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	<title>spardaeva, Author at Novastan France</title>
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	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
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	<title>spardaeva, Author at Novastan France</title>
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		<title>Dans les coulisses du documentaire « l’exploit du peuple » retraçant l’engagement des Ouzbeks dans la Seconde Guerre mondiale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[spardaeva]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jul 2020 09:46:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Khamraïev]]></category>
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		<category><![CDATA[Documentaire]]></category>
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		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Seconde Guerre mondiale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/dans-les-coulisses-du-documentaire-lexploit-du-peuple-retracant-lengagement-des-ouzbeks-dans-la-seconde-guerre-mondiale/">Dans les coulisses du documentaire « l’exploit du peuple » retraçant l’engagement des Ouzbeks dans la Seconde Guerre mondiale</a></p>
<p>Alors que la mémoire de la Grande Guerre patriotique est aujourd’hui dominée par la vision de Moscou, l’Ouzbékistan a pour la première fois diffusé un documentaire dévoilant la participation de ses citoyens au conflit. Le metteur en scène Ali Khamraïev, chargé de réaliser le projet, a travaillé durant la quarantaine et est revenu dans son [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/dans-les-coulisses-du-documentaire-lexploit-du-peuple-retracant-lengagement-des-ouzbeks-dans-la-seconde-guerre-mondiale/">Dans les coulisses du documentaire « l’exploit du peuple » retraçant l’engagement des Ouzbeks dans la Seconde Guerre mondiale</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Alors que la mémoire de la Grande Guerre patriotique est aujourd’hui dominée par la vision de Moscou, l’Ouzbékistan a pour la première fois diffusé un documentaire dévoilant la participation de ses citoyens au conflit. </strong><strong>Le metteur en scène Ali Khamraïev, chargé de réaliser le projet, a travaillé durant la quarantaine et est revenu dans son pays natal, près de 30 ans après l’avoir quitté. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 22 mai 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale, </strong><strong><a href="https://fergana.site/articles/118288/">Fergana News</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify">Ces dernières années, les autorités russes soulignent de plus en plus le rôle primordial du peuple russe dans la victoire de la Seconde Guerre mondiale, appelée <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Guerre_patriotique">Grande Guerre patriotique</a>, minimisant aussi bien la contribution des autres peuples qui formaient l&rsquo;armée soviétique que celle des Alliés. Les opposants parlent d&rsquo;une « privatisation de la victoire », ou de « l&rsquo;obscurantisme du 9 mai », expression qui reflète bien l&rsquo;hystérie qui renaît chaque année en mai autour de la « grande fête des Russes ».</p>

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<p style="text-align: justify">Dans le même temps, l&rsquo;Ouzbékistan est en train de modifier son rapport à la Seconde Guerre mondiale. Du temps du président <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/islam-karimov-un-orphelin-devenu-pere-de-la-nation/">Islam Karimov</a> (1989-2016), la ligne officielle était que le pays avait été enrôlé de force, comme une colonie, et donc que sa participation à la guerre avait été contrainte et forcée. À présent, peut-être à la suite de la propagande de Moscou, une autre relation à la guerre et à la victoire apparaît. Des archives ont été ouvertes, et le président <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/qui-est-le-nouveau-president-de-louzbekistan/">Chavkat Mirzioïev</a>, au pouvoir depuis 2016, a communiqué de nouveaux chiffres sur les Ouzbeks qui ont participé à la guerre ou y sont morts, sur ceux qui ont été décorés ou évacués, sur la contribution des habitants du pays à la victoire. Un Ouzbek sur trois est ainsi parti à la guerre, tandis que le pays a compté plus de 538 000 morts sur une population de 6,3 millions d&rsquo;habitants entre 1941 et 1945.</p>
<p style="text-align: justify">Pour fêter le 75<span style="font-size: 13.3333px">ème</span> anniversaire de la victoire, les chaînes de télévision ont passé plusieurs films sur le rôle du peuple ouzbek dans la Grande Guerre patriotique et sur son héroïsme dans le combat contre le fascisme. Les 8 et 9 mai, sur toutes les chaînes sans exception, publiques comme privées, est sorti le film <em>Xalq jasorati</em> (<em>L&rsquo;exploit du peuple</em>), le premier film entièrement ouzbek depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, réalisé presque exclusivement à partir de bandes d&rsquo;actualités cinématographiques.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><strong><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/trois-presidents-centrasiatiques-ont-assiste-au-defile-de-la-victoire-a-moscou/">Trois Présidents centrasiatiques ont assisté au défilé de la Victoire à Moscou</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Cet évènement est également notable parce que l&rsquo;auteur du film est <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ali_Khamraev">Ali Khamraïev</a>, un nom connu du cinéma soviétique, oublié pendant un quart de siècle en Ouzbékistan. Alors que le réalisateur de 83 ans n’avait pas travaillé depuis près de 30 ans dans son pays, il revient sur son travail pour la réalisation de <em>L&rsquo;exploit du peuple</em> dans une interview au média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana News.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Fergana News : Ali Khamraïev, voilà presque trente ans que vous n&rsquo;avez plus travaillé en Ouzbékistan, et voici que ce même État vous propose de tourner pour l&rsquo;anniversaire de la victoire un film documentaire, qui pourra ensuite donner matière à une série télévisée. Comme disait le cardinal de Richelieu, « c&rsquo;est beaucoup de confiance et beaucoup d&rsquo;argent »&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify">Oui, il y avait beaucoup de confiance, et ils ont été généreux aussi pour le financement &#8211; la chaîne privée Sevimli TV y a participé. Je raconterai plus tard dans quelles conditions nous avons travaillé.  Les comptables du studio « Ouzkinokhronika » ont râclé leurs fonds de tiroirs pour pouvoir me donner ce qu&rsquo;ils estimaient des honoraires convenables. Mais j&rsquo;ai compris que cet argent, en ces jours extrêmement difficiles pour l&rsquo;Ouzbékistan, me brûlerait les doigts et le cœur. Je garde une lettre de mon père écrite quand il était au front où l&rsquo;on peut lire ces mots : « Ici, l&rsquo;argent ne nous intéresse pas. Nous avons oublié la valeur du rouble&#8230; Nous vaincrons, alors nous aurons de l&rsquo;argent, de l&rsquo;or, et de la gloire&#8230; ». J&rsquo;ai tout de suite décidé de donner mon salaire pour le film au fonds de lutte contre <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/coronavirus-lasie-centrale-face-a-une-nouvelle-acceleration/">la pandémie du coronavirus.</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Comment l&rsquo;affaire a-t-elle commencé pour vous ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le 5 mars 2020, je suis sorti de l&rsquo;avion à Tachkent. Le voyage depuis l&rsquo;Italie contaminée a été compliqué : en voiture d&rsquo;abord jusqu&rsquo;à l&rsquo;aéroport de Nice, où j&rsquo;ai miraculeusement échappé à une quarantaine de 14 jours, ensuite Moscou, encore indemne à cette époque, l&rsquo;aéroport de Vnoukovo&#8230; Et me voilà dans ma patrie. Au cours des 18 derniers mois, j&rsquo;ai eu des contacts fréquents avec le chanteur et compositeur <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Farrukh_Zokirov">Farroukh Zakirov </a>: il rêvait depuis longtemps de faire un film sur la grande dynastie des Zakirov – depuis le père, Karim Zakirovitch, et la mère, Choïsta Saïdovaya, jusqu&rsquo;à leurs enfants, tous pleins de talent, et aux petits-enfants et même arrière-petits-enfants.</p>
<p style="text-align: justify">À côté de ce travail, nous avons parlé avec Farroukh d&rsquo;un autre projet : réaliser un mini-film à partir de sa nouvelle chanson <em>Nous nous souvenons</em> sur les centaines de milliers d&rsquo;orphelins accueillis par l&rsquo;Ouzbékistan pendant la Grande Guerre patriotique. Mais le tournage a été interrompu à cause des mesures strictes de quarantaine introduites dans le pays. Je me suis retrouvé en confinement. Et voilà que début avril, l&rsquo;agence nationale Ouzbekkino me propose de tourner dans les plus brefs délais, pour le 75ème anniversaire de la victoire sur l&rsquo;Allemagne fasciste, un film documentaire, <em>L&rsquo;exploit d&rsquo;un peuple,</em> montrant la part héroïque prise par l&rsquo;Ouzbékistan et les Ouzbeks dans cette guerre.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Dans les plus brefs délais, cela veut dire en un mois ! Tous les projets cinématographiques en Ouzbékistan peuvent donc se réaliser avec une telle réactivité ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Je n&rsquo;en sais rien ! Je peux seulement supposer que quelqu&rsquo;un dans les milieux du pouvoir ou à Ouzbekkino s&rsquo;est souvenu que me suis déjà intéressé à ce thème auparavant. En 1975, pour le 30ème anniversaire de la victoire, j&rsquo;avais réalisé le film <em>L&rsquo;exploit de Tachkent</em> pour lequel j&rsquo;avais reçu au Festival du Film soviétique le grand prix du meilleur documentaire. Et j&rsquo;ai eu ainsi le droit, malgré le régime de confinement général, d&rsquo;accéder aux trésors des archives cinématographiques et sonores de la République d&rsquo;Ouzbékistan.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Il est intéressant, en fait, de comparer cette expérience-là avec celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : combien de temps a demandé <em>L&rsquo;exploit de Tachkent</em> ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Il y a quarante-cinq ans, le cinéma vivait évidemment de façon différente. Le metteur en scène était la figure centrale autour de laquelle tout tournait, les fonctionnaires, la production, la distribution, la télévision, la presse, les spectateurs. Un projet comme <em>L&rsquo;exploit du peuple</em> aurait demandé au minimum six mois. Écriture du scénario, passage par plusieurs commissions (avec d&rsquo;ordinaire de nombreuses modifications), ensuite la période de préparation, le travail aux archives cinématographiques ou autres. Et puis le tournage, le montage, de nouveau l&rsquo;approbation nécessaire de toutes les instances. Personnellement, cela me convenait : je savais naviguer entre les écueils de la bureaucratie, et pendant ce temps je préparais tranquillement mon projet de film de fiction.</p>
<p style="text-align: justify">En 1970, je suis allé pour la première fois aux Archives cinématographiques de l&rsquo;URSS à Krasnogorsk et j&rsquo;ai adoré ce travail sur les vieilles actualités filmées. Les images que j&rsquo;ai pu trouver avec l&rsquo;aide des employées des archives, des jeunes filles souriantes aux grands yeux que j&rsquo;amadouais avec des melons et du raisin des bazars de Tachkent, se promènent chez nous de film en film depuis presque cinquante ans déjà. Elles sont inusables, n&rsquo;ont pas une ride – c&rsquo;est la caractéristique principale des films d&rsquo;actualité véridiques.</p>
<p style="text-align: justify">Mais les archives cinématographiques de notre République sont elles aussi un coffre au trésor sans fond. On peut y trouver tant de films uniques qui touchent à l&rsquo;histoire de l&rsquo;Ouzbékistan ! En prenant le temps de chercher, on fait des découvertes sensationnelles !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Par exemple ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Eh bien tenez, j&rsquo;ai longtemps cherché un sujet avec le légendaire général ouzbek <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Sobir_Rakhimov">Sabir Rakhimov</a>, j&rsquo;ai passé en revue toutes les actualités de juin 1941 à mai 1945 et… j&rsquo;ai fini par trouver, dans une émission de juin 1945. 10 secondes en tout, mais lesquelles ! Et il y a aussi dix minutes très précieuses avec l&rsquo;adieu aux cendres de ce glorieux soldat.</p>
<figure id="attachment_33915" aria-describedby="caption-attachment-33915" style="width: 496px" class="wp-caption alignnone"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-33915" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/07/39971601-1bf6-4494-abab-b50a8170f2f4.jpeg" alt="Ouzbékistan Grande Guerre patriotique Seconde Guerre mondiale l'exploit du peuple documentaire Ali Khamraïev Histoire" width="496" height="310" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/07/39971601-1bf6-4494-abab-b50a8170f2f4.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/07/39971601-1bf6-4494-abab-b50a8170f2f4-300x188.jpeg 300w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-33915" class="wp-caption-text">Formation des premières divisions ouzbèkes au début de la Seconde Guerre mondiale.</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify">Et voici un autre exemple, plus personnel. Quand je suis allé pour la première fois, il y a environ soixante ans, aux Archives cinématographiques de Tachkent (elles ont été fondées en 1943), j&rsquo;ai tout de suite demandé à voir un film dans lequel, selon ma mère, on pouvait voir mon père Ergach Khamraïev filmé avant son départ pour le front. Je tremblais comme une feuille quand j&rsquo;ai enfin vu sur l&rsquo;écran mon père, qui avait 32 ans au début de la guerre. Je mets depuis longtemps ces images dans chaque film documentaire que je fais sur la guerre. Et je les ai aussi insérées dans mon film de fiction <em>Je me souviens de toi</em> (1985).</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Concrètement, en quoi le projet <em>L&rsquo;exploit d&rsquo;un peuple</em> est-il important pour vous ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">C&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;heureuse possibilité de reprendre pied dans le cinéma d&rsquo;Ouzbékistan, le pays où je suis né, où j&rsquo;ai fait ma scolarité, où j&rsquo;ai tourné mes meilleurs films. Ensuite, l&rsquo;un des thèmes principaux de mon œuvre est la mémoire, le souvenir de ceux qui ne sont pas revenus des sanglants champs de bataille : mon père et ses compagnons de combat, l&rsquo;orphelin qui n&rsquo;a personne pour le défendre, personne chez qui trouver un sage conseil ou une bénédiction paternelle. J&rsquo;ai toujours sur moi les photos de mon père – tenez, regardez celle-ci, dans mon portefeuille…</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Merci. Selon vous, à quoi peut servir ce film dans l&rsquo;Ouzbékistan d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le souhait que m&rsquo;a exprimé le nouveau directeur d’Ouzbekkino, Firdavs Abdoukhalikov, était celui-ci : apporter le plus possible de vérité sur ces jours et ces années difficiles. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait, et on m&rsquo;en a rendu justice.</p>
<p style="text-align: justify">Pourquoi précisément aujourd&rsquo;hui ? Je pense que pour tous les responsables de tous niveaux dans le domaine de la culture, de l&rsquo;idéologie, le projet <em>L&rsquo;exploit d&rsquo;un peuple</em> est indispensable pour un dialogue ouvert avec la population de tous âges, un dialogue qui soit en prise avec la réalité actuelle, surtout en ce moment, pendant la lutte contre la pandémie de coronavirus. Pour que les citoyens de notre pays, assis dans leurs maisons bien chauffées avec leurs téléviseurs et leurs réfrigérateurs pleins, prennent exemple sur leurs ancêtres dont la vie était mille fois plus difficile. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est nous-mêmes que nous voulons sauver, mais il y a soixante-quinze ans, les Ouzbeks au front sauvaient leurs mères, leurs sœurs, leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Ils nous ont sauvés, et vous aussi. Et je pense aussi que le gouvernement veut être honnête devant les générations futures qui doivent connaître la vérité sur l&rsquo;histoire de leur peuple.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le thème des répressions staliniennes est-il présent dans votre film ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Bien entendu. Dans notre film, le stalinisme est évoqué sous la rubrique “Combat pour le pouvoir dans un État totalitaire”. On y voit des images du troisième procès de Moscou contre les compagnons de lutte de Lénine – <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikola%C3%AF_Boukharine">Nikolaï Boukharine</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexe%C3%AF_Rykov">Alexeï Rykov</a> – et aussi contre les dirigeants du parti communiste d&rsquo;Ouzbékistan <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Akmal_Ikramov">Akmal Ikramov</a> et <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-naissance-dune-nation-a-lepoque-de-la-revolution/">Faïzoulla Khodjaïev</a>, une partie du réquisitoire du procureur Vychinski et la proclamation de la sentence de mort.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Comment s&rsquo;est déroulé votre travail sous un régime de quarantaine totale ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">C&rsquo;est le plus intéressant ! Dans un hôtel particulier du centre de Tachkent entouré d&rsquo;une haute palissade, une table de montage avec des ordinateurs avait été installée. Nous avions notre cuisinier, une employée de maison rien que pour nous. À toute heure, sur la table, des plateaux de fraises et d&rsquo;abricots. Trois monteurs travaillaient 18 heures par jour, des voitures avec des laissez-passer spéciaux nous apportaient du matériel venant des archives cinématographiques classifiées que le gouvernement avait ouvertes spécialement pour notre projet. Les chauffeurs dormaient dans les voitures. Les rédacteurs, interprètes, assistants, administrateurs, consultants travaillaient avec moi « online » par vidéoconférence et par téléphone. La chaîne Sevimli TV s&rsquo;occupait de l&rsquo;aspect technique et organisationnel, c&rsquo;est elle qui pour une large part a permis de réaliser le projet dans des délais “réactifs”, comme vous dites… “Il nous faut la victoire, une pour tous, peut nous importe le prix”. Vous vous souvenez de cette fameuse chanson de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boulat_Okoudjava">Boulat Okoudjava</a> ?</p>
<p>https://www.youtube.com/watch?v=R4ShUS25Cec</p>
<p style="text-align: justify">La situation avec cette pandémie a montré qu&rsquo;en se concentrant au maximum, en ne se laissant pas distraire le matin en allant au bureau ou en rentrant chez soi, en ne perdant pas de temps à préparer des repas, en n&rsquo;avalant pas des centaines d&rsquo;heures de séries télévisées débiles, on peut faire rapidement un travail de qualité. Et la pandémie a montré encore que quelqu&rsquo;un peut très bien ne pas se montrer au bureau, mais faire très bien son travail à domicile, que tel autre n&rsquo;est pas forcément indispensable dans un système où l&rsquo;occupation principale est de transporter des papiers d&rsquo;un étage à l&rsquo;autre et d&rsquo;un bureau au bureau d&rsquo;à côté… En fait, je pense qu&rsquo;après la victoire sur la pandémie, le monde va beaucoup changer, que l&rsquo;humanité vivra selon d&rsquo;autres règles de comportement et de morale. Et que les spectateurs voudront voir un cinéma complètement différent.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Parlons de ce “cinéma différent”… Vous considérez que le miracle qui vous est arrivé est la conséquence des changements positifs survenus en Ouzbékistan. Quels sont, selon vous, les changements urgents à effectuer dans le système d’Ouzbekkino ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">La situation dans le système du cinéma ouzbek n&rsquo;est pas simple depuis presque trente ans déjà, et il y a des raisons objectives à cela. Certains maîtres tournent déjà leurs films dans les jardins d’Éden, d&rsquo;autres travaillent là où l&rsquo;herbe est plus verte (comme nos ancêtres nomades qui allaient avec famille et troupeaux  chercher les meilleurs pâturages), d&rsquo;autres encore galèrent tout seuls dans l&rsquo;industrie cinématographique de notre pays et finissent par passer pour des têtus capricieux. Le tableau est disparate, complexe, conflictuel, embrouillé. Pour ma part, je ne peux évidemment pas rester à l&rsquo;écart du destin de notre cinéma, mais il arrive que je me fasse remettre à ma place…</p>
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<p style="text-align: justify">Il y a dix ans, en discutant d&rsquo;un des films de <a href="https://www.cinemas-asie.com/fr/les-membres/item/1953-kamara-kamalova.html">Kamara Kamalova</a> pendant le festival international “Kinochoc”, j&rsquo;avais osé dire aux critiques que s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de second plan chez cette réalisatrice, c&rsquo;est parce que son budget était trop serré : derrière les héros au premier plan, elle ne pouvait pas se permettre une petite scène de foule, une voiture qui passe, des enfants qui courent, une charrette tirée par un âne, un cycliste, des cheminées qui fument, la poussière d&rsquo;un chemin soulevée par une machine à vent. Il n&rsquo;y avait tout simplement pas d&rsquo;argent pour cela, ce qui est bien naturel dans la situation complexe où se trouvait alors notre République. J&rsquo;ai quitté la discussion avant la fin, et on m&rsquo;a dit ensuite que l&rsquo;un des membres de la délégation ouzbèke, metteur en scène et ancien directeur d’Ouzbekfilm, avait dit littéralement ceci : “Khamraïev ne connaît pas la vie de notre peuple, en Ouzbékistan les gens habitent dans des villas et roulent en Mercedes”. Sans commentaire…</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-a-la-conquete-du-marche-international-du-cinema/">L’Ouzbékistan à la conquête du marché international du cinéma</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Je n&rsquo;ai pas de recette miracle, je sais simplement que l’État ne doit pas perdre le contrôle sur une forme d&rsquo;art aussi importante que le cinéma. Il est indispensable, à mon avis, de changer très vite le système de préparation des films, car pour réaliser chaque année trente longs métrages, il est absolument nécessaire aujourd&rsquo;hui que la production ait dans ses dossiers une centaine de scénarios parmi lesquels elle puisse choisir, et au moins une cinquantaine de réalisateurs professionnels, talentueux ou au moins compétents. Je me souviens qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas très longtemps, les médias ont jubilé quand un groupe assez important de jeunes réalisateurs de notre pays sont partis se former en Chine. Où sont ces réalisateurs ? Sur quoi travaillent-ils ? Quelle expérience ont-ils acquise ?</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Qu&rsquo;est ce qui doit changer, selon vous, dans le langage cinématographique ouzbek pour qu&rsquo;il commence à être coté dans le monde ? Il est entendu que pour tourner un blockbuster, il faut beaucoup d&rsquo;argent. Mais on peut aujourd&rsquo;hui faire aussi du bon cinéma avec quelques sous, comme le prouve sans arrêt le cinéma iranien ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Pour que quelque chose change dans le langage du cinéma ouzbek, il faut s&rsquo;intéresser aux classiques du cinéma mondial et se mettre à l&rsquo;école de ses représentants. La plupart de nos réalisateurs ont été formés par des pédagogues qui, pour différentes raisons, n&rsquo;étaient en fait que des demi-savants. S&rsquo;il n&rsquo;y a pas de talent donné par les dieux, alors la paresse, l&rsquo;arrogance, une prétention injustifiée sont les causes principales qui expliquent pourquoi on ne trouve pas chez nos jeunes réalisateurs une écriture vraiment personnelle. Je sais que beaucoup ne seront pas d&rsquo;accord avec moi, mais les faits sont têtus.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/abdullajon-une-critique-de-la-societe-ouzbeke-par-la-science-fiction-comique/">« Abdullajon », une critique de la société ouzbèke par la science-fiction comique</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Le grand Sergueï Eisenstein disait que le langage cinématographique est semblable au chinois : il existe des milliers d&rsquo;idéogrammes, mais on n&rsquo;en utilise que cinq ou six… Un espace infini est ouvert pour les jeunes, mais il faut d&rsquo;abord apprendre ces cinq ou six “hiéroglyphes”.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Sandjar Ianichev<br />
</strong><strong>Journaliste pour Fergana News</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://fergana.site/articles/118288/">du russe</a> par Jacques Duvernet</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Edité par Sayyora Pardaïeva </strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Anne Marvau<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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		<title>Coronavirus : du Kazakhstan ou de la Russie, qui a la meilleure stratégie anticrise ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[spardaeva]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Jul 2020 14:34:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>
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		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/coronavirus-du-kazakhstan-ou-de-la-russie-qui-a-la-meilleure-strategie-anticrise/">Coronavirus : du Kazakhstan ou de la Russie, qui a la meilleure stratégie anticrise ?</a></p>
<p>Alors que le monde fait face à la pandémie de coronavirus, les États mettent en place des mesures variées pour en mitiger l’impact économique. Avec des mesures d’aide correspondant à 9 % de son PIB, le Kazakhstan se situe dans la moyenne mondiale. La Russie, en revanche, espère s’en sortir à moindre frais, ayant annoncé [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/coronavirus-du-kazakhstan-ou-de-la-russie-qui-a-la-meilleure-strategie-anticrise/">Coronavirus : du Kazakhstan ou de la Russie, qui a la meilleure stratégie anticrise ?</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Alors que le monde fait face à la pandémie de coronavirus, les États mettent en place des mesures variées pour en mitiger l’impact économique. Avec des mesures d’aide correspondant à 9 % de son PIB, le Kazakhstan se situe dans la moyenne mondiale. La Russie, en revanche, espère s’en sortir à moindre frais, ayant annoncé des dépenses équivalentes à 2,8 % de son PIB. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 16 mai 2020 par </strong><a href="https://camonitor.kz/34823-kazahstan-i-rossiya-chya-antikrizisnaya-strategiya-luchshe.html"><strong>le média kazakh Central Asia Monitor</strong></a><strong>.</strong></p>
<p style="text-align: justify">Alors que <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/coronavirus-lasie-centrale-face-a-une-nouvelle-acceleration/">la pandémie de coronavirus</a> touche depuis le début de l’année 2020 la quasi-totalité des États à travers le monde, l’heure est aux comparaisons. En l’occurrence, les différences entre les exemples kazakh et russe peuvent être instructives. Après avoir été frappé par le coronavirus, <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/la-capitale-du-kazakhstan-renommee-nur-sultan/">Nur-Sultan</a> a déployé des mesures d’aides <a href="https://novastan.org/fr/decryptage/le-kazakhstan-vient-en-aide-a-ses-citoyens-touches-par-le-coronavirus/">correspondant à 9 % de son Produit intérieur brut</a> (PIB), contre <a href="https://www.reuters.com/article/health-coronavirus-russia-costs/update-1-russias-measures-to-fight-coronavirus-crisis-to-be-worth-2-8-of-gdp-idUSL8N2C40P0">2,8 % pour Moscou</a>.</p>

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<p style="text-align: justify">D’un côté, si l’on dresse un parallèle avec l’expérience de la crise de 2008-2009, on constate clairement que les pays ayant le moins souffert sont ceux qui ont dépensé le plus. Il faut ainsi se souvenir que le Kazakhstan avait dépensé environ 16 milliards de dollars (11,4 milliards d’euros) en mesures anti-crise, soit environ 15 % de son PIB, lui permettant de maintenir une croissance annuelle à un peu plus de 1 %. La Russie avait choisi une autre voie, ne dépensant qu’environ 40 milliards de dollars (28,6 milliards d’euros) – ce qui est supérieur en valeur absolue, mais n’équivalait qu’à 2,6 % du PIB national. Ces mesures se sont clairement révélées insuffisantes, la Russie ayant vu son PIB se contracter de 8 % en 2009. En 2010, le taux de croissance de l’économie kazakhe avait été deux fois supérieur à celui de son voisin.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/coronavirus-lasie-centrale-face-a-une-nouvelle-acceleration/">Coronavirus : l’Asie centrale face à une nouvelle accélération</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">D’un autre côté, il n’est pas certain que, dans la crise actuelle, les réserves financières de pays dépendants des hydrocarbures comme la Russie et le Kazakhstan soient d’une importance fondamentale. Il est courant d’engloutir des millions, voire des milliards, dans des projets « révolutionnaires » dont le public ne voit jamais l’aboutissement. Pour ces pays, le facteur clé est moins l’ampleur que la qualité et la viabilité des projets mis en œuvre. Or, ni la Russie ni le Kazakhstan ne sont réputés pour leur fiabilité dans l’application des grandes politiques publiques.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/lasie-centrale-sinquiete-des-consequences-economiques-de-la-chute-des-cours-du-petrole/">L’Asie centrale s’inquiète des conséquences économiques de la chute des cours du pétrole</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">En se référant à la crise précédente, le Kazakhstan pourrait avoir une longueur d’avance sur la Russie. Il y a 10 ans, les économistes russes avaient d’ailleurs loué l’action du pouvoir kazakh, dont le plan était plus cohérent et mieux orienté à long terme. Parmi ses points forts, des investissements directs dans les infrastructures, une réduction de l’imposition sur les PME et un soutien au secteur agricole et à la consommation. Au contraire, le plan russe obéissait à une vision de court terme destinée seulement à combler les manques les plus immédiats. L’objectif était de soutenir la population plus que les entreprises. Pour celles-ci, seules des aides ciblées avaient été mises en place, se traduisant par une distribution de liquidités à certains secteurs seulement. Cependant, il semblerait que la Russie ait tiré les leçons de ses erreurs passées dans sa gestion de la crise actuelle.</p>
<p style="text-align: justify">Alors, lequel des deux pays semble adopter la réponse la plus adaptée à la menace actuelle ? Pour comprendre cette question, Central Asia Monitor a fait appel à <a href="https://www.google.com/search?rlz=1C1AVFC_enFR783FR783&amp;sxsrf=ALeKk01QUXU2gi3jie2fyDlPI73QV938ew:1593337993851&amp;source=univ&amp;tbm=isch&amp;q=daniyar+djumekenov&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwiptIXJnqTqAhWuxIUKHRKhBcAQsAR6BAgHEAE">Daniyar Djumekenov</a>, analyste chez <a href="https://wsip.kz/">Wall Street Invest Partners</a>.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Central Asa Monitor : Au Kazakhstan et en Russie, des mesures anti-crise ont été annoncées. Quel plan semble le plus approprié et devrait avoir l’impact le plus fort ?</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Daniyar Djumekenov</strong> : Si l’on compare l’approche des deux pays voisins, on peut déjà noter la décision très progressiste des autorités kazakhes de suspendre la charge fiscale sur les PME. Au même moment, les aides fiscales en Russie sont beaucoup plus sélectives et ne s’appliquent qu’à un nombre limité de structures. La plus grande différence dans l’approche des deux pays est le choix de la Russie de favoriser les prêts à conditions préférentielles plutôt que les stimuli fiscaux. Le Kazakhstan n’est cependant pas en reste dans ce domaine, car de nombreux mécanismes de soutien aux entrepreneurs existent dans le pays. Cela est lié au fait que les PME représentent 29 % du PIB national et emploient 3.5 millions de personnes, soit près de 40 % de la population active.</p>
<p style="text-align: justify">Traditionnellement, dans les pays post-soviétiques, l’effort principal était porté sur la coopération avec les grandes entreprises. Mais dans le contexte de la pandémie de coronavirus, tant Moscou que Nur-Sultan changent leur approche. Cependant, aucune ne semble porter ses fruits pour l’instant.</p>
<p style="text-align: justify">Voici des chiffres pour le Kazakhstan, mais ils sont aussi valables pour la Russie. Seulement 13 % des PME ont des crédits bancaires valides. La raison n’est pas le manque de volonté des entrepreneurs d’en obtenir, mais la faible motivation des organismes de crédit. Quel volume de ces crédits est garanti par l’État ? Cela n’est pas connu, car personne n’enregistre ces statistiques. De plus, la grande majorité des PME ne possèdent pas de garantie immobilière, ce qui veut dire qu’elles ne peuvent pas recevoir d’argent pour se développer. Par ailleurs, seulement un quart des entrepreneurs sont informés des programmes d’aide, la couverture et la qualité des campagnes d’information étant très lacunaires. Ainsi, il semble que l’État veut vraiment aider les PME et souhaite qu’elles représentent 35 % du PIB en 2025, mais très peu d’entrepreneurs sont au courant de ces efforts.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/decryptage/avec-la-baisse-des-envois-de-fonds-depuis-letranger-une-crise-economique-majeure-attend-lasie-centrale/">Avec la baisse des envois de fonds depuis l’étranger, une crise économique majeure attend l’Asie centrale</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Le cas du Kazakhstan n’est pas unique, et encore une fois on peut faire une analogie avec les problèmes rencontrés en Russie, où la priorité a longtemps été mise sur les industries de matières premières. Cependant, il est difficile de ne pas noter une évolution positive de la stratégie du gouvernement. Il comprend, lentement mais sûrement, qu’il ne peut pas vivre indéfiniment sur les seules exportations de ressources naturelles. À cet égard, la pandémie se révèle motrice : elle a permis de développer le débat public sur les difficultés et les solutions pour le développement des PME, et d’ouvrir la discussion sur les alternatives possibles.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>À votre avis, à quel point les stratégies kazakhe et russe sont-elles optimales ? Comment s’intègrent-elles dans les tendances mondiales ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Si l’on met de côté les exemples extrêmes comme la Suède ou le Bélarus, presque tous les pays ont introduit des restrictions sur les activités économiques, et doivent maintenant dédommager d’une manière ou d’une autre les entreprises et les consommateurs.</p>
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<p style="text-align: justify">Dans l’ensemble, les mesures de soutien de l’économie prises par les gouvernements à travers le monde ont beaucoup en commun. Mais il y a des différences : il est clair que les pays riches peuvent dépenser beaucoup plus d’argent dans des politiques de stimulation que les autres. Par ailleurs, même les pays qui n’ont pas mis en place de quarantaine doivent quand même réfléchir au moyen de soutenir leur économie. Ainsi, en Suède ou au Bélarus, le PIB s’est contracté de 0,3 % pour le premier trimestre de l’année 2020. Les experts attendent une détérioration bien plus importante sur le deuxième trimestre, puisque le régime de confinement n’a été mis en œuvre qu’à partir de mi-mars dans la majorité des pays.</p>
<p style="text-align: justify">On ne sait pas encore comment la situation va se développer à présent. Personne ne peut prédire si les stratégies non-orthodoxes mises en œuvre par ces deux États permettront de faire face à une pandémie absolument mondiale. Cependant, du point de vue économique, on peut déjà tirer une première conclusion : ils n’éviteront pas non plus les difficultés financières. Les prévisions de chute du PIB dans ces pays pour l’ensemble de l’année ne diffèrent pas vraiment du reste du monde.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Pourquoi ces pays, qui n’ont pas voulu poser de restriction à leur économie, se retrouvent malgré tout dans le même bateau que les autres ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Cela tient au fait que, dans le monde actuel, l’économie de la majorité des pays est dépendante du commerce extérieur. Quand les revenus des exportations se sont effondrés en conséquence des politiques de confinement, l’afflux de liquidités dans les budgets nationaux a diminué. On peut donc dire que, pays fermé ou non, on ne peut pas échapper aux difficultés économiques.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/coronavirus-les-consequences-economiques-en-asie-centrale-annoncees-comme-severes/">Coronavirus : les conséquences économiques en Asie centrale annoncées comme sévères</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">C’est pourquoi il est difficile d’être d’accord avec les (nombreuses) personnes qui ont critiqué les mesures de quarantaine et loué l’inaction du pouvoir suédois. En réalité, ce n’est pas si simple. Les dépenses publiques sont le principal moteur de croissance, donc dès que les revenus de l’État diminuent, son niveau de participation dans l’économie s’affaisse, ce qui provoque un « effet domino ». À cela s’ajoute l’infection qui se répand rapidement à travers le monde et contraint à une augmentation significative des dépenses de santé.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Quelles prédictions faites-vous concernant le développement des économies au Kazakhstan et en Russie d’ici la fin de l’année ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Sans surprise, l’année 2020 sera difficile. Pour le moment les efforts sont concentrés sur la survie, mais la crise finira tôt ou tard. Dans un premier temps, la demande de matières premières va rester faible. D’après les données préliminaires, elles ne retrouveront leur niveau de 2019 qu’à la fin de l’année 2021. Il n’y a donc pas d’autre choix que de diversifier les industries dans d’autres secteurs que celui des ressources naturelles.</p>
<p style="text-align: justify">L’année dernière, le PIB du Kazakhstan a crû de 4,5 %, et plus de 85 % de cette croissance était portée par les secteurs de l’économie non dépendants de ces ressources. Cette année, le PIB risque de se contracter de 3 % car l’influence des facteurs extérieurs négatifs sera trop importante. Par la suite, la vitesse et l’intensité auxquelles l’économie va se rétablir dépendra de l’efficacité de la mise en œuvre du programme d’aide aux PME. La chute du PIB russe peut quant à lui dépasser les 4 %, étant donné la diffusion plus large du virus dans le pays, ce qui obligera le gouvernement à mettre en place des mesures plus sérieuses de lutte contre l’épidémie.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Assel Omirbek<br />
Journaliste pour le Central Asia Monitor</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://camonitor.kz/34823-kazahstan-i-rossiya-chya-antikrizisnaya-strategiya-luchshe.html">du russe</a> par Bertrand Gouarné</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Édité par Sayyora Pardaïeva </strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Anne Marvau<br />
</strong></p>
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		<title>Ouzbékistan : quand famine a rimé avec changement alimentaire</title>
		<link>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-famine-a-rime-avec-changement-alimentaire/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[spardaeva]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jun 2020 11:26:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[Collectivisation]]></category>
		<category><![CDATA[Famine]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[URSS]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-famine-a-rime-avec-changement-alimentaire/">Ouzbékistan : quand famine a rimé avec changement alimentaire</a></p>
<p>Certains pays de l’ancienne URSS ont souffert lourdement de la collectivisation et de la famine des années 1930. En 1933, l’Ouzbékistan est particulièrement touché, notamment parce que ses terres produisent du coton et non du blé. Les témoins racontent. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 juin 2019 par le média russe [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-famine-a-rime-avec-changement-alimentaire/">Ouzbékistan : quand famine a rimé avec changement alimentaire</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Certains pays de l’ancienne URSS ont souffert lourdement de la collectivisation et de la famine des années 1930. En 1933, l’Ouzbékistan est particulièrement touché, notamment parce que ses terres produisent du coton et non du blé. Les témoins racontent.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 juin 2019 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale, </strong><a href="https://fergana.agency/articles/108274/"><strong>Fergana News</strong></a><strong>.</strong></p>
<p style="text-align: justify">La famine. C’est l’une des conséquences majeures de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Collectivisation_en_Union_sovi%C3%A9tique">la collectivisation des terres</a> mise en place sous l’URSS. Cette crise a touché un nombre important d’États soviétiques, notamment en Asie centrale. Plus de 80 ans plus tard, un groupe d’historiens américano-ouzbeks s’est intéressé à cette famine, aujourd’hui presque oubliée, qui a pourtant ravagé l’Ouzbékistan en 1933. Les chercheurs se sont penchés sur ses victimes ainsi que sur l’émergence de la culture de la pomme de terre, de la tomate et des aubergines, auparavant considérées comme impures. Un <a href="https://muse.jhu.edu/article/725003">article</a> publié dans la revue Kritika,  » Explorations in Russian and Eurasian History », durant le printemps 2019 par Marianne Kamp, de l’Université de l’Indiana, donne un compte rendu des résultats obtenus.</p>

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<p style="text-align: justify">En Asie centrale, <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/la-famine-kazakhe-grande-oubliee-de-lhistoire-sovietique/">c’est le Kazakhstan</a> qui a subi le plus lourdement la collectivisation et la famine des années 1930. Mais l’Ouzbékistan n’a pas été épargné par ces tragiques évènements, dont on sait encore bien peu. Le travail de collecte et d’examen de témoignages, souvent oraux, restait à accomplir. Deux historiens américains et un ouzbek se sont attelés à cette tâche, s’entretenant avec pas moins de 130 villageois issus de sept régions du pays. Des hommes et des femmes nés entre 1900 et 1925, incorporés eux-mêmes ou via leurs parents dans des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kolkhoze">kolkhozes</a>, des fermes collectives, au début des années 1930. Ces entretiens, longs d’une à trois heures, se sont tenus en ouzbek ou en tadjik.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Otchartchilik</strong></p>
<p style="text-align: justify">Souvent, les souvenirs d’autres évènements tragiques s’entremêlaient : guerre civile, famine ou encore Grande Guerre patriotique, le nom de la Seconde Guerre mondiale sous l’Union soviétique. Mais en l’absence de médiatisation de la famine des années 1930 dans les anciennes Républiques soviétiques, le risque de voir les personnes interrogées « compléter » leurs souvenirs avec des articles ou des émissions consacrés au sujet était très restreint. Les scientifiques considèrent dès lors que, malgré la fragilité de la mémoire et l’influence du présent sur la conscience du passé, principal obstacle à la vérité historique, le matériel obtenu est fiable.</p>
<p style="text-align: justify">Les historiens emploient le terme ouzbek « otchartchilik », qui désigne une période de famine, une disette, pour qualifier les années 1930 en Ouzbékistan. Il n’exprime pas seulement la notion de famine, mais aussi l’épuisement brutal des réserves alimentaires en raison de la sécheresse, de la guerre ou de situations similaires. Il se rapproche beaucoup du terme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Holodomor">holodomor</a>, le mot pour décrire la famine induite par la collectivisation en Ukraine. Les scientifiques se sont intéressés aux habitudes alimentaires de l’époque, la manière de trouver la nourriture ou encore les maladies qui circulaient. Parmi les personnes interrogées, des employés de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dehkan_(ferme)">dehkans</a>, des fermes individuelles ou collectives d’Asie centrale qui produisaient leur propre nourriture, des producteurs de coton qui l’achetaient par leur travail, d’anciens <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Koulak">koulaks</a> et des chefs de kolkhozes, sauvés de la faim grâce à leur statut.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’économie de la faim</strong></p>
<p style="text-align: justify">Les autorités soviétiques étaient peu enclines à organiser les dehkans en Ouzbékistan jusqu’en 1929, lorsque le parti communiste local promit de rassembler dans les cinq ans 60 % de la production de coton ouzbek au sein d’exploitations collectives. Les militants ont alors commencé à construire des fermes collectives sans attendre que le parti ne désigne la zone prioritaire, à savoir <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vall%C3%A9e_de_Ferghana">la vallée de Ferghana</a>, région la plus peuplée, spécialisée dans la production de coton. En 1931, les objectifs sont dépassés : 85 % des exploitations sont collectives.</p>
<p style="text-align: justify">Comment expliquer cette métamorphose rapide ? La plupart des habitants des zones rurales de la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan étaient de petits propriétaires terriens. Ils ont continué à vivre de la même manière sans perdre la possibilité de cultiver leurs vergers, les autorités n’ayant pas rompu les liens sociaux. Certes, ils devaient à présent travailler pour une exploitation collective et en tirer un revenu nettement moindre, mais leur mode de vie demeurait presque inchangé. Les Kazakhs et les Turkmènes ne pouvaient en dire autant : la collectivisation confisquait leur bétail et les forçait à se sédentariser, rompant complètement avec leurs traditions. De même, dans les montagnes tadjikes, près de 48 000 familles sont parties s’installer dans les vallées entre 1925 et 1940 pour établir des exploitations collectives de coton, complètement dépendantes de l’État en matière de nourriture et de logement. En Ouzbékistan, les beys, qui ne représentaient pourtant que 5 % des habitants des zones rurales, ont particulièrement souffert de la collectivisation et ont été exilés dans le Caucase et en Ukraine ou déplacés vers des sovkhozes inexploités.</p>
<figure id="attachment_33280" aria-describedby="caption-attachment-33280" style="width: 496px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-33280" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/30e58524-e59e-4371-90e2-0713af8dd981.jpeg" alt="Famine Ouzbékistan 1933 URSS Collectivisation Histoire" width="496" height="330" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/30e58524-e59e-4371-90e2-0713af8dd981.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/30e58524-e59e-4371-90e2-0713af8dd981-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/30e58524-e59e-4371-90e2-0713af8dd981-128x86.jpeg 128w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-33280" class="wp-caption-text">Cuisine de campagne dans un kolkhoze, Ouzbékistan.</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify"><strong>Pas de pain, pas du coton</strong></p>
<p style="text-align: justify">Pourtant, l’Ouzbékistan ne se suffisait pas à lui-même et dépendait de l’économie soviétique, de sorte que la famine qui frappait le Kazakhstan et l’Ukraine eut des répercussions sur la République. Durant l’Empire russe, la culture du coton dans certaines régions avait été intensifiée, les rendant dépendantes des importations de céréales. Rien qu’entre 1925 et 1928, ces importations ont grimpé de 253 000 à 549 000 tonnes. Les autorités ouzbèkes ont bien tenté de développer l’agriculture céréalière pour rééquilibrer la balance, mais ces céréales ont principalement été semées sur des sols secs, toutes les terres irriguées étant occupées par le coton.</p>
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<p style="text-align: justify">En 1932-1933, en raison d’un manque d’eau, les récoltes de céréales ont été inférieures d’un tiers à celles des années précédentes. En outre, la collectivisation et la famine qui sévissait dans certaines régions ont chahuté les approvisionnements. Ainsi, certains convois en provenance de Russie ont fait demi-tour en cours de route. Le parti communiste ouzbek a alors tâché de faire pression sur le Kremlin : pas de pain, pas de coton. En mai 1932, Moscou fut contrainte de se procurer des céréales en Perse. Sans signe d’amélioration, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Akmal_Ikramov">Akmal Ikramov</a>, premier secrétaire du Comité central du parti communiste d’Ouzbékistan, envoya un télégramme à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Staline">Joseph Staline</a> en mars 1933, le priant d’envoyer des vivres de toute urgence et signalant un début de famine.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les premières victimes</strong></p>
<p style="text-align: justify">Des Kazakhs fuyant la famine se sont mis à affluer. « <em>En 1933, des Kazakhs sont arrivés au kolkhoze, ils n’avaient rien à manger. Ils ont vécu chez nous pendant cinq ou six mois puis sont rentrés chez eux</em> », a expliqué Hourram, de la province de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Province_de_Kachkadaria">Kachkadaria</a>, aux chercheurs. « <em>La famine s’est déclarée au Kazakhstan. Les Kazakhs ont émigré chez nous. Plus il en arrivait, plus la situation empirait. Beaucoup de gens mourraient</em> », ajoute un citoyen de la province de Tachkent, la capitale ouzbèke.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/la-famine-kazakhe-grande-oubliee-de-lhistoire-sovietique/">La famine kazakhe, grande oubliée de l’histoire soviétique</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Bientôt, le problème de la nourriture s’est posé aussi en Ouzbékistan. Parmi les 130 personnes interrogées, six ont vu des membres de leur famille mourir de faim ou du typhus en 1933, même dans les zones agricoles. « <em>Il n’y avait rien à manger dans notre village et nous avons dû récolter des pommes et des abricots pas mûrs. Mon petit frère est tombé malade et en est mort</em> », explique Narzi, de la province de Kachkadaria. « <em>Il n’y avait pas assez de nourriture, on nous payait en pain. Les gens mangeaient du tourteau de coton et mouraient. Mon petit frère Pazil est mort</em> », poursuit Nemat, alors membre d’un kolkhoze dans la province de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boukhara">Boukhara</a>, dans l’ouest du pays. En ville, les convois transportant les cadavres se succédaient : « <em>Beaucoup de gens allaient dans les presses à huile et déterraient du tourteau qu’ils mangeaient. Leur ventre se mettait à gonfler et ils mouraient. Leurs cadavres étaient emmenés sur des charrettes pour être enterrés. Nous, les enfants, étions témoins de ces scènes terribles</em> », enchérit Charofoutdin, d’un village de la province de Ferghana, dans l’est de l’Ouzbékistan. Avec la faim viennent les épidémies. « <em>Tandis que les gens mouraient de faim, le typhus est arrivé. La situation était catastrophique, il n’y avait plus assez d’hommes pour enterrer les morts, alors les femmes s’en chargeaient</em> », explique Ahmad, de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/G%E2%80%98ijduvon">Gijduvon</a>, dans la province de Boukhara.</p>
<p style="text-align: justify">La plupart des personnes interrogées ne blâment pas le pouvoir soviétique ou l’organisation en kolkhozes. Pour elles, c’est la nature qui est responsable. « <em>L’otchartchilik a commencé à cause du manque d’eau. Nous avons planté du blé sur des terres non irriguées et il n’a pas poussé</em> », poursuit Hourram. Mais certains y voient des erreurs humaines. « <em>C’était le rôle du kolkhoze de trouver l’eau pour les champs. Comme il n’y en avait pas, la sécheresse s’est installée, les cultures se sont asséchées et le prix des céréales a explosé</em> », ajoute Abdourassoul, de la province de Kachkadaria. Même son de cloche dans les provinces de Khorezm et de Tachkent.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’art de la survie</strong></p>
<p style="text-align: justify">Les personnes interrogées reviennent souvent sur leur changement d’alimentation pendant la famine : épinards et autres herbes, fruits non mûrs, graines de melon, mûres, mâche, navets, pains de maïs. Certains mélangeaient leur farine avec des feuilles pour cuire du pain, d’autres récoltaient des vers à soie encore en cocon. Heureusement, la situation n’a pas atteint les mêmes horreurs qu’en Ukraine et dans d’autres régions voisines, où des cas de consommation de chiens ou de grenouilles, voire de cannibalisme, ont été recensés.</p>
<p style="text-align: justify">Une vraie révolution alimentaire s’est produite lorsque les Ouzbeks se sont tournés vers des aliments considérés comme russes et impurs. « <em>Avant 1933, pas question de manger du chou, on disait que c’était bon pour les Russes. Pareil pour les aubergines. Avant, on ne mangeait que des naans, des pains cuits au tandoor, mais la famine a mis les pains de seigle et de maïs au goût du jour</em> », détaille Achourboy, de la province de Tachkent. Ainsi, le maïs, auparavant considéré comme une culture fourragère, a commencé à être consommé avec la famine.</p>
<p style="text-align: justify">Pour les experts, la famine de 1933 puis la Seconde Guerre mondiale ont forcé l’Ouzbékistan à suivre le chemin emprunté par l’Europe aux XVIIIème et XIXème siècles : l’accoutumance aux légumes du nouveau monde, tels que les pommes de terre et les tomates. Auparavant, les Ouzbeks n’étaient pas portés sur la nourriture « russe », même si l’on sait que les Tatars et les mennonites allemands cultivaient des pommes de terre dans les environs de Tachkent et dans le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khanat_de_Khiva">Khanat de Khiva</a> dès le XIXème siècle. En 1928, seules 2 900 <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dessiatine">déciatines</a> (sur le 1,7 million que comptait la République) ont été semées. « <em>Si un soldat, de ceux qui ont combattu les </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_basmatchi"><em>Basmatchis</em></a><em>, frappait à la porte et demandait une marmite à emprunter, on lui demandait ce qu’il allait cuisiner. S’il répondait des pommes de terre, on lui criait  » Haram ! </em><em> » et on lui jetait la marmite au visage</em> », explique Yakoubdjon, de Vodil, dans la province de Ferghana.</p>
<figure id="attachment_33279" aria-describedby="caption-attachment-33279" style="width: 496px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-33279" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/d29b9bee-84d5-40a5-bb32-91ecf37042ca.jpeg" alt="Famine Ouzbékistan 1933 URSS Collectivisation Histoire" width="496" height="330" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/d29b9bee-84d5-40a5-bb32-91ecf37042ca.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/d29b9bee-84d5-40a5-bb32-91ecf37042ca-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/d29b9bee-84d5-40a5-bb32-91ecf37042ca-128x86.jpeg 128w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-33279" class="wp-caption-text">Déjeuner dans un champ de coton.</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify">Les années 1930 ont donc vu les pommes de terre, le chou et les tomates entrer progressivement dans le quotidien des Ouzbeks, en partie à cause de la famine, en partie à cause de la collectivisation, les autorités centrales gérant les cultures par région. Ils ont alors perdu leur statut « impur ». « <em>En 1937, on a planté pour la première fois des pommes de terre dans notre village. Je pense que les autorités nous les avaient fournies. Ensuite des tomates, mais personne ne les mangeait&#8230; Puis des aubergines. Un brigadier spécial avait été affecté à leur acheminement</em> », détaille Bobo, de Marguilan, dans la province de Ferghana. Finalement, nombre d’Ouzbeks se sont habitués à manger des pommes de terre au cours de leur service militaire pendant la Grande Guerre patriotique. Même chose pour les tomates : d’abord considérées comme impures, elles ont trouvé une certaine popularité avec la famine et la collectivisation. « <em>Au début, personne n’en mangeait parce qu’elles étaient  » </em><em>haram « </em><em>. On les donnait aux vaches. Mais quand les gens ont eu faim, ils se sont habitués</em> », explique Youltchivoï, de la province de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Namangan">Namangan</a>.</p>
<p style="text-align: justify">Les résultats de l’enquête sont surprenants. Si l’Ouzbékistan a bien souffert de la famine et de la collectivisation des années 1930, ce n’était rien comparé au Kazakhstan. Les kolkhozes ont apporté de nouveaux fruits et légumes dans les assiettes des Ouzbeks. Ils y sont restés non seulement par nécessité, la conservation des pommes de terre nécessitant peu de frais, mais aussi parce que les Ouzbeks se sont mis à les apprécier.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Artiom Kosmarski</strong><strong><br />
Journaliste pour Fergana News</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://fergana.agency/articles/108274/">du russe</a> par Pierre-François Hubert</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Edité par Sayyora Pardaïeva </strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Anne Marvau<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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		<title>À la recherche des œuvres perdues : comment l’art et le patrimoine ouzbeks disparaissent</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Jun 2020 13:51:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/a-la-recherche-des-oeuvres-perdues-comment-lart-et-le-patrimoine-ouzbeks-disparaissent/">À la recherche des œuvres perdues : comment l’art et le patrimoine ouzbeks disparaissent</a></p>
<p>En Ouzbékistan, faute d’un catalogue officiel accessible en ligne, certaines œuvres d’art les plus emblématiques sont copiées par les musées avant de revendre les originaux dans les pays occidentaux. En parallèle, le patrimoine culturel de Samarcande est remplacé par des constructions sans âme, vouées à attirer le touriste. Des chercheurs spécialisés sur le patrimoine ouzbek [&#8230;]</p>
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<p style="text-align: justify"><strong>En Ouzbékistan, faute d’un catalogue officiel accessible en ligne, certaines œuvres d’art les plus emblématiques sont copiées par les musées avant de revendre les originaux dans les pays occidentaux. En parallèle, le patrimoine culturel de Samarcande est remplacé par des constructions sans âme, vouées à attirer le touriste. </strong><strong>Des chercheurs spécialisés sur le patrimoine ouzbek tirent la sonnette d’alarme. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 22 décembre 2018 par le média </strong><strong>russe spécialisé sur l’Asie centrale, <a href="https://fergana.agency/articles/103736/">Fergana News</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify">L’heure est grave pour la sauvegarde du patrimoine ouzbek, tant de ses œuvres que de ses bâtiments. Vol d’œuvres, destruction de bâtiments anciens remplacés à la va-vite… les dangers sont multiples. Pour en parler, l’observatoire international <a href="https://heritalert.wixsite.com/alert-fr">Alerte Héritage</a>, spécialisé dans la préservation du patrimoine ouzbek, a organisé en décembre 2018 à Paris une séance d’information intitulée <em>« Ouzbékistan, du nouveau roman national à la marchandisation du patrimoine »</em>. Cette rencontre a eu lieu dans le cadre d’une série de l’Observatoire des États post-soviétiques de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco).</p>

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<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/trois-nouvelles-expositions-ouzbekes-disponibles-sur-google-arts-culture/"><strong>Trois nouvelles expositions ouzbèkes disponibles sur Google Art &amp; Culture</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">En parallèle de cet évènement, le média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana News s’est entretenu avec les critiques d’art et chercheurs indépendants <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Svetlana_Gorshenina">Svetlana Gorshenina</a>, historienne de l’art ouzbek suisso-russe, et <a href="https://heritalert.wixsite.com/alert-fr/personalia">Boris Chukhovich</a>, chercheur à l’université de Montréal, tous deux co-fondateurs de l’observatoire Alerte Héritage. Le culturologue Alexeï Oulko était aussi présent. Ils ont abordé les grands thèmes de la rencontre parisienne.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Fergana News : En trois jours ont eu lieu trois évènements liés à la préservation du patrimoine ouzbek : le forum média « Le patrimoine culturel de l’Ouzbékistan dans les collections internationales », votre réunion parisienne et une table ronde du Fonds pour le développement culturel et artistique du ministère de la Culture ouzbek sur la conservation du patrimoine culturel matériel et immatériel. Un observateur tiers pourrait en conclure que ces trois manifestations sont la preuve de l’attention accrue que portent les associations internationales et les pouvoirs gouvernementaux ou para-gouvernementaux à la question. Est-ce à dire que l’angle adopté a été le même lors des trois réunions ?</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Svetlana Gorshenina</strong> : Je répondrais plutôt par la négative. Bien sûr, la question principale a été le patrimoine culturel ouzbek, mais les avis sur le sujet divergeaient, tout comme les approches pour régler les problèmes. L’intitulé du forum « Le patrimoine culturel de l’Ouzbékistan dans les collections internationales » témoigne indubitablement de la priorité de ses organisateurs, soutenus par le pouvoir ouzbek : les collections ouzbèkes dans les musées étrangers. Des albums luxueux ont été publiés pour montrer au grand public que les musées étrangers font un magnifique travail de conservation et que les collections sont en lieu sûr. Les seules préoccupations et notes plus prudentes qu’on a pu entendre ont été évoquées lors de déclarations générales pendant la dernière session, axée sur la conservation stratégique du patrimoine culturel de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samarcande">Samarcande</a>. À en croire les publications, les dangers de la restauration pour les monuments ont été repris dans l’intervention de Mavliouda Ioussoupova, lors de la table ronde du Fonds pour le développement culturel et artistique.</p>
<p style="text-align: justify">L’association internationale Alerte Héritage est une organisation non-gouvernementale qui, contrairement au Fonds, ne dispose d’aucun pouvoir législatif ou exécutif officiel, ne bénéficiant pas directement d’un soutien présidentiel, également à la différence du Forum. L’observatoire est un organisme indépendant ne jouissant que d’un statut d’observateur. Sa mission principale est d’informer sur les problèmes concernant le patrimoine culturel d’Asie centrale et des pays voisins ainsi que de fournir des analyses critiques.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Quels sont les résultats de ces travaux ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Svetlana Gorshenina</strong> : Cette année (<em>en 2018, NDLR)</em>, nous avons privilégié le programme « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_Igor_Savitsky">Savitski</a> : des musées ouverts sans corruption ». Alerte Héritage ne cesse de faire part des préoccupations quant à la conservation de la collection du musée de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Noukous">Noukous</a>. Face à ces inquiétudes, l’Observatoire a constitué un catalogue électronique du musée, disponible à toute personne connectée à Internet. Le catalogue est, certes, lacunaire, puisqu’il ne contient que 900 des près de 100 000 œuvres que compte le musée. Mais l’objectif était ailleurs : au lieu de couvrir la totalité de la collection, nous souhaitions établir un mécanisme de protection des peintures les plus importantes du musée.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-archives-de-lhistorienne-de-lart-galina-pougatchenkova-sauvees-et-mises-en-ligne/">Les archives de l’historienne de l’art Galina Pougatchenkova sauvées et mises en ligne</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">En effet, les œuvres répertoriées dans la base de données mondiale ne peuvent plus être vendues aux enchères sous le couvert d’une fausse provenance. En outre, nous voulions prouver que cette tâche est parfaitement réalisable, même avec des moyens très limités. Nous espérons que ce catalogue se fera un nom dans le monde entier et sommes convaincus qu’il faut continuer à l’enrichir, ce qui est impossible sans l’aide des employés des musées qui ont un accès direct aux œuvres. C’est pourquoi nous avons proposé au ministère de la Culture et au Musée de Noukous d’utiliser notre catalogue. Malheureusement, nous n’avons pas encore reçu de réponse.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Où en est l’enquête sur les vols de tableaux de la collection du musée de Fergana ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Boris Chukhovich</strong> : Ce secteur de nos activités a provoqué un vif intérêt lors de la rencontre. Il est vrai que depuis toujours, des bruits courent sur le remplacement systématique de tableaux par des faux dans les musées ouzbeks, suivi par l’écoulement illégal des originaux sur les marchés occidentaux. De plus, la publication d’images d’œuvres originales et copiées appartenant aux collections du musée d’État des arts d’Ouzbékistan, saisies par les forces de l’ordre chez un membre des services de sécurité nationale, Youri Savnikov, a donné encore plus d’allant à ces rumeurs. Il a fallu tirer le vrai du faux. Par exemple, grâce à d’anciennes reproductions de la « Baigneuse » <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Andre%C3%AF_Belloli">d’Andreï Belloli</a> issues de la collection du musée d’arts de Tachkent, nous avons réussi à prouver que l’exemplaire vendu aux enchères par Sotheby’s était très différent de celui exposé au musée et qu’il s’agissait sans le moindre doute d’une esquisse réalisée par l’artiste avant qu’il ne peigne son œuvre, ce qui a rassuré le grand public. Nous sommes aussi parvenus à convaincre les Ouzbeks que, contrairement à ce que beaucoup pensaient, <em>Le porteur d’eau</em> <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Aleksandr_Nikolayev_(painter)">d’Ousto Moumin</a>, vendu aux enchères début 2018 à Moscou, n’était pas issu de la collection du musée de Noukous. C’est pourtant ce que martelait l’ancienne directrice du musée, dont les explications ne nous ont pas permis d’établir combien de variantes graphiques du <em>Porteur d’eau</em> étaient conservées dans la collection du musée.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/igor-savitsky-ou-la-passion-pour-lavant-garde-russe-en-plein-desert/">Igor Savitsky ou la passion pour l’avant-garde russe en plein désert</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">À nouveau, voilà qui prouve que, sans catalogue électronique exhaustif et accessible à tous, les collections sont en danger. Dans ce contexte, le vol avéré d’un manuscrit de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Efim_Volkov">Volkov</a> du musée de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferghana">Fergana</a> a été fondamental, puisqu’il démontrait que les rumeurs étaient fondées et que des œuvres originales des institutions du ministère de la Culture avaient bien été dérobées et remplacées par des faux. La présentation des détails des deux versions a fait réagir l’assistance à Paris, incrédule face à l’existence de cette méthode cynique de vol d’œuvres dans les musées, accompagnée de mensonges visant à endormir le grand public.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Que comptez-vous faire à ce sujet ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Boris Chukhovich</strong> : Nous planchons sur la question. De toute évidence, la solution idéale serait de rapatrier les œuvres dérobées en Ouzbékistan en recourant à des voies légales ou en incitant les voleurs, conscients des risques, à faire amende honorable et à discrètement rendre les pièces aux musées. Toutefois, nombreux sont ceux qui doutent du bien-fondé de cette idée, arguant que rapatrier les chefs-d’œuvre dans leur pays d’origine est insensé puisque c’est là qu’ils sont le plus en danger. Voilà qui mérite réflexion. Évidemment, la restitution des œuvres doit s’accompagner d’une divulgation des chaînons rendant possibles ces trafics, à la fois complexes et audacieux.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>À Paris, avez-vous abordé la question des monuments architecturaux dont la restauration est à ce point mauvaise qu’ils doivent être reconstruits entièrement ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Boris Chukhovich</strong> : Oui, nous en avons beaucoup parlé. D’ailleurs, la situation n’est pas sans rappeler l’affaire du faux Volkov du musée de Fergana. Dans les deux cas, on prend le public pour des ignorants en tentant de faire passer de pâles imitations pour des œuvres authentiques. Les Français ne sont pas étrangers au problème.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-la-restauration-de-monuments-historiques-fait-plus-de-mal-que-de-bien/">Ouzbékistan : la restauration de monuments historiques fait plus de mal que de bien</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Soit dit en passant, justifier la restauration inepte de monuments par leur attractivité touristique prouve bien que les autorités de la République d’Ouzbékistan ne s’intéressent qu’aux plus philistins des touristes. Les connaisseurs ne sont pas dupes et percent au grand jour les ersatzs de chefs-d’œuvre médiévaux qu’on leur fait visiter.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’observatoire Alerte Héritage a invité le critique d’art ouzbek Alexeï Oulko à cette réunion annuelle. Alexeï, votre rapport portait sur la reconstruction et la modernisation en cours de Samarcande. Pourriez-vous résumer ce qu’il s’y passe ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Alexeï Oulko</strong> : Tout d’abord, n’ayons pas peur des mots. On assiste au détricotage barbare, vil, incompétent et malveillant du tissu vivant qui compose la ville depuis des décennies, voire des siècles. Le phénomène n’est pas récent, mais avec le capital extérieur que les oligarques ont injecté et les financements locaux douteux, il est de plus de plus imposant. En plus des monuments architecturaux et des bâtiments, des quartiers entiers sont détruits <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-la-ville-de-samarcande-a-vendre/">dans les quartiers historiques de la ville</a> pour faire de la place à des constructions immondes et sauvages dont la seule vue fait jaillir un sentiment de honte.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Pourquoi les constructeurs ont-ils jeté leur dévolu sur la Samarcande russe pour leur entreprise de destruction ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Alexeï Oulko</strong> : La partie russe n’est pas la seule victime. Il se fait simplement que, pour la première fois depuis de nombreuses années, des terrains au centre-ville abritant des habitations de style colonial et début de l’Union soviétique étaient disponibles. Souvenez-vous des vagues de destructions des quartiers résidentiels de la rue Pendjikenskaya ou du quartier Baguimaïdan, n’appartenant pas à la partie russe de Samarcande. Et la rue Mizro Ougoulbek (ex-Karl Marx) a été reconstruite il y a près de 10 ans, au moment où le parc a été mis à blanc. Et la <em><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Mahallah">mahalla</a></em> (<em>quartier ouzbek traditionnel, NDLR)</em> de Namazgah qui doit être détruite ne se trouve pas non plus la partie russe de la ville.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-relations-franco-ouzbekes-relancees-par-un-appel-entre-les-deux-gouvernements/"><strong>Les relations franco-ouzbèkes relancées par un appel entre les deux gouvernements</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">Il convient de prendre de compte plusieurs facteurs. D’une part, dans les <em>mahallas</em>, on retrouve en général les russophones, des personnes âgées et les tranches le plus vulnérables de la population. Ils y vivent en un réseau étroit de familles et de voisins. D’autre part, les populations tadjikes et ouzbèkes de la vieille ville sont souvent plus loyales envers les autorités alors que la majorité des russophones de la ville pensent que les mesures prises par le pouvoir et les promoteurs sont des provocations et tentent de s’y opposer. Enfin, si le quartier colonial de la ville fait partie de son patrimoine culturel historique, selon la population éduquée en tout cas, les <em>mahallas</em> pas, malheureusement.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Il est étrange que tout cela ait lieu alors que les relations entre l’Ouzbékistan et la Russie ont commencé à se réchauffer&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Alexeï Oulko</strong> : Il ne faut pas se faire d’illusions. Tout d’abord, toutes les grandes constructions et destructions dans le pays sont financées activement par les capitaux des oligarques russes, dissimulés dans des montages complexes, tout le monde le sait. Ensuite, j’encourage à ne pas trop insister sur l’identité russe du centre de Samarcande, car ce n’est pas de cette manière que vous gagnerez la sympathie des Tadjiks et des Ouzbeks. Des architectes allemands aux marchands juifs de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boukhara">Boukhara</a> en passant par les maîtres locaux et les travailleurs migrants, cette partie de la ville est née d’un travail commun.</p>
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<p style="text-align: justify"><strong>Pourquoi faut-il préserver l’identité coloniale de Samarcande ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Alexeï Oulko</strong> : Cette architecture, cet environnement urbain est un fait unique de l’histoire de notre État et même de la région. Si au début de la période coloniale, Samarcande est une ville de province sur le déclin de l’émirat de Boukhara, à la fin, elle devient la première capitale de l’Ouzbékistan, multiculturelle et fascinante. On y rencontre des fonctionnaires coloniaux, bien sûr, mais aussi des artistes, des écrivains, des linguistes, des scientifiques des personnalités publiques et politiques. En plus de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vassili_Verechtchaguine">Vassili Verechtchaguine</a>, on y croise <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Mahmudkhodja_Behbudiy">Mahmoud Behboudi</a>, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Abdurauf_Fitrat">Abdouraouf Fitrat</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Evgueni_Polivanov">Evgueni Polivanov</a>, Abram Kalontarov, Alexeï Mirochintchenko, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Vladimir_Nalivkin">Vladimir Valivkin</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sadriddin_Aini">Sadriddin Aïni</a>, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Ibraghim_Muminov">Ibrahim Mouminov</a>, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Hamid_Olimjon">Hamed Alimdjan</a> et bien d’autres personnalités remarquables. Ce quartier a abrité des gens normaux, leurs problèmes et drames, dont la mémoire est anéantie à tout jamais, juste devant nous. Ce n’est pas l’histoire mythique de l’avènement de l’Ouzbékistan qu’on démolit, c’est son histoire réelle, ses cultures complexes et plurielles, sa mémoire toujours en vie. Dans quelques années à peine, il ne restera rien de Samaracande, elle sera remplacée par les bâtiments tape-à-l’œil et immondes d’Alucobond accompagnés de leur farandole des gadgets chinois.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Que faut-il faire pour sauver ce qui n’a pas encore été détruit ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Alexeï Oulko</strong> : Compter sur la bonne conscience de ces gens est une cause perdue. Ceux qui prennent les décisions et les appliquent se démarquent par leur cupidité, leur mépris de la loi et leur absence totale de connaissances culturelles. Tant qu’ils en tirent quelque profit, sont prêts à tout saccager et reconstruire en plastique le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gistan">Registan</a>. Reste à espérer que le gouvernement s’engagera à conserver sa propre culture, entendra les recommandations des experts et des organisations culturelles internationales en plus de la voix de la société, excédée par la situation, et réfléchira enfin à l’élaboration d’un système qui permettra de surveiller les monuments culturels et faire répondre de leurs actes ceux qui les détruisent. Toutefois, en toute honnêteté, les espoirs sont minces.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Quelle a été la réaction du gouvernement ouzbek à l’exposé d’Alerte Héritage ? En l’absence de réaction, en attendez-vous une ? Laquelle ? </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Svetlana Gorshenina, Boris Chukhovich :</strong> L’Ouzbékistan, en particulier le ministère de la Culture, suit avec attention nos publications semble-t-il. Nous avons rencontré personnellement des représentants des instances exécutives du pays pour aborder notre catalogue du musée de Noukous. Nous avons proposé de le mettre à disposition du musée pour que les employés puissent continuer à l’enrichir en utilisant notre base de données. Nous en avons parlé avec la ministre adjointe de la Culture, Kamola Akilova, et avec la directrice, Goulbahar Akilova. Malheureusement, nous n’avons plus évoqué une possible collaboration depuis lors. Par conséquent, nous n’attendons pas tant une réaction à notre exposé qu’aux questions, critiques et propositions constructives que nous formulons depuis deux ans. L’exposé de Paris nous a certes servi à informer les cercles intéressés de la « communauté mondiale » des problèmes liés au patrimoine culturel ouzbek, mais aussi à faire un appel du pied aux autorités nationales.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Daniil Kislov<br />
</strong><strong>Journaliste pour </strong><strong>Fergana News</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit du </strong><strong><a href="https://fergana.agency/articles/103736/">du russe</a></strong><strong> par Thomas Rondeaux</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Édité par Sayyora Pardaïeva</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Aline Cordier Simonneau</strong></p>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/a-la-recherche-des-oeuvres-perdues-comment-lart-et-le-patrimoine-ouzbeks-disparaissent/">À la recherche des œuvres perdues : comment l’art et le patrimoine ouzbeks disparaissent</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
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		<title>L’opposition en Ouzbékistan : être ou ne pas être</title>
		<link>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/lopposition-en-ouzbekistan-etre-ou-ne-pas-etre/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[spardaeva]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2020 07:53:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Opposition]]></category>
		<category><![CDATA[Partis d'opposition]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Société Civile]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/lopposition-en-ouzbekistan-etre-ou-ne-pas-etre/">L’opposition en Ouzbékistan : être ou ne pas être</a></p>
<p>L’Ouzbékistan a longtemps connu un strict autoritarisme. Avec le changement de président en 2016, on observe une diminution de la crainte parmi la population. Pour autant, la frustration est grande chez de nombreux Ouzbeks, car le pays ne change pas assez vite. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 26 février 2020 par [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/lopposition-en-ouzbekistan-etre-ou-ne-pas-etre/">L’opposition en Ouzbékistan : être ou ne pas être</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’Ouzbékistan a longtemps connu un strict autoritarisme. Avec le changement de président en 2016, on observe une diminution de la crainte parmi la population. Pour autant, la frustration est grande chez de nombreux Ouzbeks, car le pays ne change pas assez vite.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 26 février 2020 par le média ouzbek <a href="https://anhor.uz/columnists/21073">Anhor.uz</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify">En Ouzbékistan, la question de l’opposition est aujourd’hui au centre des débats et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord à cause de la longue période de strict autoritarisme que le pays a connue, au cours de laquelle l’opposition était considérée comme une source de déstabilisation politique et sociale et comme une menace pour la paix et la sécurité. Le premier président ouzbek depuis l’indépendance de l’URSS, <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/islam-karimov-un-orphelin-devenu-pere-de-la-nation/">Islam Karimov</a> (1989-2016) tenait farouchement à son omnipotence.</p>

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<p style="text-align: justify">Cette perception négative de l’opposition a été notamment alimentée par l’immaturité de la sphère politique ou la nature de l’opposition dans la première moitié des années 1990.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-les-manuels-dhistoire-reecrits-pour-construire-une-identite-nationale/"><strong>Ouzbékistan, les manuels d&rsquo;histoire réécrits pour construire une identité nationale</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">Ensuite, depuis un quart de siècle, l’Ouzbékistan a instauré un système politique et social qui considère avec suspicion toute forme d’opposition. Le changement de dirigeants en 2016 avec l’arrivée de <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/qui-est-le-nouveau-president-de-louzbekistan/">Chavkat Mirzioïev</a> n’a pas encore changé la donne, en particulier dans l’esprit des élites. Pour celles-ci, l’opposition n’est pas souhaitable pour l’Ouzbékistan car elle pourrait tirer profit des problèmes socioéconomiques et nuire à la sécurité nationale.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>La crainte d&rsquo;une répression s’apaise</strong></p>
<p style="text-align: justify">Depuis 2016, une diminution de la crainte parmi la population a cependant été observée. Les autorités prennent des mesures concrètes pour redorer l’image du pays sur la scène internationale en s’ouvrant aux investissements, aux idées et technologies nouvelles, en renouvelant les cadres de l’administration et en développant le tourisme. Dans ce contexte, une partie de l’opinion publique soulève cette question : n’est-il pas temps d’abandonner une politique démodée et de permettre aux gens de créer leurs propres organisations sociales et politiques ? Lorsqu’un parti se concentre sur la société plutôt que sur le pouvoir, il est vu comme une forme d’opposition.</p>
<p style="text-align: justify">Pourquoi l’existence d’une opposition réelle est-elle essentielle aux yeux de l’opinion publique ? Car son absence signifie que les libertés de pensée et d’expression, fondements de la démocratie, sont bafouées. Il y a autant d’avis que d’individus. Cette diversité d’opinions et d’intérêts se reflète naturellement dans le nombre et la nature d’associations telles que les partis politiques d’un pays. Sans opposition réelle et libre, un État ne peut se revendiquer État de droit et la violence est bien souvent l’instrument utilisé pour forcer les citoyens à renoncer à leur liberté d’association.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>La fin de l’ère soviétique appelle un renouveau politique</strong></p>
<p style="text-align: justify">En Ouzbékistan, cette situation n’avait rien d’étonnant au sortir de l’ère soviétique car la sécurité et la stabilité prévalaient sur la liberté, le droit et le développement. Mais aujourd’hui, la situation est bien différente, de sorte que la question revient régulièrement au cœur des débats.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/en-ouzbekistan-la-societe-civile-en-mutation/">En Ouzbékistan, la société civile en mutation</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Le développement du pays requiert une forme d’opposition, bien que la nature multiethnique et multiconfessionnelle de celui-ci puisse engendrer quelques risques. Mais il ne fait aucun doute que ces écueils peuvent être surmontés avec une volonté politique. Une fois les conditions juridiques minimales d’opposition mises en place, l’Ouzbékistan pourrait connaître un développement fulgurant.</p>
<p style="text-align: justify">Par ailleurs, même si de nouveaux partis sont enregistrés, il faudra des années et de nombreux efforts pour les voir devenir des forces politiques avec lesquelles compter.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les Ouzbeks en veulent davantage</strong></p>
<p style="text-align: justify">Aussi paradoxal que cela puisse paraître, une autre fonction non-négligeable de l’opposition est de consolider la conscience nationale. À l’heure des réseaux sociaux, d’Internet et des communications instantanées, la frustration est grande chez de nombreux Ouzbeks, dont les attentes envers la nouvelle administration du pays ont été déçues. L’Ouzbékistan ne change finalement pas aussi vite qu’ils le voudraient.</p>
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<p style="text-align: justify">En l’absence d’une opposition présente dans les organes officiels de l’État, tels que l’Oliy Majlis, le parlement ouzbek, la frustration se dirige tout naturellement contre le gouvernement et le pouvoir. En revanche, si une forme d’opposition sérieuse existait, une partie de cette frustration serait canalisée par elle et s’évaporerait au fil des débats publics.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan :</strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/la-societe-civile-nouveau-chantier-des-autorites-ouzbekes/">La société civile, nouveau chantier des autorités ouzbèkes</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">L’heure est venue pour l’Ouzbékistan de déterminer son avenir : conserver ses mesures de coercition ou décider de devenir une véritable démocratie. C’est au pouvoir de décider de la nature de cette opposition. Peut-être que les dirigeants décideront d’autoriser le retour des forces politiques contraintes de quitter le pays en raison de persécutions non fondées.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Un État de droit en construction</strong></p>
<p style="text-align: justify">Jusqu’à présent, les réformes de Chavkat Mirzioïev se sont orientées vers un État de droit démocratique plutôt que vers un État policier. La logique voudrait donc que les autorités mettent en place des mesures visant à accroître la participation des citoyens à la vie politique du pays. Sans quoi les réformes n’auront été qu’un élan pour mieux sauter dans l’autoritarisme.</p>
<p style="text-align: justify">Pourquoi les pays les plus démocratiques sont-ils les plus stables et les plus riches ? Parce qu’ils utilisent l’intelligence de tous, notamment de l’opposition, qui peut émettre des critiques et représente une alternative. Et les citoyens dans leur ensemble décident du développement qui convient le mieux au plus grand nombre. Certes, un parti peut connaître des défaites, mais ses membres ne se verront pas pour autant contraints à quitter le pays ou enfermés dans des camps. Et sa voix sera toujours entendue dans les médias.</p>
<p style="text-align: justify">La question de l’opposition n’est pas seulement politique, mais aussi philosophique et civilisationnelle. Elle demeurera probablement au centre des débats et servira de preuve que l’Ouzbékistan est sur la voie de la modernité ou, au contraire, que les réformes ne sont que du vent.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Kamoliddin Rabbimov</strong><strong><br />
Journaliste pour </strong><strong>Anhor.uz</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit du </strong><a href="https://anhor.uz/columnists/21073"><strong>russe</strong></a><strong> par Pierre-François Hubert</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Édité par Sayyora Pardaëva</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>
<p style="text-align: justify"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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		<title>Turkménistan : des prisonniers politiques emprisonnés malgré la fin de leur peine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[spardaeva]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2020 09:54:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Turkménistan]]></category>
		<category><![CDATA[Droits de l'Homme]]></category>
		<category><![CDATA[Gourbangouly Berdimouhamedov]]></category>
		<category><![CDATA[Ovadan-Depe]]></category>
		<category><![CDATA[Peine de mort]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Prison]]></category>
		<category><![CDATA[Prisonniers politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Saparmourat Niyazov]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/turkmenistan-des-prisonniers-politiques-emprisonnes-malgre-la-fin-de-leur-peine/">Turkménistan : des prisonniers politiques emprisonnés malgré la fin de leur peine</a></p>
<p>En 1999, le Turkménistan a été le premier pays d’Asie centrale à abolir la peine de mort, alors qu’en 1998 il occupait la deuxième place dans le monde par le nombre de morts après la Chine. Aujourd’hui, le nombre des prisonniers politiques augmente. Pour certains, on ne sait même pas s’ils sont en vie. Novastan [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/turkmenistan-des-prisonniers-politiques-emprisonnes-malgre-la-fin-de-leur-peine/">Turkménistan : des prisonniers politiques emprisonnés malgré la fin de leur peine</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>En 1999, le Turkménistan a été le premier pays d’Asie centrale à abolir la peine de mort, alors qu’en 1998 il occupait la deuxième place dans le monde par le nombre de morts après la Chine. Aujourd’hui, le nombre des prisonniers politiques augmente. Pour certains, on ne sait même pas s’ils sont en vie.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 23 janvier 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale,</strong> <a href="https://fergana.ru/articles/114424/"><strong>Fergana News.</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">C’est une situation particulière que semblent connaître des détenus au Turkménistan. Alors que le peine de mort a été abolie depuis 20 ans dans le pays, le sort de prisonniers reste aujourd’hui inconnu. Certains pourraient même être morts, décrit le média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana News.</p>

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<p style="text-align: justify">La campagne internationale <em>« Prove they are alive »</em>, <a href="https://provetheyarealive.org/about_us/">qui lutte depuis 2013</a> contre les disparitions de prisonniers au Turkménistan, <a href="https://provetheyarealive.org/statement-on-prove-letter-to-berdymukhamedov-eng/">a annoncé le 21 janvier dernier</a> que plusieurs détenus avaient purgé leur peine. Que leur est-il arrivé ? Sont-ils morts ou incarcérés à plus long terme ? Mystère. Mais le silence des autorités face aux accusations des défenseurs des droits de l’Homme en dit long.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>La disparition remplace la peine de mort</strong></p>
<p style="text-align: justify">En 1999, le Turkménistan est devenu la première république d’Asie centrale à abolir la peine de mort. Un an plus tôt, le pays avait décrété un moratoire sur cette peine, de même que le Kirghizstan. Ce dernier n’a décidé qu’en 2007 d’abolir la peine de mort. Au Tadjikistan et au Kazakhstan, des moratoires ont été imposés en 2003-2004, mais la peine capitale existe toujours. En Ouzbékistan, un décret présidentiel d’abolition a été signé en 2005 et est entré en vigueur le 1<sup>er</sup> janvier 2008.</p>
<p style="text-align: justify"><a href="https://base.spinform.ru/show_doc.fwx?rgn=17899">Le décret</a> proposé le 28 décembre 1999 par le premier président du Turkménistan, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Saparmyrat_Ny%C3%BDazow">Saparmourat Niyazov</a> (1990-2006), pour abolir la peine de mort se gorge d’envolées lyriques sur l’humanisme, l’adoption des règles internationales et la foi en l’avenir. La réalité est toute autre. Selon <a href="https://memohrc.org/ru/news/turkmenistan-gotovitsya-reshenie-ob-otmene-zapreta-na-smertnuyu-kazn">un rapport publié en 2008</a> par le centre de défense des droits de l’Homme Memorial, les années de culte de la personnalité de Saparmourat Niyazov ont vu le Turkménistan occuper la deuxième place mondiale en termes de condamnations à mort, juste après la Chine. En 1998, 674 personnes ont été condamnées à la peine capitale. Après l’indépendance du pays, les exécutions ont été expéditives, sans recours à d’interminables processus d’appel comme on en voit aux États-Unis.</p>
<p style="text-align: justify">Fin 1998, l’opinion publique mondiale perdait patience en apprenant que <a href="https://memohrc.org/ru/news/turkmenistan-delo-hoshaly-garaeva-i-muhammetguly-aymuradova">Khochala Garaïev et Mouhamatkouli Aïmouradov</a>, des dissidents turkmènes incarcérés, seraient condamnés à mort sous peu. Ils étaient en effet soupçonnés de fomenter un coup d’État depuis leurs cellules. Face au tollé sur la scène internationale, Achgabat a d’abord décrété un moratoire, puis l’abolition complète de la peine capitale. Moins d’un an après, Khochala Garaïev était étranglé dans sa cellule.</p>
<p style="text-align: justify">Dans les pays pauvres, la construction de prisons spécialisées destinées aux détenus à perpétuité constitue souvent un frein à l’abolition de la peine de mort. Ce qui explique peut-être la réticence des Républiques voisines à passer le cap. Ainsi, au Kirghizstan, les condamnés à perpétuité ont longtemps été incarcérés dans des maisons d’arrêt et n’ont été transférés en colonies pénitentiaires qu’en 2015.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan </strong><strong>: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/les-prisons-kirghizes-sanctuaires-pour-la-grande-criminalite/">Les prisons kirghizes, sanctuaires pour la grande criminalité ?</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Les autorités turkmènes se sont penchées sur ce problème trois ans après l’abolition de la peine capitale. Pour Fergana News, leur objectif n’était pas de protéger les citoyens de meurtriers psychopathes mais était motivé par des raisons politiques. En novembre 2002, plusieurs politiciens, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Chikhmouradov, ont <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/2003/01/02/boris-chikhmouradov-victime-d-un-proces-digne-de-l-ere-stalinienne-au-turkmenistan_304088_1819218.html">été accusés de tentative de meurtre sur le président</a>. Pour les défenseurs des droits de l’Homme, l’attentat n’était qu’une mise en scène. Les accusés ont pour la plupart été immédiatement condamnés à perpétuité. La question du lieu de leur détention s’est alors posée.</p>
<p style="text-align: justify">En 2002, le projet de construction de la prison <a href="https://provetheyarealive.org/wp-content/uploads/2014/09/FInal-O-D-Report-September-2014-compressed.pdf">d’Ovadan-Depe</a> a débuté dans <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9sert_du_Karakoum">le désert du Karakoum</a>, officiellement pour accueillir les criminels et récidivistes particulièrement dangereux. Si la prison est régie par une stricte confidentialité, certaines informations ont filtré ces dernières années. Les détenus auraient connu des étés particulièrement chauds et des hivers très rigoureux. Certains seraient à l’étroit quand d’autres, au contraire, sont isolés dans le noir. Plusieurs cellules ne permettent pas de se tenir debout. En échappant à l’exécution, les condamnés ont ainsi hérité de l’enfer à perpétuité.</p>
<p style="text-align: justify">En 2006, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gurbanguly_Berdimuhamedow">Gourbangouly Berdimouhamedov</a> a succédé à Saparmourat Niyazov après le décès de celui-ci. La prison d’Ovadan-Depe a enregistré une tentative de rébellion, sévèrement réprimée selon les défenseurs des droits de l’Homme. Très vite, les observateurs ont compris que le nouveau président n’allait pas vider les prisons et que les arrivées à Ovadan-Depe n’allaient pas cesser.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Un épais mystère</strong></p>
<p style="text-align: justify">Les autorités turkmènes s’abstiennent de commenter les rumeurs concernant Ovadan-Depe et s’en tiennent à décrédibiliser les sources. Ce qui serait légitime si des informations officielles étaient publiées. S’il arrive que des diplomates et représentants d’organisations internationales soient admis dans certaines colonies pénitentiaires, expurgées auparavant de leurs côtés les moins reluisants, c’est absolument impensable à Ovadan-Depe. Les détenus sont interdits de visites et de correspondance avec leur famille, de sorte qu’on ne sait rien des conditions de détention.</p>
<p style="text-align: justify">À vrai dire, on ne sait même pas s’ils sont toujours en vie. En 2017, l’Association indépendante des avocats du Turkménistan et l’Initiative turkmène pour les droits de l’Homme ont pu rassembler des éléments prouvant que Boris Chikhmouradov et d’autres condamnés n’ont jamais passé les portes d’Ovadan-Depe. Les auteurs de l’enquête estiment qu’ils ont été exécutés entre avril 2003 et novembre 2005 à BL-T/5, la seule prison du Turkménistan où des mises à mort ont eu lieu pendant les années soviétiques, avec un sous-sol spécialement conçu pour ce faire. En 2008, cette prison a été détruite.</p>
<figure id="attachment_30938" aria-describedby="caption-attachment-30938" style="width: 496px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-30938" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/04/63d96602-65a8-4f7f-99b4-a87032f9a3e9.jpeg" alt="Prison Turkménistan Ovadan-Depe" width="496" height="330" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/04/63d96602-65a8-4f7f-99b4-a87032f9a3e9.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/04/63d96602-65a8-4f7f-99b4-a87032f9a3e9-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/04/63d96602-65a8-4f7f-99b4-a87032f9a3e9-128x86.jpeg 128w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-30938" class="wp-caption-text">Vue aérienne de la prison d&rsquo;Ovadan-Depe, où bon nombre de prisonniers politiques sont détenus.</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify">En 2013, près de dix ans après leurs condamnations, le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme (BIDDH) de l’OSCE a lancé la campagne <em>« Prove they are alive »</em>. Ses initiateurs ont accusé les organisations internationales de défense des droits de l’Homme et les gouvernements étrangers de loyauté envers le président turkmène qui, en six ans de présidence, n’a pas résolu le problème d’Ovadan-Depe. Leurs exigences se sont toutefois révélées minimes : aucune demande de libération des prisonniers politiques ou d’enquête indépendante sur les événements de 2002, juste une preuve que les prisonniers sont bel et bien vivants.</p>
<p style="text-align: justify">Sept ans plus tard, cette exigence n’a toujours pas été entendue, malgré certaines concessions des autorités. Ainsi, durant l’été 2018, <a href="https://www.hronikatm.com/2018/07/memorial-vlasti-turkmenistana-razreshili-svidaniya-nekotoryim-politzaklyuchennyim-v-ovadan-depe/">on a appris</a> que des détenus d’Ovadan-Depe avaient été autorisés à voir des proches. Cet assouplissement concernait les personnes reconnues coupables d’extrémisme islamique et non les opposants politiques. Parfois, une information tombe concernant un décès (au total, <a href="http://www.gundogar.org/?0120519068000000000000011000000">27 prisonniers</a> sont morts à l’heure actuelle) ou une libération sous surveillance à Ovadan-Depe.</p>
<p style="text-align: justify">Les prisonniers politiques continuent par ailleurs à affluer. En 2016-2017, le pays a connu une vague de disparitions. Les défenseurs des droits de l’Homme ont appris l’arrestation de dizaines de personnes soupçonnées d’opposition au régime. Par la suite, les noms de plusieurs détenus isolés d’Ovadan-Depe ont circulé, notamment le chef de l’association des étudiants turkmènes en Turquie, <a href="https://www.rferl.org/a/turlmenistan-turkey-student-omarkulyev-imprisoned/29292029.html">Omriouzak Omarkoulyev</a>, qui avait relayé en 2018 des informations émanant des autorités turkmènes à des journalistes indépendants interdits. En automne 2019, une vidéo a été mise en ligne, qui indiquait que le jeune homme aurait rejoint l’armée. Les défenseurs des droits de l’Homme <a href="https://rus.azathabar.com/a/30175359.html">doutent</a> toutefois de la véracité de cette vidéo.</p>
<p style="text-align: justify">Parmi les dernières arrivées à Ovadan-Depe, citons l’ancien ministre de l’Intérieur, <a href="https://novastan.org/fr/turkmenistan/le-ministre-de-linterieur-turkmene-limoge-pour-corruption/">Isgender Moulikov</a>, et l’ancien chef du Département de la migration, Meïlis Nobatov. Fin 2019, les deux hommes ont été reconnus coupables de corruption et condamnés à 15 ans de détention. Isgender Moulikov a été ministre pendant dix ans, un mandat particulièrement long au Turkménistan, où les cadres sont régulièrement remplacés. D’après des informations non officielles, Meïlis Nobatov a dirigé le service de sécurité du président après avoir été relevé de ses fonctions au sein du Département de la migration, en 2017.</p>
<p style="text-align: justify">La campagne <em>« Prove they are alive »</em> a donc fait ses preuves. Sa principale réalisation est la collecte, le tri et la mise à jour d’informations sur les détenus disparus. À ce jour, la liste publiée par l’organisation fait état <a href="https://provetheyarealive.org/the-disappeared/">de 121 prisonniers</a>. Sans les défenseurs des droits de l’Homme, qui s’intéresserait à leur sort ?</p>
<p style="text-align: justify"><b>Les prisonniers politiques liés à une tentative de coup d’État en 2002</b></p>
<p style="text-align: justify">Le 21 janvier 2020, les militants de <em>« Prove they are alive »</em> ont souligné que les peines de certains détenus étaient arrivées à leur terme. Ainsi, <a href="https://provetheyarealive.org/the-disappeared/21-buriev-esen/">Essène Bouriyev</a> et <a href="https://www.osce.org/odihr/18372?download=true">Issa Garataïev</a> auraient dû être libérés en 2017. Le premier est l’un des deux frères reconnus coupables de tentative de coup d’État en 2002. L’homme avait écopé de 15 ans de détention et son frère Aman, 20 ans. Selon des informations non confirmées, ce dernier serait mort en cellule en 2005. Dans cette même affaire, Issa Garataïev avait lui aussi été condamné à 15 ans de prison.</p>
<p style="text-align: justify">La peine de <a href="https://provetheyarealive.org/the-disappeared/39-gurbanov-bazar/">Bazar Gourbanov</a> s’est achevée en 2018. Peu de choses sont connues sur cet homme, si ce n’est sa condamnation à 16 ans de détention pour avoir pris part à la tentative de coup d’État. Des rumeurs ont commencé à circuler en 2013 à propos de sa mort en prison.</p>
<p style="text-align: justify">En 2019, trois personnes auraient dû être libérées : <a href="https://memohrc.org/en/news_old/disappeared-turkmenistans-prisons-whose-terms-have-expired-must-be-immediately-released">Annageldy Akmouradov, Mamour Ataïev et Konstantin Chikhmouradov</a>. On ne sait rien du premier, sinon qu’il a été condamné à 17 années de détention pour tentative de coup d’Etat. Konstantin Chikhmouradov, qui a également écopé de 17 ans de réclusion, est le frère cadet de Boris. Cet homme d’affaires vivait à Achgabat, la capitale. Arrêté en 2002 pour fraude et extorsion, il a rapidement été inculpé pour tentative d’assassinat sur le président Saparmourat Niyazov. En 2013, Konstantin Chikhmouradov <a href="https://centre1.com/turkmenistan/boris-shihmuradov-bez-vesti-propavshij-v-turkmenskoj-tyurme/">a pu adresser une lettre à ses proches</a>, dans laquelle il se déclarait vivant, tout en indiquant ne rien savoir des autres personnes impliquées dans l’affaire, aucun contact n’étant autorisé entre eux.</p>
<p style="text-align: justify">Mamour Ataïev, quant à lui, s’est retrouvé plus tard derrière les barreaux. L’homme, originaire d’Ouzbékistan, est né dans la ville turkmène de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Da%C5%9Foguz_(ville)">Dachogouze</a> et a vécu à Achgabat. Arrêté en 2004 pour avoir aidé les parents des frères Yklymov à franchir illégalement la frontière, il a été condamné à 15 ans de détention.</p>
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<p style="text-align: justify">Roustem Djoumaïev, Saparmourat Mouhammedov et Batyr Sardjaïev doivent être libérés en 2020, Orazmammet Yklymov et Ovezmourat Yazmouradov en 2021. Roustem Djoumaïev est né au Tadjikistan, où il a travaillé au sein du ministère de la Santé. En 1993, il s’est installé à Achgabat et a rejoint le département d’épidémiologie du ministère de la Défense. En 1999, il a été nommé directeur des opérations du ministère des Affaires étrangères du Turkménistan puis, en 2001, il a été transféré pour une courte période à l’ambassade du Turkménistan en Biélorussie. En 2002, il a été accusé d’avoir soutenu le coup d’État en logeant plusieurs comploteurs et condamné à 18 ans de prison. Certaines sources mentionnent sa mort en 2004, d’autres indiquent qu’il aurait été gracié en 2008, mais jamais libéré.</p>
<p style="text-align: justify">Saparmourat Mouhammedov a écopé de 18 ans de prison dans la même affaire. C’est tout ce que l’on sait de lui. Ovezmourat Yazmouradov a travaillé comme journaliste pendant 20 ans durant les années soviétiques avant de se reconvertir en 1991 dans l’enseignement. Il a été condamné à 19 ans pour participation au coup d’État.</p>
<p style="text-align: justify">Orazmammet Yklymov est l’un des frères dont les parents ont tenté de quitter le pays avec l’aide de Mamour Ataïev. Condamné à 20 années de réclusion, il serait mort en 2003. Les deux autres frères Yklymov, Parahat et Saparmourat, ont pu fuir vers la Suède et échapper à la prison. Un autre frère, Orazmammet, purge une peine de 19 ans, mais pour une raison inconnue ne figure pas sur la liste des détenus libérables.</p>
<p><strong>Des peines prolongées, mais sans preuve de vie</strong></p>
<p style="text-align: justify">Enfin, Batyr Sardjaïev est le seul détenu sans lien avec le coup d’État. À l’époque soviétique, il a travaillé dans la fonction publique et au sein du parti communiste. Il a occupé les fonctions de maire d’Achgabat de 1992 à 1993 et de vice-président de 1993 à 2001, avant d’être nommé à la tête de la Direction nationale des chemins de fer du Turkménistan, jusqu’à son licenciement en juillet 2002. Batyr Sardjaïev a alors été arrêté pour corruption et condamné à 12 ans de prison selon certaines sources, 18 ans selon d’autres.</p>
<p style="text-align: justify">Il n’y a rien d’étonnant à ce que tous ces détenus ne soient pas libérés. Les défenseurs des droits de l’Homme savent qu’il est fréquent, au Turkménistan, qu’un prisonnier politique voit sa peine prolongée en prison pour des motifs fallacieux. Il arrive même que l’on en informe les proches. Ce qui ne les rassure en rien : même si la peine est prolongée, rien n’indique que le détenu est toujours vivant.</p>
<p style="text-align: justify">Les chances de libération des prisonniers d’Ovadan-Depe diminuent avec les années en raison des conditions difficiles de détention et de l’âge parfois avancé de certains au moment des faits.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Tatiana Zvernitseva</strong><strong><br />
Journaliste pour Fergana News</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit</strong><strong> <a href="https://fergana.ru/articles/114424/">du russe</a></strong><strong> par Pierre-François Hubert</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Édité par Sayyora Pardaïeva</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Corrigé par Aline Simonneau</strong></p>
<p style="text-align: justify"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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		<title>La présence de Daech à la frontière tadjike continue d’inquiéter</title>
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		<dc:creator><![CDATA[spardaeva]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Mar 2020 08:36:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Etat Islamique]]></category>
		<category><![CDATA[Frontière]]></category>
		<category><![CDATA[OTSC]]></category>
		<category><![CDATA[Sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/la-presence-de-daech-a-la-frontiere-tadjike-continue-dinquieter/">La présence de Daech à la frontière tadjike continue d’inquiéter</a></p>
<p>Le nord de l’Afghanistan, qui jouxte la frontière tadjike, est devenu le foyer principal de l’organisation terroriste Daech, interdite dans de nombreux pays du monde, notamment au Tadjikistan. C’est ce qu’a déclaré à l’agence Associated Press l’expert tadjik sur l’Afghanistan moderne, Kossim Bekmouhammad. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 3 décembre 2019 [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/la-presence-de-daech-a-la-frontiere-tadjike-continue-dinquieter/">La présence de Daech à la frontière tadjike continue d’inquiéter</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le nord de l’Afghanistan, qui jouxte la frontière tadjike, est devenu le foyer principal de l’organisation terroriste Daech, interdite dans de nombreux pays du monde, notamment au Tadjikistan. C’est ce qu’a déclaré à l’agence Associated Press l’expert tadjik sur l’Afghanistan moderne, Kossim Bekmouhammad.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 3 décembre 2019 par <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/security/20191203/ekspert-prisutstvie-ig-na-granitse-tadzhikistana-napravleno-protiv-interesov-rossii-i-kitaya?tg_rhash=4ad06923c19fc6">le média tadjik Asia-Plus</a>. </strong></p>
<p style="text-align: justify">Depuis plusieurs années, le nord de l’Afghanistan, limitrophe avec le Tadjikistan, inquiète les experts en sécurité d’Asie centrale. <em>«&nbsp;Les grands acteurs de la scène internationale tentent actuellement de transformer le nord de l’Afghanistan, limitrophe du Tadjikistan, en une base d’opérations contre les intérêts géopolitiques de Moscou et de Pékin dans la région de l’Asie centrale&nbsp;»</em>, a déclaré à l’agence <em>Associated Press</em> l’expert tadjik sur l’Afghanistan, Kossim Bekmouhammad.</p>

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<p style="text-align: justify">Selon lui, cette tête de pont peut être exploitée par des terroristes de Daech qui, après les défaites en Irak et en Syrie, se sont regroupés dans les provinces septentrionales de l’Afghanistan.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/les-menaces-terroristes-en-asie-centrale-realite-ou-fiction/">Les menaces terroristes en Asie centrale, réalité ou fiction ?</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Pour l’expert, aucun doute&nbsp;: cette situation explique l’immobilisme de l’armée afghane, <em>de facto</em> contrôlée par l’OTAN, et de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) dirigée par l’OTAN, face à la menace.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/daech-menace-t-il-le-tadjikistan/">Daech menace-t-il le Tadjikistan ?</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Kossim Bekmouhammad estime que la déclaration faite mi-novembre par l’armée afghane, selon laquelle l’Afghanistan est presque entièrement débarrassé de Daech, est partiellement vraie.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Sécurité collective contre Daech</strong></p>
<p style="text-align: justify"><em>«&nbsp;Fin octobre &#8211; début novembre, l’armée afghane, avec le soutien de la FIAS, a mené avec succès une série d’opérations contre Daech à la frontière tadjike, qui a vu la quasi-totalité des groupes terroristes de la région neutralisés et de nombreux combattants se rendre aux autorités afghanes&nbsp;»</em>, explique-t-il.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/au-dela-de-la-guerre-et-de-la-drogue-un-autre-regard-sur-lafghanistan/">Au-delà de la guerre et de la drogue, un autre regard sur l’Afghanistan</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Pour autant, l’expert est convaincu que ces opérations ne seront pas répétées de sitôt. <em>«&nbsp;La présence de combattants de Daech dans cette région sert les intérêts géopolitiques de certaines forces&nbsp;»</em>, a-t-il soutenu.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>La frontière inquiète l’OTSC</strong></p>
<p style="text-align: justify">Lors du sommet des chefs d’État des membres de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_s%C3%A9curit%C3%A9_collective">l’Organisation du traité de sécurité collective</a> (OTSC) tenu le 28&nbsp;novembre à Bichkek, le secrétaire général adjoint de l’organisation, Valeri Semerikov, a déclaré que l’Afghanistan demeurait la principale menace pour la région. Le militaire russe a souligné que l’Afghanistan représentait une source d’instabilité pour l’Asie centrale et une menace immédiate pour la sécurité des États membres de l’OTSC.</p>
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<p style="text-align: justify"><em>«&nbsp;L’une des principales questions qui se pose aujourd’hui concerne la situation à la frontière afghano-tadjike. Les territoires adjacents en Afghanistan suscitent l’inquiétude car des combattants, notamment de Daech, continuent de s’y regrouper par milliers&nbsp;»</em>, avait-il conclu.</p>
<p style="text-align: justify">Une situation qui pourrait évoluer après l’accord historique signé entre les Talibans et les États-Unis <a href="https://novastan.org/fr/decryptage/laccord-entre-talibans-et-etats-unis-quel-impact-pour-lasie-centrale/">le 29 février dernier.</a></p>
<p style="text-align: right"><strong>Avaz Youldachev<br />
Journaliste pour Asia-Plus</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/security/20191203/ekspert-prisutstvie-ig-na-granitse-tadzhikistana-napravleno-protiv-interesov-rossii-i-kitaya?tg_rhash=4ad06923c19fc6">du russe</a> par Pierre-François Hubert<br />
</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Edité par Sayyora Pardaïeva</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Corrigé par Aline Simonneau</strong></p>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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