<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Alach-Orda | Novastan France</title>
	<atom:link href="https://novastan.org/fr/tag/alach-orda/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://novastan.org/fr/tag/alach-orda/</link>
	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
	<lastBuildDate>Tue, 16 Feb 2021 16:35:12 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.0.2</generator>

<image>
	<url>https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/08/cropped-Logo_2_2000-1700-300DPI-32x32.png</url>
	<title>Alach-Orda | Novastan France</title>
	<link>https://novastan.org/fr/tag/alach-orda/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Les élections dans l&#8217;histoire kazakhe : pourquoi la « démocratie des steppes » est un mythe</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kazakhstan/les-elections-dans-lhistoire-kazakhe-pourquoi-la-democratie-des-steppes-est-un-mythe/</link>
					<comments>https://novastan.org/fr/kazakhstan/les-elections-dans-lhistoire-kazakhe-pourquoi-la-democratie-des-steppes-est-un-mythe/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[dlebotlan]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Mar 2020 08:09:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Alach-Orda]]></category>
		<category><![CDATA[Clans]]></category>
		<category><![CDATA[Démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[Election]]></category>
		<category><![CDATA[Gengis Khan]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://novastan.org/fr/?p=29685</guid>

					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/les-elections-dans-lhistoire-kazakhe-pourquoi-la-democratie-des-steppes-est-un-mythe/">Les élections dans l&rsquo;histoire kazakhe : pourquoi la « démocratie des steppes » est un mythe</a></p>
<p>Indépendant depuis 1991 de l&#8217;URSS, le Kazakhstan n&#8217;a pour l&#8217;heure pas connu d&#8217;élection libre. Alors que certains pointent la nouveauté que sont les élections dans l&#8217;histoire du pays, d&#8217;autres mentionnent une « démocratie des steppes », héritée de Gengis Khan et qui expliquerait la tournure non-démocratique des élections actuelles. Plongée dans l&#8217;histoire du pays le plus vaste [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/les-elections-dans-lhistoire-kazakhe-pourquoi-la-democratie-des-steppes-est-un-mythe/">Les élections dans l&rsquo;histoire kazakhe : pourquoi la « démocratie des steppes » est un mythe</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/les-elections-dans-lhistoire-kazakhe-pourquoi-la-democratie-des-steppes-est-un-mythe/">Les élections dans l&rsquo;histoire kazakhe : pourquoi la « démocratie des steppes » est un mythe</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Indépendant depuis 1991 de l&rsquo;URSS, le Kazakhstan n&rsquo;a pour l&rsquo;heure pas connu d&rsquo;élection libre. Alors que certains pointent la nouveauté que sont les élections dans l&rsquo;histoire du pays, d&rsquo;autres mentionnent une « démocratie des steppes », héritée de Gengis Khan et qui expliquerait la tournure non-démocratique des élections actuelles. Plongée dans l&rsquo;histoire du pays le plus vaste d&rsquo;Asie centrale.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié le 10 mai 2019 </strong><a href="https://informburo.kz/mneniya/daniyar-sabitov/vybory-ot-kazahskogo-hanstva-do-vremyon-alash-ordy-pochemu-stepnaya-demokratiya-eto-mif.html"><strong>par le média kazakh informburo.kz.</strong></a></p>
<p style="text-align: justify"><em>Note à nos lecteurs</em>&nbsp;: Alors que l’élection présidentielle <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/tokaiev-elu-president-du-kazakhstan-avec-70-des-voix/">du 9 juin 2019</a> approchait, le média kazakh <a href="https://informburo.kz/mneniya/daniyar-sabitov/vybory-ot-kazahskogo-hanstva-do-vremyon-alash-ordy-pochemu-stepnaya-demokratiya-eto-mif.html">informburo.kz</a> s’interroge sur les aspirations démocratiques des Kazakhs. L’élection sera remportée par <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kassym-jomart-tokaiev-le-diplomate-devenu-president/">Kassym-Jomart-Tokaïev</a>, dauphin désigné du premier président kazakh <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/noursoultan-nazarbaiev-le-dernier-des-soviets/">Noursoultan Nazarbaïev</a>. Cet article reste intéressant pour son angle historique qui permet de mieux comprendre d’où vient le Kazakhstan. <em>Bonne lecture&nbsp;!</em></p>
<p style="text-align: justify">Dans les mois avant l’élection, il n&rsquo;est pas rare de croiser des critiques envers le système électoral kazakh. Effectivement, des accusations comme « élections sans véritable choix », « sans alternatives », « bourrages d&rsquo;urnes », « trucage des votes » reviennent assez fréquemment.</p>
<p style="text-align: justify">Si l&rsquo;on demande pourquoi il n&rsquo;est pas aussi simple d&rsquo;organiser&nbsp;au Kazakhstan des élections telles qu&rsquo;elles sont attendues par la population, on vous répondra sans doute <em>« Qu&rsquo;est-ce que vous voulez ? Les Européens ont développé un système démocratique au bout de centaines d&rsquo;années, nous, on le construit depuis seulement 30 ans. »</em></p>

		<div class="flex flex-col md:flex-row justify-evenly items-center bg-yellow-100 my-20 p-10 space-y-10 subscribe">
			<div class="container flex flex-row justify-between">
				<div class="flex flex-col w-3/5">
					<h2 class="text-3xl text-secondary font-bold mb-4 text-[#749D02]">
						Soutenez Novastan, le media associatif d’Asie centrale </h2>
					<p>
						<span>En vous abonnant à Novastan, vous soutenez le seul média en anglais, français et allemand spécialisé sur l’Asie centrale.</span> Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de votre aide !</p>
				</div>
				<div class="flex flex-col w-2/5 flex flex-col justify-items-center justify-center">
					<div class="rounded-md bg-accent-500 px-10 py-5 text-center w-72 mx-auto">
						<p class="pricing text-2xl font-bold text-center">3€/mois</p>
						<p class="">Toute l’actualité d’Asie centrale</p>
						<a class="block rounded bg-white p-2 mt-4 font-bold" href="https://novastan.org/fr/sabonner">Abonnez-vous</a>
					</div>
				</div>
			</div>
		</div>

		
<p style="text-align: justify">Cependant, les partisans de l&rsquo;idée de la décolonisation ont adopté un autre point de vue. Selon eux, le peuple kazakh est l&rsquo;héritier de l&rsquo;ancienne tradition de la <em>« démocratie des steppes »</em>. La base de ce type de démocratie ne repose pas seulement sur l&rsquo;élection de <em>khans</em>, les chefs de jadis, mais aussi sur l&rsquo;élection des <em>biys</em>, qui avaient une grande importance dans les décisions de la justice. Il existait aussi des <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Aqyn"><em>akyns</em></a>, de talentueux chanteurs qui n&rsquo;avaient pas peur de critiquer ouvertement le pouvoir et d&rsquo;orienter le débat vers les problèmes urgents que l&rsquo;on peut associer dans le monde contemporain à une sorte de « quatrième pouvoir ».</p>
<p style="text-align: justify">D&rsquo;après les adeptes de l&rsquo;idée de la décolonisation, cette tradition a été la victime de la domination de l&rsquo;Empire russe puis du pouvoir soviétique. Les institutions politiques actuelles ne recherchent pas à refléter les anciennes traditions des steppes mais juste à copier le modèle européen. Comment démêler le vrai du mythe ? Retour sur l’histoire politique du Kazakhstan depuis le XIIIème siècle.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L&rsquo;idéal politique de Gengis Khan</strong></p>
<p style="text-align: justify">Il est admis que <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gengis_Khan">Gengis Khan</a> (1162-1227) a refondé les structures administratives et politiques des terres qu&rsquo;il a conquises, dont le Kazakhstan actuel, fournissant ainsi une base de société propice au développement pour plusieurs siècles.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le célèbre livre <em>Envolés sur le tapis blanc</em> paru <a href="https://books.google.cd/books/about/%D0%9F%D0%BE%D0%B4%D0%BD%D1%8F%D1%82%D1%8B%D0%B5_%D0%BD%D0%B0_%D0%B1%D0%B5%D0%BB%D0%BE%D0%B9_%D0%BA%D0%BE%D1%88.html?id=OxgXAQAAIAAJ&amp;redir_esc=y">en 2001</a>, <a href="https://journals.openedition.org/asiecentrale/596">Toursoun Soultanov</a> avance que l&rsquo;approche de la succession est contradictoire. D&rsquo;un côté, « l&rsquo;idéal politique » que Gengis Khan lègue à son peuple veut que ce soit le membre issu du « rang doré » le mieux capable et le plus raisonnable qui prenne le pouvoir. Les autres princes le reconnaissent alors comme une bénédiction. D&rsquo;un autre côté, il a désigné <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%96gede%C3%AF">Ögedeï</a> comme seul successeur, ce qui ressemble peu à une « élection en ordre ».</p>
<p style="text-align: justify">De plus, l&#8217;empereur lui-même n&rsquo;a pas été élu. Il a été désigné khan lors du <em>khuriltai</em>, une assemblée politique et militaire de notables, de 1206, sans qu&rsquo;il y ait eu aucune élection. Le concept même des élections était étranger à l&rsquo;Empire. <a href="https://e-history.kz/en/books/library/view/1680">Erengen Khara-Davan</a> écrit dans <em>L&rsquo;Empereur Gengis Khan et son héritage </em>(1929) qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucune fonction soumise à une élection dans son gouvernement. En principe, cela ne peut pas être autrement dans un État où le pouvoir est concentré en une seule personne.</p>
<p style="text-align: justify">Toursoun Soultanov poursuit en avançant que malgré la consigne de Gengis Khan, l&rsquo;élection du prince le plus apte à prendre le pouvoir ne s&rsquo;est finalement pas imposée comme <em>« le seul commandement, même le principal commandement sur les terres des gengiskhanides »</em>. L&rsquo;ordre de naissance, la succession directe et l&rsquo;usurpation se sont révélées être à chaque fois les règles dominantes, s’adaptant au concours de circonstances.</p>
<p style="text-align: justify">La seule condition immuable est que le prétendant à la succession soit un gengiskhanide. Même quand <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tamerlan">Tamerlan</a> (1370-1405) prit le pouvoir, il se faisait désigner comme représentant du titulaire du trône. Si l&rsquo;élection du khan avait lieu, le prétendant était choisi parmi les gengiskhanides par des gengiskhanides. Il est peu probable qu&rsquo;un habitant du Kazakhstan moderne soit d&rsquo;accord avec le rétablissement d&rsquo;un tel système politique. Cependant, et même de manière extrapolée, on ne peut pas parler de démocratie car le terme « demos » ne désigne pas une centaine de descendants d’une même lignée mais un cercle beaucoup plus large de participants.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le Khanat du Kazakhstan et les <em>biys</em> comme institution</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khanat_kazakh">Khanat du Kazakhstan</a> (1456-1847) hérite des mêmes problèmes de succession que <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Horde_d%27or">la Horde d&rsquo;Or</a> (1243-1502), le système clanique établi par les Mongols. Néanmoins, cette succession n’avait plus autant d&rsquo;importance qu&rsquo;auparavant car à partir de 1359, le système autour du khan, le chef commençait à perdre du pouvoir. Le dernier khan avec une véritable influence a été <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Berdibeg">Berdibeg</a> (1310-1359). Après sa mort suit une période de 20 ans sur laquelle se succèdent 20 khans. L&rsquo;historien Jaksylyk Sabitov écrit dans ses articles « La démocratie des steppes » et « Élections dans la Grande steppe » sur <a href="https://vlast.kz/avtory/15340-stepnaa-demokratia-i-vybory-v-velikoj-stepi.html">le média kazakh Vlast.kz</a> que dans le Khanat kazakh, le souverain siégeait et régnait généralement dans une ville, où son autorité était formellement reconnue par beaucoup. Mais en réalité, en dehors de la ville et dans les tribus alliées proches, les souhaits et les ordres du khan n&rsquo;étaient pas toujours respectés.</p>
<p style="text-align: justify">Cette vision de l&rsquo;organisation du pouvoir du khanat est confirmée par <a href="https://bureau.kz/novosti/sobstvennaya_informaciya/pamyati_nurbulata_masanova_19/">Nurbulat Masanov</a> (1954-2006) dans « La civilisation nomade des khans » où il indique que la fonction principale du khan était de donner le signal du début de la migration, sans toutefois pouvoir réguler le système. Au-dessus du pouvoir du khan se trouve la nature et le « despotisme de l&rsquo;espace » auquel le rythme de vie des nomades était totalement subordonné.</p>
<figure id="attachment_29688" aria-describedby="caption-attachment-29688" style="width: 1280px" class="wp-caption alignnone"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-29688" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/1-3.jpg" alt="Byis Kazakhstan Politique Election Histoire" width="1280" height="720" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/1-3.jpg 1280w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/1-3-300x169.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/1-3-768x432.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/1-3-1024x576.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1280px) 100vw, 1280px" /><figcaption id="caption-attachment-29688" class="wp-caption-text">Les byis avaient un statut social élevé au Kazakhstan ancien.</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify">Il est possible que ceux qui disposaient de la plus grande influence n&rsquo;étaient pas les khans mais les <em>biys</em>, régissant la loi dans la steppe. Il ne serait d&rsquo;ailleurs pas correct d&rsquo;utiliser le terme d&rsquo; « élections » pour parler de leur cas car les <em>biys</em> ne se faisaient pas élire mais se désignaient eux-mêmes comme tels. N&rsquo;importe quel membre libre de la communauté pouvait s&rsquo;ériger en <em>biy</em> et être sollicité pour résoudre des conflits. Il devait alors démontrer ses qualités d&rsquo;orateur et ses connaissances en droit coutumier.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Démocratie à la tsariste</strong></p>
<p style="text-align: justify">On peut commencer à parler d&rsquo;habitus électoral dans les steppes kazakhes quand elles passent sous contrôle russe <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Kazakhstan_in_the_Russian_Empire">au tournant du XIXème siècle</a>. On sait que peu après le rattachement de la région à l&rsquo;Empire, le pouvoir tsariste commence à mener des réformes administratives sur ses nouvelles terres. Ainsi, la Charte de 1822 a confisqué le pouvoir du Khan dans la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%BCz_moyenne">Juz moyenne</a> et, deux ans plus tard, dans la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Petite_j%C3%BCz">petite Juz</a>. Le territoire est divisé en districts qui sont calqués sur les anciens sultanats. Le siège du haut sultan est soumis à l&rsquo;élection par les autres sultans. Cette mesure montre bien le prolongement du vote censitaire des gengiskhanides.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/une-pensee-enchainee-pourquoi-lasie-centrale-touche-les-limites-du-progres-democratique/">Une pensée enchaînée&nbsp;: pourquoi l’Asie centrale touche les limites du progrès démocratique</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Cependant, cette loi ne dure que peu de temps. Déjà, dans les années 1820, des représentants de « l&rsquo;Os noir » ayant le grade d&rsquo;officier apparaissent parmi les sultans de <em>volost</em> (l&rsquo;équivalent russe du canton). En 1855, le Comité sibérien s&rsquo;est prononcé en faveur, en termes modernes, de la démocratisation des élections pour nommer les hauts sultans de la steppe kazakhe. Il est décidé que peut être élu, non seulement un gengiskhanide, mais aussi toute personne ayant reçu le grade d&rsquo;officier. De plus, le champ des électeurs est étendu. Désormais, le droit de vote appartenait non seulement aux gengiskhanides mais aussi aux personnes ayant <em>« un grade, des médailles, un caftan honoraire, aux contremaîtres des </em>aouls<em> (villages), aux </em>biys<em> honoraires, et enfin aux cinq personnes les plus riches dans chaque </em>aoul<em>. »</em></p>
<p style="text-align: justify">Autrement dit, ceux qui pouvaient voter étaient les « Aksejek », soit les hommes issus de l&rsquo;aristocratie des steppes, les officiers kazakhs loyaux à l&rsquo;Empire, les plus riches ainsi que la classe bureaucratique. Il s’agit donc d’une démocratie censitaire.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les conséquences des réformes</strong></p>
<p style="text-align: justify">En 1868, le <em>Règlement provisoire sur l&rsquo;administration dans les steppes </em>est appliqué. Il prévoit que les fonctions de chefs de <em>volost</em> et de contremaîtres des villages soient soumises au vote. Les premiers sont alors élus par des groupes d&rsquo;électeurs représentant chacun 50 tentes (les sources utilisent le terme de yourte, ou « kiiz ouïi »). Puis les seconds sont élus par des groupes de dix tentes. De plus, la réforme touche aussi le système juridique. Si auparavant le statut de <em>biy</em> relevait plus d&rsquo;une reconnaissance, la réforme tsariste en fait aussi une fonction soumise à l&rsquo;élection par 50 électeurs. Il semble que ces changements à grande échelle font suite à ceux ayant d&rsquo;abord été accomplis dans les métropoles. Ils découlent de la politique de libéralisation du pays menée par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_II_(empereur_de_Russie)">Alexandre II</a> (1818-1881) dont les principales réformes sont l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage et la refonte du système judiciaire.</p>
<figure id="attachment_29690" aria-describedby="caption-attachment-29690" style="width: 475px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-29690" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/475px-Alexander_II_of_Russia_photo.jpg" alt="Kazakhstan Politique Election Histoire Alexandre II" width="475" height="599" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/475px-Alexander_II_of_Russia_photo.jpg 475w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/475px-Alexander_II_of_Russia_photo-238x300.jpg 238w" sizes="(max-width: 475px) 100vw, 475px" /><figcaption id="caption-attachment-29690" class="wp-caption-text">Le tsar Alexandre II a réformé en profondeur le Kazakhstan.</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify">La plus grande erreur du pouvoir colonisateur est d&rsquo;avoir appliqué son propre système sans avoir pris en compte les spécificités de la région. L&rsquo;exemple marquant est celui du nouveau rôle des <em>biys</em> défini dans le <em>Règlement provisoire.</em> Effectivement, il reprend les compétences des juges de <em>volosts</em>, alors élus parmi les serfs récemment réformés. Désormais, ils doivent régler les litiges locaux entre les villageois alors que traditionnellement, les <em>biys</em> occupaient une fonction plus élevée dans la hiérarchie de la société kazakhe. La seconde problématique est que les steppes kazakhes n&rsquo;ont jamais connu d&rsquo;élections. Cette situation ne pouvait qu&rsquo;entraîner des complications.</p>
<p style="text-align: justify">Dix ans après les débuts de la réforme, l’éducateur kazakh <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Ybyrai_Altynsarin">Ybyraï Altynssarine</a> écrit que les Kirghiz (et les Kazakhs) se plaignaient beaucoup du système électoral qui introduisait dans la société une corruption aux yeux de toute la population. Non rémunérés pour leur fonction, les élus tentent de reconstituer leur manque à gagner en acceptant les pots-de-vin de la population. L&rsquo;autre conséquence est qu&rsquo;à chaque nouvelle élection s&rsquo;organise une véritable joute entre les différents candidats, et leurs militants se tirent les cheveux pour quelques voix.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Ils placent leurs intérêts personnels avant les intérêts nationaux »</strong></p>
<p style="text-align: justify">Entre 1899 et 1900, le juriste <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9C%D0%B0%D1%80%D1%81%D0%B5%D0%BA%D0%BE%D0%B2,_%D0%A0%D0%B0%D0%B8%D0%BC%D0%B6%D0%B0%D0%BD_%D0%9C%D0%B0%D1%80%D1%81%D0%B5%D0%BA%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Raïmjan Marssekov</a> publie un article intitulé « Saïlaou et ses conséquences néfastes », dans lequel il avance que rien n&rsquo;a apporté autant de torts, de ressentiment et de violence au peuple kazakh que le <em>saïlaou</em> (les élections).</p>
<p style="text-align: justify"><em>« À première vue, cela semble étrange. Cela semble invraisemblable que la gouvernance autonome, qui était censée être un moyen de gouverner efficacement, se soit retournée contre son peuple. Mais ce paradoxe sera mené à disparaître si l&rsquo;attention est portée sur la méthode que les Kirghiz utilisent pour choisir leurs dirigeants. Malheureusement, ils placent leurs intérêts personnels avant les intérêts nationaux », </em>écrit Raïman Marssekov. Les Kirghiz et les Kazakhs sont alors mis dans le même sac.</p>
<p style="text-align: justify">Il souligne qu&rsquo;entre deux candidats, sera élu celui qui est le plus riche, qui pourra alors plaire d&rsquo;avantage aux électeurs, et non celui qui est le plus juste, qui apportera le plus de bien à ses électeurs.</p>
<p style="text-align: justify"><em>«&nbsp;Il est possible de séduire les électeurs avec de l&rsquo;argent, en prêtant des chevaux, en promettant d&rsquo;en désigner certains aux postes de sergent ou de </em>biy<em>. En voyant les avantages pouvant en être tirés, les Kirghiz vont s&rsquo;efforcer à accentuer les rivalités entre candidats&nbsp;»,</em> ajoute-t-il.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Pour les Kazakhs, les élections ressemblent au jeu de l&rsquo;os de bélier »</strong></p>
<p style="text-align: justify">Un peu plus tard, c&rsquo;est <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Akhmet_Ba%C3%AFtoursinoff">Akhmet Baïtourssinov</a> qui se met à son tour à disserter sur les problèmes de la gouvernance autonome. Selon ses observations, pour les Kazakhs, tous les problèmes liés aux élections ne sont pas dus à l&rsquo;important pouvoir accordé aux tribunaux populaires, mais au fait que la population ne comprenait pas encore le sens même des élections. Il continue en écrivant que les Kazakhs perçoivent les élections comme une dispute, une bataille, oubliant que leurs conséquences peuvent être bénéfiques ou délétères.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« Par conséquent, il ne faut pas percevoir les élections comme un simple duel, il faut en approfondir le sens. Alors, il y aura moins de litiges et les Kazakhs en seraient moins déroutés. Alors que ça fait quarante ans que les élections de juges, </em>volosts<em>, et gouverneurs d&rsquo;</em>aouls<em> ont été instaurées, elles ont pour les Kazakhs la même signification que le jeu de l&rsquo;os de bélier. Tout est bon pour faire gagner son camp, quitte à être malhonnête. Mais peut-on comparer le bien commun avec un jeu ? »</em>, écrit-il dans le journal <em>Aïkap </em>en 1911.</p>
<p style="text-align: justify">Cependant, il est certain que, malgré tous les problèmes liés aux élections, l&rsquo;intelligentsia kazakhe n&rsquo;a pas contesté leur importance pour le développement de la société. Dans l&rsquo;article cité ci-dessus, Akhmet Baïtourssinov se demande&nbsp;: <em>« Si les élections sont vraiment perverses, alors pourquoi les peuples plus éduqués les introduisent-t-ils ailleurs ? »</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>La tentative d&rsquo;Alach</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le dernier test électoral pour les nomades kazakhs a eu lieu en 1917. Fin décembre, dans le Kraï des steppes, des élections sont tenues afin d&rsquo;élire l&rsquo;Assemblée constituante. Leurs résultats figurent dans <a href="https://www.goodreads.com/book/show/36985813">l&rsquo;étude</a> de Dina Amanjolova «&nbsp;<em>Alach : le sens historique du choix démocratique&nbsp;»</em>. Parmi les partis représentés, on trouve <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Alash_(party)">le parti Alach</a>, aussi appelé Alach-Orda, un parti démocratique et indépendantiste.</p>
<p style="text-align: justify">Dans la région (<em>oblast</em>) de Semipalatinsk (aujourd&rsquo;hui <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kazakhstan-Oriental">Semeï</a>), Alach recueille le plus grand nombre de voix, soit 85,6 % des suffrages (58 331 votes), mais ne collecte que 33 % des voix dans la ville même de Semipalatinsk. À <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Omsk">Omsk</a>, alors situé au Kazakhstan mais aujourd’hui en Russie, où vivaient de nombreux ouvriers, ce sont les Bolcheviks qui sortent vainqueurs (27,5 %), tandis qu&rsquo;Alach n&rsquo;obtient que 80 voix (0,4 %). Dans <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oblast_de_Tourga%C3%AF">l&rsquo;<em>oblast</em> de Tourgaï</a>, Alach récolte 75 % également des suffrages (211 274 votes). Avec ces résultats en demi-teinte, qui se retrouvent dans d’autres régions, Alach réussi à réunir 43 députés à l&rsquo;Assemblée constituante.</p>
<figure id="attachment_29687" aria-describedby="caption-attachment-29687" style="width: 1288px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-29687" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/2-2.jpg" alt="Alach Orda Kazakhstan Politique Election Histoire Démocratie Indépendance" width="1288" height="631" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/2-2.jpg 1288w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/2-2-300x147.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/2-2-768x376.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/2-2-1024x502.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1288px) 100vw, 1288px" /><figcaption id="caption-attachment-29687" class="wp-caption-text">Les chefs du parti politique Alach, de gauche à droite : Akhmet Baïtourssynov, Alikhan Boukeïkhanov, Myrjakyp Doulatov.</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify">Ces chiffres mettent en lumière le principal problème des élections d&rsquo;hier. Personne ne vote pour le parti, tous votent exclusivement pour les représentants de leur milieu social. Les Kazakhs votent pour les Kazakhs, les Cosaques pour les Cosaques, les ouvriers pour les ouvriers et ainsi de suite.</p>
<p style="text-align: justify">Il est ainsi possible de voir comment a voté la population urbaine et rurale, comme celle surreprésentée par les Cosaques, par les travailleurs, etc. Une fois encore, il convient de répéter que, pour de telles conditions historiques, les résultats étaient pleinement prévisibles. Dina Amanjolova reprend l&rsquo;idée de S.Midline selon laquelle le succès d’Alach était assuré par une aisance financière, un soutien de la presse ainsi que par contrôle de l&rsquo;ordre dans les steppes. En outre, Dina Amanjolova écrit que la prédominance d&rsquo;Alach est accentuée par le charisme des chefs du parti ainsi que par l&rsquo;indifférence générale du peuple vis-à-vis de la politique.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Voter comme le décide le chef de clan</strong></p>
<p style="text-align: justify">Sans minimiser le rôle des dirigeants d’Alach, il faut néanmoins admettre que les résultats de ces élections de l&rsquo;Assemblée constituante résultent de l&rsquo;inconscient des Kazakhs, qui ont comparé les divers programmes des candidats et ont voté pour celui qui pour eux est le plus avantageux. Lorsque que le sujet n&rsquo;est pas une personne, un individu, mais une tribu ou un clan, la décision pour l&rsquo;ensemble du groupe est probablement prise par les personnes les plus influentes.</p>
<p style="text-align: justify">Vraisemblablement, les membres ordinaires de la communauté votaient ce que décidait le chef du clan. Avec l&rsquo;organisation économique et sociale de la société kazakhe de l&rsquo;époque, il est difficile de s&rsquo;imaginer que ces mécanismes électoraux se soient déroulés autrement.</p>
<p style="text-align: justify">Les élections de l&rsquo;Assemblée constituante ont eu lieu à la fin de décembre 1917. Mais quelques mois auparavant se tenait un autre évènement d’envergure, <a href="https://e-history.kz/en/publications/view/3371">le Congrès pankirghiz à Orenburg,</a> durant lequel a été proclamée l&rsquo;autonomie d&rsquo;Alach. Au même moment se déroulaient les élections du président du Conseil national, auquel étaient attachées deux tendances.</p>
<p style="text-align: justify">Premièrement, l&rsquo;élection du chef d’État n&rsquo;a pas vraiment proposé de choix parmi les candidats. Mambet Koïgueld et Soultankhan Akkoula, des observateurs de « Alach », affirment que personne ne peut contester l&rsquo;autorité <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Alikhan_Bukeikhanov">d&rsquo;Alikhan Boukeïkhanov</a>, chef du parti. Cependant, ce dernier lui-même souhaiterait que le dirigeant du parti soit élu conformément à la procédure démocratique. Il a donc invité <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%91%D0%BE%D0%BA%D0%B5%D0%B5%D0%B2,_%D0%A8%D0%B0%D0%BD%D0%B3%D0%B5%D1%80%D0%B5%D0%B9_%D0%A1%D0%B5%D0%B9%D0%B8%D1%82%D0%BA%D0%B5%D1%80%D0%B5%D0%B9%D1%83%D0%BB%D1%8B">Changuereï Bukeïev</a>, célèbre poète de la Horde de Bukeïev, à se présenter contre lui. Toutefois, l&rsquo;invitation n&rsquo;atteindra jamais sa destination. Alors, Alikhan Bukeïkhanov invite Bakhtiguireï Kulmanov de la Horde de Bukeïev aux élections. Au total, trois candidats se présentent, le dernier étant Aïdarkhan Turlybaïev, de l&rsquo;<em>oblast</em> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oblys_d%27Aqmola">d&rsquo;Aqmola</a> (autour de l’actuelle Nur-Sultan). Mais selon Soultankhan Akkoula, d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre, le leader du parti était assuré d&rsquo;être élu.</p>
<p style="text-align: justify">Deuxièmement, il existe une idée selon laquelle même des élections d&rsquo;une si haute importance ne peuvent se passer d&rsquo;un fonctionnement tribal.</p>
<p style="text-align: justify">« Parmi l&rsquo;intelligentsia kazakh, il n&rsquo;y a pas de discrimination basée sur la naissance ou sur le jüz d&rsquo;origine (divisions territoriales traditionnelles). Pourtant, de tels comportements ont été observés lors des élections. Il semblerait que les délégués de l&rsquo;oblast d&rsquo;Aqmola aient voté pour Aïdarkhan Turlybaev (20 votes) et les délégués de la partie occidentale du pays ont soutenu Bakhtiguireï Kulmanov (19 votes). Malgré tout, c&rsquo;est Alikhan Bukeïkhanov qui est élu président (40 votes). », a révélé Sultankhan Akkula. À l&rsquo;opposé, Mambet Koïgueld estime que les délégués du Congrès ne se sont pas abaissés à de tels agissements.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>En quête de continuité</strong></p>
<p style="text-align: justify">La « démocratie des steppes » existe-t-elle vraiment ? La réponse dépend en grande partie de la manière dont sont interprétés les termes d&rsquo; « élections », de « démocratie », de « liberté » et autres. Sur la base de la conception contemporaine des élections, l’ethnographe Seïtkasym Aouelbekov désigne la « démocratie de steppe » comme un mythe créé par les idéologues du Kazakhstan indépendant.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/ascension-et-chute-du-nouveau-kazakhstan-lechec-dun-mouvement-dopposition/">Ascension et chute du « Nouveau Kazakhstan » : l’échec d’un mouvement d’opposition</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Le fait est que, si l’on convient que les élections modernes prennent leurs racines dans la Horde d&rsquo;Or, puis dans le Khanat kazakh indépendant puis colonisé, et continue pendant la période de la guerre civile et l&rsquo;émergence de l&rsquo;autonomie d&rsquo;Alach, sur quoi se basent ces élections ? Sur la pratique d&rsquo;élections fermées internes aux gengiskhanides ? Ou peut-être faut-il se baser sur les « saïlaou », qui sont accompagnées de luttes interrégionales, de corruption et de violences ? Peut-être, à titre d&rsquo;exemple, peuvent être citées les masses populaires indifférentes à la politique, qui vont voter comme décide le chef du clan. Ou alors peut-on être satisfait d&rsquo;élections sans réelle alternative face à un leader charismatique et reconnu de tous ? Si tel est le cas, alors effectivement les élections kazakhes contemporaines portent le sceau de la continuité des temps pré-révolutionnaires.</p>
<p style="text-align: justify">D&rsquo;un autre côté, tous les problèmes énumérés ne sont liés qu&rsquo;au fait que la société kazakhe ne disposait pas des fondements nécessaires pour le bon déroulement d&rsquo;élections comme une éducation, une culture politique, une liberté d&rsquo;expression et d&rsquo;autres institutions démocratiques. Il y a eu quelques moments d&rsquo;illumination, rapidement révolus. Ainsi, les réformes tsaristes ayant démocratisé l&rsquo;accès au pouvoir ont perverti l&rsquo;institution des <em>biys</em>.</p>
			<div class="hp-newsletter col-span-3 lg:col-span-1 flex flex-col bg-primary-100 border-t-8 border-secondary-500 rounded-lg justify-center items-center lg:items-stretch px-6 py-6 gap-4 box-border">
			<div class="flex">
				<div class="enveloppe">
					<i class="far fa-envelope text-5xl text-secondary-300"></i>
				</div>
				<div class="formulaire_nl">
					<p>
						<span class="font-bold text-xl block">Toute l’Asie centrale dans votre boite mails</span>
						Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite					</p>
					<form class="flex w-3/4 lg:w-full" action="https://us4.list-manage.com/subscribe?u=6a15a2256d412b041fdec39e8&id=d479236523" method="post" id="mc-embedded-subscribe-form" name="mc-embedded-subscribe-form" class="validate" target="_blank" novalidate="">
						<input class="flex-grow py-2 px-3 border border-primary-300 rounded-l" type="email" placeholder="Email" name="EMAIL" id="mce-EMAIL">
						<button class="bg-secondary-500 py-2 px-3 text-white rounded-r-md border border-secondary-500" type="submit" value="" name="subscribe">S’inscrire</button>
					</form>

					<a href="#" class="underline text-secondary-700">Découvrez la dernière édition</a>
				</div>	
			</div>
		</div><!-- newsletter -->
		
<p style="text-align: justify">Ensuite, la révolution bourgeoise a interrompu le développement de l&rsquo;autonomie locale que promulguait le pouvoir tsariste. Après l&rsquo;expérience démocratique d&rsquo;Alach, tous les partisans du parti sont éliminés par les Bolcheviks avant qu&rsquo;ils ne puissent se développer. Puis viennent les 70 années de pouvoir soviétique qui adopte rapidement la pratique des élections sans réel choix. Et voilà qu’aujourd’hui les institutions démocratiques se développent depuis le début. Les États européens ont commencé l&rsquo;essor de leurs institutions démocratiques depuis déjà quelques siècles. Toutefois, le Kazakhstan a un avantage sur eux. Cet avantage tient dans le fait qu&rsquo;il peut éviter leurs erreurs, et surtout ses erreurs passées.</p>
<p style="text-align: justify">Comme l&rsquo;écrivait Akhmet Baïtoursinoff, avant de déclarer que les élections sont un mal, il faut définir ce que sont des élections. Le regain d&rsquo;intérêt politique qui a eu lieu autour de l’élection présidentielle montre que les Kazakhs commencent à atteindre les idées de penseurs du XXème siècle. Suivre les conseils d&rsquo;Akhmet Baïtoursinoff et comprendre pourquoi les élections sont une nécessité serait une excellente continuité.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Daniyar Sabitov<br />
Journaliste pour Informburo.kz</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://informburo.kz/mneniya/daniyar-sabitov/vybory-ot-kazahskogo-hanstva-do-vremyon-alash-ordy-pochemu-stepnaya-demokratiya-eto-mif.html">du russe</a> par Daniel Le Botlan</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Edité par Etienne Combier</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Corrigé par Aline Simonneau</strong></p>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/les-elections-dans-lhistoire-kazakhe-pourquoi-la-democratie-des-steppes-est-un-mythe/">Les élections dans l&rsquo;histoire kazakhe : pourquoi la « démocratie des steppes » est un mythe</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://novastan.org/fr/kazakhstan/les-elections-dans-lhistoire-kazakhe-pourquoi-la-democratie-des-steppes-est-un-mythe/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’histoire de Moustafa Chokaï, premier dissident kazakh</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kazakhstan/lhistoire-de-moustafa-chokai-premier-dissident-kazakh/</link>
					<comments>https://novastan.org/fr/kazakhstan/lhistoire-de-moustafa-chokai-premier-dissident-kazakh/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Rondeaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Nov 2017 07:41:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Alach-Orda]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie de Kokand]]></category>
		<category><![CDATA[Dissidence]]></category>
		<category><![CDATA[Indépendance]]></category>
		<category><![CDATA[Moustafa Chokaï]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[Turkestan]]></category>
		<category><![CDATA[URSS]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://novastan.org/fr/?p=13110</guid>

					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/lhistoire-de-moustafa-chokai-premier-dissident-kazakh/">L’histoire de Moustafa Chokaï, premier dissident kazakh</a></p>
<p>Elevé dans le sud du Kazakhstan actuel à la fin du XIXème siècle, Moustafa Chokaï a participé à l&#8217;autonomie du Turkestan, seul mouvement républicain centrasiatique en 1917. Avant d&#8217;être contraint par les Soviétiques à l&#8217;exil à Paris.&#160; Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement par Camonitor.kz . Élus après la Révolution d’octobre de [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/lhistoire-de-moustafa-chokai-premier-dissident-kazakh/">L’histoire de Moustafa Chokaï, premier dissident kazakh</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/lhistoire-de-moustafa-chokai-premier-dissident-kazakh/">L’histoire de Moustafa Chokaï, premier dissident kazakh</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Elevé dans le sud du Kazakhstan actuel à la fin du XIXème siècle, Moustafa Chokaï a participé à l&rsquo;autonomie du Turkestan, seul mouvement républicain centrasiatique en 1917. Avant d&rsquo;être contraint par les Soviétiques à l&rsquo;exil à Paris.&nbsp;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement<a href="https://camonitor.kz/27906-borec-za-svobodnyy-turkestan-i-pervyy-kazahskiy-dissident.html"> par Camonitor.kz </a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Élus après la Révolution d’octobre de 1917 par les représentants du peuple lors des assemblées d’Orenbourg et de Kokand, les parlements d’<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Alash_Orda">Alach-Orda</a> et de la région autonome <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Turkestan_russe">du Turkestan russe</a>, qui englobait alors une bonne partie de l&rsquo;Asie centrale, étaient les seuls parlements véritablement légitimes en Asie centrale. De fait, dans le même temps, les autorités bolchéviques avaient été imposées par la force et ne répondaient dès lors pas aux espoirs des peuples centrasiatiques. La famine organisée au Kazakhstan qui réduit de moitié la population du pays en est la preuve la plus terrible et la plus marquante.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sont les conclusions auxquelles sont parvenus les participants à la conférence scientifique qui a récemment eu lieu à Almaty intitulée&nbsp;:<em> « Les moukhtariats d’Alach-Ordinsk et du Turkestan&nbsp;: un compte-rendu cent ans plus tard »</em>. Des historiens kazakhs, kirghiz et ouzbeks étaient présents pour l’occasion, rapporte <a href="https://camonitor.kz/27906-borec-za-svobodnyy-turkestan-i-pervyy-kazahskiy-dissident.html">Camonitor.kz</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ardent défenseur du Turkestan</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En partant de cette conférence, Camonitor.kz relate l&rsquo;histoire du premier dissident kazakh, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Mustafa_Shokay">Moustafa Chokaï</a>. Nombre d’historiens kazakhs estiment que ses idées intéressaient non seulement les Kazakhs mais aussi les autres peuples du Turkestan, un territoire aujourd&rsquo;hui disparu qui recouvrait le sud du Kazakhstan actuel, le Turkménistan, le Tadjikistan, l&rsquo;Ouzbékistan et le Kirghizstan. Il a été taxé, sans la moindre preuve, de traître à la nation, de nationaliste bourgeois et d’artisan de la légion du Turkestan, qui s’est battue aux côtés de l’Allemagne fasciste.</p>
<p style="text-align: justify;">Moustafa Chokaï nait le 25 décembre 1890 à cinq kilomètres de la station de Soulou-Tobé, dans le sud du Kazakhstan, dans une famille kazakhe sédentaire de la région de Cyrdarin (aujourd’hui <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kyzylorda">Kyzylorda</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette période a été marquée par le début de la colonisation active de la région par des Russes. Les relations entre ces derniers et les autochtones n’étaient pas au mieux, raconte Mambet Koïguéldiev. Et non sans raison&nbsp;: les dirigeants chargés de gérer les affaires liées aux nouveaux arrivants russes se rendaient coupables d’un parti-pris flagrant. Par exemple, les parents de Moustafa&nbsp; Chokaï ont été expulsés de leur maison à deux reprises. Le pouvoir était d’avis qu’il valait mieux transformer ces logements en écoles, sans pour autant proposer quoi que ce soit en réparation aux anciens propriétaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De brillantes études à Tachkent</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Parfois, la récolte était confisquée, tout comme le bétail. Et puisque les kazakhs ne parlaient pas le russe, il n’existait aucun moyen de se plaindre de ces exactions. En cas d’opposition physique, tout subalterne lambda pouvait passer par les tribunaux pour faire envoyer les «&nbsp;insurgés&nbsp;» au bagne en Sibérie. Le père de Moustafa, Chokaï-bi, trouve alors sa propre façon de lutter contre ces décisions arbitraires en envoyant un de ses trois fils faire ses études à Tachkent, alors <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tachkent#P.C3.A9riode_de_la_Russie_imp.C3.A9riale">siège du gouvernement général du Turkestan russe</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Son choix se porte sur le benjamin, Moustafa. En 1902, après avoir fini l’école primaire dans son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Aoul">aoul </a>natal, il fut accepté au gymnase pour garçons de Tachkent,&nbsp; un établissement scolaire semblable au lycée. Il finit diplômé huit ans plus tard avec maestria, étant même pressenti pour un premier prix, l&rsquo;équivalent d&rsquo;une médaille d&rsquo;or.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Le gouverneur général de la région du Turkestan, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Samsonov">Alexandre Samsonov</a>, décida, contre l’avis du directeur du gymnase, Gramenitski, d’octroyer le premier prix à un étudiant russe, Zeprometov, et le second prix à Chokaï qui, huit années durant, avait accumulé les lauriers. Cette injustice provoqua l’indignation. Zeprometov, estimant que Chokaï méritait sa médaille d’or, la refusa »</em>, décrit&nbsp;Moustafa Chokaï dans ses mémoires. Sur cet épisode, des détails supplémentaires sont disponibles dans un passage du livre de Maria Gorina, épouse de Moustafa Chokaï, intitulé <em>« Je vous écris de Nojan… »</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Un homme reconnu pour ses talents de traducteur</b></p>
<p style="text-align: justify;">Dès le lycée, Moustafa Chokaï s’est impliqué dans la société, affirme l&rsquo;historien Mambet Koïguéldiev. On venait de tous les villages voisins pour lui demander de rédiger des demandes destinées à l’administration régionale. Le Gouverneur général, qui avait reçu de nombreuses lettres de ses administrés, se rend alors compte du talent de traducteur de Moustafa Chokaï, et lui propose un poste dans son administration une fois diplômé du gymnase. Chokaï refusa, prétextant qu’il préférait continuer ses études à la faculté de droit de l’université de Saint-Pétersbourg.</p>
<p style="text-align: justify;">Après être entré à l’université, son autorité auprès des habitants de sa steppe natale ne fit que croître. <em>« Nous nous sommes aperçus que le Gouverneur général prenait compte de ton point de vue. Tu parviendras bien à t’entretenir avec le tsar blanc. Tu n’auras qu’à lui transmettre notre demande »</em>, lui écrivaient-ils.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De Tachkent à Saint-Pétersbourg</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A Saint-Pétersbourg, Moustafa Chokaï vit grâce à une bourse financée par les Tatars de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kazan">Kazan</a>. Mais ces aides n’étaient clairement pas suffisantes pour vivre dans la capitale de l&#8217;empire russe. En outre, son père meurt alors qu’il passait en troisième année et pour pallier ce malheur, chaque agriculteur de son village décide d’offrir, chaque année, une tête de bétail pour l’aider à obtenir son diplôme.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, Moustafa Chokaï, encore étudiant, fait son entrée au secrétariat du bureau musulman de la Douma d’Etat sur recommandation d’<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Alikhan_Bukeikhanov">Alikhan Boukeïkhanov</a>, un Kazakh qui dirigera la région autonome d&rsquo;Alach après la révolution soviétique. Moustafa Chokaï brillait surtout dans les tâches politiques, qu’il soit question des peuples du Caucase ou des Tatars, de la Volga ou de Crimée. Cet épisode lui permit de se forger une certaine vision du monde.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La République du Turkestan</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’année 1917 marque les premiers pas de Moustafa Chokaï sur la scène politique, un tournant dans sa vie. Il se félicite du renversement du régime tsariste et de la création du gouvernement provisoire. L’intelligentsia kazakhe caressait l’espoir de voir l’Assemblée constituante russe, mise sur pied en 1917, résoudre, si ce n’est tous les problèmes, au moins les plus importants s’étant accumulés aux frontières de l’empire.</p>
<p style="text-align: justify;">Soutenu par d’autres représentants de l’intelligentsia de transition de la région, Moustafa Chokaï réussit à obtenir du gouvernement provisoire l’établissement d’un comité pour la gestion de la région du Turkestan, raconte Mambet Koïguéldiev. Un comité composé d’Alikhan Boukeïkhanov, de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Mukhamedzhan_Tynyshpaev">Moukhamedjan Tynychbayev</a>, de Sardi Maksoudov, d’Orest Chkapski et d’autres démocrates.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&rsquo;Autonomie de Kokand déclarée en grande pompe</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Durant l’été 1917, Moustafa Chokaï arrive au Turkestan où il prend activement part aux activités de différentes organisations publiques. En novembre de la même année, les autorités soviétiques s’installent dans la région. Pas un seul représentant des peuples autochtones de la région, qu’ils soient Kazakhs, Ouzbeks, Turkmènes ou Tadjiks ne siégeaient au sein du gouvernement soviétique du Turkestan. Offusqué par cette exclusion, l’intelligentsia régionale rassemble le 10 décembre le quatrième congrès des musulmans du Turkestan, lors duquel fut déclarée la création du «&nbsp;Turkestan moukhtariats&nbsp;», l’Autonomie du Turkestan.</p>
<figure id="attachment_13125" aria-describedby="caption-attachment-13125" style="width: 450px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-13125" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2017/11/450px-Bandera_de_Kokand.svg_.png" alt="Turkestan Autonome Kokand" width="450" height="300" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2017/11/450px-Bandera_de_Kokand.svg_.png 450w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2017/11/450px-Bandera_de_Kokand.svg_-300x200.png 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2017/11/450px-Bandera_de_Kokand.svg_-128x86.png 128w" sizes="auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px" /><figcaption id="caption-attachment-13125" class="wp-caption-text">Le drapeau du Turkestan autonome, aussi appelé « Autonomie de Kokand ».</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify;">Voilà comment s’en rappelle Moustafa Chokaï&nbsp;: <em>« Ce qui est entré dans l’histoire comme <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Basmachi_movement#The_Kokand_autonomy_and_the_start_of_hostilities">l’</a><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Basmachi_movement#The_Kokand_autonomy_and_the_start_of_hostilities">Autonomie de Kokand</a>, point de départ du mouvement de libération nationale du Turkestan, fut effectivement un événement d’une résonance particulière. En témoignent les attaques de la presse soviétique à l’époque et le vif intérêt des chercheurs européens et américains. Aujourd’hui, dix-neuf ans plus tard, on se rend encore compte de notre erreur. Mais nous reprocher une erreur faite il y a dix-neuf ans, c’est comme reprocher à un enfant qui vient d’apprendre à marcher qu’il trébuche, tombe et ne se mette pas directement à courir »</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Moustafa Chokaï considéré comme instigateur par les Soviétiques</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« C’est surtout moi que les bolchéviques tenaient responsables pour cette «&nbsp;autonomie&nbsp;». Me faire lyncher ne me dérange pas, même par certains de mes amis, véritables ou non. Les nombreuses insultes des bolchéviques étaient autant de récompenses, mes ennemis reconnaissaient donc la valeur de mon humble initiative au bénéfice de la lutte nationale. Je n’ai cure des reproches des Judas. Quant aux critiques de mes amis sincères, je le prends comme des «&nbsp;autocritiques&nbsp;» »</em>, continue le dissident dans ses mémoires.</p>
<p style="text-align: justify;">Au parlement de la République du Turkestan, Moustafa occupe pendant deux semaines la tête du ministère des Affaires étrangères avant de remplacer Moukhamedjan Tynychbayev, le représentant démissionnaire du parlement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une autonomie de 62 jours</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La République du Turkestan ne subsista que soixante-deux jours, précise Mambet Koïguéldiev. L’historiographie soviétique ne lui accorde qu’une importance locale, la qualifiant d’<em>Autonomie de Kokand </em>et taxant ses créateurs de nationalisme effréné. Mais cela ne reflète pas la réalité&nbsp;: le Conseil temporaire de la République se composait de cinquante-quatre personnes, dont un tiers étaient de représentants des peuples européens vivant dans la région. Moustafa Chokaï le répétait&nbsp;: <em>« nous ne pouvons pas tellement nous éloigner de nos voisins. Donc, qu’on le veuille ou non, nous devons être amis avec la Russie. Une seule chose doit changer&nbsp;: notre Etat doit acquérir son indépendance. »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« La quasi-totalité des Russes de Tachkent était contre notre mouvement, à l’exception d’un groupe marginal richissime et quelques socialistes de gauche. Non seulement refusaient-ils notre autonomie, mais ils s’opposaient de plus à ce que les Turkestanais puissent bénéficier des mêmes droits que les Russes »</em>, décrit Moustafa Chokaï dans ses mémoires.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Seul le Conseil des députés des travailleurs et des soldats de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vall%C3%A9e_de_Ferghana">Ferghana</a>, au sein duquel Vadim Tchaïkin jouait un rôle essentiel, soutenait fermement l’aspiration d’autonomie du Turkestan… Malheureusement, nous n’étions pas préparés, nous n’avions pas de force techniques vives, nous n’étions pas assez conscients de la situation et nous n’étions pas assez mûrs d’un point de vue politique. Nous nous retrouvions sans solution face à un ennemi bien équipé et très organisé fort peu disposé à laisser le pouvoir s’échapper. Tous ces facteurs ont mené à un résultat simple&nbsp;: l’autonomie a vivoté deux mois avant de s’effondrer »</em>, juge Moustafa Chokaï.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Premier émigré turkestanais en Europe</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le 11 février 1918, les bolchéviques déploient à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kokand">Kokand </a>des troupes de Tachkent, des pièces d’artilleries et des canons. La lutte était déséquilibrée, ceux qui survécurent s’enfuirent. Moustafa Chokaï mit le cap sur Tachkent, en passant par Ferghana, avant d’émigrer, tout d’abord en Géorgie, puis traversa le Bosphore pour arriver en Europe. Il devient le premier émigrant politique ayant lutté pour les intérêts des Turkestanais.</p>
<p style="text-align: justify;">De fait, insiste Mambet Koïguéldiev, Moustafa Chokaï ne se présentait jamais en tant que Kazakh. Il se qualifiait de Turkestanais. Dans ses travaux, il évoquait son rêve le plus cher, un rêve d’unité pour le Turkestan. Car, il en était persuadé, seule l’unité permettrait à ces peuples aux racines communes, qui partagent la même langue, la même culture et la même religion, de préserver leurs spécificités et de ne pas être phagocytés par des peuples plus nombreux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Moustafa Chokaï, journaliste et historien</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En exil, Moustafa Chokaï joue avec brio du rôle de représentant européen des peuples du Turkestan. Pendant dix ans, de 1929 à 1939, il s’attache à publier, à Paris, un journal indépendant rédigé en langue turkestanaise (le tchaghataï), «&nbsp;Yach Turkestan&nbsp;», c’est-à-dire <em>Le jeune Turkestan</em>, financé par la Pologne. Dans les pages de ce journal, il procédait à une analyse brillante des réformes bolchéviques au Turkestan. Alors que l’URSS ne tolère pas la moindre critique à l’égard du Parti et que les vagues de répression se succèdent, il endosse le rôle d’opposant de facto aux pouvoir soviétique dans la région.</p>
<p style="text-align: justify;">À Paris, en plus d&rsquo;être journaliste, Moustafa Chokaï se consacre à l’histoire. Conscient du fait que l’Europe ne savait rien de l’histoire et de la culture du Turkestan, il décide de sensibiliser le contient en rédigeant des tracts portant sur les scientifiques et les penseurs du Turkestan les plus remarquables ayant vécu dans la région lors du Moyen-Âge.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Légion du Turkestan, point noir de l&rsquo;histoire&nbsp;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’idéologie soviétique a accusé Moustafa Chokaï d’avoir entretenu des liens avec le régime fasciste. Ce dernier a été capturé le 22 juin 1941 à Paris par les Nazis, avant d&rsquo;être emmené à Berlin trois semaines plus tard. On lui a proposé de collaborer, mais il a répondu qu’il ne s’engagerait pas sur cette voie tant qu’il n’aurait pas visité les camps où les prisonniers de guerre étaient incarcérés.</p>
<p style="text-align: justify;">Moustafa Chokaï, alors en Pologne occupée, écrit à son épouse. <em>« Je souffre de ne pas être en mesure d’aider ces malheureux. Ils me demandent de l’aide, fondent leurs espoirs sur moi. Conscient de ne pas pouvoir les aider, je suis obligé de leur mentir. Je ne peux plus le supporter. La mort me semblerait encore plus douce… Hier, j’ai réussi à sauver trente-cinq personnes de la fusillade. Mais pour combien de temps&nbsp;? Nous sommes en novembre. Qu’adviendra-t-il d’eux en été&nbsp;? Ou dans six mois&nbsp;? Eux qui sont obligés de fouiller le sol à mains nues pour ne pas mourir de faim. Eux à qui on jette du pain comme à des chiens, à qui on ne donne pas d’eau… Ces gens «&nbsp;civilisés&nbsp;» sont pires que des bêtes. »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Je contourne les camps qui s’étendent sur des dizaines de kilomètres. Mes forces me quittent. Tu n’imagines pas à quel point mon cœur souffre. Je n’ai plus envie de vivre… »</em>, continue-t-il.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un dégoût des camps de concentration</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Arrivé à ses limites, Moustafa rédigea une protestation écrite&nbsp;: « Vous, les Allemands, estimez être la nation la plus civilisée d’Europe. Si vous pensez que la façon dont vous traitez les prisonniers mérite des louanges, alors je vous souhaite de subir ce qu’ils ont à subir. »</em>, rapporte sa femme, Maria Gorina-Chokaï, dans ses mémoires. <em>« Il donna cette lettre à un officier SS. « Ne crois-tu pas que tu t’exprimes avec trop d’hardiesse&nbsp;? », lui demanda-t-on. Sa réponse fut la suivante&nbsp;: « Si cette lettre me condamne au peloton d’exécution ou à la corde, alors qu’il en soit ainsi ». Ce séjour lui fit perdre le sommeil et le plongea dans une apathie complète. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa dernière lettre à son épouse, Moustafa Chokaï écrit qu’une épidémie de typhus s’était déclarée dans les camps.<em> « J’ai l’impression que mon invective à la direction a eu son effet. Il y a beaucoup de travail. Je n’y arriverai pas seul. J’ai besoin d’un assistant. Il faut que j’arrive à faire mettre le camp en quarantaine. »&nbsp;</em>Ce fut un échec. Le 19 décembre 1941, il est transféré à Berlin avec quarante de fièvre. Huit jours plus tard, c’en était fini de lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors, conclut Mambet Koïguéldiev, Moustafa Chokaï était étranger à la création de la légion du Turkestan, annoncée durant son hospitalisation. Cette formation, composée de prisonniers turkestanais luttant au côté de l’Allemagne nazie, a été mise sur pied en 1942. Quant à Moustafa Chokaï, sa seule faute fut d’aimer sa patrie d’un amour sans limites, estime l&rsquo;historien.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Traduit du russe par Thomas Rondeaux</strong></p>
<p><em><span style="font-weight: 400;">Si vous avez aimé cet article, n&rsquo;hésitez pas à nous suivre sur </span><a href="https://twitter.com/novastan_fr"><span style="font-weight: 400;">Twitter</span></a><span style="font-weight: 400;">, </span><a href="https://www.facebook.com/Novastan.org/"><span style="font-weight: 400;">Facebook</span></a><span style="font-weight: 400;">, </span><a href="https://telegram.me/novastan"><span style="font-weight: 400;">Telegram</span></a><span style="font-weight: 400;">, </span><a href="https://www.linkedin.com/company-beta/5246815/"><span style="font-weight: 400;">Linkedin</span></a><span style="font-weight: 400;"> ou </span><a href="https://www.instagram.com/novastanorg/"><span style="font-weight: 400;">Instagram</span></a><span style="font-weight: 400;"> ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir</span><a href="http://eepurl.com/O0Qub"> <span style="font-weight: 400;">notre newsletter hebdomadaire</span></a><span style="font-weight: 400;">.</span></em></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/lhistoire-de-moustafa-chokai-premier-dissident-kazakh/">L’histoire de Moustafa Chokaï, premier dissident kazakh</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://novastan.org/fr/kazakhstan/lhistoire-de-moustafa-chokai-premier-dissident-kazakh/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
