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	<title>Collectivisation | Novastan France</title>
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	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
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	<title>Collectivisation | Novastan France</title>
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		<title>Kazakhstan : la famine des années 1930 mise en lumière</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jelena Dzekseneva]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Feb 2021 08:03:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Collectivisation]]></category>
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		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/kazakhstan-la-famine-des-annees-1930-mise-en-lumiere/">Kazakhstan : la famine des années 1930 mise en lumière</a></p>
<p>Entre 1930 et 1933, la famine a pris la vie d&#8217;un quart de la population de la République soviétique socialiste autonome kazakhe. Un ouvrage réalisé par Sarah Cameron, après des longues années de recherche sur cette portion peu connue de l&#8217;histoire kazakhe, a été traduit au Kazakhstan. Novastan reprend et traduit ici un article publié [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/kazakhstan-la-famine-des-annees-1930-mise-en-lumiere/">Kazakhstan : la famine des années 1930 mise en lumière</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entre 1930 et 1933, la famine a pris la vie d&rsquo;un quart de la population de la République soviétique socialiste autonome kazakhe. Un ouvrage réalisé par Sarah Cameron, après des longues années de recherche sur cette portion peu connue de l&rsquo;histoire kazakhe, a été traduit au Kazakhstan. </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 9 septembre 2020 par le média kazakh <a href="https://vlast.kz/books/41613-nerasskazannaa-istoria-goloda.html">Vlast.kz</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est un sujet encore peu connu de l&rsquo;histoire kazakhe : entre 1930 et 1933, une famine liée à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Collectivisation_en_Union_sovi%C3%A9tique">collectivisation</a> des terres, décidée par les autorités soviétiques, a causé la mort de près du quart de la population. Ce sujet a fait l&rsquo;objet <a href="https://www.amazon.fr/Hungry-Steppe-Famine-Violence-Kazakhstan/dp/1501730436">d&rsquo;un livre</a> publié en novembre 2018, intitulé<em> The Hungry Steppe: Famine, Violence, and the Making of Soviet Kazakhstan </em>et écrit par <a href="https://history.umd.edu/users/scameron">Sarah Cameron</a>.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Durant l&rsquo;été 2020, l&rsquo;ouvrage a été traduit en russe et en kazakh par la fondation de <a href="https://doc-research.org/speaker/satpaev-dosym/">Dossim Satpaïev</a> également politologue au Kazakhstan. Ce livre est le résultat de nombreuses années de recherche et de travail sur des archives du Kazakhstan et de la Russie, dont certaines étaient analysées pour la toute première fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un sujet majeur mais non recommandé pour la recherche</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon les chiffres officiels, la famine de 1930 à 1933 a fait plus d&rsquo;un million et demi de morts et forcé le déplacement de plus d&rsquo;un million de réfugiés vers les régions environnantes. La famine a provoqué une crise économique sans précédent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Acharchylyk » (« famine » en kazakh) est un sujet majeur et si peu étudié que l&rsquo;organisation d&rsquo;un grand colloque dédié à ce sujet serait facilement imaginable. Cela permettrait à des historiens, des économistes, des sociologues ou encore des ethnographes de se rassembler pour débattre et analyser les différents impacts de cette tragédie sur le développement de la société kazakhe : des études postcoloniales, des études de genre, la construction de la nation, la politique de la mémoire ou encore la transmission d’une histoire orale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, les chercheurs kazakhs confient à Sarah Cameron que leurs superviseurs leur «<em> recommandent de choisir d&rsquo;autres sujets de recherche »</em>. La posture politique officielle sur cette question reste ambiguë. L’existence de la famine et des erreurs commises par le régime soviétique est officiellement reconnue, mais le sujet reste sensible. Cette autocensure des universitaires, mais aussi des journalistes, crée une tension autour du sujet. Ainsi, la sortie du livre en russe et en kazakh est d’autant plus significative. Cette publication est l&rsquo;opportunité d&rsquo;approfondir et de diversifier la discussion et de s&rsquo;éloigner des querelles de chapelle, par exemple sur la signification du mot « génocide ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Conséquences de la sédentarisation dans les steppes kazakhes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son livre, Sarah Cameron analyse la collectivisation au Kazakhstan autant dans une recherche de construction d&rsquo;une nation soviétique que dans l&rsquo;idée de modernisation d&rsquo;une société nomade. La chercheuse insère ce phénomène dans un contexte plus large : celui de la colonisation impériale. Elle démontre que la politique coloniale de l&rsquo;Empire russe dans les steppes kazakhes, depuis le XIXème siècle, a conduit d&rsquo;une part à une gigantesque transformation du mode de vie nomade et d&rsquo;autre part à un important changement écologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’exode des paysans de la partie occidentale de la Russie et de la Sibérie au Kazakhstan a considérablement influencé l’épuisement des ressources de la steppe. Les nomades ont été contraints d&rsquo;abandonner leur habitat traditionnel, tandis que la sédentarisation et l’agriculture ont provoqué l&rsquo;épuisement des sols, le drainage des plans d&rsquo;eau et la propagation des épidémies. Les conséquences de cette sédentarisation forcée ont eu, par la suite, un impact direct sur l’ampleur de la famine.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;:&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/environnement/le-totalitarisme-de-lirrigation-a-tue-la-mer-daral/">Le totalitarisme de l’irrigation a tué la mer d’Aral</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec l&rsquo;avènement du pouvoir soviétique, la sédentarisation et la « civilisation » des Kazakhs ont été jugées comme étant la meilleure politique. Dès l&rsquo;époque de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Catherine_II">Catherine II</a> (1762-1796), la sédentarisation des Kazakhs fut considérée comme la voie principale pour ce peuple, même si de nombreux scientifiques prouvaient le contraire &#8211; dans les années 1920, des chercheurs soviétiques en agronomie affirmaient que l&rsquo;élevage nomade était le moyen le plus efficace pour exploiter les régions arides du Kazakhstan; ils déconseillaient fortement de rompre avec ces traditions ancestrales et proposaient des moyens pour accroître l’efficacité de l’élevage nomade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, l&rsquo;ethnographe et économiste Sergueï Chvetsov, dans son livre <em>L&rsquo;économie kazakhe dans ses conditions traditionnelles</em> (1926), démontre que l&rsquo;élevage nomade est aussi rentable que l&rsquo;agriculture sédentaire. Et le chapitre concernant le débat scientifique et politique des années 1920 sur l&rsquo;avenir du peuple kazakh fait réfléchir à des voies alternatives de modernisation d&rsquo;une société nomade, qui auraient pu être mises en œuvre si la lutte interne du parti n&rsquo;avait pas conduit à la montée de Staline et à la terreur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <strong>Un crime contre l&rsquo;humanité</strong>« </p>



<p class="wp-block-paragraph">Sarah Cameron utilise ces textes pour démontrer que les décisions désastreuses des dirigeants moscovites n&rsquo;étaient pas le résultat d&rsquo;une mauvaise connaissance du contexte local : le gouvernement était conscient de mettre en danger de mort un très grand nombre d&rsquo;individus, mais toutes les précautions ont été ignorées au nom de résultats politiques et économiques. Malgré la position objective et généralement quelque peu détachée de la chercheuse, l&rsquo;auteure déclare que <em>« la famine kazakhe était un crime contre l&rsquo;humanité »</em>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="816" height="612" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/02/e319ca1fddc6a8b5f3b8d20b7ea65aa9_900xauto.jpg" alt="Ouvrage famine Kazakhstan" class="wp-image-43009" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/02/e319ca1fddc6a8b5f3b8d20b7ea65aa9_900xauto.jpg 816w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/02/e319ca1fddc6a8b5f3b8d20b7ea65aa9_900xauto-300x225.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/02/e319ca1fddc6a8b5f3b8d20b7ea65aa9_900xauto-768x576.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/02/e319ca1fddc6a8b5f3b8d20b7ea65aa9_900xauto-800x600.jpg 800w" sizes="(max-width: 816px) 100vw, 816px" /><figcaption class="wp-element-caption">Ouvrage de Sarah Cameron « The Hungry Steppe: Famine, Violence, and the Making of Soviet Kazakhstan »</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Trois chapitres du livre sont successivement dédiés à la collectivisation, à la famine et à la campagne <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Filipp_Goloshchyokin">Goloshchekin </a>du « petit Octobre » qui les a précédées. Sarah Cameron raconte en détail et par ordre chronologique les événements de 1928 à 1934.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/la-famine-kazakhe-grande-oubliee-de-lhistoire-sovietique/">La famine kazakhe, grande oubliée de l’histoire soviétique</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fil conducteur du récit repose sur l&rsquo;idée que la mauvaise organisation et la préparation médiocre du plan sur la collectivisation, le manque de personnel local, ainsi que la négligence de la vie et des intérêts de la population autochtone, ont causé la confusion, l&rsquo;action arbitraire des militants locaux, le pillage, la violence et la migration massive. En effet, le peuple kazakh s’est soulevé à plusieurs reprises, des milliers de personnes ont quitté le pays pour les zones frontalières. Ces événements ont mené à une terrible catastrophe, dont, dans une certaine mesure, il n&rsquo;a été possible de se remettre qu&rsquo;après des décennies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Victimes jugées coupables</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sarah Cameron, qui parle à la fois russe et kazakh, a utilisé la voix de témoins des événements des années 1930, qui étaient alors des enfants. La chercheuse s’est tournée vers une impressionnante quantité de documents d&rsquo;archives afin de rendre cette tragédie moins abstraite. Elle s&rsquo;est concentrée sur les histoires des citoyens ordinaires et les souffrances qu’ils avaient enduré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est difficile de croire que, aux yeux des autorités, ces citoyens étaient considérés non comme des victimes mais comme des coupables de la catastrophe. Selon l’élite du parti, l&rsquo;échec de la collectivisation était dû au « sous-développement » des nomades et à leur attachement à des liens familiaux, considérés comme arriérés selon le point de vue du marxisme-léninisme. Les archives évoquent également des histoires sur des « agents étrangers », des ravageurs, qui auraient incité la population aux soulèvements, aux migrations et à la désobéissance.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Selon Sarah Cameron, la collectivisation, malgré sa monstruosité, a finalement permis aux dirigeants soviétiques d&rsquo;atteindre quelques uns de leurs objectifs à l&rsquo;égard du Kazakhstan. Le régime soviétique est ainsi parvenu non seulement à intégrer les Kazakhs au sein des institutions et de l&rsquo;autorité locale du parti, mais aussi à fabriquer le concept de nationalité, utilisé par la suite comme élément principal de l&rsquo;identité kazakhe. La mission de construction de la nation et de modernisation de la société nomade a été accomplie, mais à quel prix&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La sortie de <em>The Hungry Steppe</em> pourrait permettre de relancer le débat autour de la tragédie de Acharchylyk. Sarah Cameron admet que ce sujet <em>« garde encore de nombreux secrets »</em>. Certaines thématiques, rapidement décrites dans le livre, pourraient devenir des sujets de thèse. De plus, l&rsquo;intérêt de la recherche occidentale au sujet de la famine au Kazakhstan étant visiblement croissant, il serait irrationnel de continuer à limiter les chercheurs locaux, laissant ainsi aux historiens étrangers l&rsquo;occasion d’écrire l’histoire de la famine au Kazakhstan.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Sergeï Kim</strong><br><strong>Journaliste pour Vlast.kz</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://vlast.kz/books/41613-nerasskazannaa-istoria-goloda.html">russe</a> par Jelena Dzekseneva</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Nazira Zhukabayeva</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Jacqueline Ripart</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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			</item>
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		<title>Ouzbékistan : quand famine a rimé avec changement alimentaire</title>
		<link>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-famine-a-rime-avec-changement-alimentaire/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Pierre-François Hubert]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jun 2020 11:26:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[Collectivisation]]></category>
		<category><![CDATA[Famine]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[URSS]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-famine-a-rime-avec-changement-alimentaire/">Ouzbékistan : quand famine a rimé avec changement alimentaire</a></p>
<p>Certains pays de l’ancienne URSS ont souffert lourdement de la collectivisation et de la famine des années 1930. En 1933, l’Ouzbékistan est particulièrement touché, notamment parce que ses terres produisent du coton et non du blé. Les témoins racontent. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 juin 2019 par le média russe [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-famine-a-rime-avec-changement-alimentaire/">Ouzbékistan : quand famine a rimé avec changement alimentaire</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Certains pays de l’ancienne URSS ont souffert lourdement de la collectivisation et de la famine des années 1930. En 1933, l’Ouzbékistan est particulièrement touché, notamment parce que ses terres produisent du coton et non du blé. Les témoins racontent.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 juin 2019 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale, </strong><a href="https://fergana.agency/articles/108274/"><strong>Fergana News</strong></a><strong>.</strong></p>
<p style="text-align: justify">La famine. C’est l’une des conséquences majeures de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Collectivisation_en_Union_sovi%C3%A9tique">la collectivisation des terres</a> mise en place sous l’URSS. Cette crise a touché un nombre important d’États soviétiques, notamment en Asie centrale. Plus de 80 ans plus tard, un groupe d’historiens américano-ouzbeks s’est intéressé à cette famine, aujourd’hui presque oubliée, qui a pourtant ravagé l’Ouzbékistan en 1933. Les chercheurs se sont penchés sur ses victimes ainsi que sur l’émergence de la culture de la pomme de terre, de la tomate et des aubergines, auparavant considérées comme impures. Un <a href="https://muse.jhu.edu/article/725003">article</a> publié dans la revue Kritika,  » Explorations in Russian and Eurasian History », durant le printemps 2019 par Marianne Kamp, de l’Université de l’Indiana, donne un compte rendu des résultats obtenus.</p>
<p>
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<p style="text-align: justify">En Asie centrale, <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/la-famine-kazakhe-grande-oubliee-de-lhistoire-sovietique/">c’est le Kazakhstan</a> qui a subi le plus lourdement la collectivisation et la famine des années 1930. Mais l’Ouzbékistan n’a pas été épargné par ces tragiques évènements, dont on sait encore bien peu. Le travail de collecte et d’examen de témoignages, souvent oraux, restait à accomplir. Deux historiens américains et un ouzbek se sont attelés à cette tâche, s’entretenant avec pas moins de 130 villageois issus de sept régions du pays. Des hommes et des femmes nés entre 1900 et 1925, incorporés eux-mêmes ou via leurs parents dans des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kolkhoze">kolkhozes</a>, des fermes collectives, au début des années 1930. Ces entretiens, longs d’une à trois heures, se sont tenus en ouzbek ou en tadjik.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Otchartchilik</strong></p>
<p style="text-align: justify">Souvent, les souvenirs d’autres évènements tragiques s’entremêlaient : guerre civile, famine ou encore Grande Guerre patriotique, le nom de la Seconde Guerre mondiale sous l’Union soviétique. Mais en l’absence de médiatisation de la famine des années 1930 dans les anciennes Républiques soviétiques, le risque de voir les personnes interrogées « compléter » leurs souvenirs avec des articles ou des émissions consacrés au sujet était très restreint. Les scientifiques considèrent dès lors que, malgré la fragilité de la mémoire et l’influence du présent sur la conscience du passé, principal obstacle à la vérité historique, le matériel obtenu est fiable.</p>
<p style="text-align: justify">Les historiens emploient le terme ouzbek « otchartchilik », qui désigne une période de famine, une disette, pour qualifier les années 1930 en Ouzbékistan. Il n’exprime pas seulement la notion de famine, mais aussi l’épuisement brutal des réserves alimentaires en raison de la sécheresse, de la guerre ou de situations similaires. Il se rapproche beaucoup du terme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Holodomor">holodomor</a>, le mot pour décrire la famine induite par la collectivisation en Ukraine. Les scientifiques se sont intéressés aux habitudes alimentaires de l’époque, la manière de trouver la nourriture ou encore les maladies qui circulaient. Parmi les personnes interrogées, des employés de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dehkan_(ferme)">dehkans</a>, des fermes individuelles ou collectives d’Asie centrale qui produisaient leur propre nourriture, des producteurs de coton qui l’achetaient par leur travail, d’anciens <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Koulak">koulaks</a> et des chefs de kolkhozes, sauvés de la faim grâce à leur statut.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’économie de la faim</strong></p>
<p style="text-align: justify">Les autorités soviétiques étaient peu enclines à organiser les dehkans en Ouzbékistan jusqu’en 1929, lorsque le parti communiste local promit de rassembler dans les cinq ans 60 % de la production de coton ouzbek au sein d’exploitations collectives. Les militants ont alors commencé à construire des fermes collectives sans attendre que le parti ne désigne la zone prioritaire, à savoir <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vall%C3%A9e_de_Ferghana">la vallée de Ferghana</a>, région la plus peuplée, spécialisée dans la production de coton. En 1931, les objectifs sont dépassés : 85 % des exploitations sont collectives.</p>
<p style="text-align: justify">Comment expliquer cette métamorphose rapide ? La plupart des habitants des zones rurales de la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan étaient de petits propriétaires terriens. Ils ont continué à vivre de la même manière sans perdre la possibilité de cultiver leurs vergers, les autorités n’ayant pas rompu les liens sociaux. Certes, ils devaient à présent travailler pour une exploitation collective et en tirer un revenu nettement moindre, mais leur mode de vie demeurait presque inchangé. Les Kazakhs et les Turkmènes ne pouvaient en dire autant : la collectivisation confisquait leur bétail et les forçait à se sédentariser, rompant complètement avec leurs traditions. De même, dans les montagnes tadjikes, près de 48 000 familles sont parties s’installer dans les vallées entre 1925 et 1940 pour établir des exploitations collectives de coton, complètement dépendantes de l’État en matière de nourriture et de logement. En Ouzbékistan, les beys, qui ne représentaient pourtant que 5 % des habitants des zones rurales, ont particulièrement souffert de la collectivisation et ont été exilés dans le Caucase et en Ukraine ou déplacés vers des sovkhozes inexploités.</p>
<p><figure id="attachment_33280" aria-describedby="caption-attachment-33280" style="width: 496px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-33280" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/30e58524-e59e-4371-90e2-0713af8dd981.jpeg" alt="Famine Ouzbékistan 1933 URSS Collectivisation Histoire" width="496" height="330" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/30e58524-e59e-4371-90e2-0713af8dd981.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/30e58524-e59e-4371-90e2-0713af8dd981-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/30e58524-e59e-4371-90e2-0713af8dd981-128x86.jpeg 128w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-33280" class="wp-caption-text">Cuisine de campagne dans un kolkhoze, Ouzbékistan.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Pas de pain, pas du coton</strong></p>
<p style="text-align: justify">Pourtant, l’Ouzbékistan ne se suffisait pas à lui-même et dépendait de l’économie soviétique, de sorte que la famine qui frappait le Kazakhstan et l’Ukraine eut des répercussions sur la République. Durant l’Empire russe, la culture du coton dans certaines régions avait été intensifiée, les rendant dépendantes des importations de céréales. Rien qu’entre 1925 et 1928, ces importations ont grimpé de 253 000 à 549 000 tonnes. Les autorités ouzbèkes ont bien tenté de développer l’agriculture céréalière pour rééquilibrer la balance, mais ces céréales ont principalement été semées sur des sols secs, toutes les terres irriguées étant occupées par le coton.</p>
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<p style="text-align: justify">En 1932-1933, en raison d’un manque d’eau, les récoltes de céréales ont été inférieures d’un tiers à celles des années précédentes. En outre, la collectivisation et la famine qui sévissait dans certaines régions ont chahuté les approvisionnements. Ainsi, certains convois en provenance de Russie ont fait demi-tour en cours de route. Le parti communiste ouzbek a alors tâché de faire pression sur le Kremlin : pas de pain, pas de coton. En mai 1932, Moscou fut contrainte de se procurer des céréales en Perse. Sans signe d’amélioration, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Akmal_Ikramov">Akmal Ikramov</a>, premier secrétaire du Comité central du parti communiste d’Ouzbékistan, envoya un télégramme à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Staline">Joseph Staline</a> en mars 1933, le priant d’envoyer des vivres de toute urgence et signalant un début de famine.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les premières victimes</strong></p>
<p style="text-align: justify">Des Kazakhs fuyant la famine se sont mis à affluer. « <em>En 1933, des Kazakhs sont arrivés au kolkhoze, ils n’avaient rien à manger. Ils ont vécu chez nous pendant cinq ou six mois puis sont rentrés chez eux</em> », a expliqué Hourram, de la province de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Province_de_Kachkadaria">Kachkadaria</a>, aux chercheurs. « <em>La famine s’est déclarée au Kazakhstan. Les Kazakhs ont émigré chez nous. Plus il en arrivait, plus la situation empirait. Beaucoup de gens mourraient</em> », ajoute un citoyen de la province de Tachkent, la capitale ouzbèke.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/la-famine-kazakhe-grande-oubliee-de-lhistoire-sovietique/">La famine kazakhe, grande oubliée de l’histoire soviétique</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Bientôt, le problème de la nourriture s’est posé aussi en Ouzbékistan. Parmi les 130 personnes interrogées, six ont vu des membres de leur famille mourir de faim ou du typhus en 1933, même dans les zones agricoles. « <em>Il n’y avait rien à manger dans notre village et nous avons dû récolter des pommes et des abricots pas mûrs. Mon petit frère est tombé malade et en est mort</em> », explique Narzi, de la province de Kachkadaria. « <em>Il n’y avait pas assez de nourriture, on nous payait en pain. Les gens mangeaient du tourteau de coton et mouraient. Mon petit frère Pazil est mort</em> », poursuit Nemat, alors membre d’un kolkhoze dans la province de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boukhara">Boukhara</a>, dans l’ouest du pays. En ville, les convois transportant les cadavres se succédaient : « <em>Beaucoup de gens allaient dans les presses à huile et déterraient du tourteau qu’ils mangeaient. Leur ventre se mettait à gonfler et ils mouraient. Leurs cadavres étaient emmenés sur des charrettes pour être enterrés. Nous, les enfants, étions témoins de ces scènes terribles</em> », enchérit Charofoutdin, d’un village de la province de Ferghana, dans l’est de l’Ouzbékistan. Avec la faim viennent les épidémies. « <em>Tandis que les gens mouraient de faim, le typhus est arrivé. La situation était catastrophique, il n’y avait plus assez d’hommes pour enterrer les morts, alors les femmes s’en chargeaient</em> », explique Ahmad, de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/G%E2%80%98ijduvon">Gijduvon</a>, dans la province de Boukhara.</p>
<p style="text-align: justify">La plupart des personnes interrogées ne blâment pas le pouvoir soviétique ou l’organisation en kolkhozes. Pour elles, c’est la nature qui est responsable. « <em>L’otchartchilik a commencé à cause du manque d’eau. Nous avons planté du blé sur des terres non irriguées et il n’a pas poussé</em> », poursuit Hourram. Mais certains y voient des erreurs humaines. « <em>C’était le rôle du kolkhoze de trouver l’eau pour les champs. Comme il n’y en avait pas, la sécheresse s’est installée, les cultures se sont asséchées et le prix des céréales a explosé</em> », ajoute Abdourassoul, de la province de Kachkadaria. Même son de cloche dans les provinces de Khorezm et de Tachkent.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’art de la survie</strong></p>
<p style="text-align: justify">Les personnes interrogées reviennent souvent sur leur changement d’alimentation pendant la famine : épinards et autres herbes, fruits non mûrs, graines de melon, mûres, mâche, navets, pains de maïs. Certains mélangeaient leur farine avec des feuilles pour cuire du pain, d’autres récoltaient des vers à soie encore en cocon. Heureusement, la situation n’a pas atteint les mêmes horreurs qu’en Ukraine et dans d’autres régions voisines, où des cas de consommation de chiens ou de grenouilles, voire de cannibalisme, ont été recensés.</p>
<p style="text-align: justify">Une vraie révolution alimentaire s’est produite lorsque les Ouzbeks se sont tournés vers des aliments considérés comme russes et impurs. « <em>Avant 1933, pas question de manger du chou, on disait que c’était bon pour les Russes. Pareil pour les aubergines. Avant, on ne mangeait que des naans, des pains cuits au tandoor, mais la famine a mis les pains de seigle et de maïs au goût du jour</em> », détaille Achourboy, de la province de Tachkent. Ainsi, le maïs, auparavant considéré comme une culture fourragère, a commencé à être consommé avec la famine.</p>
<p style="text-align: justify">Pour les experts, la famine de 1933 puis la Seconde Guerre mondiale ont forcé l’Ouzbékistan à suivre le chemin emprunté par l’Europe aux XVIIIème et XIXème siècles : l’accoutumance aux légumes du nouveau monde, tels que les pommes de terre et les tomates. Auparavant, les Ouzbeks n’étaient pas portés sur la nourriture « russe », même si l’on sait que les Tatars et les mennonites allemands cultivaient des pommes de terre dans les environs de Tachkent et dans le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khanat_de_Khiva">Khanat de Khiva</a> dès le XIXème siècle. En 1928, seules 2 900 <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dessiatine">déciatines</a> (sur le 1,7 million que comptait la République) ont été semées. « <em>Si un soldat, de ceux qui ont combattu les </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_basmatchi"><em>Basmatchis</em></a><em>, frappait à la porte et demandait une marmite à emprunter, on lui demandait ce qu’il allait cuisiner. S’il répondait des pommes de terre, on lui criait  » Haram ! </em><em> » et on lui jetait la marmite au visage</em> », explique Yakoubdjon, de Vodil, dans la province de Ferghana.</p>
<p><figure id="attachment_33279" aria-describedby="caption-attachment-33279" style="width: 496px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-33279" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/d29b9bee-84d5-40a5-bb32-91ecf37042ca.jpeg" alt="Famine Ouzbékistan 1933 URSS Collectivisation Histoire" width="496" height="330" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/d29b9bee-84d5-40a5-bb32-91ecf37042ca.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/d29b9bee-84d5-40a5-bb32-91ecf37042ca-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/d29b9bee-84d5-40a5-bb32-91ecf37042ca-128x86.jpeg 128w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-33279" class="wp-caption-text">Déjeuner dans un champ de coton.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify">Les années 1930 ont donc vu les pommes de terre, le chou et les tomates entrer progressivement dans le quotidien des Ouzbeks, en partie à cause de la famine, en partie à cause de la collectivisation, les autorités centrales gérant les cultures par région. Ils ont alors perdu leur statut « impur ». « <em>En 1937, on a planté pour la première fois des pommes de terre dans notre village. Je pense que les autorités nous les avaient fournies. Ensuite des tomates, mais personne ne les mangeait&#8230; Puis des aubergines. Un brigadier spécial avait été affecté à leur acheminement</em> », détaille Bobo, de Marguilan, dans la province de Ferghana. Finalement, nombre d’Ouzbeks se sont habitués à manger des pommes de terre au cours de leur service militaire pendant la Grande Guerre patriotique. Même chose pour les tomates : d’abord considérées comme impures, elles ont trouvé une certaine popularité avec la famine et la collectivisation. « <em>Au début, personne n’en mangeait parce qu’elles étaient  » </em><em>haram « </em><em>. On les donnait aux vaches. Mais quand les gens ont eu faim, ils se sont habitués</em> », explique Youltchivoï, de la province de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Namangan">Namangan</a>.</p>
<p style="text-align: justify">Les résultats de l’enquête sont surprenants. Si l’Ouzbékistan a bien souffert de la famine et de la collectivisation des années 1930, ce n’était rien comparé au Kazakhstan. Les kolkhozes ont apporté de nouveaux fruits et légumes dans les assiettes des Ouzbeks. Ils y sont restés non seulement par nécessité, la conservation des pommes de terre nécessitant peu de frais, mais aussi parce que les Ouzbeks se sont mis à les apprécier.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Artiom Kosmarski</strong><strong><br />
Journaliste pour Fergana News</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://fergana.agency/articles/108274/">du russe</a> par Pierre-François Hubert</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Edité par Sayyora Pardaïeva </strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Anne Marvau<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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