80%D0%B8%D1%81%D1%82%D0%B8%D1%87%D0%B5%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9%20%D1%8D%D0%BA%D1%88%D0%BD%2D%D0%BA%D0%BE%D0%BC%D0%B8%D0%BA%D1%81%20%D0%BE%20%D1%81%D1%83%D0%BF%D0%B5%D1%80%D0%B3%D0%B5%D1%80%D0%BE%D0%B5%20%D0%9A%D0%B0%D0%B7%D0%B0%D1%85MAN'%D0%B5%20%D0%B2%D1%8B%D1%88%D0%B5%D0%BB,%D0%BF%D1%80%D0%BE%D0%B4%D0%BE%D0%BB%D0%B6%D0%B0%D0%B5%D1%82%20%D0%BD%D0%B0%D0%B1%D0%B8%D1%80%D0%B0%D1%82%D1%8C%20%D0%BF%D0%BE%D0%BF%D1%83%D0%BB%D1%8F%D1%80%D0%BD%D0%BE%D1%81%D1%82%D1%8C%20%D1%81%D1%80%D0%B5%D0%B4%D0%B8%20%D0%BA%D0%B0%D0%B7%D0%B0%D1%85%D1%81%D1%82%D0%B0%D0%BD%D1%86%D0%B5%D0%B2.">QazaqMAN</a>, par exemple, ont mené une très bonne campagne de marketing, et la bande dessinée a été tirée à 15 000 exemplaires. Mais il est encore assez difficile de changer l’opinion des Kazakhs à l&rsquo;égard des bandes dessinées. Selon Bek-Ata Daniyal et Magira Tleouberdina, elles ne sont pas perçues comme un art à part entière. C&rsquo;est pourquoi les auteurs veulent montrer que la bande dessinée peut traiter de sujets sérieux. La catégorie d&rsquo;âge prévue pour <em>Mergen</em> est de 16 ans et plus.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Bek-Ata Daniyal estime que pour développer l’industrie de la bande dessinée au Kazakhstan, le soutien du gouvernement est nécessaire. En Corée du Sud, de l&rsquo;argent commence à être investi dans les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Webtoon">webtoons</a> <em>(bande dessinées publiées en ligne, ndlr)</em> et les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Manhwa">manwha</a> <em>(bande dessinées coréennes, ndlr)</em>. Des festivals de bandes dessinées sont créés et les bibliothèques commencent à en compter dans leurs collections. Ainsi, cet art y est devenu un patrimoine national.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« On pense que les batyrs kazakhs peuvent être plus intéressants que les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samoura%C3%AF">samouraïs</a> japonais. Et s’ils sont bien présentés, ils peuvent devenir populaires dans le monde entier. Il y a une demande pour les bandes dessinées au Kazakhstan, il ne reste plus qu’à mettre en marche cette culture. Nous pensons qu&rsquo;elle est déjà en marche. Il nous semble que les gens comprendront rapidement que ce sont des œuvres d’art au même titre que des tableaux. De plus, les bandes dessinées sont à l&rsquo;origine des dessins animés. Nous pouvons dire que nous ouvrons la voie à la création de dessins animés locaux »</em>, estiment les auteurs.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Aïana Seïtkhan<br>Journaliste pour The Steppe</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit <a href="https://the-steppe.com/lyudi/kak-v-kazahstane-sozdayut-komiksy-na-osnove-legend#">du russe</a> par Séphora Allag</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Myriam Boulanouar</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Eva Costes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>Qui était Akhmet Baïtoursinoff ? L’histoire d’un enseignant kazakh</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anthony Vial]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Apr 2023 10:39:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Langue kazakhe]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Répression]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/qui-etait-akhmet-baitoursinoff-lhistoire-dun-enseignant-kazakh/">Qui était Akhmet Baïtoursinoff ? L’histoire d’un enseignant kazakh</a></p>
<p>Akhmet Baïtoursinoff a laissé sa trace dans l’Histoire kazakhe. S’il est surtout connu en tant qu’enseignant et protecteur de la langue kazakhe, il a également marqué la vie politique du pays. La vie implique de jouer différents rôles&#160;: aux yeux de certains, quelques-uns resteront toujours des enfants, ou bien un partenaire amoureux, un ami fidèle, [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Akhmet Baïtoursinoff a laissé sa trace dans l’Histoire kazakhe. S’il est surtout connu en tant qu’enseignant et protecteur de la langue kazakhe, il a également marqué la vie politique du pays.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie implique de jouer différents rôles&nbsp;: aux yeux de certains, quelques-uns resteront toujours des enfants, ou bien un partenaire amoureux, un ami fidèle, un collègue, une simple connaissance. Mais certains trouvent le temps de jouer bien plus de rôles que d’autres. C’est le cas d’Akhmet Baïtoursinoff&nbsp;: il a été poète, linguiste, pédagogue, scientifique, politicien, révolutionnaire et journaliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les 150 ans de sa naissance, Masa Media explique qui il était et quel souvenir il a laissé. Cet article a été écrit en s’appuyant sur les documents de la Bibliothèque nationale de la République du Kazakhstan.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Enfance</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Akhmet_Baïtoursinoff">Akhmet Baïtoursinoff</a> est né le 5 septembre 1872 dans l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oblast_de_Tourgaï">oblast de Tourgaï</a> (actuellement <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oblys_de_Kostanaï">oblys de Kostanaï</a>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa réelle date de naissance est restée longtemps inconnue : s&rsquo;il était admis qu&rsquo;il était né le 29 septembre, un document écrit en russe et intitulé <em>Jizneopisanié</em> (biographie, récit d’une vie) a été <a href="https://forbes.kz/news/2014/09/05/newsid_67444">retrouvé</a> en 2012. Il avait été écrit par Akhmet Baïtoursinoff lui-même et il y indiquait que sa date de naissance était le 5 septembre.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Baïtoursyn, le père d’Akhmet, était un homme influent et faisant autorité, qui essayait de protéger les intérêts de ses compatriotes et était prêt pour cela à entrer en conflit. Un jour, le commandant de l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ouïezd">ouïezd</a>, le colonel Yakovlev, s’est rendu dans son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Aoul">aoul</a>. Après une dispute, Baïtoursyn et ses frères ont battu le fonctionnaire : cela leur a valu d’être envoyés au bagne en Sibérie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Ce coup, porté à l’âge de 13 ans, a laissé dans mon cœur une blessure profonde. Si je ne remplis pas mon devoir d’humain, si je deviens un être sans scrupules, n’aurai-je pas honte devant la mort ? »</em> écrit Akhmet Baïtoursinoff à sa mère, se souvenant plus tard du destin de son père. Cette lettre a été écrite depuis la prison de <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/semei-ville-historique-du-kazakhstan/">Semipalatinsk</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/entretien-avec-le-poete-ouzbek-khourchid-davron/"><strong>Entretien avec le poète ouzbek Khourchid Davron</strong></a><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir reçu une éducation de base auprès d’un mollah et à l’école locale, Akhmet Baïtoursinoff se rend à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Orenbourg">Orenbourg</a> avec des compagnons de fortune. Là-bas, malgré les difficultés financières et le manque, il termine l’école normale fondée par <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Ybyrai_Altynsarin">Ybyraï Altynsarine</a>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Éducateur et poète</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Akhmet Baïtoursinoff a travaillé presque 15 ans dans les écoles russo-kazakhes des ouïezds d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Aktioubé">Aktioubé</a>, Karakaline et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kostanaï">Kostanaï</a>. Il considérait que seuls la science et le progrès pouvaient aider les Kazakhs à s’extirper de la position misérable dans laquelle ils étaient plongés depuis l’arrivée des colons. Ainsi, il appelait son peuple à ne pas s’acharner à désigner les coupables de cette situation, mais à travailler dur pour la surmonter.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Ces derniers temps, les jours de travail du Kazakh sont assombris par les problèmes. Il en veut à la terre entière, se demande d’où et par quelle folie insidieuse l’alarme s’est mise à sonner. La modernité est l’enfant d’une époque passée et le parent de l’époque à venir. Pendant une ère de prospérité sociale, alors que les connaissances et les techniques se développaient, les Kazakhs restaient leur propre patron. Ni le khan ni le peuple ne s’intéressaient aux sciences et à l’art. Ils entraient en conflit les uns avec les autres sans se pencher sur d’autres activités plus fructueuses. Et tandis que les autres peuples allaient de l’avant, les Kazakhs revenaient en arrière&nbsp;»</em>, écrit-il dans l’article «&nbsp;<em>La rancune des Kazakhs</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Akhmet Baïtoursinoff travaillait à son œuvre. Il publia le recueil de poèmes <em>Massa</em> (Le moustique), dans lequel il appelait à étudier, s’intéresser aux sciences, et où il condamnait les comportements immoraux et conseillait de se tourner vers l’humanisme. C’est ce but que poursuivaient les fables d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Krylov">Ivan Krylov</a>, traduites et adaptées par Akhmet Baïtoursinoff et intégrées à son recueil <em>Quarante fables</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le mari</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La femme d’Akhmet Baïtoursinoff s’appelait Alexandra avant son mariage et venait de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Verkhneouralsk">Verkheouralsk</a>. Lorsqu’ils se sont rencontrés, la jeune femme était institutrice dans une école russo-kazakhe non loin de Kostanaï. A cette époque, unir deux personnes de différentes confessions était incroyablement compliqué, mais Alexandra a accepté de se convertir à l’islam.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle et Akhmet Baïtoursinoff se sont rendus à la mosquée de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Troïtsk_(oblast_de_Tcheliabinsk)">Troïtsk</a>, où l’imam qui les a mariés a inscrit la jeune fille sous le nom tatar de Badrisafa Moukhamedsadykkyzy.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/deces-de-viatcheslav-chapovalov-poete-populaire-de-la-republique-kirghize/"><strong>Décès de Viatcheslav Chapovalov, poète populaire de la République kirghize</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">La famille d’Akhmet Baïtoursinoff a rapidement accepté et aimé Badrisafa&nbsp;: non seulement elle connaissait la langue kazakhe, mais elle était également dotée d’un caractère doux et arrangeant. De plus, la femme d’Akhmet Baïtoursinoff prenait une part active dans ses activités. Lorsqu’il est devenu rédacteur en chef du journal <em>Qazaq</em>, Badrisafa et leur fille adoptive Katez se sont occupées des travaux de typographie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après l’exécution d&rsquo;Akhmet Baïtoursinoff en 1937, Badrisafa a été exilée à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Iekaterinbourg">Sverdlovsk</a>. En 1942/1943, elle est revenue auprès de la famille d’Akhmet Baïtoursinoff , tourmentée, souffrant d’épilepsie, habillée de l’ancien manteau de son mari. Pour ne pas leur causer de problèmes, elle s’est même installée chez une autre famille. Rapidement, les médecins l’ont envoyée à la maison pour invalides du village d’Aleksandrovka. Y est-elle arrivée ou non ? C’est une question débattue. Selon certaines informations, elle a vécu les dernières années de sa vie dans la localité de Kaskat, où elle avait trouvé refuge chez des habitants.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Journaliste et critique des autorités tsaristes</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Après la révolution de 1905, Akhmet Baïtoursinoff s’est impliqué activement dans la politique. Il était l’un des auteurs de la pétition de Karkaraline qui demandait l’arrêt des expropriations et du déplacement de paysans vers le Kazakhstan ainsi que la création de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Zemstvo">zemstvos</a> populaires. Akhmet Baïtoursinoff s’est retrouvé à plusieurs reprises en prison à cause de ses opinions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1913, Akhmet Baïtoursinoff fonde le journal <em>Qazaq</em> avec Alikhane Boukeïkhane et Mirjakyp Doulatouly. En 1918, il était tiré à plus de 1 000 exemplaires.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="440" height="298" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2023/04/imgtmc_1662354616.jpg" alt="Akhjmet Baïtoursinoff Prison" class="wp-image-58560" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2023/04/imgtmc_1662354616.jpg 440w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2023/04/imgtmc_1662354616-300x203.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 440px) 100vw, 440px" /><figcaption class="wp-element-caption">Akhmet Baïtoursinoff en prison.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’en 1914 le journal est condamné à une amende pour avoir critiqué les autorités, Akhmet Baïtoursinoff, incapable de payer, est envoyé en prison. En quelques jours, les lecteurs avaient réuni l’argent nécessaire et ainsi libéré le journaliste de prison. Plus tard, ils ont à plusieurs reprises aidé le journal à payer des amendes infligées par les autorités.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Scientifique et professeur</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Akhmet Baïtoursinoff était pour l’utilisation de l’alphabet arabe en kazakh. Il considérait que l’alphabet latin (à ce moment, nombreux étaient ceux qui l’utilisaient) ne contenait pas assez de signes pour tous les sons kazakhs. L’alphabet arabe, d’ailleurs, comportait également quelques lacunes, et c’est Akhmet Baïtoursinoff qui a su l’adapter à la langue kazakhe. Il a présenté son projet dans <em>Oqu qūraly</em>, édité en 1912. C’était l’un des premiers abécédaires écrits en langue kazakhe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’alphabet a été assez bien accueilli et rapidement utilisé pour l’enseignement dans les écoles kazakho-russes et dans les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Médersa">madrassas</a>. Le journal <em>Qazaq</em> utilisait également le système arabe réformé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’ensemble, Akhmet Baïtoursinoff était actif dans la sphère scientifique. Pendant les années 1914-1916, il a écrit la trilogie <em>Tıl – qūral</em>, le premier manuel scientifique d’étude de la langue kazakhe. Dans ses trois parties, intitulées <em>«&nbsp;Morphologie&nbsp;»</em>, <em>«&nbsp;Phonétique&nbsp;»</em> et <em>«&nbsp;Syntaxe&nbsp;»,</em> il définit différents concepts linguistiques et codifie la structure de la langue.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Politicien et partisan du bolchévisme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1917, Akhmet Baïtoursinoff crée le parti Alach avec d’autres représentants de l’intelligentsia kazakhe. A la fin de l’année, il est même élu à l’assemblée constituante qui devait établir démocratiquement la structure de l’Empire russe. Cependant, lors de la révolution d’Octobre, les bolchéviques ont dissous l’assemblée constituante et pris le pouvoir. La guerre civile a commencé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début, le parti <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Autonomie_d'Alash">Alach-Orda</a> se rangeait aux côtés des blancs, mais après l’usurpation du pouvoir par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Koltchak">Alexandre Koltchak</a>, l’organisation a repoussé cette idée. Les partisans d’Alach ont dû reconnaître le pouvoir soviétique en échange de l’amnistie. C’est Akhmet Baïtoursinoff qui a été envoyé à Moscou pour les négociations.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;M&rsquo;apercevant de l&rsquo;attention portée à la question nationale kirghize édictée dans la déclaration des droits des peuples de Russie, je peux sincèrement rassurer mes camarades et leur dire qu&rsquo;en préférant le pouvoir soviétique à celui de Koltchakov, nous ne nous sommes pas trompés&nbsp;»</em>, écrit-il à cette époque dans un de ses articles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/breve-histoire-de-la-langue-turkmene/"><strong>Brève histoire de la langue turkmène</strong></a><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, Akhmet Baïtoursinoff était déjà l&rsquo;auteur en 1920 d&rsquo;une lettre qui critiquait la politique des bolchéviques envers les peuples colonisés. <em>«&nbsp;Nos camarades communistes locaux, pensant que les Kirghiz n&rsquo;y comprennent rien et s&rsquo;engageant dans des politiques perfides, ne proposent pas au peuple travailleur kirghiz de l&rsquo;aider fraternellement pour construire sa vie selon les principes soviétiques, mais lui impose son règne de diverses manières&nbsp;»</em>, faisait-il remarquer.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;ennemi du peuple</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 1920-1921, Akhmet Baïtoursinoff occupait le poste de ministre de l’Éducation de la République socialiste soviétique autonome du Kazakhstan (KazASSR). Il a cependant bientôt démissionné, l&rsquo;expliquant ainsi :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;J&rsquo;ai été placé dans une situation telle que j&rsquo;ai dû choisir une de ces deux activités : constituer des manuels de langue kirghize ou me rendre à des réunions du parti. [&#8230;] J&rsquo;ai choisi la première option, me considérant plus capable et utile en travaillant pour la langue kirghize et sachant que, probablement, mon apport dans ce domaine serait incomparablement plus fructueux que mon travail dans les réunions du parti.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/portraits-detrangers-etudiant-le-kazakh/"><strong>Portaits d’étrangers étudiant le kazakh</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après sa démission, dans les années 1920, il s&rsquo;est tourné principalement vers des activités scientifiques et pédagogiques. En juin 1929, Akhmet Baïtoursinoff est arrêté à <a href="https://www.novastan.org/fr/kazakhstan/almaty-la-ville-aux-1000-couleurs-et-aux-1001-annees/">Almaty</a> avec d&rsquo;autres membres d&rsquo;Alach-Orda.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est accusé d&rsquo;activités contre-révolutionnaires et est envoyé à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boutyrka">prison de la Boutyrka</a>, à Moscou. En 1932, Akhmet Baïtoursinoff est condamné à l&rsquo;exil à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Arkhangelsk">Arkhangelsk</a>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;exécution</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette ville du nord, il adresse une demande à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Iekaterina_Pechkova">Iekaterina Pechkova</a>, la femme de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Maxime_Gorki">Maxime Gorki</a>, qui dirige l&rsquo;une des rares organisations de défense des droits de l&rsquo;Homme en URSS, liquidée en 1937. Dans sa lettre, Akhmet Baïtoursinoff adresse une plainte :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Je suis un professeur qui a travaillé 34 ans à l&rsquo;éducation du peuple kirghiz et kazakh, et pas comme ces pédagogues issus d&rsquo;autres nations et cultures qui avaient déjà tout ce dont ils avaient besoin pour éduquer, grâce à des travaux effectués au fil des siècles. [&#8230;] En tant que fils d&rsquo;une nation en retard, j&rsquo;ai travaillé avec dévotion et enthousiasme à éduquer le peuple kazakh, y consacrant toutes mes forces et mes talents, même ma santé. Et voilà que le destin a voulu, en récompense de tout ce que j&rsquo;ai fait pour le peuple kazakh, que je doive passer 20 mois en prison et 22 mois en camps pendant mes vieux jours (62 ans), et qu&rsquo;enfin j&rsquo;y sois alors que la vieillesse m&rsquo;attaque de tous côtés.&nbsp;»</em></p>


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<p class="wp-block-paragraph">Akhmet Baïtoursinoff fait remarquer qu&rsquo;à cause de sa condamnation, personne ne veut lui donner du travail : il vit difficilement. Le professeur est bientôt libéré. Il retourne à Almaty, où il vit avec sa femme jusqu&rsquo;en 1937.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En octobre 1937, Akhmet Baïtoursinoff est à nouveau arrêté. Lors de l&rsquo;interrogatoire, il s&rsquo;exprime également sur ses préférences politiques :&nbsp;<em>« Mon idéal est d&rsquo;élever le plus possible la prospérité et la culture du peuple kazakh. Puisque cette entreprise n&rsquo;en est qu&rsquo;à son stade premier, je me soumettrai au pouvoir qui exaucera mon vœu.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Akhmet Baïtoursinoff est bientôt fusillé. Il n&rsquo;est réhabilité qu&rsquo;en 1988.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Nikita Chamsoutdinov<br>Journaliste pour Masa Media</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du </strong><a href="https://masa.media/ru/site/kem-byl-akhmet-baytursynuly"><strong>russe</strong></a><strong> par Paulinon Vanackère</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Anthony Vial</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Mathilde Garnier</strong></p>



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		<title>Brève histoire de la langue turkmène</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Juliette Amiranoff]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Feb 2023 08:44:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Turkménistan]]></category>
		<category><![CDATA[Alphabet]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Langue]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/breve-histoire-de-la-langue-turkmene/">Brève histoire de la langue turkmène</a></p>
<p>Langue turcique ancienne, le turkmène admet de nombreux dialectes et a connu différents bouleversements au cours de son histoire. Influencée par le russe pendant la période soviétique, la langue a également emprunté aux langues voisines comme le kazakh, le turc et l&#8217;ouzbek. Cependant, depuis l&#8217;indépendance, l&#8217;Etat turkmène la remet en avant. Novastan reprend et traduit [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/breve-histoire-de-la-langue-turkmene/">Brève histoire de la langue turkmène</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Langue turcique ancienne, le turkmène admet de nombreux dialectes et a connu différents bouleversements au cours de son histoire. Influencée par le russe pendant la période soviétique, la langue a également emprunté aux langues voisines comme le kazakh, le turc et l&rsquo;ouzbek. Cependant, depuis l&rsquo;indépendance, l&rsquo;Etat turkmène la remet en avant.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 9 septembre 2022 par le média turkmène <a href="https://orient.tm/ru/post/39696/turkmenskij-yazyk-ot-etrap-do-dikucar">Orient</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La langue turkmène est, parmi les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_turciques">langues turciques</a>, l’une des plus anciennes. Elle a pris sa forme définitive au début du XXème siècle. Elle appartient au groupe des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_oghouzes">langues oghouzes</a> et possède des caractéristiques très spécifiques, qui la distinguent des autres langues turciques. Un témoignage de l’ancienneté de la langue turkmène : le mot « etrap », qui désigne une région, dérive probablement du nom des régions de l’ancien <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ach%C3%A9m%C3%A9nides">royaume achéménide</a>, les satrapies. </p>



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<p class="wp-block-paragraph">

Les possibilités d’enrichissement de son vocabulaire sont presque illimitées : beaucoup de mots qui ont des sonorités similaires dans différentes langues sont très différents en turkmène. Par exemple, si le mot « hélicoptère » se dit « helicopter » en turc et « vertoliot » en ouzbek – comme en russe – il se dit « dikuçar » en turkmène. C’est un phénomène linguistique qui n’est pas nouveau et qui est également caractéristique de certaines autres langues.
</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une langue répandue</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"> Pendant longtemps, le destin de la langue turkmène, comme de toute autre langue, a reposé sur ceux qui la parlaient, c’est-à-dire le peuple turkmène. Selon les données officielles, elle serait parlée par sept millions de personnes. Mais les locuteurs sont largement plus nombreux en réalité, du fait que l’ethnie turkmène soit présente dans les pays voisins, leur langue comporte de nombreux dialectes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/decryptage/au-kazakhstan-la-guerre-en-ukraine-donne-un-coup-de-pouce-a-la-langue-kazakhe/">La guerre en Ukraine donne un coup de pouce à la langue kazakhe</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les migrations des tribus turkmènes, les guerres et les prises de territoires qui en ont résulté ont propagé la langue dans différentes régions d’Asie. Cependant, après l’annexion du territoire historique du Turkménistan par l’Empire russe, la langue turkmène a subi plusieurs influences. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le turkmène tour à tour soutenu et combattu sous l’URSS</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"> D’une part, quand le pouvoir soviétique s’est constitué, la volonté d’autonomie des peuples de l&rsquo;ancien empire s’est exacerbée et les communistes ont d’abord soutenu cette tendance. Avec la formation de la République socialiste soviétique turkmène, la langue nationale a acquis le statut de langue officielle, et des manuels scolaires, des ouvrages et des journaux ont pour la première fois été publiés en turkmène. Mais, petit à petit, la politique des langues nationales a commencé à décliner. La langue russe, celle des prolétaires internationaux, est passée au premier plan, et si des textes en turkmène ont continué d’être publiés, le nombre de publications s’est réduit, et la langue, qui utilise l’alphabet latin, a subi la cyrillisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-la-place-de-la-langue-russe-dans-ladministration-vivement-debattue/">Ouzbékistan : la place de la langue russe dans l’administration vivement débattue</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à l’époque soviétique que des documents turkmènes ont été imprimés pour la première fois sur du papier offset. Les œuvres immortelles de <a href="https://www.larousse.fr/encyclopedie/litterature/Makhtoumkouli/175069">Makhtoumkouli</a>, Azadi, Mollanepes et Keminé ont été publiées sous forme de recueils et ont inspiré les lecteurs turkmènes, mais aussi les amateurs de littérature orientale qui en lisaient les traductions. Les bases de la nouvelle grammaire turkmène et de la prononciation littéraire se sont consolidées. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Des emprunts à la langue russe</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"> D’autre part, la langue turkmène s’est enrichie de nombreux emprunts rendus nécessaires pour la science, les œuvres ou simplement le bien-être. La plupart de ces mots ont été « turkménisés », mais des mots d’origine non russe tels que « démocratie », « autonomie », « technologie » et beaucoup d’autres, sont restés des emprunts russes. Pourquoi russes ? Parce qu’ils ont été introduits dans la langue turkmène non pas à partir du mot originel grec ou latin, mais depuis la langue russe. En disparaissant, l’Union soviétique a laissé derrière elle des peuples parlant à la fois le russe et leur langue nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/comment-cinq-jeunes-se-battent-pour-la-preservation-des-langues-du-pamir/">Comment cinq jeunes se battent pour la préservation des langues du Pamir</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec l’accession du Turkménistan à l’indépendance, le langage littéraire a commencé à renaître et à infiltrer toutes les sphères de la vie : télévision, radio, presse. Parler en turkmène est devenu non seulement plus simple, mais aussi plus pertinent. Le langage littéraire a rapidement atteint son apogée. C’est justement au cours de cette période qu’ont été imprimés de nombreux ouvrages pédagogiques, romans, traductions et manuels. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Différentes prononciations</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">
La langue turkmène comporte plus de 40 dialectes. Elle se caractérise aussi par le fait qu’elle permette d’identifier immédiatement de quelle région du pays vient son interlocuteur, en fonction de la manière dont il prononce tel ou tel mot.

</p>


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<p class="wp-block-paragraph">

Le dialecte tekin, qui est littéraire, ne contient pas les sonorités «&nbsp;s&nbsp;» ou «&nbsp;z&nbsp;» caractéristiques des habitants des régions de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lebap">Lebap</a> ou <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Province_de_Da%C5%9Foguz">Dachogouz</a>, qui empruntent aux langues d’autres peuples comme aux Turcs, aux Ouzbeks ou encore aux Kazakhs. La norme littéraire des «&nbsp;s&nbsp;» et des «&nbsp;z&nbsp;», en revanche, permet la prononciation dite interdentale, comme en anglais.
</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Arslan Mamedov</strong><br><strong>Journaliste pour Orient</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://orient.tm/ru/post/39696/turkmenskij-yazyk-ot-etrap-do-dikucar">russe</a> par Juliette Amiranoff</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Paulinon Vanackère</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Emma Jerome</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>Entretien avec le poète ouzbek Khourchid Davron</title>
		<link>https://novastan.org/fr/societe-et-culture/entretien-avec-le-poete-ouzbek-khourchid-davron/</link>
					<comments>https://novastan.org/fr/societe-et-culture/entretien-avec-le-poete-ouzbek-khourchid-davron/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anthony Vial]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Oct 2022 06:29:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[perestroïka]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Soufisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/entretien-avec-le-poete-ouzbek-khourchid-davron/">Entretien avec le poète ouzbek Khourchid Davron</a></p>
<p>Dans une interview, le poète ouzbek Khourchid Davron parle des anciens soufis, des classiques qu’il lit et relit, du monde de l’édition pendant la perestroïka et du lien secret entre l&#8217;Asie centrale et l&#8217;Amérique latine.Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 juin 2019 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/entretien-avec-le-poete-ouzbek-khourchid-davron/">Entretien avec le poète ouzbek Khourchid Davron</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans une interview, le poète ouzbek Khourchid Davron parle des anciens soufis, des classiques qu’il lit et relit, du monde de l’édition pendant la perestroïka et du lien secret entre l&rsquo;Asie centrale et l&rsquo;Amérique latine.</strong><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 juin 2019 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale </strong><a href="https://fergana.media/articles/107998/"><strong>Fergana News</strong></a><strong>.</strong>

Le sort des poètes ouzbeks des années 1980 est variable, bien qu’il commence pour tous plus ou moins de la même manière&nbsp;: enfance dans les provinces, études à la faculté de journalisme de l&rsquo;Université d&rsquo;Etat de Tachkent, service dans les rangs de l&rsquo;armée soviétique&#8230; Aujourd&rsquo;hui, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Khurshid_Davron">Khourchid Davron</a> est poète populaire d&rsquo;Ouzbékistan, historien, auteur de plus d’une vingtaine de livres publiés dans de nombreux pays, dramaturge, traducteur de poètes de Lettonie, du Japon, de Russie, et enfin, spécialiste de la nouvelle littérature ouzbèke.

Comment l&rsquo;amour de la lecture a conduit Khourchid Davron dans les profondeurs de l&rsquo;histoire, et comment la recherche de ses propres racines l&rsquo;a-t-elle conduit à la biographie d&rsquo;anciens penseurs soufis ?

</p>



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<p class="wp-block-paragraph">

La conversation du journaliste Sandjar Yanychev avec le poète aborde l&rsquo;attachement à la terre, les auteurs classiques et le lien secret entre l&rsquo;Asie centrale et l&rsquo;Amérique latine.

<strong>Fergana News&nbsp;: </strong><strong>Khourchid-aka, comment décririez-vous votre tempérament&nbsp;?</strong><strong>Khourchid Davron&nbsp;</strong>: Selon la théorie gréco-romaine des humeurs, je suis une personne optimiste, guidée par le sang. Pour être plus précis, je suis guidé par mon cœur. Selon les concepts orientaux, le mizoj, c&rsquo;est-à-dire le tempérament, le caractère de la personne, correspond à celui du lieu de sa naissance.

Dans mon cas, il est fortement continental. Dieu a généreusement pourvu mon <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Turkestan">Turkestan</a> natal en toute saison. C&rsquo;est pourquoi, en tant que fils de ce lieu, je suis parfois froid comme l’hiver et plein de tact, ou chaud comme l’été, pensif comme l’automne, aimant la solitude, et enfin changeant comme le printemps, quelquefois excessivement sensible et rêveur.

Quoi d’autre détermine mon tempérament ? Le sang millénaire turco-<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Na%C3%AFmans">naïman</a> qui coule dans mes veines. Ce sang est épris de liberté et ne tolère pas le dictat.

<strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-au-festival-des-cultures-du-monde-de-gannat/">L’Ouzbékistan au festival des Cultures du monde de Gannat</a></strong>

La question principale pour moi n&rsquo;est pas «&nbsp;<em>qui suis-je</em>&nbsp;», mais <em>«&nbsp;pourquoi est-ce que je vis</em> ». Tout est clair avec la première question, mais tous les jours je cherche une réponse à la seconde. Car, comme l&rsquo;écrivait l&rsquo;écrivain romain <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Apul%C3%A9e">Apulée</a> dans ses <em>Métamorphoses</em> : «&nbsp;<em>Il n&rsquo;est pas nécessaire de regarder où une personne est née, mais quelles sont ses mœurs ; non pas en quelle terre elle se trouve, mais selon quels principes elle a décidé de vivre sa vie.</em>&nbsp;»

<strong>Quelles sont vos qualités dont vous êtes fier et les défauts que vous aimeriez éliminer&nbsp;?</strong>

La première qualité qui me plaît, c&rsquo;est la gentillesse. Ça doit venir de mes parents. Plutôt de la part de mon père. Ce n&rsquo;est pas pour rien que mes amis poètes, même quand nous étions jeunes, m&rsquo;appelaient Dobrynya, le Gentil. C’est parce que j&rsquo;étais aimé des enfants, y compris des étrangers <em>(rires)</em>.

La deuxième qualité est l&rsquo;amour de la lecture&nbsp;: l’histoire du monde, la poésie japonaise, la prose latino-américaine&#8230; Quand mon cinquième livre, <em>Qaqnus</em><em>(Phénix, ndlr)</em>, a été publié, un critique a écrit un article intitulé <em>« Les ailes de papier du Phénix »</em>, dans lequel il m&rsquo;accusait d&rsquo;ignorer la vie moderne&nbsp;: presque tous mes poèmes étaient soi-disant liés au passé. Cependant, plus tard, il y a eu d&rsquo;autres avis plus positifs&#8230;

Il y a beaucoup de défauts dont je veux me débarrasser. Mais, comme le disent les Ouzbeks, «&nbsp;<em>se débarrasser de ses habitudes est une tâche ingrate</em>&nbsp;». Rappelez-vous la plaisanterie de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_Twain">Mark Twain</a> : «&nbsp;<em>Arrêter de fumer est très facile, personnellement j&rsquo;ai arrêté déjà cent fois&nbsp;!</em>&nbsp;» Et maintenant, à mon âge, je ne veux pas perdre mon temps avec ça.

<strong>Le même Mark Twain a écrit&nbsp;: «&nbsp;<em>Il arrive qu’un individu n&rsquo;ait pas de mauvaises habitudes, mais quelque chose de pire.</em>&nbsp;»</strong>

Comme le disent les sages anciens&nbsp;: «&nbsp;<em>Seul Allah est sans péché&nbsp;!</em>&nbsp;»

<strong>Il est intéressant de constater que de nombreux poètes et écrivains ouzbeks confessent leur amour pour les Latino-Américains. Apparemment, il existerait des liaisons souterraines entre l&rsquo;Asie centrale et l&rsquo;Amérique latine. La tradition et la mythologie sont différentes, mais la vision du monde est similaire, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;?</strong>

Vous avez raison. Il semble y avoir un océan sans fin entre nous, mais quand on commence à les lire, on trouve des motifs nationaux et une perception similaire de la vie et de la mort. Quand on découvre &#8211; nous ne le savions pas dans notre jeunesse &#8211; que certains mots issus de la civilisation maya trouvés en <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9soam%C3%A9rique">Mésoamérique</a><em> (une région historique et culturelle s&rsquo;étendant approximativement du centre du Mexique au Honduras et au Nicaragua, ndlr)</em> ont d&rsquo;anciennes racines turques, on commence à croire aux liens spirituels entre nos régions.

J&rsquo;aimerais vous raconter une histoire qui me semble pertinente par rapport à votre question.

J&rsquo;ai travaillé pour la maison d&rsquo;édition Yoch Gvardiya pendant de nombreuses années. J’ai débuté comme livreur et, en 1985, je suis devenu le chef du département. Lors de l&rsquo;élaboration du plan thématique de la maison d&rsquo;édition, la première chose que j&rsquo;ai faite a été d&rsquo;inclure mes œuvres préférées : des romans d&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_de_Saint-Exup%C3%A9ry">Antoine de Saint-Exupéry</a>,&nbsp;<em>Le Petit Prince</em> et <em>Vol de nuit</em>, ainsi que le roman de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mikha%C3%AFl_Boulgakov">Mikhaïl Boulgakov</a><em>Le Maître et Marguerite</em>.

J&rsquo;ai confié la traduction d&rsquo;Antoine de Saint-Exupéry à Khaïriddine Soultanov et Ahmad Azam. Le roman de Mikhaïl Boulgakov a été confié à un traducteur connu, Kadyr Mirmoukhamedov. Il n&rsquo;y a eu aucun problème avec le classique français, mais avec Mikhaïl Boulgakov&#8230;

<strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/portrait-damalia-aiboucheva-musique-design-et-feminisme/"><strong>Portrait de l’artiste ouzbèke Amalia Aïboucheva : musique, design et féminisme</strong></a>

Pendant ces années-là, tous les plans thématiques des maisons d&rsquo;édition de la République étaient approuvés à Moscou par le Comité de la presse d&rsquo;Etat de l&rsquo;URSS. En apprenant que le roman de Mikhaïl Boulgakov était inclus dans le plan de la maison d&rsquo;édition Yoch Gvardiya, les dirigeants du Comité national de la presse étaient inquiets.

Le premier vice-président du comité, Marat Chichiguine, s’est rendu à Tachkent. Le directeur de Yoch Gvardiya et moi avons été convoqués par les supérieurs. Marat Chichiguine a commencé à dire que le lecteur ouzbek ne comprendrait pas Mikhaïl Boulgakov, que le roman <em>Le Maître et Marguerite</em> était très difficile à comprendre car il est basé sur la mythologie chrétienne.

Après ces paroles, nos dirigeants — du premier vice-président du Comité d&rsquo;Etat pour la presse de l&rsquo;URSS, <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%A1%D0%B0%D1%84%D0%B0%D1%80%D0%BE%D0%B2,_%D0%A0%D1%83%D0%B1%D0%B5%D0%BD_%D0%90%D0%BA%D0%BE%D0%BF%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Ruben Safarov</a>, au directeur de notre maison d&rsquo;édition — ont commencé, comme des perroquets, à répéter les paroles d&rsquo;un fonctionnaire de Moscou et à me lancer des regards éloquents.

Cependant, nous étions en pleine perestroïka et nous, les représentants de la nouvelle génération, avions déjà appris à débattre avec la nomenclature du parti. J&rsquo;ai dit&nbsp;: «&nbsp;<em>Peut-être que le lecteur russe ne comprend pas </em>Le Maître et Marguerite<em>, mais la vie et la perception artistique du lecteur ouzbek sont basées sur la mythologie.</em>&nbsp;» J’ai dit que le roman avait déjà été traduit et que le célèbre écrivain <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9F%D1%83%D0%BB%D0%B0%D1%82%D0%BE%D0%B2,_%D0%A2%D0%B8%D0%BC%D1%83%D1%80_%D0%98%D1%81%D1%85%D0%B0%D0%BA%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Timour Poulatov</a> avait écrit une préface&#8230;

Tous mes arguments, bien sûr, leur ont échappé. Mais ils avaient déjà peur de l&rsquo;interdire ouvertement et c&rsquo;était important pour eux que je refuse moi-même de publier le roman. En conséquence, la traduction a été sauvée, par une nouvelle époque, une nouvelle façon de penser et une nouvelle personne qui n&rsquo;était pas d&rsquo;accord et défendait ses idéaux.

<strong>Qui étaient vos parents&nbsp;? </strong>

Mon père, Davron Khasanov, appartenait à une lignée turco-naïmane. Il a construit la toute première école de notre village et en est devenu le directeur, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas reçu de formation pédagogique — c’était courant au début des années 1930.

Mon père avait un tatouage sur la main : « UKP », pour « régiment de cavalerie ouzbek. » Il n&rsquo;aimait pas parler de sa vie militaire. Je sais seulement qu&rsquo;il a servi dans un régiment mené par le légendaire commandant ouzbek Mirkamil Mircharapov. A l&rsquo;époque soviétique, un monument a été érigé à sa gloire à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samarcande">Samarcande</a>, puis, pour un motif inconnu, il a été supprimé.&nbsp;<em>(L&rsquo;UKP, sous la direction de Mirkamil Mircharapov, a </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_basmatchi"><em>combattu les Basmatchi</em></a><em> dans les environs de Samarcande en 1931-1932, ndlr).</em>

Mon père est mort alors que je servais dans l&rsquo;armée, dans la lointaine <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_d%C3%A9mocratique_allemande">République démocratique allemande</a> (RDA). C&rsquo;est pourquoi, à ce jour, je suis profondément triste de ne pas avoir pu le voir lors de ses derniers jours.

<strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/deces-de-viatcheslav-chapovalov-poete-populaire-de-la-republique-kirghize/"><strong>Décès de Viatcheslav Chapovalov, poète populaire de la République kirghize </strong></a>

Ma mère s’appelle Fouzallo Vafokhodjaïeva. Son grand-père, Khikmat Makhdoum Djounaïdoullaïev, était le gouverneur du volost d’Arguine, dans l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ou%C3%AFezd">ouïezd</a> de Samarcande. C&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;il était au service du tsar russe. Cependant, selon un rapport de la garde locale, le gouverneur du volost a aidé secrètement le chef de la révolte populaire, Namaz Primkoulov.

Le fils de Khikmat Makhdoum, c&rsquo;est-à-dire mon grand-père, Vafokhodja Makhdoum, a étudié à Saint-Pétersbourg. Lorsque Samarcande était la capitale de la République socialiste soviétique d&rsquo;Ouzbékistan, mon grand-père était secrétaire de l&rsquo;association créative Kizil Kalam <em>(Plume rouge, ndlr)</em>, créée en 1926. L&rsquo;association était dirigée par Chakir Soulaïman et le groupe réunissait des écrivains tels qu’Atadjane Khachim, Batou, Ziyo Saïd, Sotti Hussain, Ankabaï, Altaï, puis des étudiants comme Khamid Alimjan, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Mirtemir">Mirtemir</a> et Aïdine.

Un jour, mon grand-père et un étudiant de l&rsquo;université de Samarcande, le futur célèbre poète Mirtemir, se sont vu confier une mission : enseigner le nouvel alphabet cyrillique au premier président du Comité électoral central d&rsquo;Ouzbékistan, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Yo%CA%BBldosh_Oxunboboyev">Youldach Akhounbabaïev</a>&nbsp;: il avait étudié dans une ancienne école et n’écrivait que l&rsquo;arabe.

Lorsque la répression a commencé, Vafokhodja Makhdoum a été arrêté en tant que membre du groupe Kizil Kalam. Il a été accusé d&rsquo;avoir organisé un mouvement de révolte national.&nbsp;<em>(Dans la théologie islamique, il existe également le terme arabe « kalam » qui désigne la parole de Dieu. Cela pourrait constituer une base supplémentaire pour la persécution du groupe Kizil Kalam, ndlr)&nbsp;</em>En prison, il est tombé gravement malade et il a été autorisé à rentrer chez lui pour mourir. Il a vécu en liberté pendant un mois&#8230;

Nous étions quatre frères et deux sœurs dans notre famille. Ma sœur aînée, Oïsara, qui a travaillé comme professeur de physique toute sa vie, est décédée il y a deux ans.

<strong>A quel âge avez-vous commencé à vous intéresser à votre généalogie ? Qu’est-ce qui vous y a poussé ?</strong>

Je connais mes ancêtres grâce aux histoires de ma mère. Elle avait une bonne mémoire. Enfant, je connaissais les noms de tous mes grands-pères jusqu&rsquo;à la septième génération, même si à cette époque je ne savais pas exactement ce que signifiaient les mots qu&rsquo;elle disait souvent&nbsp;: <em>«&nbsp;Nous sommes les descendants de Makhdoumi Agzam.</em>&nbsp;» A cette époque, ses histoires ressemblaient à des contes de fées.&nbsp;J&rsquo;ai appris que <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9C%D0%B0%D1%85%D0%B4%D1%83%D0%BC%D0%B8_%D0%90%D0%B7%D0%B0%D0%BC">Makhdoumi Agzam</a> était un grand cheikh soufi plus tard, pendant la perestroïka, quand il est devenu possible de parler et d&rsquo;écrire à propos de telles choses.

Au cours de ces années, j&rsquo;ai conçu un triptyque en prose sur le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soufisme">soufisme</a>. La première partie a été consacrée à l&rsquo;histoire du soufisme et des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tariqa">tariqas</a> d&rsquo;Asie centrale. J&rsquo;ai appelé l&rsquo;histoire <em>Le roi des martyrs, ou les rêves de Najmiddine Koubro</em><em>(Najm ad-Din Kubra, 1145-1221, est un mystique et théologien du Khorezm, cheikh soufi, poète, fondateur de la confrérie soufie Kubravia, ndlr).</em>

Cette histoire a déjà été publiée deux fois à Tachkent. La deuxième partie traite du sens de la philosophie du soufisme, mais elle est inachevée. Je l’ai appelée <em>Sept rencontres du cheikh Faridouddine </em><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%90%D1%82%D1%82%D0%B0%D1%80"><em>Attar</em></a>.

</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-1 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

La troisième partie devait être consacrée à la vie des grands soufis. Le titre provisoire est <em>Le dernier jour de </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Djal%C3%A2l_ad-D%C3%AEn_R%C3%BBm%C3%AE"><em>Djalâl-Ad Dîn Rûmî</em></a><em>(1207-1273, un poète persan soufi influent, ndlr).&nbsp;</em>L&rsquo;histoire n&rsquo;a jamais été écrite&#8230;

Je dois dire qu&rsquo;après la chute de l&rsquo;Union soviétique, une crise a éclaté dans la littérature. A un moment donné, j&rsquo;ai été renvoyé de la maison d&rsquo;édition&nbsp;: je ne voulais pas participer aux sombres affaires des hauts fonctionnaires.

Un jour de 1989, avant mon licenciement, un homme de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khodjent">Khodjent</a> est venu me voir. Cet homme s&rsquo;appelait Ilyoskhon. Il a mis un dossier épais sur ma table en disant : « <em>J&rsquo;ai écrit un livre sur Makhdoumi Agzam et maintenant je vous l&rsquo;apporte, je veux le publier&nbsp;</em>». Ayant entendu le nom de Makhdoumi Agzam, je me suis immédiatement souvenu de toutes les histoires de ma mère.

Mais j&rsquo;ai été encore plus surpris quand Ilyoskhon a déclaré : « <em>Je suis allé dans une école tadjike, mais j&rsquo;ai écrit ce tazkira </em>(anthologie, ndlr)<em> en ouzbek. Je rêvais que mon manuscrit soit lu par un scientifique ou un écrivain ouzbek. Et puis un jour, dans un rêve, un vieil homme m&rsquo;est apparu&nbsp;; il m&rsquo;a dit d&rsquo;aller à Tachkent et de te trouver.</em>&nbsp;»

<strong>Une histoire mystique ! Tout à fait dans l&rsquo;esprit des révélations soufies&#8230; Dites-moi, ce manuscrit a-t-il été publié ?</strong>

Quand j&rsquo;ai été licencié, j&rsquo;ai apporté le manuscrit d&rsquo;Ilyoskhon à une maison d&rsquo;édition privée. Mais le rédacteur en chef a décidé de devenir un co-auteur du livre. A la fin, Ilyoskhon a pris son travail et est parti. Il m’en voulait à moi aussi. Je ne sais rien du sort de son manuscrit&#8230;

Après avoir été licencié, je suis resté chez moi. Je n’avais rien pour vivre, ma famille n&rsquo;avait rien à manger. J&rsquo;ai décidé de vendre des livres de valeur de ma bibliothèque, au marché. Cependant, je ne savais pas comment faire. J&rsquo;ai fait confiance à un marchand qui m&rsquo;a promis de l’aide et a disparu avec tous mes livres rares. Plus tard, à Samarcande, j&rsquo;ai rencontré un autre descendant de Makhdoumi Agzam, le scientifique Komilkhon Kattaïev. Il était un vrai connaisseur non seulement de sa biographie, mais aussi de tous les livres de l&rsquo;imam Dakhbedi <em>(Makhdoumi Agzam, ndlr)</em>.

<strong>Ressentez-vous une responsabilité à cause de votre lien avec Makhdoumi Agzam ?</strong>

Oui, bien sûr. Bien que, dans l&rsquo;ensemble, je ne me considère pas comme un expert de l&rsquo;héritage spirituel du grand soufi. La chaîne d&rsquo;héritage a été coupée depuis longtemps. Les connaissances théoriques demeurent, les livres secrets ou cryptés restent, mais personne ne peut les lire. Et toutes les rencontres des adeptes modernes du soufisme sont des cercles quasi-littéraires ou pseudoscientifiques.

<strong>La traduction de Makhdoum est professeur, mentor. Le cheikh Makhdoumi Agzam était le professeur spirituel du poète et dirigeant Babur. Aviez-vous un professeur comme celui-ci ?</strong>

Un père spirituel qui enseigne sans présence physique, qui a vécu bien avant ceux qui s’inspirent de lui, est appelé « <em>ouvaïsiy oustoz</em>&nbsp;» dans notre pays. Pour moi, c’est le grand poète Aïbek qui a rempli ce rôle. Je pense parfois que s&rsquo;il était né dans un pays libre, dans une société libre et qu’il avait pu écrire ce qu&rsquo;il voulait, il serait devenu un poète de renommée mondiale.

Dans ses poèmes de jeunesse, je vois des motifs et des tendances qui se sont manifestés plus tard dans les œuvres de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Federico_Garc%C3%ADa_Lorca">Federico Garcia Lorca</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Rainer_Maria_Rilke">Rainer Maria Rilke</a>&#8230; Aïbek ne lisait ni ne connaissait <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_Apollinaire">Guillaume Apollinaire</a>, mais dans ses premiers poèmes, j&rsquo;ai trouvé de nombreux parallèles avec ce grand poète français.

Il y a 30 ans, j&rsquo;ai écrit un article à ce sujet, dans lequel j&rsquo;ai donné les deux exemples suivants. Voici une traduction de l&rsquo;une des strophes d&rsquo;Aïbek&nbsp;: «&nbsp;<em>Les souvenirs tissés par la lumière du soleil et le bruissement des feuilles ne disparaîtront pas pour toujours avec moi&#8230;</em>&nbsp;» Ouvrons maintenant le poème <em>Prélude</em> de Federico Garcia Lorca&nbsp;: «&nbsp;<em>Et les peupliers s&rsquo;en vont, mais leur trace sur le lac est claire. Et les peupliers s&rsquo;en vont, en nous laissant le vent.</em>&nbsp;»

<strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/qui-sont-les-six-ecrivains-les-plus-celebres-dasie-centrale/"><strong>Qui sont les six écrivains les plus célèbres d’Asie centrale ? </strong></a>

Et voici le poème&nbsp;<em>Automne tardif</em> d&rsquo;Aïbek&nbsp;: «&nbsp;<em>Le ciel est dans les nuages&#8230; le vent pleure à nouveau doucement, la tristesse dort silencieusement dans les champs vides. Derrière un âne chargé, un garçon seul marche le long de la route qui mène à l&rsquo;horizon.</em>&nbsp;»

Après avoir lu ces lignes, je me suis immédiatement souvenu du poème <em>Automne</em> d&rsquo;Apollinaire&nbsp;: «&nbsp;<em>Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux / Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne / Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux / Et s’en allant là-bas le paysan chantonne / Une chanson d’amour et d’infidélité / Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise / Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été / Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises </em>».

Aïbek a écrit très peu de grands poèmes. Et tout cela parce qu’il avait peur, par exemple peur d&rsquo;être accusé de pensée bourgeoise. Il a enclenché son instinct de conservation. Alors tous ses textes étaient «&nbsp;<em>socialement utiles</em>&nbsp;». Mais certains de ses poèmes — ils sont peu nombreux — sont vraiment des chefs-d&rsquo;œuvre de la poésie mondiale.

<strong>D’où vient votre amour pour l&rsquo;histoire ?</strong>

Pour faire bref, de l’amour pour Samarcande. Dans un poème, j&rsquo;ai écrit&nbsp;: «&nbsp;<em>La patrie est une personne qui respire et marche avec toi.</em>&nbsp;» Samarcande est toujours avec moi, où que je sois. Je peux sentir son souffle vif à chaque instant. Samarcande incarnait toute l&rsquo;histoire du Turkestan, l&rsquo;histoire de tous les peuples qui ont vécu dans l&rsquo;espace de son ancienne civilisation.

</p>



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<p class="wp-block-paragraph">

Trois domaines scientifiques principaux coexistent dans l&rsquo;islam&nbsp;: ilmi kalom, la science du coran, ilmi hadith, la science des paroles du prophète, et ilmi fiqh, la science des lois islamiques. Trois grands représentants de ces mouvements reposent à Samarcande. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Babur">Babur</a> écrit à ce sujet dans son merveilleux livre&nbsp;<em>Babur Nama</em>. D&rsquo;ailleurs, mon amour pour l’histoire vient aussi de <em>Babur Nama</em>. J&rsquo;ai écrit une histoire sur Babur, la pièce&nbsp;<em>Toska Baburchah</em>, et de nombreux articles et essais sur la vie et l&rsquo;œuvre de ce grand poète.

<strong>Quand avez-vous réalisé que vous étiez poète&nbsp;? </strong>

Cela a dû arriver quand j&rsquo;avais 14 ans. Même si à cet âge je n&rsquo;avais aucune idée de ce qu&rsquo;était la poésie. Mais il y a eu mon premier amour&#8230; Chaque jour, je me cachais de tout le monde et je récitais des rimes dans une pièce sombre. Je chuchotais des poèmes d&rsquo;autres poètes&nbsp;: Abdoulla Aripov, Erkin Vakhidov. Je vivais à travers la poésie.

Quand j&rsquo;étais jeune, je pensais qu&rsquo;un poète était quelqu’un à qui Allah offrait une partie de son don. Aujourd&rsquo;hui, la poésie est pour moi une combinaison de ce don et du travail infatigable de l’esprit. Vous vous souvenez sans doute des poèmes de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikola%C3%AF_Zabolotski">Nikolaï Zabolotsky</a>&nbsp;: «&nbsp;<em>Ne laissez pas votre âme être paresseuse&nbsp;!</em>&nbsp;» Le don de Dieu est une étincelle qui s&rsquo;éteint très rapidement si on ne travaille pas dur.

<strong>Comment définiriez-vous votre méthode poétique&nbsp;? </strong>

Pour moi, l&rsquo;essentiel dans les poèmes, c&rsquo;est le sentiment. La poésie naissante des années de la perestroïka en Ouzbékistan, comme dans toutes les autres républiques soviétiques, était soumise aux tendances. Pas de poèmes écrits, mais des manifestes politiques, des appels à la défense de la langue maternelle, contre le silence imposé sur certains épisodes de l&rsquo;histoire, contre les accusés de l&rsquo;affaire du coton.

C&rsquo;est alors que je me suis soudain rendu compte que l&rsquo;air politisé m&rsquo;étouffait. Et comme antidote, j’ai commencé à traduire de la poésie japonaise ancienne, dont le motif principal était les sentiments humains. J’ai sorti l&rsquo;anthologie&nbsp;<em>Feuilles de la mer</em>.

<strong>Est-ce une image tirée d&rsquo;un poème en particulier&nbsp;? </strong>

Cela vient de ma perception de la poésie et de la culture japonaise ancienne. Entouré par la mer, le Japon se transforme en une mer orageuse de couleurs flamboyantes en automne. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/K%C5%8Dy%C5%8D">Kōyō</a><em>(lorsque les feuilles deviennent rouges à l’automne, ndlr)</em> arrive, les Japonais vont admirer les feuilles rouges des érables. Nous avons également eu une fête similaire&nbsp;: elle s&rsquo;appelait <em>Khazon Saïri</em><em>(le festival des feuilles d&rsquo;automne, ndlr)</em>. Babur a écrit différentes choses sur cette fête dans ses notes.

<strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/"><strong>Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</strong></a>

Il y a beaucoup de tristesse dans mes derniers poèmes. Et je pense savoir pourquoi. Mon poète préféré, Nikolaï Zabolotsky, a écrit à ce sujet&nbsp;: «&nbsp;<em>La grande connaissance contient une grande tristesse, /C&rsquo;est ce que disait le créateur de l&rsquo;Ecclésiaste. /Je ne suis pas du tout un sage, mais alors pourquoi si souvent /Suis-je désolé pour le monde entier et pour les humains</em>&nbsp;?&nbsp;»

<strong>Khourchid-aka, qui aimez-vous relire à part Nikolaï Zabolotsky et Aïbek&nbsp;?</strong>

Dans ma jeunesse, j&rsquo;ai passé des jours entiers à la bibliothèque Alicher Navoï,&nbsp;où j’ai lu presque toute la poésie du monde. Ma bibliothèque personnelle est également assez riche. J&rsquo;aime relire les classiques, ils donnent beaucoup plus d&rsquo;énergie que les nouveaux auteurs médiatisés.

Par exemple, j&rsquo;apprécie les samouraïs littéraires comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ry%C5%ABnosuke_Akutagawa">Ryūnosuke Akutagawa</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Yasunari_Kawabata">Yasunari Kawabata,</a> mais je n&rsquo;aime pas le Japonais américanisé <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Haruki_Murakami">Haruki Murakami</a>. J&rsquo;ai relu <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Garc%C3%ADa_M%C3%A1rquez">Gabriel Garcia Marquez</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Stefan_Zweig">Stefan Zweig</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Mann">Thomas Mann</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jorge_Luis_Borges">Jorge Luis Borges</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thornton_Wilder">Thornton Wilder</a>.

Le jeune Ryūnosuke Akutagawa avait raison lorsqu&rsquo;il écrivait dans son journal que les poètes devraient lire plus de prose et les romanciers plus de poésie. Bien entendu, je lis également de la poésie issue des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_turciques">langues turciques</a>.

J&rsquo;apprécie particulièrement les langues azerbaïdjanaise, turque et ouzbèke. Je lis beaucoup de nos jeunes poètes, car je suis modérateur du site&nbsp;<a href="https://kh-davron.uz/">Khurshid Davron Kutubhonasi</a><em>(bibliothèque de Khourchid Davron, ndlr)</em>, où je publie principalement des poètes de la nouvelle génération.

<strong>Comment décririez-vous la situation actuelle dans la littérature ouzbèke&nbsp;: est-ce l&rsquo;apogée, la stagnation, une période d&rsquo;accumulation ? </strong>

Je constate un grand renouveau dans notre littérature aujourd&rsquo;hui. Il y a des poètes très doués, tels que Jantemir, Mirzokhid Mouzaffar, Rafik Saïdoullo. Il existe également de nombreuses poétesses talentueuses.

J&rsquo;ai remarqué depuis longtemps que les femmes poètes débutent toujours très bien. Mais très vite, elles sont englouties par la vie quotidienne, la famille et les difficultés. Il n&rsquo;en reste que quelques-unes dans la littérature. Cela a été le cas et cela continuera d&rsquo;être le cas. On peut dire que les difficultés quotidiennes sont le principal problème de la littérature ouzbèke <em>(rires)</em>.

Chaque jeune poète ou écrivain est impatient de se rendre à Tachkent. Mais comme toutes les autres capitales, Tachkent accueille ces rêveurs avec indifférence. L’échec professionnel tue les talents, littéralement.

Il semble que maintenant, depuis l&rsquo;apparition d&rsquo;Internet, il n&rsquo;est pas nécessaire d&rsquo;aller dans la capitale. Mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ambiance littéraire dans les viloyats <em>(régions, ndlr)</em>. Les bureaux de district de l&rsquo;Union des écrivains ne fonctionnent pas comme des organisations créatives, mais comme des éléments de l&rsquo;administration régionale.

Avec l&rsquo;apparition d&rsquo;Internet, l&rsquo;espace littéraire du réseau a été capturé par une foule de graphomanes. Mais le principal problème est peut-être qu&rsquo;au cours du dernier quart de siècle, la véritable critique littéraire a disparu. Ceux qui restent traitent des classiques vivants.

<strong>Khourchid-aka, imaginez que vous avez l&rsquo;occasion de poser une question à votre professeur spirituel, par exemple au poète Aïbek. Qu&rsquo;est-ce que vous lui demanderiez&nbsp;?</strong>

Je demanderais&nbsp;: «&nbsp;<em>Aimeriez-vous revivre votre vie sans rien changer&nbsp;?</em>&nbsp;»

<strong>Je crois savoir comment vous auriez répondu à cette question&#8230;</strong>

The rest is&nbsp;silence&nbsp;<em>(les derniers mots de Hamlet dans le drame éponyme de William Shakespeare, ndlr).</em><strong>Poèmes de différentes périodes</strong>

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Un buisson vert, une étendue de steppe.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Les pluies bruissent comme un chœur sourd.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Une étoile se consume à peine.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

De l’herbe lavée par la rosée.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Le jour s’en va, l&rsquo;espace s&rsquo;assombrit.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Il y a une image qui a englouti le monde.

<em>(Traduit par Ch. Abdoullaïev)</em></p>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumrzak</strong>

Oumrzak est occupé toute la journée.

Il rentre à la maison après le coton,

Accueilli par sa triste épouse.

Il n’y trouve pas

Une grande joie.

Il se lave les mains.

Un vent léger

Balance des rideaux sur les fenêtres.

Sa femme est occupée devant la cuisinière.

Elle l&rsquo;attendait pour dîner.

&#8211; Tu aurais pu manger toute seule&nbsp;!

Marmonne Oumrzak.

Alors, la femme,

Souriant en réponse à Oumrzak,

Fait sonner les casseroles.

Elle

Le sait parfaitement —

Jamais

Oumrzak ne s&rsquo;assoit seul à table.

Et juste en la regardant

Il pourra se reposer.

Tardivement

Ils se couchent et au-dessus d&rsquo;eux

Le coucher de soleil brûle

Comme une grenade mûre.

<em>(Traduit par V. Salimon)</em>

&nbsp;

C’est vrai, ses mains ne sont pas très tendres

Et sa robe n&rsquo;est pas riche en motifs.

Frappé par l’ennui, son mari la gronde

Lorsqu’elle apporte du raisin.

Hier, je l’ai croisée par hasard sur le chemin

Mais je n&rsquo;ai pas pu m’approcher d’elle.

Elle a regardé sous ses pieds avec horreur

Une fleur écrasée par une roue.

<em>(Traduit par S. Madaliyev)</em>

&nbsp;

La nature est mon extension,

L’ancien refuge de mes parents.

Je ressens l&rsquo;attraction des étoiles

Et le souffle des mondes lointains.

Entre l&rsquo;absinthe et la menthe

J’ai trouvé amour et liberté.

Tel une pensée ailée, je vois

Un aigle planant au-dessus de la steppe.

Je vais bientôt découvrir ce que signifient

Ces constellations de glace cosmique&#8230;

J&rsquo;ai vu le pommier pleurer

Et j&rsquo;ai entendu le peuplier chanter.

<em>(Traduit par V. Salimon)</em><strong>Imitation de Raouf Parfi</strong>

Se promener dans la ville dans les chutes de neige du soir,

De la lumière à l&rsquo;ombre, réchauffant ses doigts dans ses poches,

De l&rsquo;ombre à la lumière, et aux lèvres

Des flocons de neige fondus.

Le cœur arrêté, marcher et penser

A quelqu&rsquo;un de lointain,

A un proche.

A cette neige.

La laisser se déposer simplement,

La laisser craquer sous les pas

Sans s’arrêter

Et devenir bientôt

Un flocon de neige emporté dans les ténèbres.

Céder le chemin à quelqu&rsquo;un,

Saluer quelqu&rsquo;un — et tout de suite,

L’oublier. Il suffit que la neige tombe

Et tu es perdu sans t’en rendre compte.

<em>(Traduit par V. Mouratkhanov)</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Sandjar Yanychev</strong><strong>
</strong><strong>Journaliste pour Fergana News</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du </strong><a href="https://fergana.media/articles/107998/"><strong>russe</strong></a><strong> par Alla Forment</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Anthony Vial</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Charlotte Bonin</strong>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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		<item>
		<title>Hymnes de sang, un recueil de nouvelles tadjikes de l&#8217;époque de la perestroïka</title>
		<link>https://novastan.org/fr/tadjikistan/hymnes-de-sang-un-recueil-de-nouvelles-tadjikes-de-lepoque-de-la-perestroika/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Emma Collet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Sep 2022 10:24:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Ecrivain]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
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<p>En août 2022, l’historien et écrivain Stéphane Dudoignon publie Hymnes de sang, un recueil de nouvelles d&#8217;écrivains tadjiks de la perestroïka traduites en français. Il en profite pour raconter une période d’optimisme et de bouillonnement intellectuel dans la capitale, Douchanbé, avant le début de la guerre civile. C’est un recueil de nouvelles sur un Tadjikistan [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>En août 2022, l’historien et écrivain Stéphane Dudoignon publie <em>Hymnes de sang</em>, un recueil de nouvelles d&rsquo;écrivains tadjiks de la perestroïka traduites en français. Il en profite pour raconter une période d’optimisme et de bouillonnement intellectuel dans la capitale, Douchanbé, avant le début de la guerre civile. </strong>

C’est un recueil de nouvelles sur un Tadjikistan méconnaissable. <em>Hymnes de sang</em>, publié depuis cet été aux éditions Indes Savantes, présente des histoires courtes écrites par différents auteurs tadjiks remettant en question, chacun dans un style différent, les modes de domination de l’URSS sur les sociétés centrasiatiques. A travers leurs écrits, Djanibek Akabir, Muhammad-Zaman Saleh, Bahmanyar, Qadir Roustam ou encore Rahim Saïdar se posent la question : quel avenir imaginer pour un Tadjikistan indépendant ?

Les huit nouvelles présentes dans le recueil ont été choisies et traduites par <a href="http://cetobac.ehess.fr/index.php?154">Stéphane Dudoignon</a> il y a une vingtaine d’années, pendant que ce dernier fréquentait les auteurs tadjiks, devenus ses amis, à l’Union des écrivains tadjiks de Douchanbé. « <em>J’adorais débarquer là-bas, jouer au billard, boire de la vodka et parler de littérature, avec ces gens qui étaient là de manière quasiment permanente</em> », confie-t-il.

</p>



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<p class="wp-block-paragraph">

Stéphane Dudoignon a régulièrement voyagé en Asie centrale à la fin de l’époque soviétique, dans le cadre de ses recherches sur l’islam réformiste. Il a également travaillé comme importateur de cinéma pour des sociétés françaises, ce qui lui a permis de rencontrer l’<em>« intelligentsia créatrice »</em>, expression désignant les cercles intellectuels en URSS.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Règlements de compte </strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
C’est d’abord pour rendre hommage à ses amis que l’historien a choisi de publier ces nouvelles, mais aussi selon une «&nbsp;<em>unité thématique autour de la culture de la domination politique</em> », explique-t-il. A travers des registres allant du lyrique au symbolique et passant par le grotesque, les écrivains interrogent à leur manière l’héritage de la domination russe et soviétique. Ce qui les unit est en quelque sorte « <em>un règlement de compte avec cette domination, particulièrement sanglante dans les années 1920-1930 en Asie centrale</em>&nbsp;», dit Stéphane Dudoignon.

Par exemple, dans la nouvelle <em>Hymnes de sang</em>, qui a donné son nom au recueil, l’écrivain Muhammad-Zaman Saleh évoque la domination et l’arabisation forcée de Bagdad sur la province éloigné du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Khorassan">Khorassan</a>, dans l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Califat_abbasside">Empire abbasside</a> entre le VIIIème et le IXème siècle. C’est clairement une métaphore de la domination de Moscou sur les sociétés d’Asie centrale, d’après l’historien. La nouvelle <em>Gengis Khan</em> de Qadir Roustam raconte quant à elle la réflexion des habitants d’un village pour se débarrasser d’un tyran, et dénonce ainsi le poids des « petits chefs » soviétiques auxquels la république du Tadjikistan a été soumise durant le XXème siècle.

</p>


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<p class="wp-block-paragraph">

Le thème est abordé avec un optimisme surprenant, car les auteurs tentent d’imaginer les moyens de s&rsquo;émanciper, notamment par la culture. L&rsquo;identité persane centrasiatique que beaucoup d&rsquo;entre eux font ressusciter est perçue comme un moyen pouvant aider à reconstruire une nation tadjike moderne et indépendante.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Une liberté perdue </strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
La période de 1987 à 1992 «<em> a été un moment très privilégié au Tadjikistan, avec notamment des revues littéraires comme ‘La Voie de l’Orient’, à Douchanbé, où les écrivains publiaient régulièrement pour un lectorat important.</em> » En effet, alors que la censure diminue de plus en plus dans l’URSS finissante, les librairies et kiosques du Tadjikistan, exceptionnellement nombreux à l’époque, débordent de nouvelles idées, de nouveaux courants, et sont la scène d’expérimentations littéraires. « <em>Une chose qui semble difficile à imaginer aujourd’hui au Tadjikistan</em> », regrette Stéphane Dudoignon, le pays étant plongé dans la dictature du président <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Emomali_Rahmon">Emomali Rahmon</a> qui verrouille toute expression artistique dissidente.

<strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/qui-sont-les-six-ecrivains-les-plus-celebres-dasie-centrale/">Qui sont les six écrivains les plus célèbres d’Asie centrale ?</a></strong>

Beaucoup des auteurs présentés dans<em> Hymnes de sang</em> ont quitté le Tadjikistan ou Douchanbé pendant la guerre civile. Certains sont morts en exil, comme Rahim Saïdar, décédé à Moscou. Suite à leur départ, le bouillonnement culturel et intellectuel qui avait lieu dans la capitale s’est évaporé.
</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Emma Collet
</strong><strong>Rédactrice pour Novastan</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Emma Jerome</strong>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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		<title>Qui sont les six écrivains les plus célèbres d’Asie centrale ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Asia Plus]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 May 2022 05:33:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Turkménistan]]></category>
		<category><![CDATA[Asie centrale]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Tchinguiz Aïtmatov]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/qui-sont-les-six-ecrivains-les-plus-celebres-dasie-centrale/">Qui sont les six écrivains les plus célèbres d’Asie centrale ?</a></p>
<p>L’Asie centrale est connue pour ses traditions et sa culture, mais aussi pour ses écrivains et poètes. En parvenant à dépeindre l’état d’esprit de leur génération, leurs œuvres répondent à de nombreuses questions. Au-delà de leur talent, ces auteurs ont donné à leurs lecteurs de nouvelles perspectives de réflexion.Asia-Plus dresse ici une liste de six [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/qui-sont-les-six-ecrivains-les-plus-celebres-dasie-centrale/">Qui sont les six écrivains les plus célèbres d’Asie centrale ?</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Asie centrale est connue pour ses traditions et sa culture, mais aussi pour ses écrivains et poètes. En parvenant à dépeindre l’état d’esprit de leur génération, leurs œuvres répondent à de nombreuses questions. Au-delà de leur talent, ces auteurs ont donné à leurs lecteurs de nouvelles perspectives de réflexion.</strong><strong>Asia-Plus dresse ici une liste de six auteurs qui ont contribué à faire connaître l’Asie centrale sur la scène internationale.</strong><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le </strong><strong>27&nbsp;juin&nbsp;2020</strong><strong>par le média&nbsp;tadjik&nbsp;</strong><a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200627/top-5-izvestnih-pisatelei-tsentralnoi-azii?tg_rhash=59df260525b319">Asia-Plus</a><strong>.</strong></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Sadriddine Aïni (Tadjikistan)</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Né le 15&nbsp;avril&nbsp;1878 dans le village de Soktouri, situé dans le district actuel de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/G%CA%BBijduvon">Gijdouvon</a>, dans la région de Boukhara en Ouzbékistan, et décédé en 1954, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sadriddin_Aini">Sadriddine Aïni</a> est un écrivain, une personnalité publique et un scientifique tadjik. Il est auteur d’ouvrages sur l’histoire et la littérature de l’Asie centrale, fondateur de la littérature soviétique tadjike et héro national au Tadjikistan.

Sadriddine Aïni a étudié à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Madrasa_Koukeldash">madrasa Koukeldach</a> de Boukhara. Outre sa langue maternelle, le tadjik, il parlait couramment l’ouzbek, rédigeant même certaines de ses œuvres dans les deux langues.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-54171"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="741" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/садриддин.jpeg" alt="Tadjikistan Littérature Sadriddin Aini" class="wp-image-54171" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/садриддин.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/садриддин-300x217.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/садриддин-768x556.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Sadriddine Aïni.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Sa contribution à la littérature des deux pays est importante. Il a compilé une anthologie intitulée <em>Morceaux choisis de la littérature tadjike</em>, qui comprend certaines des meilleures œuvres de poésie, depuis <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Roudaki">Roudaki</a> jusqu’au début du XXème siècle.

</p>



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<p class="wp-block-paragraph">

Cette anthologie a permis à la nation tadjike de clamer son indépendance, son histoire et sa culture. Parmi les principales œuvres de Sadriddine Aïni : <em>Odina</em>, <em>Dokhounda</em>, <em>Les Esclaves</em>, <em>La Mort de l’usurier</em> ou encore <em>Réminiscences</em>.

<em>Réminiscences</em> est un recueil de nouvelles qui revient sur l’enfance et la jeunesse de l’auteur et donne un aperçu de la vie à Boukhara à l’aube du siècle passé. Cette œuvre en deux parties a permis à Sadriddine Aïni de recevoir le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_d%27%C3%89tat_de_l%27URSS#:~:text=Le%20prix%20Staline%20(en%20russe,%2C%20m%C3%A9dical%2C%20artistique%20ou%20musical.">prix Staline</a> en 1950.

<em>Odina</em> est considérée comme l’œuvre marquant le début de la nouvelle littérature tadjike. L’écrivain <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%98%D0%BA%D1%80%D0%B0%D0%BC%D0%B8,_%D0%94%D0%B6%D0%B0%D0%BB%D0%BE%D0%BB">Jalol Ikrami</a> a déclaré : <em>«&nbsp;Nous sommes tous des enfants d’</em>Odina<em>&nbsp;»</em>. <em>Dokhounda</em> marque l’évolution de l’auteur vers le réalisme social, tandis que <em>Les Esclaves</em> est le premier roman tadjik à dépeindre la vie en Asie centrale du début du XIXème&nbsp;siècle aux années&nbsp;1930.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Dokhounda</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Le héros du roman est Yodgor, un pauvre homme surnommé Dokhounda (« mendiant »). À la mort de son père, Bozor, il devient esclave auprès du bey Azimchah pour rembourser une dette. Apprenant qu’il est réduit en esclavage, Yodgor refuse sa condition, et c’est son chemin vers la révolte qui constitue le cœur de cet ouvrage.

Le roman décrit non seulement l’idéologie bolchévique, progressiste à l’époque, mais aussi la lutte du héro contre le bey et ses sbires, l’amour entre Yodgor et Goulnor, le tout sur fond de splendides paysages.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Tchinguiz Aïtmatov (Kirghizstan)</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tchinguiz_A%C3%AFtmatov">Tchinguiz Aïtmatov</a> est un écrivain kirghiz populaire, académicien, héro national au Kirghizstan et l’un des écrivains modernes les plus remarquables d’Asie centrale. Il est né en 1928 dans le village de Cheker, dans le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/District_de_Talas_(Kirghizistan)">district de Talas</a>&nbsp;au Kirghizstan, et est mort le 10&nbsp;juin&nbsp;2008. En 1948, après huit années passées à l’école vétérinaire de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oblys_de_Jamb%C4%B1l">Djamboul</a>, dont il sort avec mention, il entame des études à l’Institut agricole de Frounzé (aujourd’hui Bichkek), de laquelle il est diplômé en 1953.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/tchinghiz-aitmatov-par-ses-oeuvres/">Tchinghiz Aïtmatov par ses œuvres</a></strong>

En 1952, il fait ses débuts comme auteur avec l’histoire courte <em>Le journal de Boï Dzinio</em>. Par la suite, <em><a href="https://www.babelio.com/livres/Aitmatov-Djamilia/131435">Djamilia</a></em>, qui sera traduite en russe, apportera à Tchinguiz Aïtmatov une renommée internationale.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-54174"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/чингиз.jpeg" alt="Kirghizstan Littérature Tchinguiz Aïtmatov" class="wp-image-54174" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/чингиз.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/чингиз-300x169.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/чингиз-768x432.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Tchinguiz Aïtmatov.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Presque toutes ses œuvres sont imprégnées de mythologie épique, de légendes et de paraboles. Ainsi, les légendes de la mère-cerf dans <em><a href="https://www.babelio.com/livres/Aitmatov-Il-fut-un-blanc-navire/383814">Il fut un blanc navire</a></em> et de l’oiseau Donenbaï dans <em><a href="https://www.babelio.com/livres/Aitmatov-Une-journee-plus-longue-quun-siecle/361172">Une journée plus longue qu’un siècle</a></em> sont célèbres.

Tchinguiz Aïtmatov déclare s’être inspiré des légendes nationales, ce qui donne davantage de réalisme à ses œuvres. Il a admis un jour qu’il y avait trois choses qu’il n’avait jamais apprises au cours de sa vie&nbsp;: conduire une voiture, travailler sur un ordinateur et parler une langue étrangère – il avait toujours un interprète à ses côtés.

Son fils, Sanjar, se rappelle que son père écrivait toutes ses œuvres à la main, presque sans brouillon.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/djamilia-la-plus-belle-histoire-damour-du-monde-portee-a-lecran/">Djamilia – la « plus belle histoire d’amour du monde », portée à l’écran</a></strong>

Plusieurs longs-métrages ont été réalisés à partir des œuvres de Tchinguiz Aïtmatov. Celui-ci a même participé plusieurs fois au scénario, notamment pour <em>Nouvelles des montagnes et des steppes</em>, <em><a href="https://www.babelio.com/livres/Aitmatov-Le-premier-maitre/971605">Le premier Maître</a></em>, <em>Djamilia</em> ou encore <em>Il fut un blanc navire</em>.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Une journée plus longue qu’un siècle</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Aussi parfois traduit sous le nom <em>Le jour dure plus que cent ans</em>, le roman s’est inspiré de la gare ferroviaire de Toretam, située près du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cosmodrome_de_Ba%C3%AFkonour">cosmodrome de Baïkonour</a>.

L’histoire débute par la description d’un renard qui suit la voie ferrée. Une vieille femme accourt alors pour annoncer la mort de Kazangapa, un homme connu du village et un ami du héro, Bouran Yedigueï. Des funérailles sont organisées, mais en se rendant au cimetière, la famille et les habitants apprennent qu’un cosmodrome a été construit à cet endroit.

L’un des points forts du roman est l’histoire des esclaves, les <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Mankurt">Mancuriens</a>. La légende raconte que les Juan-Juan, ayant asservi les Sarozeks par le passé, traitaient les guerriers captifs avec une extrême cruauté et effaçaient la mémoire des esclaves en leur infligeant de terribles tortures.

Pour l’auteur, cette violence est <em>«</em><em>la plus grave de toutes les atrocités imaginables</em><em>»</em>.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Sotim Oulougzoda (Tadjikistan)</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Né le 11&nbsp;septembre&nbsp;1911 dans le village de Varzyk, aujourd’hui situé dans la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Province_de_Namangan">province de Namangan</a>, en Ouzbékistan, et mort le 25&nbsp;juin&nbsp;1997, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Satim_Ulugzade">Sotim Oulougzoda</a> est l’un des écrivains les plus brillants du Tadjikistan et d’Asie centrale. Diplômé en 1929 de l’Institut tadjik d’Éducation de Tachkent, il a participé à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Guerre_patriotique">Grande guerre patriotique</a> et a dirigé, de 1944 à 1946, l’Union des écrivains de la République socialiste soviétique (RSS) du Tadjikistan.

Ses premières œuvres ont été publiées en 1930. À la fin des années 1930, il se tourne essentiellement vers la dramaturgie. Il publie ainsi en 1939 une pièce sur les cultivateurs de coton, <em>Chodmon,</em> puis, en 1940, un drame héroïque sur la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_basmatchi">lutte contre les basmatchis</a> dans <em>La Garde rouge</em>.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-54173"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/сатим.jpeg" alt="Tadjikistan Littérature Sotim Oulougzoda" class="wp-image-54173" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/сатим.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/сатим-300x169.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/сатим-768x432.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Sotim Oulougzoda.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

La Grande Guerre patriotique est au cœur de sa pièce <em>Dans le feu</em>. Il publie ensuite <em>Les Amis chers</em>, <em>Les Chercheurs</em> et <em>L’Aube de notre vie</em>. En 1967 paraît un roman historique, <em>Vose</em>, qui narre la rébellion de paysans tadjiks contre les fonctionnaires de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boukhara">Boukhara</a>.

En 1980, l’auteur sort un autre roman historique, <em>Firdavsi</em>.

Sotim Oulougzoda est également connu pour avoir écrit le scénario de <em>Ibn Sino</em> (Tajik Film Studio, 1956) et du drame <em>Roudaki</em>, qui inspirera en 1959 le film <em>Le Destin du poète</em>, honoré du premier prix et de l’Aigle d’or au deuxième festival du film d’Asie et d’Afrique du Caire en 1960.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Vose</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
En 1885, la récolte est abondante pour les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dehkan_(ferme)">dehkans</a> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kulob">Koulob</a> et de Baldjouvon. Mais les autorités locales exigent le paiement immédiat de toutes les taxes pour l’année en cours ainsi que des arriérés des années précédentes, pour lesquelles les récoltes étaient bien plus mauvaises. La totalité de la récolte à venir est exigée pour payer les impôts. Les agriculteurs mécontents des régions concernées s’unissent alors sous la direction d’un habitant, Vose, pour s’opposer aux fonctionnaires de Boukhara.

Le roman n’a pas qu’une valeur historique. C’est aussi un livre puissant par la richesse du vocabulaire de la langue tadjike moderne, parsemé de descriptions magnifiques de paysages tadjiks. Sotim Oulougzoda a réussi à dépeindre de manière magistrale la nature locale, toile de fond sur laquelle prennent place les événements historiques du roman.

La scène où les bourreaux de l’émir emmènent Vose pour l’exécuter est vibrante : deux femmes, pieds nus et sales, tentent de l’approcher malgré la résistance des gardes. Vose les reconnaît comme sa fille Goulizor et sa sœur Fatima et leur dit : <em>« Ma fille, ma sœur, adieu ! Dites à ma mère et à mes frères que je ne me suis pas brisé la tête contre l’oppresseur, j’ai combattu et je suis tombé en héro ! »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Moukhtar Aouézov (Kazakhstan)</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
L’écrivain, dramaturge et érudit kazakh soviétique <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Moukhtar_Aou%C3%A9zov">Moukhtar Aouézov</a> est né le 28&nbsp;septembre&nbsp;1897 dans la région de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Seme%C3%AF">Semeï</a>, au Kazakhstan, et est mort en 1961. Lauréat des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_L%C3%A9nine#:~:text=Le%20prix%20L%C3%A9nine%20a%20%C3%A9t%C3%A9,d%C3%A9cern%C3%A9%20que%20jusqu'en%201934.">prix Lénine</a> et Staline, il fut académicien au sein de l’Académie des Sciences de la RSS du Kazakhstan et président de l’Union des écrivains du Kazakhstan.

Son roman en deux volumes, <em>Abaï</em> et <em>Le Chemin d’Abaï</em>, fait partie de la Bibliothèque littéraire mondiale.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-54168"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="536" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/Мухтар.jpeg" alt="Kazakhstan Littérature Moukhtar Aouézov" class="wp-image-54168" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/Мухтар.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/Мухтар-300x157.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/Мухтар-768x402.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Moukhtar Aouézov.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Moukhtar Aouézov a suivi un séminaire pédagogique dans une école russe, puis les cours de la faculté de philologie de l’Université d’État de Léningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), avant d’obtenir un doctorat à l’Université de Tachkent.

Avec plus de 20&nbsp;pièces à son actif, dont <em>Aïman-Cholpan</em>, <em>Abaï</em>, <em>Karakoz</em>, <em>Karakypchak</em><em>Kobylandy</em>, <em>Zarnitsa</em>, <em>À la frontière</em> ou <em>L’Heure de l’épreuve</em>, le dramaturge occupe une place d’honneur dans la littérature kazakhe.

Le chef-d’œuvre de Moukhtar Aouézov, qui constitue l’une des merveilles de la littérature soviétique, est le roman <em>Le Chemin d’Abaï</em>, qui retrace la vie du grand poète <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Aba%C3%AF_Kounanba%C3%AFouly">Abaï Kounanbaïouly</a>.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Le Chemin d’Abaï</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Cette épopée en deux volumes s’intéresse à la vie du poète kazakh Abaï Kounanbaïouly. Le roman brosse un tableau complexe de la vie de la société kazakhe dans la seconde moitié du XIXème&nbsp;siècle, alors que le mode de vie nomade des Kazakhs, héritier de plusieurs siècles de traditions, tombe en désuétude.

Une auteure étrangère contemporaine qualifiera ainsi ce roman&nbsp;: <em>« Je n’avais jamais entendu parler des Kazakhs. Maintenant, je les connais intimement, car j’ai lu la traduction en anglais du merveilleux livre de Moukhtar Aouézov. J’ai fait la connaissance d’un homme incroyable, poète de la nation kazakhe, Abaï, de sa sage grand-mère, Zere, de sa mère, Ouljan, de ses filles adorées, Togjan et Aïgerim, ainsi que de ses amis, des gens empreints de gentillesse et de courage. Je suis tombée amoureuse de ces personnages, je les ai aimés comme si je les avais côtoyés de longues années, comme si j’avais partagé leurs peines et leurs joies. Je me sens à présent parmi elles, à respirer l’air des steppes. Quelle exceptionnelle nation que celle des Kazakhs ! Et quel vibrant hommage leur rend cette œuvre !</em><em>»</em></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Saïd Ahmad Khoussankhodjaïev (Ouzbékistan)</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%A5%D1%83%D1%81%D0%B0%D0%BD%D1%85%D0%BE%D0%B4%D0%B6%D0%B0%D0%B5%D0%B2,_%D0%A1%D0%B0%D0%B8%D0%B4_%D0%90%D1%85%D0%BC%D0%B0%D0%B4">Saïd Ahmad Khoussankhodjaïev</a> est un écrivain et dramaturge populaire ouzbek, héro de la nation ouzbèke et chevalier de l’ordre du mérite et de l’amitié. Né le 10 juin 1920 à Tachkent et décédé le 5 décembre 2007, il a publié ses œuvres sous le pseudonyme de Saïd Ahmad.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/la-litterature-ouzbeke-isolee-du-monde/">La littérature ouzbèke isolée du monde</a></strong>

Au milieu des années&nbsp;1930, Saïd Ahmad, alors journaliste, participe activement aux processus de collectivisation et de lutte contre l’analphabétisme dans les milieux ruraux. Il publie ses premiers essais et nouvelles d’investigation à la fin des années&nbsp;1930 dans le journal <em>Kizil Ouzbekiston</em> et les magazines <em>Mouchtoum</em> et C<em>harq Youldouzi</em>.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-54172"><img loading="lazy" decoding="async" width="727" height="428" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/Саид-Ахмад.jpeg" alt="Ouzbékistan Littérature Saïd Ahmad Houssanhodjaïev" class="wp-image-54172" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/Саид-Ахмад.jpeg 727w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/Саид-Ахмад-300x177.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 727px) 100vw, 727px" /><figcaption class="wp-element-caption">Saïd Ahmad Khoussankhodjaïev.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Son premier recueil de nouvelles, <em>Le Don</em>, a été publié en 1940 et accueilli plutôt tièdement par la critique. Les recueils suivants, <em>Cœur courageux</em>, <em>Nouvelles de Ferghana</em> et <em>Moukhabbat</em>, ont démontré tout son talent. Ses histoires lyriques et satiriques ont joué un rôle important dans le développement de la littérature ouzbèke.

Au début des années&nbsp;1960, Saïd Ahmad entame sa trilogie <em>L’Horizon</em>, devenue une œuvre majeure de la littérature ouzbèke. Il y travaille pendant plus de dix ans. Le premier opus, <em>Jours de séparation</em>, est publié en 1964, le deuxième, <em>Au seuil de l’horizon</em>, en 1969 et le dernier, <em>Quarante-cinq jours</em>, en 1974. Son roman <em>Silence</em> paraît, lui, en 1988.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/entretien-avec-lecrivain-hamid-ismailov-interdit-en-ouzbekistan/">Entretien avec l’écrivain Hamid Ismaïlov, interdit en Ouzbékistan</a></strong>

Saïd Ahmad est surtout célèbre pour ses pièces de théâtre, parmi lesquelles sa comédie <em>La Révolte de la mariée</em>. Cette œuvre, jouée dans 14 pays et qui a inspiré deux longs-métrages produits par Uzbekfilm et Lao Film Studios, a fait de Saïd Ahmad l’un des classiques de la littérature ouzbèke.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>La Révolte de la mariée</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La Révolte de la mariée</em> est une comédie qui suit l’histoire de Farmon Bibi, mère de sept fils et de 41 petits-enfants. Elle est à la fois une mère attentionnée, une grand-mère aimante et une belle-mère oppressante.

La plus jeune de ses belles-filles, Nigora, cerveau organisant une « rébellion des épouses », réussit à trouver la clé pour approcher sa belle-mère et transformer le regard de Farmon Bibi sur sa propre situation domestique.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Rahim Essenov (Turkménistan)</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Cet auteur turkmène, membre de l’Union des écrivains russes et vétéran de la Grande guerre patriotique, est né à Achgabat, au Turkménistan, le 1er février 1927. Il a obtenu son diplôme avec mention à la faculté de philologie russe de l’Université d’État du Turkménistan.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-54170"><img loading="lazy" decoding="async" width="550" height="496" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/рахим.jpeg" alt="Turkménistan Littérature Rahim Essenov" class="wp-image-54170" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/рахим.jpeg 550w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/04/рахим-300x271.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px" /><figcaption class="wp-element-caption">Rahim Essenov.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Il fut rédacteur en chef du comité de la radio de la RSS du Turkménistan, dont il fut plus tard le ministre de la Culture. Membre de l’Union des écrivains russes, il a dirigé l’Union des écrivains du Turkménistan. La majeure partie de l’œuvre de Rahim Essenov est rédigée en russe, et certaines ont été traduites en d’autres langues.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/ak-welsapar-ecrivain-turkmene-en-exil/">Ak Welsapar, écrivain turkmène en exil</a></strong>

Rahim Essenov est l’auteur de la célèbre trilogie historique <em>Le Vagabond couronné</em>, qu’il définit comme l’œuvre de sa vie. Après 27&nbsp;ans de travail, le roman est achevé en 1997.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Le Vagabond couronné</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
L’œuvre narre l’histoire d’un personnage historique réel, le héro national du Turkménistan <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bairam_Khan">Baïram Khan</a>. L’ancien président turkmène <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Saparmyrat_Ny%C3%BDazow">Saparmourat Niyazov</a> l’a personnellement censuré, car le livre présentait Baïram Khan comme un musulman chiite, ce qui, selon Saparmourat Niyazov, était en contradiction avec l’origine sunnite du héros. Le président exigea alors que Rahim Essenov modifie son récit, ce que ce dernier refusa de faire.

</p>


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<p class="wp-block-paragraph">

Parmi les 1 000 exemplaires du livre tirés en 2004, pas moins de 800 ont été confisqués et détruits.

L’auteur, âgé de 77 ans, a été arrêté et accusé de contrebande. Sous la pression d’associations et de l’ambassade des États-Unis, Rahim Essenov a été libéré, mais assigné à résidence et inscrit sur la liste des personnes interdites de sortie.

Quelques années plus tard, Rahim Essenov a été récompensé du prix annuel du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/PEN_International">PEN International</a>, qu&rsquo;il a été invité à venir chercher aux États-Unis. Lorsque les autorités locales ont tenté de lui interdire le départ, l’auteur a déclaré : <em>«</em><em>C’est grâce à vous si je suis devenu célèbre et si je reçois ce prix. Si vous m’empêchez de partir pour le recevoir, la prochaine fois, ce sera le prix Nobel</em>.<em>&nbsp;»</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Mousso Bobokhodjiev
</strong><strong>Journaliste pour Asia-Plus</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200627/top-5-izvestnih-pisatelei-tsentralnoi-azii?tg_rhash=59df260525b319">russe</a> par Pierre-François Hubert</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Laure de Polignac</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Emma Jerome</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>« Aïban Ferma » : George Orwell désormais traduit en kirghiz</title>
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		<dc:creator><![CDATA[julienbruley]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Mar 2022 16:42:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Kirghizistan]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/aiban-ferma-george-orwell-desormais-traduit-en-kirghiz/">« Aïban Ferma » : George Orwell désormais traduit en kirghiz</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/aiban-ferma-george-orwell-desormais-traduit-en-kirghiz/">« Aïban Ferma » : George Orwell désormais traduit en kirghiz</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>«&nbsp;Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres.&nbsp;» Cette devise est l’une des plus célèbres de la littérature mondiale. Le roman dont elle est tirée, <em>La Ferme des animaux</em> de George Orwell, est désormais disponible en kirghiz. Novastan a rencontré le binôme à l’origine de cette nouvelle traduction.</strong><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 25 mai 2021 par notre <a href="https://novastan.org/en/kyrgyzstan/ayban-ferma-translating-george-orwell-into-kyrgyz/">version anglaise</a>.</strong>

Pour les lecteurs du Kirghizstan, <em>La Ferme des animaux</em> de George Orwell n’était jusqu’à présent disponible qu’en russe. Ilyas Kanybek, étudiant en anthropologie, ainsi que son grand-père, le politologue Aalybek Akounov, ont décidé d’y remédier en traduisant le roman en kirghiz.

</p>



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<p class="wp-block-paragraph">

La motivation des deux hommes réside dans leur conviction que les textes philosophiques jouent un rôle fondamental dans la société. Ces textes encouragent la pensée critique, transmettent le patrimoine culturel et abordent des questions fondamentales. Néanmoins, de nombreux philosophes occidentaux ou figures majeures de la philosophie mondiale n’ont pas été traduits en kirghiz. C’est le cas de George Orwell. Le tandem considère donc que la traduction permet aux lecteurs kirghiz d’accéder à ces romans philosophiques populaires et fondamentaux.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Un moyen de « comprendre les mécanismes totalitaires »</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;</em><em>Ce qui motive la traduction d’Orwell, c’est la simplicité de l’allégorie et le style accessible de l’écriture de </em>La Ferme des animaux<em>, rendant ainsi possible la description de ce que les gens ont vécu à l’époque soviétique</em><em>»</em>, explique Aalybek Akounov. <em>«</em><em>&nbsp;De nos jours, j’entends des gens dire que “c’était mieux avant”, avec une nostalgie idéalisée. Ma réponse est catégorique&nbsp;: non, c’est faux&nbsp;!</em>&nbsp;»

<em>«&nbsp;Voyez la statue d’<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Iskhak_Razzakov">Iskhak Razzakov</a> </em>(premier secrétaire du Parti communiste de Kirghizie)<em> qui a remplacé la statue de Lénine devant notre Université technique. Cette dernière avait été déplacée et cachée derrière une haie d’arbres&nbsp;»</em>, ajoute-t-il.<em> «&nbsp;Qu’est-ce que cela change&nbsp;? Razzakov est kirghiz, bien sûr, mais il était communiste&nbsp;! Et le communisme est international. Peu importe que vous soyez d’une nationalité particulière. J’espère que cette traduction permettra aux gens de comprendre les mécanismes totalitaires que nous avons connus pendant 70 ans de soviétisme, et dont l’inertie s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui.&nbsp;»</em></p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53821"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="695" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/2-1024x695-1.jpeg" alt="Kirghizstan Littérature Traduction George Orwell La Ferme des animaux" class="wp-image-53821" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/2-1024x695-1.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/2-1024x695-1-300x204.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/2-1024x695-1-768x521.jpeg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/2-1024x695-1-128x86.jpeg 128w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">« Quatre pattes, bon ! Deux pattes, mieux ! » Illustration de Tcholpon Alamanova.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Ilyas Kanybek, plus jeune de deux générations, aborde la traduction d’une autre manière que son grand-père&nbsp;: <em>«</em><em>&nbsp;Pour moi, ce livre montre comment les hommes, face à un tel événement, choisissent leur voie. Je considère ce livre comme l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gorie_de_la_caverne">Allégorie de la caverne</a> de Platon. Les gens doivent lire, se poser des questions et s’interroger sur la société dans laquelle ils vivent&nbsp;»</em>, explique-t-il.

<em>«</em><em>&nbsp;Mais mes motivations et celles de mon grand-père sont les mêmes&nbsp;: tout n’était pas parfaitement clair à l’époque soviétique et je pense que </em>La Ferme des animaux<em> peut réellement nous aider à ouvrir les yeux, et à enquêter sur une période qui est encore obscure et sujette à diverses interprétations ou malentendus. Je trouve regrettable que les gens fassent l’éloge de cette époque soviétique passée. Je suppose que nous devons laisser cela dans le passé et aborder des questions plus concrètes, nous concentrer sur le présent et l’avenir.&nbsp;»</em></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Liens avec la culture kirghize</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
La traduction est également un processus d’adaptation qui jette un pont entre différentes cultures par le biais de la langue. Par exemple, les traducteurs ont fait le choix de changer les noms de certains personnages&nbsp;: <em>«&nbsp;</em><em>Quelques noms ont été modifiés afin que le lecteur kirghiz puisse faire des liens avec sa propre culture</em><em>»</em>, précise Aalybek Akounov. <em>«</em><em> Par exemple, le personnage principal, nommé Napoléon dans l’original, s’impose comme le chef suprême par sa tyrannie et son contrôle autoritaire. Ce personnage désigne clairement Staline. Ainsi, en kirghiz, on lui a donné le nom de Bolotkan. Il s’agit simplement d’une transposition de Staline (“homme d’acier”) en kirghiz, “bolot” désignant l’acier et “kan”, celui qui a le pouvoir</em>.&nbsp;<em>»</em>

Cette technique n’a pas été appliquée à tous les personnages. Les traducteurs ont également décidé de s’appuyer sur les œuvres de l&rsquo;écrivain kirghiz <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tchinguiz_A%C3%AFtmatov">Tchinguiz Aïtmatov</a>, leur empruntant les noms de personnages. <em>« En effet, le principal adversaire de Napoléon est Boule de Neige, qui a été nommé Diouïchen dans notre traduction »</em>, poursuit Aalybek Akounov.<em> « Pour le lecteur kirghiz, Diouïchen est le héros principal du roman de Tchinguiz Aïtmatov </em><a href="https://www.babelio.com/livres/Aitmatov-Le-premier-maitre/971605">Le Premier Maître</a><em>. J’ai choisi ce nom parce que Diouïchen est un communiste éclairé, qui veut vraiment améliorer la société et amener des changements. Un autre exemple est celui de Sage l’Ancien, celui qui imagine et prévoit la révolution, qui a été adapté en Kartan Lenbaï, c’est-à-dire “Lénine l’Ancien”. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Des références à Tchinguiz Aïtmatov</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Ils ont choisi Tchinguiz Aïtmatov en raison de son statut dans la littérature kirghize. <em>«&nbsp;Tchinguiz Aïtmatov</em><em>est un écrivain renommé, non seulement au Kirghizstan mais aussi à l’étranger&nbsp;»</em>, souligne Aalybek Akounov. <em>«&nbsp;</em><em>Ses personnages sont connus de tous, ils véhiculent un symbolisme propre qui est familier à tous les Kirghiz.</em><em>À ce titre, l’œuvre de Tchinguiz Aïtmatov représente un puits dans lequel nous pouvons puiser plusieurs références. Nos choix sont bien sûr guidés par le tempérament et les comportements de chaque personnage. Benjamin, l’âne, a ainsi été surnommé Orozkoul, une référence directe à ce personnage du roman </em><a href="https://www.babelio.com/livres/Aitmatov-Il-fut-un-blanc-navire/383814">Il fut un blanc navire</a><em>.&nbsp;»</em><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <em><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/djamilia-la-plus-belle-histoire-damour-du-monde-portee-a-lecran/?noredirect=fr-FR">Djamilia – </a></em><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/djamilia-la-plus-belle-histoire-damour-du-monde-portee-a-lecran/?noredirect=fr-FR">La « plus belle histoire d’amour du monde », portée à l’écran</a></strong><em>«</em><em> Même si Benjamin n’est pas si violent, les deux personnages partagent et assument cette vision pessimiste de la vie, et embrassent les nouvelles valeurs (l’animalisme pour le second, le soviétisme pour le premier) sans rechigner. J’ai également utilisé le nom de Bazarbaï pour représenter M. Whymper. Bazarbaï est un personnage du roman </em>Plakha<em> et signifie “celui qui négocie”.&nbsp;»</em></p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53820"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="708" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/3-1024x708-1.jpeg" alt="Kirghizstan Littérature Traduction George Orwell La Ferme des animaux" class="wp-image-53820" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/3-1024x708-1.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/3-1024x708-1-300x207.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/3-1024x708-1-768x531.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Bolotkan (Napoléon en version originale) et sa propagande, illustration de Tcholpon Alamanova.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

La même idée a été appliquée pour renommer Malabar, le cheval besogneux de <em>La Ferme des animaux</em>, en Tanabaï, un nom tiré d&rsquo;un des romans les plus célèbres de Tchinguiz Aïtmatov, <em><a href="https://www.babelio.com/livres/Aitmatov-Adieu-Goulsary/744383">Adieu Goulsary</a></em>. <em>«</em><em>Malabar est une sorte de stakhanoviste, faisant ce qu’on lui demande et même plus. C’est exactement les caractéristiques principales de Tanabaï</em><em>»</em>, explique Aalybek Akounov. À la question de pourquoi ils n’ont pas choisi Goulsary, le nom d’un cheval dans le même roman, le traducteur répond&nbsp;: <em>« Il aurait été plus logique de l’appeler Goulsary puisque nous avons affaire à un cheval, mais au Kirghizstan, Goulsary est un personnage associé à des valeurs positives, ce qui n’est pas le cas de Tanabaï, son maître. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Une langue accessible</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Pour les deux auteurs, la traduction est aussi une façon de rejeter l’idée qu’il n’est pas nécessaire de publier un texte en kirghiz s’il est déjà disponible en russe, ce qui, selon Ilyas Kanybek, provient du «&nbsp;cliché tenace&nbsp;» selon lequel les habitants du Kirghizstan parlent davantage le russe que le kirghiz. <em>«</em><em>&nbsp;En traduisant George Orwell en kirghiz, nous pouvons le donner à lire à une population plus large, à une population qui ne maîtrise pas bien le russe, une population essentiellement kirghize&nbsp;»</em>, explique-t-il.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/la-litterature-kirgize-une-litterature-figee/">La littérature kirghize, une littérature figée ?</a></strong><em>«&nbsp;</em><em>Au Kirghizstan, il y a plusieurs dialectes, mais ceux-ci sont unifiés dans la littérature kirghize en une seule langue standard, accessible à tous.</em><em>»</em> En outre, selon Ilyas Kanybek, cette langue littéraire possède tout le vocabulaire nécessaire pour traduire George Orwell&nbsp;: <em>«</em><em>Nous n’avons eu aucun mal à trouver un équivalent en kirghiz pour certains idiomes et termes spécifiques. La langue kirghize a été intégrée au processus de modernisation pendant l’ère soviétique et – c’est une conséquence positive – a largement développé son vocabulaire pour s’adapter à la modernisation.&nbsp;»</em></p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53819"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="747" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/41-1024x747-1.jpeg" alt="Kirghizstan Littérature Traduction George Orwell La Ferme des animaux" class="wp-image-53819" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/41-1024x747-1.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/41-1024x747-1-300x219.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/41-1024x747-1-768x560.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Bolotkan et le fermier M. Pilkington trinquant aux réformes, illustration de Tcholpon Alamanova.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Aalybek Akounov n’est cependant pas très enthousiaste quant à la production littéraire du Kirghizstan. <em>«</em><em>&nbsp;Nous pouvons identifier deux types de littérature kirghize&nbsp;»</em>, commente-t-il. <em>«</em><em>D’une part,</em><em> la littérature kirghize des écrivains locaux, que je n’estime pas car elle n’aborde pas les problèmes mondiaux et reste naïve. D’autre part, nous pouvons assister à une production croissante de la littérature traduite en kirghiz, comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Hesse">Herman Hesse</a> récemment.&nbsp;»</em></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Travail engagé et œuvre collective</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
La traduction de <em>La Ferme des animaux</em> a pris plusieurs mois de travail aux deux hommes, entre décembre 2019 et février 2020. Ils ont examiné non seulement l’original anglais, mais aussi les traductions existantes en russe et dans d’autres langues. Ilyas Kanybek lit le polonais, la première langue dans laquelle <em>La Ferme des animaux</em> a été traduite. <em>«</em><em>&nbsp;Nous voulions observer et analyser comment les différentes traductions sont parvenues à contextualiser le roman, et comprendre les éventuelles erreurs commises par rapport à l’original&nbsp;»</em>, explique-t-il.

</p>


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<p class="wp-block-paragraph">

Le binôme publie et commercialise lui-même son œuvre. <em>«</em><em>Nous n’avons pas encore signé d’accord avec les librairies locales</em><em>»</em>, explique Aalybek Akynov. <em>«</em><em>&nbsp;Nous avons donné plusieurs conférences et présentations pour parler de notre travail et le promouvoir. Pour l’instant, nous le vendons grâce à un bouche-à-oreille efficace. »</em><em>«&nbsp;</em><em>Nous avons également décidé de fixer le prix à 200 soms </em>(environ 2 euros), <em>ce qui est un prix standard et abordable pour un nouvel ouvrage ici&nbsp;»</em>, poursuit Ilyas Kanybek. <em>«&nbsp;Nous l’avons publié à nos frais et si le premier tirage, qui s’élève à 2&nbsp;000 exemplaires, est un succès, nous le renouvellerons.&nbsp;»</em></p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53818"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="539" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/5-1-1024x539-1.jpeg" alt="Kirghizstan Littérature Traduction George Orwell La Ferme des animaux" class="wp-image-53818" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/5-1-1024x539-1.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/5-1-1024x539-1-300x158.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/03/5-1-1024x539-1-768x404.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Franchir le seuil du « pouvoir », illustration de Tcholpon Alamanova.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Les deux traducteurs insistent sur le fait qu’il s’agit d’une œuvre collective&nbsp;: <em>«</em><em> Nous tenons à souligner que la traduction a représenté une grande partie du travail, mais le livre n’existe tel qu’il est que grâce à l’aide généreuse de notre illustratrice, Tcholpon Alamanova, qui a réalisé des dessins originaux »</em>. Les deux hommes ne veulent pas s’arrêter là et ont déjà de nouveaux projets de traduction en tête. Le prochain, selon Aalybek Akynov, serait de traduire en kirghiz <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C5%93ur_de_chien">Cœur de chien</a> </em>de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mikha%C3%AFl_Boulgakov">Mikhaïl Boulgakov</a>.
</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Julien Bruley
Rédacteur pour Novastan</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit de l’<a href="https://novastan.org/en/kyrgyzstan/ayban-ferma-translating-george-orwell-into-kyrgyz/">anglais</a> par Angèle Bretin</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Laure de Polignac</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Emma Jerome</strong>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</title>
		<link>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[tabdrakathmanov]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 May 2021 07:26:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Davron Radjab]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/">Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</a></p>
<p>Davron Radjab est un auteur qui s&#8217;intègre dans la tradition poétique ouzbèke. Interviewé par Fergana News, il parle notamment de la vision soufie de l&#8217;amitié, de son chat et du kourach, la lutte traditionnelle ouzbèke. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 31 mai 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/">Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Davron Radjab est un auteur qui s&rsquo;intègre dans la tradition poétique ouzbèke. Interviewé par Fergana News, il parle notamment de la vision soufie de l&rsquo;amitié, de son chat et du kourach, la lutte traditionnelle ouzbèke.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 31 mai 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale <a href="https://fergana.site/articles/118631/">Fergana News</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Davron Radjab est né en 1967 à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ourguentch">Ourgentch</a> dans la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Province_de_Khorezm">province de Khorezm</a>. Il est l’auteur des recueils <em><a href="https://n.ziyouz.com/books/uzbek_zamonaviy_sheriyati/Davron%20Rajab.%20Bir%20tomchi%20yulduz.pdf">Une goutte d’étoile</a></em> (1995) et <em>Les vents du bonheur</em> (2016). Ses poèmes ont été traduits en anglais, russe et hindi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce poète reste plongé dans ses livres. Il laisse sa marque chez ses élèves, auprès de qui il apprend à son tour. Autant dans la poésie contemporaine qu’ancienne de l’Ouzbékistan, l’idée de la continuité et de l’apprentissage est aussi importante que la tradition du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Plov">plov</a> matinal.</p>


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<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%AF%D0%BD%D1%8B%D1%88%D0%B5%D0%B2,_%D0%A1%D0%B0%D0%BD%D0%B4%D0%B6%D0%B0%D1%80_%D0%A4%D0%B0%D0%B0%D1%82%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Sandjar Ianychev</a>, poète et écrivain, s’est entretenu avec Davron Radjab. Celui-ci a parlé de la définition <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soufisme">soufie</a> de l’amitié, de son mentor et des jeunes professeurs, de la guerre et des points communs entre le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kourach">kourach</a> et la poésie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fergana News : Que signifie ton pseudonyme littéraire, Radjab ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Davron Radjab :</strong> Radjab, c’est le prénom de mon grand-père. Je ne connais que peu de choses sur lui. Il est né en 1883 et mort en 1941, bien avant ma naissance. On dit qu’il était un homme à succès. Jusqu’à la révolution, il avait un bout de terre. Il jouait du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tamb%C3%BBr">tanbur</a> <em>(instrument de la famille des luths, répandu en Asie centrale, ndlr)</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus, il avait beaucoup de livres en arabe et en ancien ouzbek. Souvent, mon grand-père réunissait ses amis sur les bords de l’étang à l’ombre d’un grand platane millénaire, ils chantaient, organisaient des mouchaïras : des joutes poétiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant les années de répression, ces réunions ont été interdites. Quant à la maison avec son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Howz">howz</a> <em>(bassin de jardin dans l’architecture persane, ndlr)</em>, mon grand-père en a été exproprié. Pour protéger sa famille et lui-même, il a enterré certains de ses livres précieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel a été leur sort ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Hélas, je ne sais pas, je demanderai à mon père… Mais je me souviens de cet arbre, seul et abandonné dans les faubourgs d’Ourgentch. Désormais, un élevage de ver à soie s’y trouve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père, Djabbar, est diplômé de la faculté d’études ouzbèkes de l’Institut pédagogique d’Ourgenth. Il travaillait la journée comme menuisier et après son travail, il enseignait à l’école du soir. Il écrivait des poèmes qui étaient publiés dans un journal régional.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est curieux que le prénom de ton père sonne comme un anagramme de celui de ton grand-père…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense que ce n&rsquo;est pas un hasard. Pour mon grand-père, cette consonance était importante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre famille est grande : j’ai trois frères et quatre sœurs. Je suis le cadet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre aînée Gavkhar est devenue agronome. Une autre, Zévar, était diplômée de la faculté des langues à l’Institut pédagogique, comme notre père. Elle écrivait aussi des poèmes, même si elle ne les montrait à personne. Elle a quitté ce monde tôt, suite à une maladie grave, toute jeune.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="310" class="wp-image-47540" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek3.jpeg" alt="Ouzbékistan Poésie Davron Radjab" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek3.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek3-300x188.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Davron Radjab (tout à droite) et sa famille dans les années 1970.</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">L’amour pour la musique et la lecture est apparu chez mon frère Charif et chez moi dès notre jeune âge. Il y avait une grande bibliothèque et des instruments de musique divers à la maison. La musique ne m’a pas réussi. En revanche, Charif, malgré son métier d’ingénieur, joue parfaitement du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Rab%C3%A2b">roubab</a> <em>(instrument à cordes d’origine perse, ndlr)</em>, encore aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aimais bien dessiner, c’est pour cela que j’ai décidé de devenir peintre. En 1982, je suis entré à l’école d&rsquo;art Pavel Benkov à Tachkent. Mais j’ai fini mon cursus il y a seulement cinq ans : à cause du décès de ma mère, j’ai dû prendre un congé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après mon service militaire, j’ai pris le poste de peintre-décorateur dans la bibliothèque régionale de Khorezm. Lors d&rsquo;une soirée de poésie, j’ai fait connaissance avec le poète Matnazar Abdoulkhakim, c’est là qu’a commencé mon cheminement littéraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’en ont pensé tes parents ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père a été mon premier critique. Un jour, il m’a dit que je marchais sur les pas de Raouf Parfi <em>(considéré comme l&rsquo;un des auteurs ouzbeks les plus brillants de la fin du XXème siècle, ndlr)</em>. Et il m’a montré son recueil <em>Aks sado</em> (<em>Écho</em>, 1970), alors que je n’avais aucune notion sur ce poète. Je ne regardais pas ce qu&rsquo;il y avait sur l’étagère de mon père, je ne sais pas, j&rsquo;avais honte&#8230; Quelques années plus tard, à Tachkent, j’ai eu l&rsquo;occasion de parler avec Raouf Parfi. C’était en 1995.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/la-litterature-ouzbeke-isolee-du-monde/">La littérature ouzbèke isolée du monde</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">D’habitude, si on me fait des éloges, je fuis, tout simplement. Mon mentor, Matnazar Abdoulkhakim, n’a jamais vanté mes poèmes lui non plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de le rencontrer, je réfléchissais beaucoup à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9trique_(po%C3%A9sie)">métrique</a>, je croyais que les poèmes devaient être corrects, lisses. Mais un jour, j’ai montré au poète mon journal manuscrit. Après avoir lu quelques pages, il s’est exclamé que c&rsquo;était de la véritable poésie. Non pas les poèmes que j’avais tapés scrupuleusement à la machine à écrire, mais ces notes « crues » dans mon journal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment était-ce à l’armée ? Tes commandants savaient-ils que tu étais poète et écrivain ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils savaient seulement que j&rsquo;étais peintre. Un jour, à l’école, mes camarades de classe ont trouvé mon cahier et se sont moqué de moi. Depuis lors, je cachais mes poèmes dans un endroit sûr, même jusqu’en 1989, quand je les ai publiés dans la revue <em>Yochliq</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce honteux d’être un poète ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à ma rencontre avec Matnazar, je n’osais pas parler de moi en tant que poète. Lui-même n’était pas que poète, mais aussi pakhlavan, lutteur de kourach. J’avais besoin d’avoir un tel mentor.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce que tu t’es déjà bagarré ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, bien sûr. La toute première fois, en septième classe <em>(l&rsquo;équivalent de la cinquième française, ndlr)</em>, à cause d’une fille. À l’époque, j’étais très faible physiquement. Après cet incident, j’ai tout abandonné pendant un an, y compris l’atelier de peinture, et je me suis mis à m’entraîner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au karaté ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À la boxe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Y a-t-il un lien entre le kourach et la poésie ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-être qu&rsquo;une certaine philosophie les relie. Par exemple, il y avait un poète et lutteur khorezmien, Pakhlavan Makhmoud. Entre autres choses, il a fondé le mouvement soufi Javonmardlik (littéralement <em>« </em>Bravoure de la jeunesse<em> »</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les principes de base de cet ordre sont la générosité, la clémence, la noblesse et la modestie. Il avait ces qualités lui-même, comme mon maître Matnazar Abdoulkhakim qui, 7 siècles plus tard, a traduit les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ruba%C3%AF">rubaïs</a> <em>(poèmes lyriques suivant un système métrique défini, ndlr)</em> de Pakhlavan Makhmoud du persan en ouzbek.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe qu&rsquo;ils prêchaient était d’apporter le bonheur aux gens secrètement, pour que personne n&rsquo;en devine la source et que Dieu soit remercié. C’est une science à part entière. Demandez plus de détails à Google, je dirais seulement que nous sommes encore trop loin d’accomplir ce principe.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="310" class="wp-image-47541" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek2.jpeg" alt="Ouzbékistan Poésie Davron Radjab Portrait Matnazar Abdoulkhakim" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek2.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek2-300x188.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Portrait de Matnazar Abdoulkhakim par Davron Radjab.</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour, je me suis retrouvé avec mon maître chez un de ses amis. Après la pêche, tandis que la soupe de poisson cuisait, nous nous reposions sur les berges de la rivière. Matnazar et son ami lisaient à voix haute les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ghazal">ghazals</a> <em>(poèmes d&rsquo;amour répandus dans les pays sous influence arabe et perse, ndlr)</em> du recueil d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mir_Alicher_Navo%C3%AF">Alicher Navoï</a>, <em>Hazoyin ul-maoniy</em> (<em>Trésor des sens</em>), puis ils discutaient longuement du sens des mots.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Moi, bien évidemment, j’étais intéressé par ce sujet, mais le sommeil m’a dominé et je me suis endormi. En voyant cela, l’hôte a dit : <em>« Matnazar, pendant que nous discutons, Davron dort, quel irrespect envers le grand poète ! »</em> Alors mon maître a répondu : <em>« L&rsquo;endroit où est Davron maintenant est beaucoup plus intéressant. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-annees-tachkentoises-un-pan-de-vie-ignore-dans-loeuvre-danna-akhmatova/">Les années tachkentoises, un pan de vie ignoré dans l’œuvre d’Anna Akhmatova</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Matnazar Abdoulkhakim comprenait les personnes à la vitesse de la lumière, si l&rsquo;on peut dire les choses ainsi. Il disait qu&rsquo;un ami, selon les anciens soufis, était un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thaumaturgie">thaumaturge</a>. Matnazar était un tel thaumaturge pour nous. Il a quitté ce monde en 2010. Voici certains de ses vers :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Je marche dans un verger de cognassiers :<br />Tous les arbres ont courbé leurs têtes…<br />Leurs fruits sont devenus orphelins &#8211;<br />Ta main n’en a touché aucun »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment définis-tu ta poétique ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui m’importe, c’est de capturer un moment et de l’immortaliser sur le papier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il est logique d’attendre d&rsquo;un peintre qu&rsquo;il sache aussi faire de la poésie, par exemple en tant que pointilliste.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois, il vaut mieux parler peu et écouter davantage le souffle de tout être vivant. La nature même raconte tout. Lorsque le travail du peintre est bon, les gens s’arrêtent et le contemplent. Nous aussi, il nous faut nous arrêter et garder le silence devant ce monde. La parole est capable de tout gâcher.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J’ai compris, tu es un poète taoïste !</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes, la poésie est l&rsquo;art des mots. Pourtant, le poète doit éviter un contenu verbal vide. Le poète est un chasseur : il cherche des frissons devant la vie et sa beauté. Pendant qu&rsquo;on parle, l&rsquo;instant s’enfuit. L&rsquo;instant même que le poète romain <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Horace">Horace</a> incitait à capturer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Carpe diem.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui ! Matnazar Abdoulkhakim écrit ainsi dans un ghazal :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« La vie est un tracas mais elle ne dure qu&rsquo;une seconde :<br />Qu&rsquo;elle soit longue ou courte, elle dure une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le bonheur s’en va, c&rsquo;est pour toujours.<br />Le bonheur arrive, il dure une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’attente du bien-aimé dure un siècle,<br />Et même ce moment passe en une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L&rsquo;acte héroïque est une gloire éternelle,<br />Le temps du héros dure une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le Créateur nous a donné la vie éternelle,<br />Au Soleil et au Ciel, Il n&rsquo;a donné qu&rsquo;une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le cœur souffre et s&rsquo;enflamme.<br />Tout feu se limite à une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cher ami, ton atout est la patience :<br />Le méchant n’a pas même une seconde. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>As-tu consacré des poèmes à des filles ? Les as-tu récités ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oh oui ! J&rsquo;en ai dédié aussi à ma femme, mais elle ne le sait pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment cela ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle ne lit pas mes poèmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Elle ne s’intéresse pas à la littérature ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma femme aime&#8230; comment dire exactement&#8230; les non-modernistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les traditionalistes ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, cela se peut. Elle n’aime pas l’incompréhensible. Moi, je suis son reflet, ou plutôt son antireflet, n’est-ce pas ? Moi, au contraire, j’aime tout ce qui est mystérieux. Je ne sais pas si c’est bien ou mal. Cela m’apaise quand il y a une force indéfinissable. Peut-être est-ce indiscret d’en parler : je t’ai dit que mon fils s’appelait Sanjarbek <em>(littéralement « celui qui attaque », ndlr)</em> ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Non. C’est bien ! Quels espoirs as-tu mis dans ce prénom ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était l’idée de mon père…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Demande-lui s’il te plaît.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je le ferai. Sanjarbek a déjà 22 ans. Il écrit des poèmes, mais je ne peux pas les lire : il y a trop de fautes d’orthographe <em>(rires)</em>. Quant à ma fille, je l’ai nommée Asal, littéralement « miel ». Il y a aussi le chat, Jimmaj, « le petit doigt » en dialecte du Khorezm. Il n’aime pas son prénom.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce qu’il aime alors ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon clavier. Dès que je m’éloigne de l’ordinateur, il est déjà bien installé dessus. Et il fait semblant de dormir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cela veut dire que certains de tes poèmes sont écrits par Jimmaj. Tu peux mettre tout sur son dos.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois, il me semble que seul Jimmaj comprend mes poèmes… Il m’apprend à être observateur. Car même les mots arrivés par hasard ont du sens, sans parler de ceux qu&rsquo;utilise le poète. Celui qui cherche une perle dans les mots la trouvera obligatoirement. Ne cherche rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un trésor.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comme dans ton poème <em>Ne lis pas ce qui n&rsquo;est pas écrit</em>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Dans le sens : ne cherche pas du hasard puisque il n’y en a pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand tu sors dans la rue et que tu tombes sur quelqu’un, même dans son visage il y a quelque chose de précieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tes poèmes t&rsquo;ont-ils déjà aidé dans une situation ? Ou, au contraire, ont-ils apporté des désagréments ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ma prime jeunesse, je suis tombé amoureux d’une fille. Je lui ai écrit une déclaration mais je n’ai pas osé l’envoyer. Quelques années plus tard, j’ai trouvé cette lettre dans un tas de papiers, j’y ai découvert sa photographie. Les mots étaient très simples, mais les sentiments forts. La fille était déjà mariée à cette époque-là.</p>



<div class="wp-block-image">
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<figcaption>Davron Radjab avec sa fille Asal et son neveu Khouchnoud.</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai froissé ma lettre en la brûlant avec la photo. Quelques années se sont encore écoulées, je suis parti à Tachkent et j’ai écrit ceci :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Le papier froissé<br />Est redevenu lisse.<br />Les lettres inscrites<br />Sont retournées dans le crayon.<br />La photographie<br />S&rsquo;est envolée de la flamme.<br />Le feu est redevenu allumette.<br />La pupille<br />A ravalé son idée.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Rien,<br />Rien<br />Ne s’est passé. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est probable que ce poème m’ait aidé à comprendre ce que sont les sentiments passés, comme ce papier froissé et brûlé : le premier amour et les mots non prononcés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J&rsquo;ai une question liée à l’anniversaire du jour de la Victoire. À quel point le thème de la guerre est-il développé dans la poésie ouzbèke ? Dans la poésie russe, à titre d’exemple, il y a beaucoup de poètes combattants ; chez les poètes des générations suivantes, qui n’ont pas participé à la guerre, ce thème est présent comme une blessure persistante qu’il faut « panser de nouveau »…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une anthologie, <em>Urush, noming uchsin jahonda</em> (<em>Guerre, que ton nom brûle en l’enfer</em>), vient de sortir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il y a déjà un message antimilitariste dans le titre ? Ou l’homme qui l’a écrit a envie d&rsquo;oublier la guerre mais n’y arrive pas ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Je ne veux même pas entendre ton nom »</em>, quelque chose dans ce genre-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que représente-t-elle, cette guerre, pour la génération contemporaine des poètes ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois que le poète ne peut jamais ignorer l’injustice et le mal. Et cette guerre-là était un très grand mal qui a touché quasiment chacun d’entre nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelqu’un de ta famille a participé à la guerre ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, le frère de mon grand-père, Mukhammad Rakhim. Il n’est pas revenu, il a péri quelque part en Europe. Quant au grand-père dont je t’ai parlé, Radjab, il est mort l’année où la guerre a commencé. Je connais cette période par ma grand-mère Aïjan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, elle racontait que le peuple avait été contraint de donner tous ses bijoux, son or et ce qu&rsquo;on appelait le « tank soliq », c&rsquo;est-à-dire l&rsquo;impôt de guerre. L’État achetait du matériel aux États-Unis avec tout cet or. Ma grand-mère a donné tous ses bijoux traditionnels, y compris le cadeau de mon grand-père : un tillaqoch, un très joli diadème. J’ai l’impression que ce tillaqoch n’est pas arrivé jusqu’en Amérique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-les-intellectuels-ouzbeks-essayaient-de-moderniser-louzbekistan/">Quand les intellectuels ouzbeks essayaient de moderniser l’Ouzbékistan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon autre grand-père, du côté de ma mère, Salaï Khodja, était brigadier du kolkhoze, c’est pour cela qu’il n’a pas été mobilisé et est resté ouvrier pour contribuer à l’effort de guerre. Il fallait que quelqu’un travaille dans les champs, récolte du coton et du blé. Mon grand-père savait tout sur l’agriculture, il s’occupait aussi de la melonnière. Les melons de Khorezm étaient très appréciés sur le front.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Khodja&#8230; Il a fait le hajj ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, c’est un titre qui se transmet de père en fils. Il se peut que son père ait fait le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hajj">hajj</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Salaï était très sévère, tout le monde avait peur de lui. On craignait de lui serrer la main : ses mains étaient puissantes comme un étau. Un jour, il a tabassé un ouvrier parce qu&rsquo;il renâclait à la besogne : il se cachait quelque part et dormait, mais pendant le déjeuner il réapparaissait pour manger avec les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon grand-père lui a mis un coup de fouet. Ensuite, un vol a été constaté dans l’entrepôt et mon grand-père a été arrêté suite à la dénonciation de ce fainéant, mais, heureusement, il a été innocenté et un mois plus tard il est revenu dans le kolkhoze à son poste habituel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans notre famille, il n’y avait pas de déserteurs, seulement des musiciens et des pakhlavans <em>(rires)</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon grand-père ne tenait pas en place, il avait de l&rsquo;énergie ! Il est décédé en 1980, je me souviens bien de lui. Il disait <em>« rien ne s’obtient gratuitement ! »</em> J’ai commencé à travailler à partir de la 8ème classe <em>(équivalent de la quatrième française, ndlr)</em>, de ce fait je connaissais la valeur du pain. Je me rappelle aussi le goût de ses melons. Il cultivait des variétés de melons qui n’existent plus. Si le jus tachait une chemise blanche, il ne se lavait pas, c&rsquo;était comme un vernis incolore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à ses derniers jours, il vivait avec ma grand-mère à la campagne près de l’aéroport d’Ourgentch. Je passais toutes mes vacances dans leur maison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils sont tous dans le même cimetière : Salaï, ma grand-mère Aïcha, ma mère Anabibi. Les Boeing s&rsquo;envolent à côté, ne les laissant pas reposer tranquillement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce que tu en penses, où vit mieux le poète : dans une grande ville ou dans la nature ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir été admis en 2001 aux cours supérieurs de littérature auprès de l’Union des écrivains de l’Ouzbékistan, je suis resté vivre à Tachkent. Je souhaitais revenir à Ourgentch, mais mon mentor Matnazar Abdoulkhakim avait dit : <em>« Davron, reste dans la capitale, même si cela sera difficile. Quel que soit l’endroit où vit le poète, il reste dans ses livres »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelles sont les difficultés que tu as vécues ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les difficultés ? Je n’ai jamais aspiré à une vie de luxe, donc je n’ai pas remarqué les vicissitudes. J&rsquo;ai connu un salaire modeste, des foyers de travailleurs, des coins que je louais.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="310" class="wp-image-47538" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek5.jpeg" alt="Ouzbékistan Poésie Davron Radjab" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek5.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek5-300x188.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Davron Radjab avec un ami et des élèves poétesses.</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Actuellement, j’habite dans la banlieue de Tachkent, dans le quartier de Qibraï, dans mon appartement de deux pièces.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Décris, s’il te plaît, ton entourage proche : qui sont tes amis, qui lis-tu ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, un bon poète est un précepteur, un ami, un frère. Je connais beaucoup de poètes éminents, de ceux que je lis et que je n’arrêterai pas de lire, d&rsquo;Alicher Navoï à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Pouchkine">Alexandre Pouchkine</a>, de Raouf Parfi à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Evgueni_Evtouchenko">Evguéni Evtouchenko</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les poètes contemporains, je lis Sirojiddin Sayyid, Ikrom Atamourad, Bakhrom Rouzimoukhammad, Gouzal Begim, Babour Elmourad. Je respecte également nos poètes russes : Raïsa Krapaneï, Nikolaï Iline, Bakha Akhmédov, Vika Osadtchenko, Natalia Beloïedova… J’ai traduit leurs poèmes en ouzbek. J’aimerais bien un jour éditer un livre bilingue de mes traductions.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, découvrir un nouveau poète est comme découvrir une nouvelle école, un nouveau mentor, car les jeunes n’ont pas oublié comment faire passer le cours du temps par leur cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J’ai lu quelque part que tu étais « conseiller littéraire pour le travail avec la jeunesse ». Comment se passent tes consultations ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À côté de la revue <em>Jahon adabiyoti</em> (<em>Littérature mondiale</em>) où je travaille, un cercle a été créé : les très jeunes poètes viennent me voir, nous analysons leur poèmes, je recommande certains d&rsquo;entre eux pour l’édition, …</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Y a-t-il une recommandation universelle pour les jeunes talents ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si un peintre ne touche pas son pinceau pendant trois jours, il n’est plus peintre. Pour ne pas perdre la forme, le sportif s’entraîne chaque jour. Et que fait le poète ? Je rappelle l’expression d’un écrivain d’Amérique latine : <em>« Jeunes poètes, pleurez davantage »</em>.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Propos recueillis par Sandjar Inychev<br />Journaliste pour Fergana News</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://fergana.site/articles/118631/">russe</a> par Talgat Abdrakhmanov</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Paulinon Vanackère </strong></p>
<p class="has-text-align-right"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/">Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
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