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	<title>Luna-Rose Durot, Author at Novastan France</title>
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	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
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	<title>Luna-Rose Durot, Author at Novastan France</title>
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		<title>« Nous ne vous laisserons pas vous reproduire » : Comment les autorités kirghizes empoisonnent la vie des opposants</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Mar 2022 16:17:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
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		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/nous-ne-vous-laisserons-pas-vous-reproduire-comment-les-autorites-kirghizes-empoisonnent-la-vie-des-opposants/">« Nous ne vous laisserons pas vous reproduire » : Comment les autorités kirghizes empoisonnent la vie des opposants</a></p>
<p>Le président kirghiz Sadyr Japarov, arrivé au pouvoir avec le soutien de la rue, semble avoir décidé de sévir contre cette même rue. Les alliés et partisans du président harcèlent régulièrement les opposants sur les réseaux sociaux et menacent de représailles ceux qui n&#8217;ont pas voulu voter pour une Constitution autoritaire.Novastan reprend et traduit ici [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/nous-ne-vous-laisserons-pas-vous-reproduire-comment-les-autorites-kirghizes-empoisonnent-la-vie-des-opposants/">« Nous ne vous laisserons pas vous reproduire » : Comment les autorités kirghizes empoisonnent la vie des opposants</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/nous-ne-vous-laisserons-pas-vous-reproduire-comment-les-autorites-kirghizes-empoisonnent-la-vie-des-opposants/">« Nous ne vous laisserons pas vous reproduire » : Comment les autorités kirghizes empoisonnent la vie des opposants</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le président kirghiz Sadyr Japarov, arrivé au pouvoir avec le soutien de la rue, semble avoir décidé de sévir contre cette même rue. Les alliés et partisans du président harcèlent régulièrement les opposants sur les réseaux sociaux et menacent de représailles ceux qui n&rsquo;ont pas voulu voter pour une Constitution autoritaire.</strong><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 2</strong><strong>0</strong><strong>avril 2021 par le média kirghiz</strong><a href="https://kloop.kg/blog/2021/04/20/ne-dadim-rasploditsya-kak-kyrgyzskaya-vlast-travit-nesoglasnyh/"> <strong>Kloop</strong></a><strong>. </strong>

Début mars 2021, lors d&rsquo;une réunion du Jogorkou Kenesh, le parlement kirghiz, le député <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%91%D0%B5%D0%BA%D0%B5%D1%88%D0%B5%D0%B2,_%D0%94%D0%B0%D1%81%D1%82%D0%B0%D0%BD_%D0%94%D0%B0%D0%BB%D0%B0%D0%B1%D0%B0%D0%B9%D0%B5%D0%B2%D0%B8%D1%87">Dastan Bekechev</a> a critiqué le projet de nouvelle Constitution du Kirghizstan. Un enregistrement vidéo de son discours a été posté par les médias sur les réseaux sociaux.

</p>



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<p class="wp-block-paragraph">

Le même jour, un commentaire a été laissé sur la page Facebook du président du Kirghizstan, <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/sadyr-japarov-le-chuchoteur-du-peuple/">Sadyr Japarov</a> : <em>« Non seulement les yeux de ce scélérat sont aveugles, mais son monde intérieur aussi »</em>. Dastan Bekechev a perdu la vue à l&rsquo;âge de six ans.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53500"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="512" height="793" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image003.jpg" alt="Kirghizstan Politique Manifestants Réseaux sociaux Sadyr Japarov" class="wp-image-53500" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image003.jpg 512w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image003-194x300.jpg 194w" sizes="(max-width: 512px) 100vw, 512px" /><figcaption class="wp-element-caption">Dastan Bekechev.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

L&rsquo;attachée de presse présidentielle, Galina Baïterek, <u><a href="http://www.president.kg/ru/sobytiya/novosti/18810_press_sekretar_prezidenta_galina_bayterek_stranica_sadira_ghaparova_vfeysbuk_bila_vzlomana_onneimeet_nikakogo_otnosheniya_kposlednim_kommentariyam">assure</a></u> que <em>« </em><em>la page personnelle de Sadyr Japarov a été piratée par des inconnus » </em>et qu’il n&rsquo;a rien à voir avec les derniers commentaires. Le Comité d&rsquo;État pour la sécurité nationale a même ouvert une enquête sur le piratage de la page personnelle du président « depuis l&rsquo;étranger ».
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des commentaires offensants</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Cette version aurait pu être crédible à un détail près. Le jour de l&rsquo;élection présidentielle, le 10 janvier 2021, en réponse aux critiques du poète Temirlan Ormoukov, Sadyr Japarov écrivait sur Facebook : <em>« Les Kirghiz ont une bonne expression : Son monde intérieur est aveugle »,</em>&nbsp;Temirlan Ormoukov étant également aveugle.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/sadyr-japarov-et-le-national-populisme/">Sadyr Japarov et le national populisme</a></strong>

Les commentaires offensants, les insultes et même les appels aux représailles contre les opposants politiques de Sadyr Japarov ne sont pas rares. Des milliers de publications, de commentaires et de publications de groupe ont été analysés. Parmi celles-ci, plus d&rsquo;une centaine contenaient des déclarations hostiles à l&rsquo;opposition, aux militants et à ceux qui se battent pour leurs droits.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53502"><img decoding="async" width="455" height="567" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image007.jpg" alt="Kirghizstan Politique Manifestants Réseaux sociaux Sadyr Japarov" class="wp-image-53502" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image007.jpg 455w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image007-241x300.jpg 241w" sizes="(max-width: 455px) 100vw, 455px" /><figcaption class="wp-element-caption">Meder Osmonov, avec Sadyr Japarov, était le coprésident du parti Mekentchil en 2015. Il a non seulement mis un like au commentaire de Sadyr Japarov à propos de Dastan Bekechev, mais a également commenté : « Ce type ne fera jamais du bien aux Kirghiz. »</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Des dizaines de ces publications appartiennent aux associés et partisans de Sadyr Japarov.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des paroles aux actes</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Le 9 octobre 2020, trois rassemblements ont eu lieu à Bichkek : un pour la stabilité du pays, un autre contre les groupes criminels organisés au pouvoir, et un rassemblement des partisans de Sadyr Japarov. Alors que les dirigeants du rassemblement contre les groupes criminels et pour la stabilité du pays étaient sur les tribunes, ils ont été <a href="https://kloop.kg/blog/2021/02/05/advokat-atambaeva-prosit-doprosit-tekebaeva-babanova-i-zheenbekova-po-delu-o-mitinge-9-oktyabrya/"><u>attaqué</u>s</a> par les partisans de Sadyr Japarov.

Des personnes ont été battues, attaquées à coups de pierres ; un inconnu dans la foule a tiré sur la voiture de l&rsquo;ex-président <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Almazbek_Atambaev">Almazbek Atambaïev</a>. Deux victimes de l&rsquo;attaque se sont retrouvées à l&rsquo;hôpital : le politicien Tilek Toktogaziev a été touché à la tête et le garde du corps de l&rsquo;ancien Premier ministre <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Temir_Sar%C3%AFev">Temir Sariev</a> a été battu.

Sanjarbek Tolonbaïev, candidat du parti <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mekentchil">Mekentchil</a> auquel appartient Sadyr Japarov, a <a href="https://ru-ru.facebook.com/story.php?story_fbid=414769232954390&amp;id=100032639504199">partagé</a> une vidéo dans laquelle les organisations internationales à but non lucratif et non gouvernementales s&rsquo;opposant au changement de la Constitution sont qualifiées <em>« d&rsquo;ennemies du peuple kirghiz »</em>. La vidéo indique que les médias parrainés par ces ONG cherchent à <em>« créer une image négative du gouvernement du pays en publiant diverses enquêtes journalistiques »</em>.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53503"><img decoding="async" width="510" height="458" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image009.jpg" alt="Kirghizstan Politique Manifestants Réseaux sociaux Sadyr Japarov" class="wp-image-53503" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image009.jpg 510w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image009-300x269.jpg 300w" sizes="(max-width: 510px) 100vw, 510px" /><figcaption class="wp-element-caption">Capture d&rsquo;écran du message de Sanjarbek Tolonbaïev.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Selon les créateurs de la vidéo, l&rsquo;image négative du Kirghizstan n&rsquo;a pas été créée par les voleurs ou par les forces de l&rsquo;ordre qui libèrent des fonctionnaires corrompus, mais par les journalistes qui ont osé en parler.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Un rassemblement contre la corruption</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Le 25 novembre 2019 s’est tenu dans le centre de Bichkek un rassemblement <u><a href="https://kloop.kg/blog/2019/11/25/live-miting-protiv-korruptsii-vozle-belogo-doma/">contre la corruption</a></u>. Les manifestants ont exigé l&rsquo;arrestation de l&rsquo;ex-président adjoint des douanes, Raïmbek Matraïmov, et d&rsquo;autres fonctionnaires corrompus. C’est-à-dire ceux qui sont visés par <u><a href="https://kloop.kg/blog/2019/11/21/klany-korruptsiya-i-kontrabanda-na-shelkovom-puti/">l&rsquo;enquête</a></u> sur la corruption à la douane et le retrait de près de 700 millions de dollars (621,09 millions d&rsquo;euros) du pays. Cette enquête est menée par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) et relayée par Radio <u><a href="https://www.azattyk.org/">Azattyk</a></u>, la branche kirghize du média Radio Free, et par le média Kloop.

Après le rassemblement, l&rsquo;ex-parlementaire de la faction <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ata-jourt">Ata-Jourt</a>, Nadira Narmatova, a écrit sur Facebook que ceux qui <em>« </em><em>ont été achetés avec de l’argent de l’Occident »</em>&nbsp;et la rédaction d&rsquo;Azattyk <em>« </em><em>sont prêts à vendre leur patrie et ne feront rien de bon pour les Kirghiz ». </em>Cette publication est immédiatement apparue sur le groupe des partisans de Sadyr Japarov.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53504"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="661" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image011.jpg" alt="Kirghizstan Politique Manifestants Réseaux sociaux Sadyr Japarov" class="wp-image-53504" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image011.jpg 800w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image011-300x248.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image011-768x635.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption class="wp-element-caption">Jazira Taalaïbekova a partagé la déclaration de l&rsquo;ex-députée Nadira Narmatova, qui a accusé les journalistes d&rsquo;investigation indépendants de « vendre leur patrie ».</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Sadyr Japarov lui-même a accusé à plusieurs reprises le média Azattyk de <em>« déformer l&rsquo;information »</em>. Lors d&rsquo;une conférence de presse avant son élection, alors qu’il était au poste de Premier ministre par intérim, interrogé sur les pressions de ses alliés sur Azattyk, le futur président a répondu : <em>« Vous déformez un peu les faits. Il n&rsquo;y a eu aucune pression sur les autres journalistes. C&rsquo;est parce que [les journalistes] diffusent de fausses informations. »</em><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/sadyr-japarov-le-chuchoteur-du-peuple/">Sadyr Japarov, le chuchoteur du peuple</a></strong>

En février 2021, des rassemblements ont eu lieu dans les villes de Bichkek, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Och">Och</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kara-Suu">Kara-Suu</a> pour <u><a href="https://kloop.kg/blog/2021/03/23/v-kyrgyzstane-razvernulas-borba-protiv-azattyka-prichem-zdes-sadyr-zhaparov/">exiger</a></u> la fermeture de la rédaction d&rsquo;Azattyk au Kirghizstan. Le rassemblement à Och a réuni des députés du Jogorkou Kenesh : Mirlan Bakirov, Taabaldy Tillaïev, Baktybek Raïymkoulov et Ilkhom Mannanov.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Une députée pro-Sadyr Japarov très active</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
En janvier 2021, Goulmira Akmatova, représentante du parti Mekentchil à la 7ème convocation au Jogorkou Kenesh, avait appelé sur les réseaux sociaux à passer à l&rsquo;action contre une publication de Kloop. <a href="https://ru.sputnik.kg/politics/20200909/1049561040/mekenchil-partiya-spisok-kandidat.html">Candidate</a> du parti Mekentchil en 2020 au Jogorkou Kenesh, elle a animé une émission en direct de l&rsquo;investiture du président et continue de partager activement des messages en faveur de Sadyr Japarov.

Il est également évident qu&rsquo;elle est proche de ce dernier d&rsquo;après la <u><a href="https://www.facebook.com/photo.php?fbid=463246930839165&amp;set=pb.100014615863758.-2207520000..&amp;type=3">photo</a></u> sur sa page Facebook, sous laquelle elle a commenté : <em>« </em><em>Nous avons pris des photos lorsque nous revenions de la commémoration de l&rsquo;anniversaire de la mort du père de Sadyr Nourgojoïevitch [Japarov]. » </em>Toutes les personnes qui ont écrit des commentaires se disent partisanes du parti Mekentchil.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53505"><img loading="lazy" decoding="async" width="770" height="1317" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image013.jpg" alt="Kirghizstan Politique Manifestants Réseaux sociaux Sadyr Japarov" class="wp-image-53505" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image013.jpg 770w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image013-175x300.jpg 175w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image013-599x1024.jpg 599w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image013-768x1314.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption class="wp-element-caption">Post Facebook de Goulmira Akmatova : « Nous devons prendre des mesures opportunes contre Kloop ! Nous ne les laisserons pas se reproduire ! »</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

En octobre 2020, pendant la <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/bichkek-entre-dans-une-troisieme-revolution-les-manifestants-ont-pris-le-parlement/">crise</a> politique qui a suivi les élections législatives, une trentaine de partisans de Sadyr Japarov se sont présentés à l&rsquo;entrée de la rédaction de la branche kirghize du média russe <a href="https://ru.sputnik.kg/">Sputnik</a>, exigeant qu&rsquo;un correspondant soit envoyé au palais présidentiel pour couvrir un rassemblement de soutien au président. Des hommes ont <u><a href="https://kloop.kg/blog/2020/10/10/storonniki-zhaparova-ugrozhayut-zhurnalistam-izdaniya-sputnik/">menacé</a></u> de revenir et <em>« d&rsquo;organiser des pogroms dans le bureau et de s&rsquo;occuper de l&rsquo;agent de sécurité »</em> si un journaliste n&rsquo;était pas envoyé à la manifestation dans les 30 minutes.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des journalistes agressés</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Quelques jours auparavant, des <u><a href="https://www.facebook.com/kloop.kg/videos/352368742550537/">journalistes</a></u> de Kloop et des <u><a href="https://kaktus.media/doc/422800_mitingyushie_y_otelia_dostyk_napali_na_korrespondenta_kaktus.media.html">correspondants</a></u> de <a href="https://kaktus.media/">Kaktus Media</a> avaient été agressés par les partisans de Sadyr Japarov.

Erkin Touraliev appelle à empoisonner Kloop et son fondateur, Bektour Iskender, le qualifiant d&rsquo;agent étranger et conseillant à Khabiboulla Abdykadyr, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ra%C3%AFymbek_Matraimov">Raïymbek Matraïmov</a> et Maxim Bakiyev de poursuivre le journaliste.

Assez neutres dans d&rsquo;autres pays, les mots tels que « LGBT », « féminisme », « militant/activiste » sont devenus des malédictions au Kirghizstan. Ils ne sont pas utilisés pour désigner des groupes sociaux et des opinions, mais comme des insultes, y compris lorsque le but est de dévaloriser et stigmatiser une manifestation publique. Les jugements intolérants sont exprimés publiquement.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53508"><img loading="lazy" decoding="async" width="691" height="625" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image019.jpg" alt="Kirghizstan Politique Manifestants Réseaux sociaux Sadyr Japarov" class="wp-image-53508" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image019.jpg 691w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image019-300x271.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 691px) 100vw, 691px" /><figcaption class="wp-element-caption">Un post sur la page de Jazira Taalaïbekova, partisane de Sadyr Japarov : « L’AUCA (Université Américaine d’Asie centrale, ndlr), leader des rassemblements gays et lesbiens, sous prétexte de protéger leurs droits, ne serait pas en train de devenir un lieu transformant les manifestants, armés de banderoles en papiers, qui déstabilisent le pays ?! »</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Jazira Taalaïbekova, partisane de Sadyr Japarov, qui a parrainé sa course électorale et participé à sa campagne, a publié sur sa page non seulement des publications en faveur du président, mais aussi des dizaines de messages discréditant les musulmans chiites, les participants à la marche en faveur des droits des femmes, des rédactions de médias et journalistes indépendants, opposants à l&rsquo;adoption de la nouvelle Constitution.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des appels à interdire la marche pour les droits des femmes</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Un de ses autres messages contient des menaces contre la chanteuse féministe <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Zere_Asylbek">Zere</a>, qui s&rsquo;est rendue à la marche pour les droits des femmes. Jazira Taalaïbekova appelle à interdire ces manifestations et déclare aux forces de l&rsquo;ordre : <em>« Faites attention, sinon nous agirons nous-mêmes ». </em>Tout cela s&rsquo;accompagne d&rsquo;appels au peuple <em>« </em><em>à se réveiller avant que l&rsquo;Occident ne s&#8217;empare de notre pays </em><em>»</em>.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/bonne-nouvelle-le-dernier-clip-de-la-chanteuse-kirghize-zere-devoile/?noredirect=fr_FR">« Bonne nouvelle », le dernier clip de la chanteuse kirghize Zere dévoilé</a></strong>

Sezimaï Jounousova, qui travaillait comme attachée de presse pour une entreprise municipale à Och, a écrit un article sur la marche dans sa ville et commente une photo : <em>« Un événement des féministes d&rsquo;Och a eu lieu aujourd’hui. Je n&rsquo;ai pas compris la position de cette fille musulmane voilée. La position des autres membres est claire, ils sont pro-occidentaux, ce sont des gays et des lesbiennes. Mais la fille voilée ? » </em>Sur la photo, il s&rsquo;agit de l&rsquo;avocate Moukhaïo Abdouraoupova.

</p>



<figure class="wp-block-image alignnone size-full wp-image-53509"><img loading="lazy" decoding="async" width="529" height="629" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image021.jpg" alt="Kirghizstan Politique Manifestants Réseaux sociaux Sadyr Japarov" class="wp-image-53509" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image021.jpg 529w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2022/02/image021-252x300.jpg 252w" sizes="auto, (max-width: 529px) 100vw, 529px" /><figcaption class="wp-element-caption">La chanteuse Zere.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

La mention des personnes LGBT est utilisée comme une insulte même au parlement. <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%A0%D0%B0%D0%B9%D1%8B%D0%BC%D0%BA%D1%83%D0%BB%D0%BE%D0%B2,_%D0%91%D0%B0%D0%BA%D1%82%D1%8B%D0%B1%D0%B5%D0%BA_%D0%9A%D0%B5%D0%BC%D0%B5%D0%BB%D0%B1%D0%B5%D0%BA%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Baktybek Raïymkoulov</a>, qui est un partisan de la nouvelle Constitution de Sadyr Japarov, a crié au député Dastan Bekechev : <em>« Vous soutenez les homosexuels !</em><em> »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">L&rsquo;homosexualité comme moyen de discréditation</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
L&rsquo;escarmouche s&rsquo;est produite après que Dastan Bekechev ait demandé la <u><a href="https://kloop.kg/blog/2021/03/04/deputat-bekeshev-vyskazalsya-ob-uchastii-deputatov-v-mitinge-v-podderzhku-matraimova-v-otvet-te-obvinili-ego-v-podderzhke-golubyh/">libération</a></u> du centre de détention du GKNB, le service de sécurité étatique kirghiz, de Jyldyz Tchodobaïeva, mère de quatre enfants qui est soupçonnée de corruption. Elle n&rsquo;a pas d&rsquo;argent pour sa caution et continue d&rsquo;être détenue dans une cellule, tandis que d&rsquo;autres fonctionnaires corrompus sont libérés pour être soignés dans un hôpital privé, a déclaré Dastan Bekechev, et les députés organisent des rassemblements en leur faveur. Le discours faisait référence à Raïymbek Matraïmov.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/kirghizstan-le-gouvernement-remanie-par-le-president/">Kirghizstan : le gouvernement remanié par le président</a></strong>

Après ces mots, Baktybek Raïymkoulov n&rsquo;a pas pu se retenir et a insulté son adversaire. Plus tôt, il avait participé à un <u><a href="https://kloop.kg/blog/2021/02/28/live-miting-v-podderzhku-matraimovyh-i-protiv-azattyka-v-oshe/">rassemblement</a></u> des partisans de Raïymbek Matraïmov dans la ville d&rsquo;Och où, entre autres, il y avait eu des demandes de fermeture de la rédaction d&rsquo;Azattyk.

Dastan Bekechev n&rsquo;est pas resté indifférent. <em>« Un collègue a laissé entendre que je soutenais les homosexuels. Je déclare officiellement que je ne les soutiens pas, mais quitte à choisir qui je dois soutenir, ce ne serait définitivement pas des pé*** corrompus&#8230; »</em>, a-t-il <u><a href="https://www.instagram.com/p/CL_ETPOHdv0/">écrit</a></u> sur Instagram.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des manifestants dispersés</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Le 15 avril 2021, des militants et des défenseurs des droits humains se sont <u><a href="https://kloop.kg/blog/2021/04/15/live-v-bishkeke-prohodyat-dva-mitinga-protiv-nasiliya-i-protiv-npo/">rendus</a></u> à un rassemblement devant le bâtiment du ministère de l&rsquo;Intérieur pour demander de mener une enquête objective sur le meurtre d&rsquo;Aïzada Kanatbekova, une jeune fille enlevée à Bichkek pour un mariage forcé. Les manifestants ont exigé la démission du ministre de l&rsquo;Intérieur, Oulan Niyazbekov.

<strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/kirghizstan-huit-histoires-tres-mediatisees-de-mariage-par-enlevement/">Kirghizstan : huit histoires très médiatisées de mariage par enlèvement</a></strong>

Mais l&rsquo;action pacifique a été empêchée par un groupe d&rsquo;environ 200 personnes agressives qui ont attaqué les manifestants, les qualifiant d’« ONG<em> et de gays qui profitent de la mort de la jeune fille et promeuvent leurs intérêts ».&nbsp;</em>Plus tard, le journaliste Bolot Temirov a <u><a href="https://kloop.kg/blog/2021/04/18/odnim-video-bolot-temirov-razglyadel-sotrudnikov-militsii-v-litsah-provokatorov-na-mitinge-protiv-nasiliya/">prouvé</a></u> que les principaux participants au rassemblement contre les ONG et les personnes LGBT étaient des agents du ministère de l&rsquo;Intérieur en civil.

Le ministre de l&rsquo;Intérieur, Oulan Niyazbekov, est devenu le premier des ministres à être <u><a href="https://kloop.kg/blog/2020/10/12/press-sluzhba-pravitelstva-kyrgyzstana-uzhe-nazyvaet-sadyra-zhaparova-premer-ministrom/">nommé</a></u> par Sadyr Japarov, qui était alors Premier ministre intérimaire, devenant le chef par intérim du ministère de l&rsquo;Intérieur.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des médias pro-gouvernementaux</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Les médias pro-gouvernementaux sont également impliqués dans la propagande de l&rsquo;intolérance sociale. Le directeur de la chaîne de télévision régionale, Otkourbek Rakhmanov, a qualifié sur sa <u><a href="https://www.facebook.com/regiontvkg/videos/238919904593891/">propre émission</a></u> les défenseurs des droits de l&rsquo;Homme et les journalistes d&rsquo;investigation qui ont dénoncé la corruption à la douane <em>« d&rsquo;acteurs du projet de l’Europe et de l’Amérique qui ne se sont jamais souciés de l&rsquo;avenir du pays ».</em>

Selon Otkourbek Rakhmanov lui-même, Region TV <u><a href="https://www.youtube.com/watch?v=6O2-1OiJRCU">appartient</a></u> à Kamchybek Tachiev, un ami du président kirghiz et président du Comité d&rsquo;État pour la sécurité nationale.

Les partisans de Sadyr Japarov passent des insultes aux menaces directes. Début mars 2021, une <u><a href="https://www.facebook.com/bermet.orunbaeva.9/videos/449035276341046/">vidéo</a></u> est apparue sur plusieurs pages Facebook à la fois, où un jeune homme promet au nom d&rsquo;un groupe de passer à l&rsquo;action contre ceux qui se rendent aux rassemblements contre la nouvelle Constitution. La vidéo a été republiée par des personnes sur les pages desquelles se trouvent également des photographies avec des membres du parti Mekentchil, des photographies de l&rsquo;investiture de Sadyr Japarov, des récompenses et des certificats du parti présidentiel. Certains d&rsquo;entre eux agissent en tant qu&rsquo;administrateurs de groupes soutenant Sadyr Japarov.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des appels à la violence</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Bientôt, une autre <u><a href="https://www.facebook.com/groups/1412264215689407/permalink/2787979998117815/">vidéo</a></u> est apparue, dans laquelle les partisans de Sadyr Japarov promettent de sévir contre <em>« les gays et les lesbiennes »</em> qui s&rsquo;opposent au changement de la Constitution.

L&rsquo;avocat Nourbek Toktakounov, participant aux marches du dimanche « Pour la légalité », estime que de telles vidéos sont un appel direct à la violence contre les personnes exerçant leur droit constitutionnel à manifester pacifiquement. <em>« Mais les forces de l&rsquo;ordre, au lieu de prendre des mesures contre les auteurs de telles vidéos, emprisonnent les militants », </em>dit-il.

Il a lui-même été arrêté à Bichkek dans la nuit du 2 février 2021. Les agents de la patrouille de police ont déclaré que l&rsquo;avocat conduisait en état d&rsquo;ébriété. Après les tests, il a été libéré. Les analyses n&rsquo;ont trouvé ni alcool ni drogue dans son sang.

L&rsquo;attachée de presse du président, Galina Baïterek, assure que ce dernier ne soutient certainement pas les déclarations hostiles de ses partisans à l&rsquo;encontre des journalistes, militants et détracteurs des autorités sur les réseaux sociaux. <em>« Je suis sûre à 100 % qu&rsquo;il [Sadyr Japarov] dira qu&rsquo;il ne les soutient pas. Il n&rsquo;est pas comme ça. Il est pour la justice. Il ne rabaisse personne, n&rsquo;humilie personne. La loi est la même pour tous. Tout le monde a le droit de se reposer, de travailler et de sortir où il le souhaite »</em>, commente-t-elle sur les réseaux sociaux, promettant au média Kloop de clarifier la position avec le président.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">« J&rsquo;ai six millions de partisans, je ne peux pas tous les contrôler »</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Sadyr Japarov lui-même a <a href="https://24.kg/vlast/172285_agressiya_storonnikov_sadyir_japarov_priznalsya_chto_nemojet_ihkontrolirovat/">déclaré</a> qu&rsquo;il ne pouvait pas contrôler ses partisans : <em>« Sur six millions et demi d’habitants, six millions sont mes partisans. Je ne peux pas tous les contrôler »</em>, a-t-il déclaré, ajoutant qu&rsquo;&nbsp;<em>«&nbsp;il y aura la liberté d&rsquo;expression, nous ne persécuterons personne&nbsp;»</em>.

<strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/le-kirghizstan-et-son-nouveau-president-contexte-et-previsions/">Le Kirghizstan et son nouveau président : contexte et prévisions</a></strong>

Les déclarations hostiles des responsables gouvernementaux et des leaders sur les réseaux sociaux forment des préjugés contre certains groupes sociaux, créent une image négative des personnes sur une base spécifique : sexe, genre, nationalité, âge, religion. Cela peut aller encore plus loin, jusqu&rsquo;aux menaces directes, à l&rsquo;incitation, puis à la violence et au meurtre.

</p>


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<p class="wp-block-paragraph">

Par conséquent, il est important que les personnes aient un environnement où les droits à la liberté d&rsquo;expression et à l&rsquo;égalité soient protégés, et que les discours de haine soient publiquement condamnés. C&rsquo;est ce que prévoit l’<u><a href="https://kloop.kg/blog/2018/12/18/hate-speech/?fbclid=IwAR1IXcqIq0GJQQ6wihIXY_xtiz9rZ7wkP8OE3w3gZCOobIfc8Jsp-kpy-0M">Article 19</a></u> de la Déclaration internationale des droits de l&rsquo;Homme qui traite de la liberté d&rsquo;expression.

Kloop s’est plaint auprès de Facebook des publications virulentes allant à l’encontre de ses journalistes. Le réseau social n&rsquo;a pas répondu aux plaintes.
</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Saadat Togolonova
</strong><strong>Journaliste pour Kloop</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit <a href="https://kloop.kg/blog/2021/04/20/ne-dadim-rasploditsya-kak-kyrgyzskaya-vlast-travit-nesoglasnyh/">du russe</a> par Amir Ayat</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>&nbsp;</strong><strong>Edité par Luna-Rose Durot</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Swann Herrenschneider</strong>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/nous-ne-vous-laisserons-pas-vous-reproduire-comment-les-autorites-kirghizes-empoisonnent-la-vie-des-opposants/">« Nous ne vous laisserons pas vous reproduire » : Comment les autorités kirghizes empoisonnent la vie des opposants</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
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		<item>
		<title>Une blogueuse kirghize recueille plus d&#8217;une centaine de témoignages de harcèlement sexuel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Jan 2022 14:48:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Harcèlement]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[Violences]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/une-blogueuse-kirghize-recueille-plus-dune-centaine-de-temoignages-de-harcelement-sexuel/">Une blogueuse kirghize recueille plus d&rsquo;une centaine de témoignages de harcèlement sexuel</a></p>
<p>La blogueuse kirghize Aziza Mourzachova a mené une enquête sur sa page Instagram sur le thème du harcèlement. Elle a demandé aux filles si elles avaient déjà été harcelées, et les réponses continuent à affluer. Le média kirghiz Kloop a publié un long commentaire de la blogueuse et quelques témoignages de femmes. Novastan reprend et [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/une-blogueuse-kirghize-recueille-plus-dune-centaine-de-temoignages-de-harcelement-sexuel/">Une blogueuse kirghize recueille plus d&rsquo;une centaine de témoignages de harcèlement sexuel</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>La blogueuse kirghize Aziza Mourzachova a mené une enquête sur sa page Instagram sur le thème du harcèlement. Elle a demandé aux filles si elles avaient déjà été harcelées, et les réponses continuent à affluer. Le média kirghiz Kloop a publié un long commentaire de la blogueuse et quelques témoignages de femmes.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 12 juin 2021 par le média kirghiz <a href="https://kloop.kg/blog/2021/06/12/trogal-nesmotrya-na-to-chto-ya-v-hidzhabe-tersya-v-trollejbuse-a-mne-12-otchim-lapal-za-grud-anonimnye-istorii-o-domogatelstvah-i-bezrazlichii-obshhestva/">Kloop</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon le Service national des statistiques, le nombre de crimes contre les femmes ne fait qu&rsquo;augmenter. Rien qu&rsquo;en 2019, 4 400 crimes contre les femmes ont été commis sur le territoire de la République kirghize, soit 14 % de plus qu&rsquo;en 2018. En 2019, 6 687 personnes ont fait appel à des centres de crise, dont 90 % de femmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après une publication de la blogueuse kirghize <a href="https://www.instagram.com/murzashova.aziza/">Aziza Mourzachova</a> sur Instagram, plus de 100 femmes ont partagé des histoires personnelles de harcèlement. Kloop a recueilli le témoignage de la bloggeuse ainsi que certains de ceux publiés sur Instagram. Ces témoignages sont publiés anonymement avec l&rsquo;autorisation des personnes concernées.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">

Attention, ces récits contiennent des descriptions de violence, de harcèlement et d&rsquo;intimidation.
</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des femmes toujours blâmées pour le harcèlement qu&rsquo;elles subissent</h5>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte qui suit est le témoignage d&rsquo;Aziza Mourzachova. <em>« J&rsquo;ai partagé ma propre histoire sur la façon dont j&rsquo;ai été harcelée par un enseignant de l&rsquo;université et j&rsquo;ai accordé une interview à ce sujet à des médias régionaux. Lorsque le contenu a été publié, la plupart des commentateurs m&rsquo;ont blâmée pour le harcèlement dont j’avais été victime.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>J&rsquo;ai compris que notre société ne reconnaît toujours pas à quel point le harcèlement est quelque chose de grave et que les filles ne sont pas à blâmer dans de telles situations. Avant cela, j&rsquo;ai fait un sondage sur Instagram avec la question : </em>« Vous sentez-vous en sécurité ? »<em> La réponse a été négative dans 80 % des cas. J&rsquo;ai parlé de situations où je sens que je ne suis pas en sécurité en tant que fille. Par exemple, quand on court le matin, on peut se faire siffler et taper sur les fesses.</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">« Vous sentez-vous en sécurité ? »</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cette fois, j&rsquo;ai décidé de découvrir des histoires spécifiques, voir si mes abonnés étaient victimes de harcèlement. Honnêtement, lorsque j&rsquo;avais prévu de faire une nouvelle enquête, je pensais qu&rsquo;il y aurait au maximum 15 à 20 témoignages, car toutes les filles n&rsquo;oseraient pas le raconter. De plus, je n&rsquo;ai pas beaucoup d&rsquo;abonnés, seulement un millier ou quelque chose comme ça, alors j&rsquo;ai cru qu&rsquo;il y aurait peu d&rsquo;histoires. Mais malheureusement et à mon grand étonnement, il y en a eu beaucoup.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Plus d’une centaine de filles m&rsquo;ont écrit des messages privés, d&rsquo;autres directement dans la fenêtre du sondage. Certaines ont continué à m&rsquo;écrire même après la fin du sondage. Des inconnues m&rsquo;ont écrit, il y en avait tellement que ma messagerie Instagram s’était interrompue.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>J&rsquo;ai été terriblement choquée lorsue que j&rsquo;ai compris l&rsquo;ampleur du problème. Je ne veux pas donner des informations infondées, car il n&rsquo;y a pas de données officielles, mais il me semble qu&rsquo;une fille sur deux, voire chaque fille, a déjà été harcelée au moins une fois. On en est conscientes, mais on ne le comprend pas vraiment.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La lecture de chacune de ces histoires m’a secouée. Je ne pouvais pas le supporter, j&rsquo;ai pleuré et j&rsquo;ai eu mal au cœur. Il y avait notamment l’histoire d&rsquo;un frère qui a violé sa propre sœur de 6 ans. C&rsquo;est juste horrible. On prend conscience que cela se passe à côté de nous. Si on demande à nos connaissances, amies, collègues, voisines si elles ont été harcelées, la réponse est « oui ». C&rsquo;est terrible que nos femmes et filles vivent dans une telle société.</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">« C’est horrible que nous ayons peur, que nous vivions dans la peur »</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Chacune de ces filles a dit que, lorsqu’elle voyait un groupe d&rsquo;hommes dans la rue, elle cherchait un endroit où tourner, à trouver une autre route, ou à traverser la rue. Ce n&rsquo;est pas normal, c&rsquo;est inacceptable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La plupart des harcèlements se produisent dans les transports publics, dans les minibus, même s&rsquo;il semblerait qu&rsquo;il y ait toujours beaucoup de monde et que les passagers devraient intervenir. Mais non, cela n&rsquo;arrive pas. Certaines filles ont écrit qu&rsquo;elles n&rsquo;avaient pas utilisé les transports en commun depuis cinq ans, uniquement par crainte d&rsquo;être harcelées. Par conséquent, elles utilisent le taxi ou sont passées au transport personnel. C&rsquo;est également inacceptable, car tout le monde ne peut pas se permettre de passer au transport privé.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mes cheveux se dressaient quand des jeunes femmes racontaient comment leurs proches les harcelaient. En fait, les frères ou les oncles sont des personnes en qui les filles ont a priori confiance, car ce sont des personnes chères, des parents, mais le harcèlement a lieu de la part de ces personnes et c&rsquo;est terrible. Le pire, c&rsquo;est que les filles se justifient lorsqu&rsquo;elles racontent leurs histoires. Elles disent : </em>« Vous savez, je ne portais pas de vêtements moulants »<em>, </em>« Ma jupe était en-dessous des genoux »<em>, </em>« Je portais un hijab »<em>, </em>« Je ne portais pas de maquillage voyant »<em>. C&rsquo;est-à-dire que la société persécute tellement les filles qu&rsquo;elles commencent à se justifier.</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Des souvenirs douloureux</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Chaque fille doit comprendre que même si elle est vêtue d&rsquo;une jupe courte ou d&rsquo;une robe à décolleté ouvert, personne n&rsquo;a le droit de la toucher et de la harceler. Les vêtements ne sont pas un signal qui doit provoquer le harcèlement. Beaucoup de filles ont dit que c&rsquo;était douloureux pour elles de s&rsquo;en souvenir, qu&rsquo;elles n&rsquo;en avaient jamais parlé à personne auparavant ; la douleur les habite jusque dans leur âme.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/pourquoi-les-femmes-dasie-centrale-commencent-a-se-devetir/">Pourquoi les femmes d’Asie centrale commencent à se dévêtir</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Je suis choquée que mon sondage ait suscité un tel écho et que tant de filles m&rsquo;aient écrit. Je ne savais pas qu&rsquo;il y aurait autant d&rsquo;histoires. Combien de filles sont silencieuses ? C&rsquo;est terrible.Plus important encore, je pense qu&rsquo;il faut éduquer les filles et leur dire comment défendre leurs limites. Les garçons aussi ont besoin d&rsquo;être éduqués, il est nécessaire de transmettre l&rsquo;importance du respect des limites des autres.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>J&rsquo;ai enregistré toutes les histoires sur mon compte Instagram, dans la section <a href="https://www.instagram.com/stories/highlights/18065298406303990/">Stories</a>, surtout pour ceux qui disent : </em>« Pourquoi avons-nous besoin du féminisme, qui empiète sur nos droits, alors qu&rsquo;on vit déjà très bien ! »<em> Je demande à ceux-là de lire ces histoires. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Témoignages anonymes de harcèlement de rue</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Ils se sont masturbés en nous regardant jouer, alors que nous n&rsquo;étions que des petites filles. »« Je traversais le passage piéton, c’est alors qu’on m’a touché les fesses, et ce malgré le fait que je porte un hijab. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« En 5ème classe</em> (CM2 en France, ndlr)<em>, mon amie et moi rentrions à pied étant donné que nous habitions près de l&rsquo;école. Nous étions en train de rentrer et c’est à ce moment là que nous avons rencontré un homme de 40 ans qui est venu vers nous avec son pantalon déboutonné, son pénis visible et a commencé à nous poser des questions. Je me souviens de ce moment où j&rsquo;ai attrapé mon amie par la main et où nous nous sommes enfuies ! »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-les-femmes-reclament-le-droit-a-la-parole/">Ouzbékistan : quand les femmes réclament le droit à la parole</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« En 2013, mon amie et moi sommes passées à pied près du Palais des Sports. C&rsquo;était dans l&rsquo;après-midi. Nous étions habillées comme des étudiantes ordinaires. Pas de talons, pas de maquillage voyant, pas de vêtements courts. Trois gars marchaient vers nous. J&rsquo;ai réussi à m&rsquo;écarter et mon amie s&rsquo;est placée juste entre eux. Deux l&rsquo;ont serrée entre eux et un l&rsquo;a embrassée. Elle s&rsquo;est retournée, lui a attrapé le bras et demandé pourquoi il avait fait ça. Il l&rsquo;a frappée à la mâchoire avec les mots </em>« ta mère la pute »<em>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Nous étions sous le choc. Un garçon et une fille sont passés. Le garçon a voulu intervenir mais la fille l&rsquo;en a empêché en disant</em> « ça ne nous regarde pas »<em>. Nous avons couru après eux, mais nous n&rsquo;avons pas pu les rattraper. Nous avons écrit une déclaration à la police, mais les gars n&rsquo;ont pas été retrouvés. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">« J&rsquo;ai eu très peur à l’époque et j&rsquo;y ai pensé toute la nuit&nbsp;»</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« J&rsquo;avais environ cinq ou six ans. Je suis sortie jouer dans la cour, mais mes amis n&rsquo;étaient pas là et je me promenais seule. Quand je me suis assise sur un banc, un homme d&rsquo;environ 45 ans s&rsquo;est assis à côté de moi, il avait une tortue et a commencé à me la montrer, et bien sûr j&rsquo;étais petite et intéressée. Il a commencé à rapprocher sa main contre moi alors qu&rsquo;il était sur le banc. J&rsquo;ai pensé qu’il n’y avait aucun problème.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Puis il s&rsquo;est approché de ma jupe et a commencé un peu à la soulever. Je lui ai demandé de retirer ses mains et il m&rsquo;a répondu que j&rsquo;avais une saleté, qu&rsquo;il la nettoyait. Je le croyais, mais j&rsquo;étais sur mes gardes. Ensuite, les garçons de la cour sont venus vers nous et ont commencé à jouer au ballon. J&rsquo;étais très contente, puis cet homme a commencé à dire que la tortue avait beaucoup de bébés, et qu&rsquo;ils étaient chez lui.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il m&rsquo;a demandé si je voulais aller les voir, mais j&rsquo;ai répondu que je n&rsquo;avais pas le droit de suivre des inconnus. Il a ri et a commencé à essayer de me persuader de le suivre. Il a recommencé à rapprocher ses mains de mes fesses. J&rsquo;étais très effrayée. Et les garçons nous regardaient un peu avec incrédulité. Eh bien, ils étaient comme mes frères, pour ainsi dire. Et à ce moment-là, ma mère est venue en courant et m&rsquo;a ramenée à la maison. J&rsquo;ai eu très peur à l’époque et j&rsquo;y ai pensé toute la nuit.»</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">« J’ai développé la peur de porter des robes&nbsp;»</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Bonjour. Je veux aussi raconter mon histoire. J&rsquo;étais en 10ème classe</em> (première en France, ndlr).<em> C&rsquo;était le dernier appel de l’année scolaire, et toutes les filles s&rsquo;étaient faites belles pour prendre une photo-souvenir à l&rsquo;école. J&rsquo;étais en robe : elle était ample, mais pas courte, jusqu&rsquo;aux genoux.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En rentrant à la maison après l’école, j&rsquo;ai croisé un groupe de gars. Au moment où je les ai vus, j’ai cherché directement à rebrousser chemin, mais il n’y avait nulle part où aller. C’est alors qu’ils se sont mis à siffler, à chanter et à un moment ils ont juste remonté ma robe, et je me suis retrouvée avec les fesses dénudées dans la rue… Après cet événement, j’ai développé la peur de porter des robes… »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Histoires de harcèlement d&rsquo;écolières anonymes</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« A l&rsquo;école, les garçons pouvaient se pencher et toucher directement le pubis. »« Un élève de 11ème classem’a ouvertement agressée à l&rsquo;école. J&rsquo;étais en 8ème classe et j&rsquo;étais timide quand il fallait parler aux gens. Puis ce mec s&rsquo;est vanté auprès de ses amis d&rsquo;avoir couché avec moi. Des rumeurs se sont répandues dans toute l&rsquo;école, mais personne n&rsquo;a découvert la vérité. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/olga-toutoubalina-nous-ne-travaillons-pas-nous-menons-une-guerre-quotidienne/">Olga Toutoubalina : « Nous ne travaillons pas, nous menons une guerre quotidienne »</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Des gars plus âgés que moi se moquaient souvent, me criaient des choses, donnaient du coude à leurs amis. J&rsquo;ai aujourd&rsquo;hui 14 ans et je ne m&rsquo;habille pas du tout avec des vêtements moulants. À l&rsquo;école, les garçons me harcèlent, ne posent pas du tout les bonnes questions et font des allusions malsaines. Les gars me regardent souvent, moi et mes copines. Quand j&rsquo;étais petite, un parent m’a agressée. Mon papa l&rsquo;a traité de divers mots obscènes. Eprouver du dégoût pour le sexe opposé à 20 ans, d&rsquo;accord, mais à 14 ans&#8230; »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Histoires anonymes de harcèlement au travail</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Au travail, un collègue me harcelait horriblement. Il pouvait venir par derrière et murmurer à mon oreille : </em>« J&rsquo;ai rêvé de toi cette nuit. Et en bas tu es sombre. »<em> Il me poursuivait. Je ne savais pas quoi faire, j’ai presque fait une dépression nerveuse. J’ai fini par démissionner. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Mon manager, un homme âgé, touchait la poitrine d&rsquo;une collègue qui est divorcée. Elle nous l&rsquo;a dit, mais nous ne pouvons rien faire. Elle a besoin de ce travail. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Au travail, un homme m&rsquo;a coincée dans un coin de l’ascenseur. Après ça, j’ai arrêté de prendre l’ascenseur, mais le harcèlement a continué psychologiquement, avec plus de 150 appels, du chantage, de la pression. </em>« J’ai des contacts, je peux faire ce que je veux. » <em>Quand je me suis tournée vers la direction, ils m&rsquo;ont dit : </em>« Tu devrais être flattée qu&rsquo;une telle personne fasse attention à toi »<em>. Après une telle déclaration de la direction, j&rsquo;ai démissionné. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-un-incident-de-harcelement-souligne-le-mauvais-traitement-des-journalistes/">Ouzbékistan : un incident de harcèlement souligne le mauvais traitement des journalistes</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Mon patron a commencé à me harceler, d&rsquo;abord verbalement, puis les attouchements ont commencé. Ensuite, il a prétendu vouloir m&rsquo;enseigner le massage, il s’est déshabillé et est monté sur moi. Et il y a eu beaucoup de ce genre de mouvements de sa part. Il n&rsquo;a arrêté que lorsque je lui ai rappelé l’éthique professionnelle et que j&rsquo;ai menacé de porter plainte contre lui. J’ai 23 ans et terriblement peur des hommes. Je me sens sale, ils ne voient que le vagin, et non la personne dans ce corps. Je ne me sens pas en sécurité au Kirghizstan et je ne fais confiance à personne. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Histoires anonymes de harcèlement dans les transports</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Dans le minibus, devant moi, un homme touchait son pénis en érection en me regardant. J’étais habillée normalement, sans rien de moulant, pas en tenue courte et sans maquillage. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« J&rsquo;avais 12 ans et je voyageais dans un trolleybus bondé. Puis j&rsquo;ai senti un homme se frotter contre moi par derrière et commencer à soupirer et à gémir. J&rsquo;étais simplement paralysée, je ne pouvais ni crier ni bouger. Et cela a continué jusqu&rsquo;à ce que je quitte le trolleybus sans attendre mon arrêt. Je n&rsquo;ai même pas pris la peine de regarder cette merde en face, je me sentais terriblement dégoûtée et honteuse. Cela fait 24 ans depuis cet incident, mais les souvenirs perdurent. Je n&rsquo;en ai jamais parlé à personne.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Maintenant que j’analyse cette situation, je pense au fait que les gens l’ont vu et entendu. Personne ne l’a arrêté. Ce n’est pas que du harcèlement, c’est de la pédophilie. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« A 16 ans, j’étais assise près de la fenêtre dans le minibus, lorsqu’un homme s&rsquo;est assis à côté de moi et a commencé à me caresser les jambes et entre mes jambes. Je n&rsquo;arrivais pas à m&rsquo;échapper. Il y avait des jeunes dans le minibus, mais ils se sont moqués de moi. Alors, j&rsquo;ai réussi à le repousser et je me suis enfuie. Mes parents se sont tournés vers la police. Il y avait une policière incroyable qui s&rsquo;appelait Aïzada. Je me souviens très bien, elle m&rsquo;a semblé être une femme miracle, tout le monde la respectait et la craignait. Ce salaud a alors été retrouvé. Ses proches ont essayé de soudoyer mes parents, mais papa était prêt à tous les tuer. Ce monstre n&rsquo;a été emprisonné que 15 jours. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Histoires anonymes de harcèlement par des proches</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« C&rsquo;est difficile pour moi d&rsquo;en parler. Un jour, mon beau-père m&rsquo;a tripoté la poitrine. J&rsquo;avais alors 14 ans, et je lui avais demandé : </em>« Pourquoi tu fais ça ? Les pères ne font pas ça »<em>. C’est alors qu’il a répondu : </em>« un père a toujours le droit faire ça. » <em>Je n&rsquo;en ai parlé à personne et je ne pouvais pas le dire, car j&rsquo;avais peur d&rsquo;être jugée ou que personne ne me croie. J&rsquo;ai encore une boule dans la gorge. Des années plus tard, ma mère a divorcé et je ne pouvais plus le supporter, je lui en ai parlé.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Elle a été choquée. Elle l&rsquo;a immédiatement accusé et il a répondu qu’il m’avait touchée par accident. Il a commencé à trouver des excuses pour dire que ce n’était pas sa faute et qu&rsquo;il ne l’avait pas voulu, qu&rsquo;il m&rsquo;avait juste accidentellement touchée. Mais je me souviens bien que ce n&rsquo;était pas du tout par hasard. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">« Je ne pourrais jamais parler à personne de cette affaire »</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« J&rsquo;étais une écolière, en 6ème ou 7ème classe. Un parent vivait dans notre maison. Je me souviens comment la nuit, il ouvrait tranquillement ma couverture et me caressait les fesses. J&rsquo;étais choquée, mais pour une raison quelconque, je ne pouvais rien dire à personne, ou peut-être que j&rsquo;avais peur, je ne sais pas. Je le détestais et le déteste toujours. Je ne pourrais jamais parler à personne de cette affaire. J&rsquo;avais honte, je ne sais pas pourquoi.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En grandissant, j&rsquo;ai commencé à penser et à douter de moi-même. J&rsquo;avais une question en tête et elle me hantait : </em>« Suis-je vierge ou pas ? »<em>, par la suite j&rsquo;ai tout compris et j&rsquo;ai lâché prise ».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/violences-domestiques-les-femmes-dasie-centrale-se-mobilisent/">Violences domestiques : les femmes d’Asie centrale se mobilisent</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« J&rsquo;avais environ 11 ans lorsqu&rsquo;un membre de ma famille du même âge est venu chez nous. Personne n&rsquo;était à la maison. Apprenant cela, il s&rsquo;est jeté sur moi. Je suis tombée au sol, mais il m’est apparu une force phénoménale, je l&rsquo;ai juste repoussé loin de moi en hurlant. Je l&rsquo;ai chassé de la maison.Il ne m&rsquo;a rien fait physiquement, mais moralement, je me sentais horriblement mal. Je n&rsquo;en ai parlé à personne. Parce que j&rsquo;ai trois frères, ils le tueraient tout simplement. Et j&rsquo;avais aussi peur qu&rsquo;on me pointe du doigt et qu&rsquo;on jase. Dès ma petite enfance, ma mère m&rsquo;a dit qu&rsquo;il ne fallait pas rester seule avec des personnes de sexe masculin, même avec des proches. Ne pas se laisser toucher. Crier sans s&rsquo;arrêter si cela arrive. Être toujours sur le qui-vive. Mais je ne pouvais pas non plus le dire à ma mère. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">« Je ne pouvais le dire à personne, car mon frère était beaucoup trop fort et il aurait pu me tuer »</h5>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Quand j&rsquo;avais six ou sept ans, je vivais dans la même pièce que mon frère. Ma mère était déjà morte à l&rsquo;époque. Une nuit, je me suis réveillée et je me suis sentie mal à l&rsquo;aise ; c&rsquo;était mon frère qui enlevait mes vêtements. Cela s&rsquo;est répété pendant six mois, il regardait du porno et essayait de le faire avec moi. Un jour, j&rsquo;ai dormi dans une autre pièce, mais il y est venu aussi. Pendant que je dormais, il enlevait mes vêtements. Une fois, il a fini sur mon cul et m&rsquo;a dit del’essuyer.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ensuite, j&rsquo;ai dû retourner dans notre chambre et la nuit, il me déshabillait et essayait de fourrer son pénis dans ma bouche. Il a enfoncé ses doigts en moi quand j&rsquo;étais profondément endormie sans que je n’aie le temps de me réveiller. Un jour, j&rsquo;en ai eu marre et j&rsquo;ai mis tous les vêtements que j&rsquo;avais. Cette nuit-là, il n&rsquo;est pas venu me voir, et le matin tout le monde m&rsquo;a demandé pourquoi j&rsquo;avais mis tant de vêtements. Je ne pouvais le dire à personne, car mon frère était beaucoup trop fort et il aurait pu me tuer&#8230; A ce moment-là j&rsquo;avais très peur et personne n’est au courant de cette histoire. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Pas de poursuites judiciaires dans la plupart des cas</h5>



<p class="wp-block-paragraph">Selon l&rsquo;Association des centres de crise, 83 % des femmes au Kirghizstan ont subi au moins une fois des violences psychologiques, physiques ou sexuelles dans leur famille. La plupart des femmes touchées ne sont jamais allées voir les forces de l&rsquo;ordre. En 2017, la loi sur la protection et la défense contre la violence domestique a été adoptée. Elle oblige les policiers à délivrer une ordonnance de protection à tout membre de la famille en cas de violence. Un tel document interdit au violeur de contacter la victime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2019, neuf étudiantes de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Kyrgyz-Russian_Slavic_University">l’Université slave kirghizo-russe (KRSU)</a> ont signalé des cas de harcèlement de la part du professeur d&rsquo;études religieuses Denis Brousilovsky. L&rsquo;une des filles s&rsquo;est adressée à la police. Cependant, les autorités chargées de l&rsquo;application des lois ont <u><a href="https://kloop.kg/blog/2019/08/21/militsiya-prekratila-delo-o-seksualnyh-domogatelstvah-so-storony-prepodavatelya-krsu/">abandonné</a></u> les poursuites contre l&rsquo;enseignant pour absence de <a href="https://fr.wiktionary.org/wiki/corps_du_d%C3%A9lit">corps du délit</a>.</p>



<h5 class="wp-block-heading">La lente évolution de la loi</h5>



<p class="wp-block-paragraph">
En février 2021, la Direction des affaires intérieures de Bichkek a publié une vidéo sociale sur le harcèlement et a pour la première fois commencé à parler du problème. Le département a appelé à signaler les cas de harcèlement et a souligné qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;un contact physique non désiré, mais aussi des abus verbaux ou des menaces, des remarques malveillantes et des blagues grossières.

</p>


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<p class="wp-block-paragraph">En mai 2021, le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_supr%C3%AAme_(Kirghizistan)">Conseil suprême du Kirghizstan</a> a soumis au débat public le projet de loi <em>« portant modification du Code du travail »</em>. Selon les députés qui l’ont initié, le projet a été élaboré afin de protéger le droit du salarié à l&rsquo;inviolabilité personnelle, ainsi que pour assurer la protection du salarié contre le harcèlement dans le domaine des relations de travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme toile de fond, les députés citent une étude réalisée avec le soutien du Programme conjoint de gouvernance de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Agence_des_%C3%89tats-Unis_pour_le_d%C3%A9veloppement_international">l&rsquo;Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).</a> L&rsquo;étude indique que 23 % des femmes qui travaillent, ainsi que 21,9 % des étudiantes, ont été victimes de harcèlement sexuel. Le document indique que 80 % des cas de harcèlement se produisent dans les agences gouvernementales. Selon l&rsquo;étude, 70 % des femmes de 20 à 38 ans, célibataires et en situation de simples salariées, sont victimes de harcèlement.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Aïkokoull Ibraïeva
</strong><strong>Journaliste pour Kloop</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit <a href="https://kloop.kg/blog/2021/06/12/trogal-nesmotrya-na-to-chto-ya-v-hidzhabe-tersya-v-trollejbuse-a-mne-12-otchim-lapal-za-grud-anonimnye-istorii-o-domogatelstvah-i-bezrazlichii-obshhestva/">du russe</a> par Amir Ayat</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Luna-Rose Durot</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Amada Blanc</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/une-blogueuse-kirghize-recueille-plus-dune-centaine-de-temoignages-de-harcelement-sexuel/">Une blogueuse kirghize recueille plus d&rsquo;une centaine de témoignages de harcèlement sexuel</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
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		<title>Kazakhstan : après une Journée internationale des femmes historique, comment le pouvoir va-t-il réagir ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Oct 2021 16:54:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Almaty]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Journée internationale des droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[LGBTQI]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestants]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-apres-une-journee-internationale-des-femmes-historique-comment-le-pouvoir-va-t-il-reagir/">Kazakhstan : après une Journée internationale des femmes historique, comment le pouvoir va-t-il réagir ?</a></p>
<p>Le 8 mars 2021, des centaines de manifestants ont défilé sur les cinq kilomètres de la rue Chevtchenko, une des grandes artères d&#8217;Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, et la police n&#8217;est pas intervenue. Cette célébration de la Journée internationale des femmes est une première au Kazakhstan, mais les réactions de certains membres du [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-apres-une-journee-internationale-des-femmes-historique-comment-le-pouvoir-va-t-il-reagir/">Kazakhstan : après une Journée internationale des femmes historique, comment le pouvoir va-t-il réagir ?</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-apres-une-journee-internationale-des-femmes-historique-comment-le-pouvoir-va-t-il-reagir/">Kazakhstan : après une Journée internationale des femmes historique, comment le pouvoir va-t-il réagir ?</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le 8 mars 2021, des centaines de manifestants ont défilé sur les cinq kilomètres de la rue Chevtchenko, une des grandes artères d&rsquo;Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, et la police n&rsquo;est pas intervenue. Cette célébration de la Journée internationale des femmes est une première au Kazakhstan, mais les réactions de certains membres du parti au pouvoir, Nour Otan, indiquent que si le changement est en marche, le chemin à parcourir est encore long.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 13 avril 2021 par <a href="https://novastan.org/en/kazakhstan/kazakhstan-does-official-backlash-loom-after-historic-international-womens-day/">notre version anglaise</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Kazakhstan, la Journée internationale des femmes est traditionnellement l&rsquo;occasion pour les hommes de fêter leur bien-aimée par un bouquet de fleurs et des cadeaux. Toutefois, en 2021 cette journée a été totalement inédite : pour la <a href="https://thediplomat.com/2021/03/feminist-activists-take-to-the-streets-in-kazakhstan/">première fois </a>dans l&rsquo;histoire moderne du pays, la municipalité d&rsquo;<a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/almaty-la-ville-aux-1000-couleurs-et-aux-1001-annees/">Almaty</a>, la plus grande ville du Kazakhstan, a autorisé un rassemblement organisé par plusieurs collectifs féministes. Le 8 mars, des centaines de femmes ont défilé sur les cinq kilomètres de la rue Chevtchenko, l&rsquo;une des grandes artères du centre-ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le rapporte <a href="https://www.rferl.org/a/feminists-march-for-rights-international-womens-day/31139997.html">Radio Free Europe / Radio Liberty</a>, des militants de tous âges, hommes et femmes, portaient des banderoles arborant des slogans comme : <em>« Stop aux violences domestiques »</em> et <em>« Les femmes veulent vivre en sécurité »</em>. La foule demandait l&rsquo;égalité et le respect pour les femmes et les LGBT, ainsi que la criminalisation des violences domestiques et des mesures en faveur de la parité des salaires. </p>



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<p class="wp-block-paragraph">

Selon le média indépendant <a href="https://vlast.kz/novosti/44375-deputat-tleuhan-prosit-proverit-ucastnikov-feministskogo-marsa-v-almaty-na-ekstremizm.html">Vlast</a> basé à Almaty, le député Bekbolat Tleoukhan au <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Majilis">Majilis</a>, la chambre basse du parlement kazakh, a en réponse demandé au gouvernement le 31 mars de considérer ce défilé et les revendications des manifestants comme une <em>« atteinte aux valeurs spirituelles »</em>. Dans une question au gouvernement adressée au vice-Premier ministre Eraly Togianov, ce député a remis en cause la légalité du défilé et proposé un projet de loi pour interdire le mariage homosexuel.
</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Une marche pacifique</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph"> Un premier groupe de manifestants comptant plus de 500 personnes s&rsquo;est rassemblé dans le parc Gandhi du centre-ville. En pleine pandémie, tous les participants portaient un masque. Le défilé a pris fin à environ cinq kilomètres de là, devant l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mie_nationale_des_sciences_de_la_r%C3%A9publique_du_Kazakhstan">Académie des sciences</a>, où des organisateurs et des participants ont pris la parole, suffisamment à distance d&rsquo;une foule disciplinée, respectant les consignes de distanciation sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les orateurs se trouvait l&rsquo;activiste Irina Poukhnatova, mieux connue du public sous le nom d&rsquo;Arina Osinovskaïa, arrêtée en 2020 pendant la Journée internationale des femmes en compagnie d&rsquo;une autre militante féministe, Fariza Ospan, pour <em>« troubles à l&rsquo;ordre public »</em>. S&rsquo;adressant à la foule, elle a déclaré : <em>« Nous souhaitons que cette journée soit une date historique pour le Kazakhstan, cette première marche sera suivie de nombreuses autres en cette journée de luttes&#8230; c&rsquo;est ce que nous avions promis lors de la manifestation de l&rsquo;année dernière, nous avons tenu parole et espérons continuer à le faire à l&rsquo;avenir. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-les-femmes-reclament-le-droit-a-la-parole/">Ouzbékistan : quand les femmes réclament le droit à la parole</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les collectifs féministes impliqués dans l&rsquo;organisation de cette journée figuraient <a href="https://vk.com/kazfem?fbclid=IwAR09IsfTX-vg5kMUWMENZpnYwJItoZCoqtpHslUQbRrLEMfSn-Hk6aW7xd4">KazFem</a>, <a href="https://feminita.kz/">Feminita</a>, <a href="https://femagora.org/">FemAgora</a>, FemSreda et SVET. Selon <a href="https://www.hrw.org/news/2021/03/10/kazakhstans-first-womens-march">Vika Kim</a> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Human_Rights_Watch">Human Rights Watch</a>, la police était présente mais n&rsquo;est pas intervenue et aucun participant n&rsquo;a été arrêté et incarcéré. Depuis la démission de l&rsquo;ancien président <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/noursoultan-nazarbaiev-le-dernier-des-soviets/">Noursoultan Nazarbaïev</a> en 2019, des manifestations plus limitées, comme <a href="https://www.rferl.org/a/kazakh-authorities-forcibly-detain-dozens-near-planned-anti-government-protests/30237675.html">celles dirigées contre le gouvernement cette année</a>, ont été violemment réprimées par la police et de nombreuses personnes ont été appréhendées. Cette fois-ci, la retenue de la police s&rsquo;explique sans doute par les <a href="https://thediplomat.com/2021/02/pressure-pushes-kazakh-tax-authorities-to-walk-back-fines-suspensions/">violentes critiques internationales</a> dont le gouvernement kazakh a récemment fait l&rsquo;objet pour avoir infligé de <a href="https://thediplomat.com/2021/01/the-taxman-cometh-for-kazakh-ngos/">lourdes peines</a> à plusieurs militants des droits de l&rsquo;Homme et ONG. </p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Pourquoi cela est-il sans précédent ?</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est la première fois qu&rsquo;une marche féministe de cette importance est autorisée dans le Kazakhstan moderne. En 2020, <a href="https://www.opendemocracy.net/en/odr/kazakhstan-women-march-their-rights-and-against-violence/">200 personnes</a> s&rsquo;étaient rassemblées mais la manifestation était interdite. En 2017, ils n&rsquo;étaient qu&rsquo;une demi-douzaine d&rsquo;activistes à <a href="https://the-steppe.com/novosti/segodnya-cvetochki-zavtra-otbitye-pochki">défiler</a>. FemAgora, l&rsquo;un des groupes féministes à l&rsquo;initiative du défilé de cette année, avait organisé en 2018 un festival pour sensibiliser le public aux questions liées à l&rsquo;égalité des droits pour les femmes et les LGBT, et qui célébrait le <a href="https://thediplomat.com/2020/08/feminist-festival-kicks-off-in-central-asia/">troisième anniversaire de cet évènement </a>en 2021.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque année, les femmes kazakhes s&rsquo;enhardissent, se sentent davantage habilitées à manifester pour leurs droits et revendiquer l&rsquo;égalité. Aery Asiyeva, membre de KAZFem, estime que la manifestation a été couronnée de succès. <em>« Nous avons travaillé pendant des mois pour organiser la plus grande marche féministe de l&rsquo;histoire du Kazakhstan. Des nationalistes et d&rsquo;autres groupes traditionnalistes d&rsquo;extrême droite ont essayé de nous mettre des bâtons dans les roues, mais le soutien que nous avons obtenu grâce aux donations et aux bénévoles a fait notre force »</em>, raconte-t-elle. </p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Les femmes continuent de lutter pour l&rsquo;égalité</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">Selon une <a href="https://eca.unwomen.org/en/digital-library/publications/2018/08/sample-survey-on-violence-against-women-in-kazakhstan">étude effectuée en 2018</a>, les violences domestiques et les abus sexuels sont toujours largement répandus dans le pays. 17 % des femmes entre 18 et 75 ans ont été victimes de violences ou abusées sexuellement par leur partenaire, et 21 % ont souffert de violences psychologiques. Selon la fondation publique Don&rsquo;t Be Quiet (NeMolchiKZ), huit femmes et deux enfants sont en moyenne violés par jour au Kazakhstan. Chaque année, 400 femmes succombent aux violences domestiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/la-femme-un-documentaire-sur-les-violences-domestiques-au-kazakhstan/"><em>La Femme</em>, un documentaire sur les violences domestiques au Kazakhstan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Kazakhstan une tradition d&rsquo;oppression par stigmatisation culturelle perdure et les victimes, forcées de se conformer aux normes sociales, restent souvent trop terrifiées ou honteuses pour demander justice. Le mot kazakh <em>« uyat »</em>, <em>« honte »</em> en français, est fréquemment employé en référence à la culpabilité que l&rsquo;on impose aux femmes pour justifier leur oppression. Les femmes sont souvent <a href="https://www.opendemocracy.net/en/odr/fighting-patriarchy-in-kazakhstan/">tenues responsables </a>des mauvais traitements dont elles sont victimes. Elles sont accusées par exemple d&rsquo;avoir <em>« provoqué »</em> leurs bourreaux. C&rsquo;est pourquoi nombre de violences restent souvent secrètes, donc les chiffres avancés sont probablement inférieurs à la réalité. </p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Des lois insuffisantes</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph"> La loi ne protège pas les femmes de manière adéquate et il leur est impossible d&rsquo;obtenir justice. En juillet 2017, les peines sanctionnant les violences physiques faites aux femmes ont été réduites, passant de délit criminel à celui d&rsquo;infraction administrative. En janvier dernier, le président <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kassym-jomart-tokaiev-le-diplomate-devenu-president/">Kassym-Jomart Tokaïev</a> a signé une loi punissant les violences contre les membres de la famille d&rsquo;un simple avertissement écrit, alors que dans <a href="https://www.akorda.kz/en/addresses/addresses_of_president/president-of-kazakhstan-kassym-jomart-tokayevs-state-of-the-nation-address-september-2-2019">son premier discours à la nation,</a> il avait déclaré que le Kazakhstan avait<em> « un besoin urgent de renforcer les sanctions contre les violences sexuelles et domestiques faites aux femmes ».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon <a href="https://www.hrw.org/news/2019/10/17/kazakhstan-little-help-domestic-violence-survivors">Human Rights Watch</a>, les autorités kazakhes et la police dissuadent les femmes de porter plainte et les encouragent à se réconcilier avec leurs bourreaux, se gardant bien de leur dire qu&rsquo;elles ont le droit de se mettre à l&rsquo;abri et de demander une protection juridique. Cela signifie que les hommes ne sont pas éduqués à améliorer leur conduite ni ne sont tenus pour responsables devant la loi, ce qui ne fait que perpétuer le cycle de la violence. </p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Une représentation renforcée</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">
Le <a href="https://www.kz.undp.org/content/kazakhstan/en/home/presscenter/news/2021/march/un--joint-statement-for-women-s-day.html">thème</a> de la Journée internationale des femmes 2021 retenu par le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Programme_des_Nations_unies_pour_le_d%C3%A9veloppement">Programme des Nations unies pour le développement</a> était : <em>« Leadership féminin : pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 »</em>, afin de mettre en lumière les efforts considérables déployés par les femmes et les filles partout dans le monde pour façonner un futur plus égalitaire suite à la pandémie de Covid-19.

</p>


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<p class="wp-block-paragraph"> Le Kazakhstan a été félicité pour avoir augmenté la représentation féminine dans le management des entreprises qui participent à l&rsquo;État, mais aussi pour avoir introduit des quotas de femmes et de jeunes dans les listes des candidats au Majilis et aux Maslikhats, les assemblées municipales. Comme le rapporte le <a href="https://www.kz.undp.org/content/kazakhstan/en/home/presscenter/news/2021/march/un--joint-statement-for-women-s-day.html">communiqué commun</a> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_des_Nations_unies">l&rsquo;Organisation des Nations unies</a> publié le 6 mars dernier, le pays a également été crédité du rôle actif qu&rsquo;il assume dans le cadre du Forum Génération Égalité, où il est prévu qu&rsquo;il participe à deux coalitions d&rsquo;action, l&rsquo;une sur les violences basées sur le genre et l&rsquo;autre sur la justice et les droits économiques.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Lily Shanagher</strong><br><strong>Rédactrice pour Novastan</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Traduit </strong><a href="https://novastan.org/en/kazakhstan/kazakhstan-does-official-backlash-loom-after-historic-international-womens-day/"><strong>de l’anglais</strong></a><strong> par Bruno Cazauran</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;Édité par Luna-Rose Durot </strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-apres-une-journee-internationale-des-femmes-historique-comment-le-pouvoir-va-t-il-reagir/">Kazakhstan : après une Journée internationale des femmes historique, comment le pouvoir va-t-il réagir ?</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
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		<item>
		<title>Comment une femme du Tadjikistan survit-elle après avoir été esclave en Arabie saoudite ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 May 2021 07:56:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Arabie saoudite]]></category>
		<category><![CDATA[Douchanbé]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Esclavage]]></category>
		<category><![CDATA[inégalités]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/comment-une-femme-du-tadjikistan-survit-elle-apres-avoir-ete-esclave-en-arabie-saoudite/">Comment une femme du Tadjikistan survit-elle après avoir été esclave en Arabie saoudite ?</a></p>
<p>Au Tadjikistan, Nourbibi Manssourova, mère de 24 enfants, dont 15 ont survécu, a été piégée par une entreprise lui promettant du travail, a été envoyée en Arabie saoudite pour y travailler et a fini esclave pendant 14 mois. Elle raconte son calvaire. Novastan reprend et traduit ici un article initialement écrit par le média russe [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/comment-une-femme-du-tadjikistan-survit-elle-apres-avoir-ete-esclave-en-arabie-saoudite/">Comment une femme du Tadjikistan survit-elle après avoir été esclave en Arabie saoudite ?</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au Tadjikistan, Nourbibi Manssourova, mère de 24 enfants, dont 15 ont survécu, a été piégée par une entreprise lui promettant du travail, a été envoyée en Arabie saoudite pour y travailler et a fini esclave pendant 14 mois. Elle raconte son calvaire.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article initialement écrit par le média russe <a href="https://fergana.agency/articles/117421/">Fergana News</a> et republié le 6 juin 2020 par le média tadjik <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200606/15-detei-nurbibi-mnogodetnaya-mat-iz-tadzhikistana-posle-rabstva-v-saudovskoi-aravii-stala-podentshitsei-na-rodine?tg_rhash=4ad06923c19fc6">Asia Plus</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque matin, Nourbibi Manssourova, 52&nbsp;ans, se rend au marché des travailleuses journalières de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tursunzoda">Tursunzoda</a>, à 60&nbsp;kilomètres à l’ouest de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Douchanb%C3%A9">Douchanbé</a> la capitale du Tadjikistan. Beaucoup d’employeurs, en particulier les propriétaires de serres, la connaissent déjà, savent qu’elle travaille dur et l’engagent quand ils en ont besoin. En moyenne, Nourbibi Manssourova perçoit 30&nbsp;somonis (3&nbsp;dollars, soit 2,4 euros) pour une journée de travail.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle est une migrante interne qui vit dans le village de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Hulbuk">Houlbouk</a>, situé dans le district de Vose’ dans la province de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khatlon">Khatlon</a>, à 185&nbsp;km au sud de Douchanbé. Mais on ne trouve pas de travail dans sa région. Il y a quelques années, elle a tenté sa chance en Arabie saoudite pour gagner davantage, mais elle n’y a connu que l’esclavage. Elle en est à peine sortie et est à présent déterminée à rester au Tadjikistan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nourbibi Manssourova ne s’estime plus capable d’effectuer des tâches physiques lourdes, mais y est forcée car 7 de ses enfants sont encore à l’école et l’une entreprend des études. Parmi les 24&nbsp;enfants auxquels elle a donné naissance, seuls 15 ont survécu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’époque soviétique, elle se serait vue décerner le titre de «&nbsp;mère héroïne&nbsp;», avec ses avantages et une allocation versée par l’État. Mais les temps ont changé. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le correspondant de <a href="https://fergana.agency/articles/117421/">Fergananews</a> Tilav-Rassoul-Zade est allé à la rencontre de cette mère dont beaucoup d&rsquo;enfants vivent au Tadjikistan.</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Mariée à 14&nbsp;ans</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">Nourbibi Manssourova est née au sein d’une famille nombreuse. Sa mère a donné naissance à 15&nbsp;enfants, parmi lesquels 12 ont survécu. Enfant, elle était douée et débrouillarde. À sept&nbsp;ans, lorsqu’elle est entrée en première année (CP en France, ndlr), elle savait déjà très bien compter et lire.<br><strong><br></strong>Elle s’est donc retrouvée directement en deuxième année (CE1 en France, ndlr). Elle collectionnait les bonnes notes et avait sa photo au tableau d’honneur. Membre actif du cercle des artistes amateurs de l’école, elle chantait et dansait très bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En&nbsp;1982 le neveu de son père, Kourbonali Ichmatov, est revenu de son service militaire. Il s’est mis à la recherche d’une femme à marier, et son choix est tombé sur Nourbibi Manssourova, alors âgée de 14&nbsp;ans. La jeune fille ne pouvait contredire son père. En mars, le mariage était célébré.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/les-1001-embuches-des-femmes-au-tadjikistan/">Les 1001 embûches des femmes au Tadjikistan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Je me souviens avoir préparé le petit-déjeuner à mon mari puis avoir couru à l’école. Certains camarades de classe et professeurs accueillirent mon mariage avec compréhension et sympathie, d’autres avec des moqueries. Quand j’ai passé les examens finaux en 8ème année</em> (4<sup>ème</sup> en France, ndlr), <em>l’un de mes professeurs m’a accordé la note maximum et m’a dit que j’allais sûrement faire de grandes choses dans le futur&nbsp;»</em>, raconte Nourbibi Manssourova.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récemment, elle a rencontré par hasard ce professeur sur le marché. Bien que déjà très âgé, il s’est souvenu d’elle et lui a demandé&nbsp;comment elle allait. Il se rappelait même son prénom. <em>«&nbsp;Je lui ai répondu que s’il ne m’avait pas dit ça à l’époque, je n’aurais probablement pas eu tant d’enfants et je ne mènerais pas aujourd’hui la dure vie que je mène.&nbsp;»</em>, explique-t-elle. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Nous avons ri. Je lui ai raconté ma vie. Puis il m’a dit de ne pas m’inquiéter, que la vie n’est pas toujours tendre avec les gens intelligents. Mais que j’étais riche de la grande famille que j’ai&nbsp;»</em>, ajoute-t-elle.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/Nurbibi.jpeg" alt="Tadjikistan Houlbouk " class="wp-image-47617" width="496" height="310" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/Nurbibi.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/Nurbibi-300x188.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption>Nourbibi Manssourova.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de la moitié de ses 24&nbsp;enfants sont nés chez elle, dans sa maison. Sept&nbsp;garçons et huit&nbsp;filles ont survécu. Des problèmes matériels se sont vite présentés lorsque les enfants ont commencé à grandir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Quand j’ai demandé un soutien aux autorités locales, on m’a juste répondu qu’avant de donner naissance à tant d’enfants, il aurait fallu réfléchir à comment subvenir à leurs besoins&nbsp;»</em>, précise-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Mais qu’est-ce que j’y peux si Dieu m’a donné tant d’enfants&nbsp;? Nous n’en avions pas prévu autant. J’ai tout fait pour ne pas tomber enceinte, j’ai utilisé des contraceptifs, même un appareil intra-utérin, mais rien n’a fonctionné&nbsp;»,</em> ajoute Nourbibi Manssourova.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa plus jeune fille aura bientôt 7&nbsp;ans. Elle est la seule à ne pas avoir d’acte de naissance. «&nbsp;<em>Elle est née le 1er&nbsp;août&nbsp;2013 à la maternité de l’hôpital du district de Vose’. Mais j’ai quitté l’hôpital sans autorisation de sortie alors le certificat de naissance de ma fille ne m’a pas été délivré immédiatement.</em>&nbsp;» Les archives de l’hôpital indiquent aujourd’hui n’avoir aucune trace de la naissance de sa fille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Comment est-ce possible&nbsp;? Que faire ? À qui s’adresser&nbsp;? Je n’en ai aucune idée. Elle est déjà en âge d’aller en première année</em>&nbsp;», déplore-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Six de ses enfants sont encore à l’école. Sa fille Mocharif est étudiante en deuxième année à la faculté de médecine de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kulob">Kulob</a> où elle bénéficie d’un contrat financier. Aucune bourse ne lui a toutefois été accordée en tant que membre d’une famille nombreuse à faibles revenus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Mes enfants ont besoin d’uniformes scolaires et de chaussures. Pour les écoles, les frais sont répartis, tandis qu’à l’université, il faut payer des frais de scolarité. Mon fils, Houdodod, a intégré l’armée et est stationné à Qurghonteppa. Il est trop maigre, je m’inquiète toujours pour lui. Pendant son service, il a subi une opération de l’appendicite. Des complications sont survenues et il est resté six mois à l’hôpital militaire de Douchanbé. Dans un an, il sera démobilisé. Après son service, je m’occuperai de son traitement, ce qui coûtera aussi de l’argent&nbsp;»</em>, s’inquiète Nourbibi Manssourova.</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Plus d’un an d’esclavage</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">Elle n’a jamais cessé de chercher un moyen de gagner plus d’argent pour élever ses enfants. Mais son diplôme d’études secondaires incomplètes ne lui a permis de décrocher qu&rsquo;un travail dur et mal rémunéré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En&nbsp;2016, elle travaillait dans l’une des cantines du marché local. Un jour, un certain Hodja Iskandar est venu déjeuner. Il s’est présenté comme un employé de la société Imkon-2015. Il lui a alors expliqué que son entreprise employait des citoyens tadjiks à l’étranger et lui a proposé d’aller travailler en Arabie saoudite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/360-000-esclaves-en-asie-centrale/">360&nbsp;000 esclaves en Asie centrale</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a promis à Nourbibi Manssourova qu’elle devrait s’occuper d’une vieille dame et qu’elle recevrait chaque mois 600&nbsp;dollars (492,7 euros). En plus, elle pourrait revenir périodiquement au Tadjikistan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous les membres de sa famille étaient contre ce voyage. Mais pour elle, il s’agissait d’une chance de pourvoir aux besoins du foyer. Après maintes discussions, son mari a finalement donné son accord. En dix jours, un passeport et un visa ont été attribués à Nourbibi Manssourova à Douchanbé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la soirée du dix&nbsp;août&nbsp;2016, elle s’est envolée vers<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Duba%C3%AF_(ville)"> Dubaï</a>, puis vers <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Riyad">Riyad</a>, la capitale d’Arabie saoudite. Elle voyageait avec une autre femme nommée Gouliston, également employée de la société Imkon-2015.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À son arrivée, Nourbibi Manssourova a été prise en charge par un certain cheikh Babajamal, tandis que Gouliston repartait au Tadjikistan. Dès l’aéroport, elle a dû porter l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Abaya">abaya</a>,&nbsp;la robe noire traditionnelle dans les pays de culture musulmane au Moyen-Orient et obligatoire en Arabie saoudite, avant d&rsquo;être emmenée dans une autre ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/trafic-humain-la-situation-empire-en-asie-centrale/">Trafic humain : la situation empire en Asie centrale</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le calvaire a alors commencé. Nourbibi fut chargée de s’occuper de la mère du cheikh Babajamal, Manssoura, 83&nbsp;ans, mais aussi de toutes les autres tâches ménagères&nbsp;: nettoyage, préparation des repas, lessive, repassage. Elle travaillait presque 24&nbsp;heures sur 24, obéissant aux ordres du cheikh et de sa famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Manssoura était très cruelle. Elle et sa fille me réprimandaient tout le temps et me frappaient avec tout ce qu’elles trouvaient. Quand je m’en suis plaint à Babajamal, il m’a transférée chez lui, mais c’était encore pire. Sa femme, ses filles et ses fils trouvaient toujours un motif pour me battre, m’insulter et me traiter comme une esclave&nbsp;»</em>, se souvient-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour, l’une des filles du cheikh, qui n’aimait pas que Nourbibi Manssourova téléphone, l’a poussée et elle a dégringolé les escaliers, s’occasionnant de nombreuses blessures et perdant même connaissance. L’un des fils l’a alors emmenée à l’hôpital local.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="514" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/photo_Tilav_Rasul-Zade-1024x514.jpeg" alt="" class="wp-image-47618" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/photo_Tilav_Rasul-Zade-1024x514.jpeg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/photo_Tilav_Rasul-Zade-300x151.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/photo_Tilav_Rasul-Zade-768x385.jpeg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/photo_Tilav_Rasul-Zade-1300x652.jpeg 1300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/photo_Tilav_Rasul-Zade.jpeg 1355w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Photo de Nourbibi Manssourova prise par Tilav Rassoul-Zade</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Quand j’ai repris conscience, l’homme qui s’est présenté comme le docteur Abdoullah m’a demandé en arabe d’où je venais et comment j’étais arrivée ici. J’ai répondu que j’étais Tadjike et que j’étais venue gagner de l’argent. Il a alors commencé à me parler en tadjik. J’ai eu de la chance&nbsp;: il avait étudié au Tadjikistan pendant six&nbsp;ans et avait épousé une Tadjike, Marifat</em>&nbsp;», explique Nourbibi Manssourova.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Sa femme était infirmière dans le même hôpital. Elle connaissait la journaliste tadjike </em>C<em>hahlo Nadjmiddin et lui a parlé de moi. Chahlo a contacté l’ambassade du Tadjikistan en Arabie saoudite, qui m’a procuré un billet d’avion. Je ne remercierai jamais assez le docteur Abdoullah et sa femme, chez qui j’ai vécu quelques jours. Le docteur m’a emmenée à l’aéroport de Riyad dans sa voiture. J’ai alors pu quitter cet enfer</em>&nbsp;», poursuit-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nourbibi Manssourova est revenue au Tadjikistan début octobre&nbsp;2017, après 14&nbsp;mois d’esclavage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’aéroport de Douchanbé, elle a été accueillie par les forces de l’ordre. Grâce à son témoignage, des poursuites pénales ont été engagées contre les dirigeants de la société Imkon-2015.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Puis l’enquête s’est calmée. Personne n’a été condamné. J’ai entendu dire qu’elle a été relancée cette année, j’espère que les coupables de mon calvaire auront la punition qu’ils méritent</em>&nbsp;», soupire Nourbibi Manssourova.</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Pas un sou vaillant</strong></h5>



<p class="wp-block-paragraph">Après son retour, elle a passé un mois dans le service de neurologie de l’hôpital de Kulob. Sa santé s&rsquo;est considérablement dégradée au cours de ces 14&nbsp;mois&nbsp;: sa pression artérielle a augmenté, ses articulations sont plus fragiles et elle souffre de maux de tête fréquents. Elle travaille donc trois à quatre jours par semaine. Elle économise aujourd’hui pour acheter de nouveaux vêtements à ses enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Je dois leur acheter un nouvel uniforme d’été et d’hiver. Parfois, des étrangers, ayant appris notre besoin, donnent de vieux vêtements aux enfants. Je veux aussi élever des vaches&nbsp;: les petits ont besoin de lait et de viande. Il n’y a pas de porte dans notre maison depuis des années. C’est bien que tout le monde sache qu’il n’y a rien à voler chez nous, sinon ça aurait été fait depuis longtemps</em>&nbsp;», explique-t-elle, non sans une amère ironie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses cinq filles aînées sont mariées et ont déjà des enfants. «&nbsp;<em>Je regrette de ne pas avoir pu leur offrir des études supérieures. J’ai peur qu’elles ne suivent mon chemin</em>&nbsp;», soupire-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mari de Nourbibi Manssourova est électricien en charge des centrales électriques de la province de Khatlon. En raison de problèmes d’acuité visuelle, il travaille à mi-temps pour un salaire de 300&nbsp;somonis (30&nbsp;dollars soit 24,6 euros)<strong> </strong>par mois. Parfois, il s’occupe du transport de marchandises dans le village avec sa mobylette à trois roues «&nbsp;Ant&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>C’est un homme trop calme et modeste. Il ne demande jamais rien à personne. Dans les années&nbsp;1990, les gens avaient faim et souffraient de malnutrition. La vie était difficile pour nous aussi.</em>&nbsp;<em>Cependant, mon mari n’est jamais allé demander de l’aide au centre local comme d’autres familles pauvres le faisaient pour obtenir de la farine, de l’huile ou du riz. Ces denrées étaient envoyées par de nombreux pays occidentaux et distribuées aux pauvres</em>&nbsp;», explique Nourbibi Manssourova.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Après la chute de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_socialiste_sovi%C3%A9tique_du_Tadjikistan">République socialiste soviétique (RSS) du Tadjikistan</a>, traditionnel leader en matière de croissance démographique, le titre de «&nbsp;mère héroïne&nbsp;» et tous les avantages accordés aux familles nombreuses furent supprimés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si des titres analogues apparurent dans d’autres anciennes républiques, le Tadjikistan se positionna à contre-courant et prit au contraire des mesures pour réduire la croissance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Tadjikistan, comme la plupart des mères de familles nombreuses ne travaillent pas officiellement, les aides pour la maternité et la garde d’enfants accordées aux travailleuses avant et après l’accouchement leur sont refusées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Leur seul avantage est la possibilité de prendre leur retraite 5&nbsp;ans plus tôt que l’âge légal, c’est-à-dire 53&nbsp;ans. Nourbibi Manssourova a 52 ans. Mais est-elle prête à cette retraite&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Des journalistes sont venus nous voir plusieurs fois et ont écrit des articles sur nous dans les médias locaux</em>&nbsp;», rapporte-t-elle. «&nbsp;<em>Sur leurs conseils, j’ai même ouvert un compte chez Amonatbank, la banque nationale, pour recevoir les dons. Mais jusqu’à présent, rien&#8230;</em>&nbsp;»</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Tilav Rassoul-Zade</strong><br><strong>Journaliste pour Fergananews</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200606/15-detei-nurbibi-mnogodetnaya-mat-iz-tadzhikistana-posle-rabstva-v-saudovskoi-aravii-stala-podentshitsei-na-rodine?tg_rhash=4ad06923c19fc6">du russe</a> par Pierre-François Hubert</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Luna-Rose Durot</strong> </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<item>
		<title>Olga Toutoubalina : « Nous ne travaillons pas, nous menons une guerre quotidienne »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 May 2021 09:39:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Douchanbé]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté de la presse]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/olga-toutoubalina-nous-ne-travaillons-pas-nous-menons-une-guerre-quotidienne/">Olga Toutoubalina : « Nous ne travaillons pas, nous menons une guerre quotidienne »</a></p>
<p>Entretien avec la rédactrice en chef du principal groupe de médias du Tadjikistan, qui parle de sa vie privée, du harcèlement et de la liberté de la presse, dont il ne faut encore rien attendre. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 28 janvier 2021 par le média russe Fergananews. Olga Toutoubalina est l’une [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/olga-toutoubalina-nous-ne-travaillons-pas-nous-menons-une-guerre-quotidienne/">Olga Toutoubalina : « Nous ne travaillons pas, nous menons une guerre quotidienne »</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien avec la rédactrice en chef du principal groupe de médias du Tadjikistan, qui parle de sa vie privée, du harcèlement et de la liberté de la presse, dont il ne faut encore rien attendre.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 2</strong><strong>8 janvier 2021 par le média russe </strong><strong><a href="https://fergana.site/articles/121634/"><strong>Fergananews</strong></a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Olga Toutoubalina est l’une des journalistes tadjikes les plus connues, et certainement la femme la plus célèbre du pays. Ses admirateurs disent qu’elle est rigoureuse et courageuse. Ses détracteurs la décrivent comme « arrogante et froide ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle est entrée dans la profession au début des années 2000 et est devenue presque immédiatement la plus importante journaliste d’un pays où les femmes sont souvent méprisées. Correspondante puis rédactrice en chef du groupe de médias <a href="https://www.asiaplustj.info/ru">Asia Plus,</a> elle a écrit des articles sur le pouvoir et a conduit des interviews avec d’anciens chefs de guerre tadjiks dont beaucoup de ses collègues avaient peur de s’approcher.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle a offensé l’élite intellectuelle tadjike, selon celle-ci, a perdu un procès et a dû verser une somme conséquente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis les temps ont été durs pour Asia Plus, principal groupe de médias du pays, qui compte un journal, une agence de presse, une radio et un studio de production. Il est aujourd’hui bloqué sur Internet par les autorités, privé de locaux dans le bâtiment du GZhK, complexe appartenant à l’Etat qui rassemble des journaux et des magazines, et est ignoré par les fonctionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fergananews : En préparant cette interview, j’ai lu que vous avez tenté de vous suicider il y a quelques années dans les toilettes de la rédaction. Vous n’aviez pas supporté, disait-on, « la bataille contre la bureaucratie ». Cela avait été annoncé par une certaine Miléna Gueïvandova, et vous aviez même dû faire un démenti. Que s’est-il passé ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Olga Toutoubalina : </strong>Miléna Gueïvandova est un ancien journaliste tadjik qui a quitté le pays il y a quelques années. Plus exactement, il en a été chassé car il était persécuté en tant que transgenre. Je suppose que sa santé psychique n’est pas au mieux, ce n’est pas la première fois qu’il « enterre » ainsi un journaliste simplement parce qu’il lui avait semblé entendre de sa part des termes offensants à son encontre. En bref, c’est une histoire stupide.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’avez-vous entendu d’autre à votre sujet ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a pas eu tant de rumeurs. Avant, quand j’étais plus jeune, ces rumeurs étaient d’ordre sexuel : avec qui je couchais ou avais couché. Puis on se demandait pour qui je travaillais, si nous étions pro-américains ou pro-russes. Des rumeurs disaient qu’on me payait des appartements. Qui et pourquoi, cela n’a pas été précisé. Mais notre ville est petite et je connais presque tous ceux qui répandaient ces rumeurs. Les hommes sont le sexe faible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne suis moi-même pas très ouverte et je n’aime pas les commérages. C’est pourquoi le cercle de ceux qui peuvent me transmettre ces histoires qu’on raconte sur moi est très restreint.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je voulais vous questionner à propos de votre « bataille contre la bureaucratie » qui se poursuit : les autorités bloquent-elles encore Asia Plus sur Internet ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, nous sommes encore bloqués depuis déjà plus de deux ans, depuis le 29 novembre 2018. Plus exactement, notre domaine news.tj a été piraté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On ne sait toujours pas pourquoi ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le service des communications avait déjà prétexté de simples « dysfonctionnements » il y a deux ans. Même si tout le monde comprend bien que c’est faux car le site a toujours été disponible avec un VPN, ce qui signifie qu’il est bloqué. C’est évident, en principe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le directeur du groupe de médias Oumed Babakhanov a expliqué ce blocage par le fait, dit-il, qu’Asia Plus « ne publie pas les contenus de propagande donnés ». Ils vous en donnent ? Et vous ne les publiez pas ? Même si ces contenus viennent de l’administration présidentielle ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant, ils ne nous en donnent plus. En tout cas, plus à la rédaction. L’administration n’en a jamais apporté. Et nous avons, d’ailleurs, de bonnes relations avec le service de presse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez parlé de rumeurs et j’ai entendu dire que vos sources seraient « pro-américaines ». Est-ce à cause du fait que, comme l’ont dit vos opposants, vous avez été à une époque financés par la Fondation nationale américaine pour la démocratie ? Et il semble que les autorités vous ont bloqués pour cette raison en 2011. Le blocage actuel ne serait-il pas lié avec ces affirmations ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On nous appelle pro-américains et pro-russes en fonction du contexte et des points de vue politiques. Pour une raison obscure, ils ne nous ont pas encore appelés pro-chinois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est normal chez nous, nous sommes habitués. En fait, Asia Plus fonctionne seulement grâce à ses propres moyens, dans le cas contraire nous aurions depuis longtemps ne serait-ce que des bureaux convenables.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/le-media-fergana-au-bord-de-la-fermeture/">Le média Fergana au bord de la fermeture</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais là, le plus grand groupe de médias du pays vit dans des pièces de 3 mètres sur 3, en se marchant les uns sur les autres. C’était un événement au bureau quand il y a 7 ans nous avons réparé les toilettes et aménagé un bureau de 3 mètres sur 3 avec une cuisine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne comprends pas à quoi est dû le blocage d’Asia Plus. Je trouve tout cela illogique parce que rien n’a changé, à part que le nombre de visiteurs sur le site a un peu baissé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pendant le blocage, vous utilisiez activement les réseaux sociaux, les services de messagerie, ce qui donne de la visibilité…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et nous continuons à être les premiers sur le marché tadjik des médias. Que cela plaise ou non, c’est objectif. Nous sommes de la vieille école, certains des journalistes les plus célèbres du pays travaillent chez nous, et nous essayons d’évoluer, d’être à la mode.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="330" class="wp-image-47210" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/2.jpeg" alt="Journaliste Femme Asia Plus Tadjikistan" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/2.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/2-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/2-128x86.jpeg 128w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Olga Toutoubalina (illustration).</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que je le reconnaisse honnêtement, il est beaucoup plus difficile de changer pour nous que pour les nouveaux médias qui ont ouvert ces derniers temps dans le pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Asia Plus, d’un côté, est devenu avec le temps un grand groupe de médias, avec tous les plus que cela implique : une mécanique bien huilée et une orientation déterminée depuis longtemps. Et d’un autre côté, c’est un organisme lourd et rigide, pour lequel il est de plus en plus difficile d’être tendance. Il y a un certain nombre de raisons à cela, mais ces intrigues n’intéressent pas grand monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ce qui concerne les progrès d’Asia Plus sur les réseaux sociaux, alors oui, nous travaillons très sérieusement dans cette direction. Dans une certaine mesure, c’est le blocage de notre site qui l’a permis. Alors merci au service des communications, grâce à lui il y a au moins une sphère qui se développe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons simplement compris qu’il était compliqué de nous bloquer complètement, et qu’il fallait continuer à travailler d’une façon ou d’une autre, en dirigeant tous nos efforts vers les réseaux sociaux. Maintenant, nous progressons avec confiance sur toutes les plateformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au journal, il est encore édité et reste populaire chez une catégorie définie du public. Mais ce public est de moins en moins nombreux. Ces dernières années, notre tirage a beaucoup baissé et maintenant, ce n’est en fait plus qu’un nombre assez ridicule.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En conséquence, nous avons décidé il y a 2 ans de changer quelque peu le format du journal et de l’adapter à la totalité de notre public cible. Malheureusement, je ne peux pas dire que nous ayons eu là-dessus un succès significatif. Malgré toutes nos tentatives, nous n’avons pas réussi à stopper la baisse des tirages. Mais la situation est la même pour toute la presse papier du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tadjikistan">Tadjikistan</a>, beaucoup ont laissé tomber l’affaire et ont simplement fermé ; pour le moment nous tenons le coup.<br />Pour nous, le journal d’Asia Plus est une question de prestige. C’est lui qui nous représente.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En plus du blocage, vous avez été mis à la porte du GZhK de la capitale. On vous a proposé de déménager au 13<sup>ème</sup> étage, dans des bureaux sans équipements. Il s’est avéré que vos anciens bureaux serviraient à l’agence de presse d’Etat <a href="https://khovar.tj/">Khovar</a>. Avez-vous déjà déménagé ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vais vous expliquer. Une partie de notre groupe de médias, le service publicitaire, la radio, la comptabilité, la direction du groupe d’entreprises et d’autres, travaillaient dans cette partie des bureaux qui a été réquisitionnée. Ce sont des bureaux assez confortables et remis à neuf, que nous occupions depuis de nombreuses années. Ces locaux se situent à côté de Charki Ozod le bâtiment principal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant les salariés qui y étaient ont déménagé au deuxième étage du bâtiment principal, où se trouve déjà la rédaction du journal et du site Asia Plus. Nos collègues sont venus chez nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La direction du GZhK a donné à Asia Plus des bureaux supplémentaires où se trouvait auparavant une petite bibliothèque. Nous avons abattu le mur qui la séparait de la rédaction et nous sommes désormais tous réunis. C’est assez étroit, il y a quasiment sans cesse 50 personnes qui vivent dans ce très petit espace.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Selon vous, l’agence gouvernementale n’avait vraiment pas d’autre endroit où aller ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a plus qu’assez de place dans le GZhK pour trois agences comme celle de Khovar. Seulement ce sont des étages inachevés de l’époque soviétique, qui n’ont pas été rénovés, et donc sans aucune infrastructure. Il est probable que la direction de Khovar ne voulait pas dépenser son argent pour des travaux alors qu’ils avaient déjà une place toute prête sous le nez.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puisque Khovar est une agence et un ensemble de journaux et magazines d’état, la question a été tranchée à leur avantage. Notre bail arrivait à sa fin, et il n’a simplement pas été prolongé. En soi, la direction du GZhK a fait les choses légalement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre groupe voudrait avoir son propre bâtiment ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il aurait fallu le faire il y a longtemps, car le GZhK est l’un des bâtiments les plus vieux, les plus inadaptés et les plus froids de la ville. C’est une tombe de marbre de 16 étages où il fait toujours froid et humide.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="444" class="wp-image-47211" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/3.jpeg" alt="Journaliste Femme Asia Plus Tadjikistan" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/3.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/3-300x269.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Olga Toutoubalina (illustration).</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pour le moment nous ne pouvons pas déménager, nous n’en avons pas les moyens. C’est pourquoi nous avons décidé de passer l’hiver ici, et nous y verrons plus clair ensuite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’en pensez-vous, peut-on attendre du pays, dans un futur proche, une poussée démocratique ou un « dégel », même insignifiant ? Disons, un monde où il serait plus facile pour la presse de travailler. Etes-vous optimiste quant à cet « après » ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis surtout réaliste, mais aussi un peu optimiste, de temps en temps, au moins sur certaines questions. Mais en ce qui concerne la liberté d’expression et la liberté de la presse, je ne crois pas que dans un futur proche cela évolue pour le mieux, il n’y a pas de raisons de le penser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un autre côté, vous savez, la profession du journalisme tadjik attendait une sorte de miracle ces derniers temps, depuis littéralement un an probablement. De nouveaux projets, de nouvelles personnes intéressantes et auprès desquelles on pouvait apprendre sont apparus. Ce sont des gens très jeunes. Je ne sais pas d’où ils sortent, ni pourquoi ils ont décidé de faire du journalisme. Pour moi, c’est un choix étrange et incompréhensible de nos jours. Mais cela ne peut que me réjouir et en effet, c’est un élément qui peut donner de l&rsquo;optimisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous êtes privés de bureaux. Que pensez-vous pour la suite ? Recevez-vous des signaux ou des avertissements qui montreraient que votre groupe pourrait complètement cesser ses activités ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De tels signaux n’existent pas. Mais ils s’efforcent de nous ignorer sur plusieurs questions. Bien qu’on ne comprenne pas très bien pourquoi. Nous avons toujours accepté les critiques constructives, et maintenant il n’y en a pratiquement plus. Nos propres lecteurs nous critiquent. Nous avons toujours énoncé nos valeurs : nous sommes pour un pays uni, pour la réussite et le développement du Tadjikistan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/la-liberte-de-la-presse-a-lepreuve-du-coronavirus-au-tadjikistan/">La liberté de la presse à l’épreuve du coronavirus au Tadjikistan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’est pas bon du tout de non seulement rompre le contact, mais de mettre en plus des bâtons dans les roues. Mais en fait la question ne touche pas qu’Asia Plus ; aujourd’hui, tous les médias indépendants qui valent quelque chose sont des boucs émissaires. On ne sait pas d’où viennent les attaques ni pourquoi. Ainsi, nous vivons depuis plusieurs années sans comprendre pourquoi nous sommes bloqués, pourquoi nous ne sommes pas invités aux événements importants, pourquoi ils ne veulent pas nous communiquer des informations, etc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cela se poursuit plus longtemps, il est possible qu’un jour se pose la question de la fermeture d’Asia Plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En effet, depuis la deuxième moitié des années 2010, Asia Plus et vous-même en tant que journaliste avez sérieusement baissé le nombre de publications. Vous l’a-t-il été « demandé » ou l’avez-vous vous-même entrepris ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était à peu près après 2012-2013. Depuis cette époque, la pression sur les médias n’a fait qu’augmenter. Aujourd’hui nous travaillons avec de nouvelles conditions et de nouvelles règles que nous avons mises en place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous n’avons plus depuis longtemps de contenu clairement critique, et nous ne nous efforçons pas d’atteindre cette tendance. Il est possible de montrer ce qu’il se passe au Tadjikistan et comment vivent les gens sans formuler de critique. En fait, les statistiques d’état sont déjà plus terribles que n’importe quel article critique, même en prenant en compte le fait qu’elles sont mensongères.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour vous personnellement, la raison de réduire les publications était peut-être en 2014, lors de l’affaire connu sous le nom de « Toutoubalina contre l’élite intellectuelle », quand vous avez perdu un procès ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, c’était bien sûr l’occasion de s’arrêter et de réfléchir. Pas seulement à la pression que subissent les médias, mais aussi qui me soutiendrait s’il m’arrivait quelque chose. Apparemment personne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vos partisans disent que vous avez beaucoup dépensé lors de ce procès. Vous rappelez-vous d’où venait cet argent ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La somme était en tout de 7000 dollars (5799,7 euros) : 3500 dollars (2899,8 euros) venaient de la rédaction d’Asia Plus et l’autre moitié de mes propres économies. Honnêtement, je ne me rappelle plus comment je comptais les dépenser à l’époque. Mais il a fallu les donner à l’élite offensée, pour qu’elle se soigne. J’espère que cette somme les a bien aidés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous persistez dans l’opinion que vous aviez à l’époque de l’élite intellectuelle ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Persister en quoi ? Un jour, regardez un échange entre deux intellectuels. Quelles questions importantes soulèvent-ils ? Aucune. Absolument aucune. Les uns récitent des poèmes, les autres demandent de l’aide. Il n’y a rien à dire ni à écrire là-dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il y a environ 10 ans, dans une interview, à la question : « N’est-il pas temps de quitter le pays ? » vous avez répondu : « Mon optimisme ne fait que baisser. Il est tout à fait possible que je parte dans un futur proche ». Vous êtes-vous maintenant ravisée ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est impossible qu’il se soit déjà écoulé 10 ans ! Mais vous savez, je ne vais pas vous mentir, j’y pense encore mais je n’en ai pour le moment pas la possibilité. Ou bien je me dis moi-même que ce n’est pas possible, pour repousser le moment du départ.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="372" class="wp-image-47212" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/4_daughter.jpeg" alt="Journaliste Femme Mère Fille Asia Plus Tadjikistan" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/4_daughter.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/4_daughter-300x225.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Olga Toutoubalina avec sa fille (illustration).</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, j’ai du mal à me mettre en route, il faut qu’on m’y pousse à coups de pied. Peut-être que les études de ma fille pourraient m’y pousser.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Parlez-nous de votre fille. Quel âge a-t-elle, où veut-elle faire ses études ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle a 16 ans. Elle sait tout, ne veut pas étudier et tout ce qui l’entoure en général est nul, selon elle, et, à l&rsquo;écouter, je suis casse-pieds, comme d’habitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais en fait elle est gentille, vulnérable et intelligente. Elle aime beaucoup lire : elle demande à avoir des livres imprimés parce que les livres électroniques, « ce n’est pas pareil ». Quelque part ce « ce n’est pas pareil » me réjouit. Elle dessine aussi, et avant, elle essayait d’écrire des contes. J’en avais lu un et il m’avait plu, mais pour une raison que j’ignore elle a arrêté d’écrire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a encore un an et demi avant de devoir postuler. Elle est en 10<sup>ème</sup> classe (NDLR : seconde en France). Nous réfléchissons encore à l’endroit où elle voudrait postuler, mais elle aime l’idée d’aller à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-P%C3%A9tersbourg">Saint-Pétersbourg</a>. J’aimerais que ce soit loin à l’étranger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour quel pays opteriez-vous ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cela était possible, je choisirais les Etats-Unis, mais pour le moment c’est impossible.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cependant, selon vous, Asia Plus est toujours aussi demandé. Pourquoi partir ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous savez, la vie ne se résume pas qu’au travail, n’est-ce pas ?<br />Mais puisque nous en parlons, le fait que nous soyons demandés ne signifie pas que cela nous est facile. Nous faisons des efforts considérables pour que tout marche aussi bien qu’avant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a tout un ensemble de problèmes : la possibilité de bien faire son travail, l’absence d’argent, la sévère crise du personnel. J’en parle tout le temps et je pense toujours que la situation ne peut pas empirer. Mais non… Je ne connais simplement pas une seule république voisine dans laquelle il est aussi difficile de travailler pour les journalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous ne travaillons pas, nous menons une guerre quotidienne. Contre la stupidité, la bureaucratie, la lâcheté, l’ignorance, la mauvaise volonté de faire avancer les choses, la mauvaise volonté de travailler en général. Et je ne parle pas que des fonctionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour en revenir à ma vie personnelle, il y a bien sûr d’autres motivations : ma famille, mes parents, ma fille. Comme je l’ai déjà dit, si elle décide de faire ses études à Saint-Pétersbourg, je n’aurai aucune raison de rester ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J’imagine la réaction de certains de vos lecteurs tadjiks : « Elle veut partir aux Etats-Unis, nous avions bien dit qu’elle était pro-américaine ». Et d’autres diront : « Oui, elle va peut-être partir à Saint Pétersbourg avec sa fille, nous avions bien dit qu’elle était pro-russe ». Vous êtes pro-quoi ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi bizarre que cela puisse être, Asia Plus n’est pas toute ma vie, bien que j’y travaille depuis presque 20 ans. Mon désir de vivre aux Etats-Unis s’explique très simplement, ce pays me plaît. Je ne sais pas vraiment si je pourrais y déménager, mais j’aimerais bien.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="335" class="wp-image-47213" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/5.jpeg" alt="Journaliste Femme Asia Plus Tadjikistan Etats-Unis" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/5.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/5-300x203.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/5-128x86.jpeg 128w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Olga Toutoubalina devant un drapeau des Etats-Unis.</figcaption>
</figure>



<p class="wp-block-paragraph">Et, bien sûr, j’aime aussi beaucoup la Russie. C’est ma deuxième patrie, j’y ai beaucoup de membres de ma famille. Peut-être que je serais bien là aussi. Mais je suis totalement pro-tadjike.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En d’autres termes, le Tadjikistan est votre première patrie et la Russie votre deuxième, mais vous voulez vivre aux Etats-Unis. Je m’y perds un peu.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout est très simple, aux Etats-Unis les règles et les lois qui encadrent la vie et le travail sont simples. Il fait bon vivre, enfin selon ses capacités financières, mais dans tous les cas il fait bon vivre parce que quand tu respectes la loi, l’Etat se tourne vers toi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Tadjikistan et en Russie, pour parler franchement, votre individualité et vos capacités ne peuvent que peu de choses. J’aime le Tadjikistan et la Russie, mais je comprends bien que j’y ai un mauvais salaire, un mauvais accès à l’éducation et au système de santé, et l’avenir aussi y est sombre.<br />Et je le répète, nous voulons tous vivre aux <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Canaries">Canaries</a>, ou presque tous, et dans des endroits semblables aux Canaries, mais on ne peut pas tous le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous êtes devenue rédactrice en chef du groupe, je crois, au début des années 2010 ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis devenue rédactrice en 2012 et rédactrice en chef en 2016. Mais en fait c’est pareil. La seule chose, c’est qu’entre 2014 et 2016 je n’étais pas à Asia Plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi pensez-vous que vous avez été nommée ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis une bonne rédactrice et je pense que je sais organiser le travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans ce pays patriarcal, est-il dur d’être une femme dirigeante ? Y a-t-il eu des révoltes de la part des hommes, sous une forme ou une autre ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a eu des révoltes, pas de la part des hommes, mais des révoltes habituelles de travailleurs, bien qu’elles aient été organisées par des hommes. Mais ces révoltes ont été réprimées sans bruit, je n’aime pas ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Être une dirigeante n’est pas dur parce que tout cela est comme un atelier de création. Les journalistes ne sont pas vos fonctionnaires, ce sont des gens plus intelligents et plus ordinaires. Bien que ce ne soit pas toujours facile pour eux avec moi. Mais personne n’a rien promis. Je ne suis pas leur maman ni leur amie, mais j’essaie toujours de défendre mes journalistes devant les fonctionnaires et le rédacteur en chef. J’essaie d’être juste avec tout le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous aimez diriger les gens ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne vais pas mentir, j’aime commander. Pas dans le genre « regardez, c’est moi le chef », mais plutôt dans le genre « regardez, j’en suis capable ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment êtes-vous devenue journaliste ? Je suppose que ce n’était pas un rêve d’enfant ? Si non, que vouliez-vous faire ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est arrivé par hasard. J’avais une idée très vague de ce qu’était le journalisme et je ne lisais pas la presse. Je rêvais d’être policière, mais j’ai commencé par des études de pédagogie. Mon père avait insisté, il avait toujours estimé que c’était une profession importante et respectable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais je n’ai pas travaillé dans le secteur de ma spécialité. Le hasard m’a apporté mon premier emploi : secrétaire dans l’une des compagnies de journalisme. Une amie était typographe pour un journal, et elle m’avait obtenu le même poste. Littéralement trois mois plus tard, je suis entrée à Asia Plus qui venait d’ouvrir, encore en tant que typographe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais j’ai vite commencé à écrire. J’ai simplement lu le journal, observé mes collègues journalistes et compris que je pouvais faire aussi bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous parlez aux gens avec réserve et froideur. N’êtes-vous pas ainsi ? Est-ce un masque ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, ce n’est en aucun cas un masque. Pourquoi est-ce que j’en aurais besoin ? Cette réserve est ma façon d’être, pas une garce arrogante, comme le suggèrent certaines personnes qui ne me connaissent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis toujours sur la réserve. D’un autre côté, je suis différente avec mes amis ; avec eux je peux être plus ouverte, plus simple. En fait, je suis gentille et je peux même sourire et plaisanter. Pleurer aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La dernière fois que vous avez pleuré, quelle en était la raison ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a pas longtemps, quand est mort notre chat Monika, qui avait vécu 7 ans dans notre famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Duquel de vos parents tenez-vous votre caractère et votre retenue ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De mon père. Il a enseigné l’histoire presque toute sa vie. Il est à la retraite depuis longtemps, il a eu 80 ans en 2020. Beaucoup le connaissent au Tadjikistan, surtout en tant qu’excellent professeur. Ma mère était ingénieure en technologies, elle est aussi retraitée depuis longtemps. Ils habitent en Russie et ils me manquent beaucoup.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment vos parents sont-ils arrivés au Tadjikistan ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Par hasard. Ma mère vient de<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samara"> Samara</a>, elle avait choisi à l’aveugle un point sur la carte avec des amies. Elle est partie littéralement à l’endroit sur lequel est tombé son doigt : au Tadjikistan. Elles ont fait leurs affaires, et les trois amies sont parties dans cette république ensoleillée où l’on cueille directement ses grenades et ses pêches dans les rues de la ville… Elle n’a jamais regretté d’avoir passé ici toute sa vie d’adulte.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/des-femmes-tadjikes-viennent-en-aide-aux-habitantes-du-haut-badakhchan/">Des femmes tadjikes viennent en aide aux habitantes du Haut-Badakhchan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père aussi est arrivé par hasard. Il a fait son service militaire dans la marine et a participé à la crise de Cuba. Après son service, il est resté dans l’armée, puis un ami lui a proposé de ne pas retourner dans son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirov_(oblast_de_Kirov)">Kirov</a> natal mais de rejoindre des contrées plus chaudes. Cet ami a proposé le Tadjikistan. C’est là qu’ils se sont rencontrés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nous sommes tous les deux douchanbéens. Mais je n’ai pu trouver nulle part de quel quartier de la capitale vous êtes. Où avez-vous grandi ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le 112<sup>ème</sup> mikroraïon. A l’époque, c’était la partie la plus excentrée de la ville. Mais ce quartier était considéré comme prestigieux parce qu’il était neuf. Un nouveau quartier, cela voulait dire des écoles neuves, des jardins, des hôpitaux, et il y a toujours eu des transports ; c’est pourquoi le centre n’était pas si éloigné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’y ai habité quand il n’y avait pas encore les mikroraïons Ispechak et Zarafchon, mais seulement des champs, où avec les autres enfants nous allions voler du maïs et des pastèques. Et puis vous savez ce qu’on mangeait à l’époque : les pommes vertes, les mûres sales qu’on cueillait nous-mêmes, les pommes de terre au four, toujours sans sel pour une raison quelconque. Piller les jardins des autres est un plaisir d’enfance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui on ne vole plus, et puis il n’y a plus dans la ville de vergers et de jardins. Et depuis longtemps déjà, on ne tombe plus sur des mûres qu’on peut cueillir par poignées et dévorer. C’est comme si ça n’avait jamais existé…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans une interview que vous avez donnée il y a longtemps, vous avez dit : « Comme n’importe quelle femme, je dépends dans une certaine mesure de l’homme qui vit à mes côtés. Et oui, c’est cet homme qui définit certains cadres de ma liberté. Cela concerne bien sûr seulement ma vie personnelle, pas le travail ». Des organisations de femmes ne sont pas d’accord avec vous. Elles disent que vous avez formulé l’une des pires idées de la société patriarcale.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Soit, qu’elles ne soient pas d’accord. Cela fonctionne dansles deux sens, voyez-vous. Si l’on trouve dans le couple de la confiance et du respect, alors la liberté a des limites. Chacun a les siennes. Si vous y consentez, non pas parce que c’est nécessaire mais parce que vous le voulez vous-même, vous formez un couple heureux. Ce sont des choses habituelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’année dernière à Douchanbé, il y a eu un mouvement d’activisme féminin : des femmes ont fait part de cas de violences et de harcèlement. Il semble que ce soit une première dans le pays, alors que ce problème, nous le savons, est des plus sérieux. Les autorités ont réagi à cette campagne en condamnant un homme qui avait harcelé une jeune fille dans les rues de la capitale. Il a apparemment dû payer une amende de 100 dollars. La campagne s’est achevée là-dessus. Le problème des violences et du harcèlement peut-il être résolu ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Pour qu’il soit résolu, il faut résoudre l’ensemble des problèmes. C’est simple et évident. Au Tadjikistan, le manque d’éducation dépasse l’entendement. Ce n’est pas la peine d’aller à l’école, il suffit d’écouter les rares interviews de l’ancien ministre de l’Éducation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a d’éducation ni à l’école, ni à la maison. A la maison, les parents ont ce même manque d’éducation. Essayez de dénoncer le comportement de leur fils à l’un d’entre eux, je vous assure que 99,9 % d’entre eux vous désigneront la porte et vous diront « hé, il ne l’a pas tuée » ou « c’est toi l’imbécile ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/violences-domestiques-les-femmes-dasie-centrale-se-mobilisent/">Violences domestiques : les femmes d’Asie centrale se mobilisent</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’école, les instituteurs n’ont pas peur des directeurs, mais des parents. Ce n’est parfois pas le ministère de l’Education, dont nous autres journalistes nous moquons sans cesse, qui décide de la façon dont doivent s’habiller les enfants à l’école, mais les parents, ceux qui sont croyants. Ce sont eux qui exigent des directeurs qu’ils interdisent aux petites filles de venir à l’école en pantalon ou en jupes qui ne descendent pas plus bas que les genoux, pour ne pas attirer le regard de leurs fils. Dès l’enfance, dès la 4<sup>ème</sup> classe (CM1 en France), et partout, même dans la capitale !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une grande partie de la population de la république, surtout dans les régions, vit dans cet obscurantisme, c’est même effrayant à imaginer. Là-bas, la violence est une norme, et les femmes elles-mêmes l’acceptent absolument sans broncher. Des centaines de milliers d’entre elles subissent ces violences quotidiennement, notamment des violences physiques, et seulement une petite fraction d’entre elles se révolte, quand le mari va très loin et qu’il frappe le visage. Et les enfants le voient, c’est leur éducation.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Le thème du sexe n’est jamais un tabou chez nous. Seuls nos psychologues tadjiks ne savent pas comment parler correctement du sexe aux enfants. Mais dans les villages, c’est très simple : là-bas, les parents dorment dans la même pièce que les enfants et ne considèrent pas cela honteux de coucher ensemble sous leurs yeux. Puis ces enfants grandissent, ils commencent à avoir des besoins, mais pas de possibilités. Puisque, comme je l’ai déjà dit, ils n’ont pas la moindre instruction, ni la moindre éducation.<br />Vous faut-il encore d’autres raisons ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J’ai lu un de vos propres récits, dans lequel une course en taxi a failli se finir par un viol, vous avez tout juste réussi à repousser le conducteur.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a eu des histoires bien pires, mais les femmes essayent de ne pas en parler, n’est-ce pas ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous prenez à nouveau le taxi ? Bien qu’à Douchanbé, probablement, ces situations puissent se produire n’importe où.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, je prends beaucoup le taxi, surtout en ces temps de pandémie. Oui, cela peut arriver partout : dans une ruelle, dans les bureaux d’une compagnie importante. On est confronté à cela.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous y avez-vous-même été confrontée ? Et vos collègues, vos connaissances ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’y ai été confrontée, mes connaissances aussi. Je ne connais pas une seule femme à qui ce ne soit pas arrivé. C’est parfois aussi trivial que cela :</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Tu veux coucher avec moi ? Je l’ajouterai à ton salaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Non je ne veux pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Bon, si tu ne veux pas tu n’en as pas besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout le monde a été confronté à un de ces épisodes dans sa vie. C’est cela, être une femme. C’est horrible, bien sûr, de percevoir les choses ainsi. Mais nous avons malheureusement grandi avec. Et nos enfants grandiront malheureusement avec aussi.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="text-align: right"><strong>Alicher Nyïazov pour Fergananews</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://fergana.site/articles/121634/">du russe</a> par Judith Robert</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="text-align: right"><strong>Edité par Luna-Rose Durot</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Emma Jerome</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>« C’était parfois extrêmement désagréable d&#8217;être considérée par les siens comme une étrangère »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Apr 2021 07:25:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Artiste]]></category>
		<category><![CDATA[Asie centrale]]></category>
		<category><![CDATA[Douchanbé]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Nudité]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/cetait-parfois-extremement-desagreable-detre-consideree-par-les-siens-comme-une-etrangere/">« C’était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère »</a></p>
<p>Il y a quelques années, Marifat Davlatova, une jeune artiste tadjike de 25 ans, a été pendant un moment la personnalité médiatique la plus connue de son pays. C&#8217;était après l&#8217;exposition où elle avait montré au centre de Douchanbé, la capitale du pays, 26 portraits de ses compatriotes à moitié nues, ce qui provoqua presque une émeute. [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/cetait-parfois-extremement-desagreable-detre-consideree-par-les-siens-comme-une-etrangere/">« C’était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère »</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il y a quelques années, Marifat Davlatova, une jeune artiste tadjike de 25 ans, a été pendant un moment la personnalité médiatique la plus connue de son pays. C&rsquo;était après l&rsquo;exposition où elle avait montré au centre de Douchanbé, la capitale du pays, 26 portraits de ses compatriotes à moitié nues, ce qui provoqua presque une émeute. <br></strong> <br><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 22 septembre 2020 par le média russe </strong><a rel="noreferrer noopener" href="https://fergana.site/articles/121022/" target="_blank"><strong>Fergananews</strong></a><strong>.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">La famille et les amis de&nbsp;Marifat&nbsp;Davlatova&nbsp;ont parfois sérieusement peur pour sa sécurité physique. Dans ce pays patriarcal où l’État établit les règles de l&rsquo;habillement féminin,&nbsp;Marifat&nbsp;enlève aux femmes tadjikes leurs vêtements. En partie. Sur ses tableaux. Et cela suscite une violente critique des défenseurs des « valeurs traditionnelles ». L’artiste parle d’elle-même et de ses nus. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Des médias russes et occidentaux ont exprimé leur sympathie à son égard. Elle-même dit qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de quitter le pays et continue à peindre des nus, gagnant ainsi de nouveaux ennemis et de nouveaux soutiens. Pour cette jeune fille courageuse au sourire d&rsquo;écolière, tout semble aller pour le mieux.&nbsp;</p>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fergananews : À en juger par vos photos sur Facebook, vous êtes actuellement en Europe ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marifat</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Davlatova</strong><strong>&nbsp;:&nbsp;</strong>Je suis en Autriche, c&rsquo;est provisoire, pour mon travail.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Provisoirement ? Vous tenez donc votre promesse de ne pas quitter votre pays</strong> <strong>?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne me souviens pas avoir fait une telle promesse.&nbsp;Je voyage. Je suis très souvent à l&rsquo;étranger pour mon travail. Je ne peux pas m&rsquo;imaginer vivre sans voyager. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est très important pour moi de toujours avoir la possibilité de retourner dans mon Tadjikistan natal. Je n&rsquo;ai pas changé de nationalité et je n&rsquo;ai pas l&rsquo;intention de le faire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marifat, je suis du même endroit que vous. Je viens du quartier 191 de Douchanbé, on l&rsquo;appelait « le village des ivrognes ». Êtes-vous originaire de Douchanbé ? De quel quartier ? Je n&rsquo;ai pas pu trouver sur Internet.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est amusant ! Jusqu&rsquo;à mes 5 ans, j’ai vécu dans le quartier 191. Ensuite j&rsquo;y retournais tous les étés pour voir ma grand-mère et mon grand-père. Après j&rsquo;ai déménagé dans le quartier 91, celui légèrement plus haut, dans lequel je vis toujours aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai eu une enfance merveilleuse. Je me rappelle que nous étions tous ensemble le soir jusque tard dans la nuit à jouer, à nous raconter des histoires d’horreur, à cueillir des mûres et des framboises pour faire de la confiture. Nous vivions dans l&rsquo;immeuble 303 … </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>là</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>qu&rsquo;habitaient</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>mes</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>camarades</strong><strong>&nbsp;de&nbsp;</strong><strong>classe</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Zoulmira</strong><strong>,&nbsp;</strong><strong>Djamched</strong><strong>.&nbsp;</strong><strong>C&rsquo;est</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;immeuble</strong><strong>&nbsp;le plus long.</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me souviens très bien de tante Anna du premier étage, vous la connaissez peut-être ?&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="330" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook.jpeg" alt="Marifat Davlatova Artiste Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46508" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook-128x86.jpeg 128w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Non, j&rsquo;ai sans doute oublié… Les gens ne vont pas croire à ces coïncidences, ils vont dire que l&rsquo;interview était arrangée ! Bon continuons, même si les larmes, comme on dit, empêchent de parler…</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, les&nbsp;larmes&nbsp;montent&nbsp;aux&nbsp;yeux&nbsp;quand&nbsp;on se&nbsp;souvient&nbsp;de&nbsp;ces&nbsp;années…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au début du mois de septembre, c&rsquo;était le deuxième anniversaire de votre exposition. Vous avez reçu des tonnes de menaces et d&rsquo;injures, notamment sur les réseaux sociaux. Êtes-vous devenue plus dure, plus méchante ? Moi je le deviendrais si je lisais ce genre de choses sur moi.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, absolument pas. Je me suis efforcée de rester indifférente à tout cela, de ne pas le prendre trop à cœur. Je peux dire tout à fait le contraire : je suis aujourd&rsquo;hui beaucoup plus gentille et douce qu&rsquo;avant. Ces dernières années ont été riches et imprévisibles, pas toujours faciles. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur&nbsp;</strong><strong>Novastan</strong><strong>&nbsp;:&nbsp;</strong><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/pourquoi-les-femmes-dasie-centrale-commencent-a-se-devetir/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Pourquoi les femmes d’Asie centrale commencent à se dévêtir</strong></a>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mes rapports avec les gens ont changé, l&rsquo;image que je me fais d&rsquo;eux, de ce monde. J&rsquo;ai commencé à voir tout cela de façon plus simple, j&rsquo;ai appris à être calme. Et surtout j&rsquo;ai appris à être reconnaissante. Cela s&rsquo;est révélé beaucoup plus difficile que je pensais.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous reconnaît-on dans la rue ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans certains endroits. Dans le Pamir, à&nbsp;Khorog, par exemple, où je suis allée pour un voyage. Des hommes sont venus vers moi dans un café et m&rsquo;ont conseillé de peindre des paysages et des natures mortes.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2.jpeg" alt="Marifat Davlatova Artiste Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46509" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2-240x300.jpeg 240w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;était</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>une</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>menace ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Dans un de mes tableaux, on voit une calotte brodée du Pamir, il est possible qu&rsquo;ils se soient sentis blessés… Mais au même endroit, dans le Pamir, il y a eu aussi des gens qui m&rsquo;ont soutenue et m&rsquo;ont même proposé leur aide. Il y a eu différentes réactions, mais le plus souvent on me remercie pour mon courage et mon attitude. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui m&rsquo;enchante le plus, c&rsquo;est qu&rsquo;aussi bien des hommes que des femmes me remercient. J&rsquo;ai moi-même été étonnée par le soutien venant de l’extérieur. Je n&rsquo;espérais pas cela au début. Mais ce soutien m&rsquo;a donné de l&rsquo;énergie et encore plus d&rsquo;inspiration.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On dit que pour votre exposition, vous avez demandé de l&rsquo;aide à des organisations féministes occidentales, mais que vous avez essuyé un refus. Elles auraient considéré trop provocante l&rsquo;idée de monter une telle exposition dans une société traditionnelle.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, je ne me suis pas adressée à des organisations féministes, mais à plusieurs organisations internationales dont je ne souhaite pas donner les noms. Mais c&rsquo;est vrai, ces organisations ont refusé. Certaines ont expliqué leur refus en disant que l&rsquo;exposition pourrait provoquer des troubles, d&rsquo;autres n&rsquo;ont rien répondu. J&rsquo;ai alors décidé de l&rsquo;organiser toute seule.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je voudrais tout de même clarifier le sujet. Dans une </strong><a rel="noreferrer noopener" href="https://asiaplustj.info/news/life/culture/20180915/eto-ne-ih-zhentshini-a-moi-marifat-davlatova-o-svoei-vistavke-v-tadzhikistane" target="_blank"><strong>interview à Asia Plus</strong></a><strong> vous avez dit que le thème du nu est apparu dans votre travail après que vous vous êtes fait attaquer par deux hommes qui voulaient, comment dire, faire connaissance, et qui ont pris votre téléphone pour connaître votre numéro  : « Je suis devenue agressive et j&rsquo;ai peint ces tableaux pour ne pas mourir après cette agression ».</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">En lisant cette interview, je vois une tout autre&nbsp;Marifat. Bien des choses ont changé à présent, j&rsquo;ai changé. Deux années ont passé depuis, et même si ce n&rsquo;est pas considérable, ce n&rsquo;est pas rien. Pour être tout à fait exacte, dès le début de ma peinture, j&rsquo;ai été inspirée par la beauté féminine, les femmes.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et je ne pensais pas du tout faire une exposition. Mais peu à peu, en voyant mes travaux, des gens m&rsquo;ont fait des remarques, m&rsquo;ont dit que je ne devais pas peindre ainsi au Tadjikistan, que ce n&rsquo;était pas admissible. Je ne les ai pas écoutés, j&rsquo;ai continué à faire ce qui me plaisait. Mais toutes ces remarques, l&rsquo;étonnement du public, m&rsquo;ont amenée à l&rsquo;idée d&rsquo;une exposition. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet incident du téléphone a été la goutte d&rsquo;eau qui fait déborder le vase, qui a mis à bout ma patience. La façon dont les femmes sont considérées chez nous n&rsquo;est pas un secret. Il y a souvent un mépris grossier, ils ne voient simplement pas une personne dans une femme, ni son âme. Ils ne comprennent pas que les femmes se sentent mal et blessées. J&rsquo;ai décidé de montrer à mes compatriotes que la femme est belle, que son corps est beau et qu&rsquo;elle a aussi une belle âme.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls.jpeg" alt="Nudité Art Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46512" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls-240x300.jpeg 240w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La réaction violente du public a-t-elle été une surprise pour vous ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me doutais bien qu&rsquo;elle serait négative, mais je ne pensais pas que tout cela prendrait une telle ampleur&#8230; Je fais simplement ce que je sens. Je ne veux pas vivre dans la cage de l&rsquo;opinion générale. Et c&rsquo;était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vivant à Douchanbé, j&rsquo;ai pu voir toutes sortes de jeunes tadjiks de la grande ville, filles et garçons, qui se considéraient jadis comme « Russes », aujourd&rsquo;hui comme « Occidentaux », c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;ils vivent sans tenir compte des traditions. On dit même qu&rsquo;ils ne maîtrisent pas leur langue…</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la langue me préoccupe aussi. Depuis l&rsquo;enfance. À la maison, nous parlons tadjik, mais c&rsquo;est un tadjik très différent de la langue de la rue, plus littéraire, proche du farsi. Avec le tadjik parlé aujourd&rsquo;hui, ou plus exactement avec sa variante populaire, j&rsquo;ai évidemment des problèmes. Je me rappelle qu&rsquo;enfant, je n&rsquo;arrivais pas à comprendre pourquoi nos voisins parlaient différemment, et parfois je ne pouvais tout simplement pas les comprendre. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J’étais allée voir mon père en lui demandant : « Est-ce que je ne devrais pas apprendre à parler ce dialecte ? » Ce à quoi mon père a répondu : « Non, en aucun cas, tu ne dois pas faire ce que font tous les autres. Agis comme cela te convient, comme tu le ressens au fond de ton cœur. » C&rsquo;est cette règle que je suis depuis ce jour, et pas seulement par rapport à la langue. </p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="352" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem.jpeg" alt="Poème Art Tadjikistan" class="wp-image-46511" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem-300x213.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que répondez-vous d&rsquo;habitude aux critiques qui disent que chez les Tadjikes, il n&rsquo;est pas d&rsquo;usage de montrer un corps nu dans l’art ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je leur parle du <em>Livre des Rois</em> de Ferdowsi et des illustrations qui en ont été faites. Et c&rsquo;était il y a bien des siècles. D&rsquo;ailleurs ce n&rsquo;est pas seulement chez les Tadjikes que l&rsquo;on ne pouvait pas montrer et représenter un corps nu, c&rsquo;était le cas partout. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais beaucoup de peuples ont dépassé ce moment, l&rsquo;art n’est pas resté figé, et les artistes ont commencé à représenter la beauté du corps humain, beaucoup plus tôt que nous. Et je ne suis pas la première à avoir fait cela chez nous, au Tadjikistan. Cela s&rsquo;était déjà produit au XXe siècle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;parents&nbsp;</strong><strong>réagissent-ils</strong><strong>&nbsp;à&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>toiles ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père et ma mère me soutiennent toujours, ils s&rsquo;efforcent de comprendre ce que je fais. À l&rsquo;époque ils se faisaient du souci pour moi, ils voulaient me protéger, mais ils n&rsquo;ont jamais décidé pour moi qui je devais être et ce que je devais faire de ma vie. Ils m&rsquo;ont donné la possibilité de choisir, de décider par moi-même. C&rsquo;est sans doute pour cela que je n&rsquo;ai jamais compris que des gens de mon âge puissent agir contre leur volonté… </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J&rsquo;ai lu que votre père était musicien, votre mère programmeuse.</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père a beaucoup de cordes à son arc, mais il a une relation particulière avec la musique. Il a appris la guitare, mais aussi la flûte et le piano. Il pratique ces instruments depuis longtemps, mais c&rsquo;est dans le domaine de la finance qu&rsquo;il travaille. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/europe-et-asie-centrale/splendeurs-dasie-centrale-le-louvre-reporte-en-2022-la-premiere-grande-exposition-dart-ouzbek-en-europe/">« Splendeurs d’Asie centrale » : le Louvre reporte en 2022 la première grande exposition d’art ouzbek en Europe</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;amour de la musique lui est resté, et c&rsquo;est lui qui nous a fait découvrir le monde de l&rsquo;art, qui nous a appris à aimer la musique, la peinture et l&rsquo;histoire. Et ma mère, en plus d’être programmeuse, pratique le tir à l&rsquo;arc, elle est toujours en lice pour les championnats du Tadjikistan.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A-t-</strong><strong>elle</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>gagné</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>une</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>médaille</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas encore, malheureusement.  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>NDLR</em> : <em>Marifat ne savait pas encore que peu de temps avant l&rsquo;interview, sa mère, Firouza Dovlatova, avait remporté la médaille de bronze aux championnats du pays.</em> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Avez-vous ressenti dans votre famille ce dont nous parlions tout à l&rsquo;heure, un mépris à l&rsquo;égard des femmes ? Ou bien les relations entre vos parents étaient-elles respectueuses ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Incontestablement, oui ! Aussi loin que je me souvienne, j&rsquo;ai toujours senti de l’amour et du respect dans les relations de mes parents, et c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils nous ont appris.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cela se produit-il fréquemment dans d’autres familles tadjikes, d&rsquo;après vos observations ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis mon enfance, je n&rsquo;ai pu observer des relations de famille que chez moi et chez des parents proches…et je ne peux pas dire que tout m&rsquo;ait plu. Il y avait des moments où j&rsquo;étais catégoriquement en désaccord, mais, comme cela est d&rsquo;usage en Orient, on ne donne généralement pas à l&rsquo;enfant le droit de parler ou la possibilité de s&rsquo;exprimer. Dans nos familles il y avait de l&rsquo;amour et du respect, mais j&rsquo;ai vu aussi du manque de respect du côté des hommes. Du côté des garçons, dans la rue, à l&rsquo;égard des filles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En grandissant, j&rsquo;ai commencé à exprimer mon désaccord devant de tels comportements. À cause de cela ma famille m&rsquo;appelait « rebelle ». Je voyais la peur des femmes devant les hommes. Et je ne comprenais pas d&rsquo;où elle venait. J&rsquo;étais profondément indignée quand j&rsquo;entendais dire : “C&rsquo;est un garçon, cela explique tout.” </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pensez-vous que ce soit seulement inhérent à la société tadjike ? Y a-t-il en elle un mauvais atavisme ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr que non, je suis certaine que cela ne se trouve pas seulement chez le peuple tadjik, on peut aussi observer ce genre de comportement dans d&rsquo;autres nationalités, mais je l&rsquo;ai surtout remarqué dans la majorité des pays post-soviétiques. Il faudrait naturellement se plonger dans l&rsquo;histoire, quand les femmes avaient beaucoup moins de droits que les hommes, et cela, bien sûr,&nbsp;a eu&nbsp;des répercussions sur la société contemporaine.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Parlons de vos tableaux auxquels je m’intéresse. Celui-ci avec un garçon qui pleure par exemple. Pourquoi pleure-t-il ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mes travaux expriment mon monde intérieur, mes émotions, mes sentiments. Il pleure de ressentiment et de douleur. Les larmes sont notre douleur… Enfin, je suppose. Mais je me rends compte avec le temps qu&rsquo;en parlant de mes&nbsp;œuvres, en expliquant le sens que j&rsquo;ai voulu leur donner, je commence à ne plus m&rsquo;en souvenir.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="549" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy.jpeg" alt="Art Emotions Tadjikistan" class="wp-image-46506" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy-271x300.jpeg 271w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez montré que ce garçon, que les hommes tadjiks pleurent eux aussi. Peut-être qu&rsquo;eux aussi ont beaucoup de problèmes. Devriez-vous vous sentir désolée pour eux ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il existe aussi de l&rsquo;injustice à l&rsquo;égard des hommes. Mais mon travail porte seulement sur les femmes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On dirait qu&rsquo;après 2018, vous avez marqué une pause dans votre création. J&rsquo;ai entendu dire que vous avez perdu votre atelier à Douchanbé. On vous empêche de travailler ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, il n&rsquo;y a évidemment pas de pause. J&rsquo;ai participé début 2019 avec d&rsquo;autres artistes à une exposition à l&rsquo;ambassade de France, et en automne de la même année à l&rsquo;exposition internationale du New Jersey, aux États-Unis. En 2020 plusieurs expositions devaient avoir lieu, mais elles ont été supprimées à cause de la pandémie qui chamboule tous nos projets. Il est difficile en ce moment de planifier quelque chose. Mais je ne peux pas dire que quelqu’un m&#8217;empêche de travailler à Douchanbé, même si j&rsquo;ai évidemment beaucoup moins de possibilités créatrices ici que dans les pays européens. Et j&rsquo;ai dû renoncer à mon atelier parce que je suis constamment en voyage. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous continuez à travailler sur le nu ici en Europe ? Si oui, où trouvez-vous vos modèles ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne sont pas toujours des modèles, mais souvent des figures que j&rsquo;imagine. Mais il est possible ici de trouver des modèles grâce aux amis et connaissances. C&rsquo;est évidemment plus simple qu&rsquo;à Douchanbé où il me fallait d&rsquo;abord convaincre, puis modifier les traits du visage… Mais voyager en Europe fait naître en moi beaucoup d&rsquo;émotions et de sentiments nouveaux. Je fais alors des croquis, des esquisses rapides que je reprends ensuite dans des formats plus grands. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/linfluence-des-peintres-allemands-dans-lart-au-kazakhstan/">L’influence des peintres allemands dans l’art au Kazakhstan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout récemment, j&rsquo;ai pris l&rsquo;habitude de peindre de petites cartes postales des endroits où je suis allée. Je marche beaucoup et j&rsquo;essaie de bien observer tous les détails autour de moi. Je vais là où me portent mes yeux, et pas là où veulent m&rsquo;envoyer les guides touristiques occidentaux. Mon amour pour le nu est toujours vivant en moi, mais il se transforme chaque jour. Mon monde se transforme, et je me transforme avec lui. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi travaillez-vous seulement à l’aquarelle qui est compliquée et délicate ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Justement pour cette raison ! Elle m&rsquo;apprend la patience et le calme. J&rsquo;essaie de me chercher, d&rsquo;expérimenter, de me confronter à différentes techniques, mais l&rsquo;aquarelle vit toujours avec moi. C&rsquo;est une partie intégrante de ce que je suis. J’en suis tombée amoureuse dès l&rsquo;enfance. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, j&rsquo;ai pour elle un amour très particulier, et ce n&rsquo;est pas du tout une passion qui flambe et s&rsquo;éteint avec le temps. Si vous me demandiez de la comparer à quelque chose ou à quelqu&rsquo;un, je dirais que l&rsquo;aquarelle est pour moi comme un oiseau, aussi libre et légère, mais avec un caractère très compliqué.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quoi qu&rsquo;il en soit, les critiques ont fait que l&rsquo;on vous connaît maintenant… Mais pourquoi ce nom “Davlatova” ? Pourquoi n&rsquo;avez-vous pas modifié ce nom de famille “russe” ?&nbsp;</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En avril 2020 le parlement du Tadjikistan a interdit l&rsquo;utilisation des noms de famille et des patronymes russifiés.  Dans mon enfance je m&rsquo;appelais Marifati Iskandar, c&rsquo;est le nom de mon père. Plus tard, avant de finir ma 3ème, j&rsquo;ai changé mon nom de famille pour Davlatova, parce que c&rsquo;est le nom de mon arrière-grand-père, c&rsquo;était une façon de garder sa mémoire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous mes papiers officiels sont au nom de Davlatova, et si je changeais de nom, il faudrait tous les refaire. De plus tous les documents et certificats ne peuvent être changés. Et je ne vois pas l&rsquo;intérêt de passer beaucoup de temps là-dessus si je peux le dépenser à travailler sur mon propre développement. Je ne veux pas inventer de problèmes inutiles. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je&nbsp;</strong><strong>reviens</strong><strong>&nbsp;à la question de&nbsp;</strong><strong>votre</strong><strong>&nbsp;“</strong><strong>notoriété</strong><strong>”. Avez-vous plus&nbsp;</strong><strong>d&rsquo;acheteurs</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>qu&rsquo;avant</strong><strong>&nbsp;? Qui&nbsp;</strong><strong>sont-ils</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, après 2018 les personnes ont commencé à s&rsquo;intéresser à moi, à m&rsquo;inviter pour des expositions et des évènements en dehors du pays. Quant à mes acheteurs, ce sont plutôt des acheteuses. Elles ont vu mes travaux, elles les ont aimés, elles y ont trouvé quelque chose qui était proche d&rsquo;elles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont des femmes très différentes qui viennent d&rsquo;Asie centrale ou d&rsquo;autres pays post-soviétiques. Je corresponds avec beaucoup d&rsquo;entre elles, nous restons en contact, nous attendons qu&rsquo;il soit de nouveau possible de nous rencontrer, chez moi ou chez elles, et de commencer un nouveau travail. Ce sont douze femmes magnifiques.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;une</strong><strong>&nbsp;de&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;toiles, il&nbsp;</strong><strong>m&rsquo;a</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>semblé</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>reconnaître</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Aliya</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Chaguieva</strong><strong>, la fille de&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;ex-président</strong><strong>&nbsp;du&nbsp;</strong><strong>Kirghizistan</strong><strong>&nbsp;</strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Almazbek_Atambaev" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Almazbek</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Atambaïev</strong></a><strong>. Est-</strong><strong>ce</strong><strong>&nbsp;bien&nbsp;</strong><strong>elle</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Malheureusement. Je ne l&rsquo;ai pas peinte, et je ne la connais même pas personnellement. Mais elle me plaît beaucoup. J&rsquo;aime ce qu&rsquo;elle fait, j&rsquo;aime la personne qu&rsquo;elle est, je suis proche de son univers.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl.jpeg" alt="Nudité Art Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46510" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl-240x300.jpeg 240w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qui&nbsp;d&rsquo;autre&nbsp;vous&nbsp;plaît&nbsp;parmi&nbsp;les&nbsp;personnalités&nbsp;féminines&nbsp;d&rsquo;Asie&nbsp;centra</strong>l<strong>e, de qui&nbsp;aimeriez-vous&nbsp;faire le&nbsp;portrait ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Asie centrale, il y a énormément de femmes intéressantes. La liste serait très longue. En général, je ne fais pas très attention au statut, à la notoriété. Il arrive souvent que j&rsquo;aie envie de peindre un tableau d&rsquo;une femme que je ne connais pas, que je vois pour la première fois. Mais il y a aussi des femmes connues dans le monde entier dont la personnalité me plaît. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pouvez-vous</strong><strong>&nbsp;citer&nbsp;</strong><strong>quelques</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>noms</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime&nbsp;beaucoup Natalie Portman et Audrey&nbsp;Tautou.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>n&rsquo;avez</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>pas</strong><strong>&nbsp;fait de tableau de&nbsp;</strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gulnora_Karimova" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Goulnara</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Karimova</strong></a><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Je n&rsquo;ai jamais pensé à elle… Mais de toute façon, la personne la plus importante pour moi est ma mère.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vos tableaux se vendent bien ? Les nouveaux et les anciens ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout est relatif, cela dépend. Je vends des tableaux anciens, des nouveaux. Tout dépend des gens. Généralement ce sont des acheteurs étrangers. Mais j&rsquo;ai toujours beaucoup de mal à me séparer de chacune de mes œuvres, elles me manquent ensuite. Mais je comprends bien qu&rsquo;elles aussi, comme moi, ont le droit de voyager. Je ne me souviens pas exactement combien de tableaux ont été achetés, environ une quarantaine ou une cinquantaine. Le montant le plus élevé que j’ai eu était de 2 300 dollars (1909,2 euros). </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous&nbsp;</strong><strong>avez</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>dit</strong><strong>&nbsp;tout à&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;heure</strong><strong>&nbsp;que&nbsp;</strong><strong>votre</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>père</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>avait</strong><strong>&nbsp;beaucoup de&nbsp;</strong><strong>cordes</strong><strong>&nbsp;à son arc. Et&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime beaucoup écouter de la musique. Elle fait naître des formes, des univers dans ma tête. C’est de la musique très différente mais j&rsquo;aime beaucoup la musique classique instrumentale, l&rsquo;opéra et le jazz. Et j&rsquo;ai un amour particulier pour notre musique populaire authentique. Encore plus pour les livres. Je ne pourrais pas m&rsquo;imaginer vivre sans. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-artistes-qui-ne-sont-pas-des-rebelles-a-quoi-servent-ils-au-fait/">« Les artistes qui ne sont pas des rebelles, à quoi servent-ils au fait ? » – entretien avec Viatcheslav Akhounov</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime beaucoup faire quelque chose avec mes mains, créer des éléments de décoration, en bois particulièrement. Je pense que je m&rsquo;achèterai un jour les outils qu&rsquo;il faut pour cela. Je vais souvent en montagne, j&rsquo;aime photographier et faire des vidéos. J&rsquo;ai aussi un amour pour la mode qui m&rsquo;a fait étudier à l&rsquo;Institut du design et du vêtement. Il arrive encore aujourd&rsquo;hui que je couse quelque chose.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n&rsquo;êtes apparemment encore pas mariée. Êtes-vous très exigeante dans vos choix ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est&nbsp;vrai. Je&nbsp;n&rsquo;ai&nbsp;jamais&nbsp;été&nbsp;mariée&nbsp;et je&nbsp;n&rsquo;ai&nbsp;jamais&nbsp;aspiré&nbsp;à me&nbsp;marier. Je ne&nbsp;suis&nbsp;pas à la recherche de&nbsp;quelqu&rsquo;un,&nbsp;cela&nbsp;n&rsquo;est&nbsp;pas pour&nbsp;moi.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>, le&nbsp;</strong><strong>mariage</strong><strong>…</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">… n&rsquo;est pas le but principal de la vie, et ce n&rsquo;est même pas, tout simplement, un but. Pour moi, c&rsquo;est simplement un mot. Mais ce qui a une grande importance pour moi, c&rsquo;est la famille. Sur ce sujet-là, mon attitude est très responsable. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Si j&rsquo;ai un jour envie de lier ma vie à quelqu&rsquo;un, de fonder une famille, je voudrais que ce soit pour toujours. Il faut que ce soit vraiment la personne de ma vie, mon âme&nbsp;sœur. C&rsquo;est pour cela que je ne suis pas pressée. Chaque chose en son temps.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est vrai aussi pour vos toiles ? Qu&rsquo;en pensez-vous ? Je veux parler de leur réception dans notre pays ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je&nbsp;pense&nbsp;que&nbsp;oui,&nbsp;j&rsquo;espère&nbsp;!&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mais pour le moment&nbsp;vous&nbsp;êtes&nbsp;en Europe. On&nbsp;vous&nbsp;a&nbsp;proposé&nbsp;d&rsquo;y&nbsp;rester&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, j&rsquo;ai eu des propositions de soutien de quelques organisations dans le monde entier, c&rsquo;est exact. Mais comme je l&rsquo;ai déjà dit, je ne souhaite pas m&rsquo;installer définitivement quelque part. Ici, je commence à avoir la nostalgie de mon pays natal, même si à part les montagnes, il n&rsquo;en reste plus grand chose… </p>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n&rsquo;êtes pas une « Européenne » ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne comprends pas très bien ce que signifie “Européenne”. Je pense que l&rsquo;on appelle “Européens” ceux qui marchent ou essaient de marcher avec leur temps, qui ont leur propre opinion et qui se donnent le droit d&rsquo;agir différemment de tous les autres. Et parfois, oui, il n&rsquo;est pas facile de défendre mon point de vue, mon droit à mener la vie qui me convient. Et en cela&#8230;je suis fière d&rsquo;être tadjike.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Propos recueillis par Alexey&nbsp;Torky</strong> <br><strong>Journaliste pour&nbsp;Fergananews&nbsp;</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://fergana.site/articles/121022/" target="_blank">du russe</a>&nbsp;par&nbsp;Jacques&nbsp;Duvernet&nbsp;</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Luna-Rose Durot</strong> </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>Le secret de Kalachi, le village « endormi »</title>
		<link>https://novastan.org/fr/environnement/le-secret-de-kalachi-le-village-endormi/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Mar 2021 08:40:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Kalachi]]></category>
		<category><![CDATA[Maladie du sommeil]]></category>
		<category><![CDATA[Recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/environnement/le-secret-de-kalachi-le-village-endormi/">Le secret de Kalachi, le village « endormi »</a></p>
<p>Des scientifiques de l’université Nazarbaïev au Kazakhstan ont découvert un lien entre un déchet chimique présent dans l’eau et la « maladie du sommeil » qui a sévi parmi les villageois kazakhs de Kalachi. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 27 octobre 2020 par le média kazakh Tengrinews.kz. A la fin de l&#8217;année 2012, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/environnement/le-secret-de-kalachi-le-village-endormi/">Le secret de Kalachi, le village « endormi »</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des scientifiques de l’université Nazarbaïev au Kazakhstan ont découvert un lien entre un déchet chimique présent dans l’eau et la « maladie du sommeil » qui a sévi parmi les villageois kazakhs de Kalachi.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 27 octobre 2020 par le média kazakh </strong><a href="https://tengrinews.kz/kazakhstan_news/uchenyie-nashli-svyaz-himicheskim-yadom-vode-sonnoy-boleznyu-418148/"><strong>Tengrinews.kz</strong></a><strong>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">A la fin de l&rsquo;année 2012, les habitants du village de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kalachi">Kalachi</a>, dans le nord du Kazakhstan, ont soudainement commencé à s&rsquo;endormir de façon inattendue. Les habitants pouvaient sombrer dans l&rsquo;inconscience en étant à la pêche, devant la cuisinière ou au volant. En octobre 2015, cette étrange maladie a, tout aussi soudainement, disparu.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Pour tenter d’y voir plus clair, un groupe de scientifiques de l&rsquo;<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Nazarbayev_University">université Nazarbaïev</a>, avec à sa tête l’épidémiologiste <a href="https://nu.edu.kz/faculty/byron-crape">Byron Crape</a>, a effectué des recherches sur les causes de la maladie pour l&rsquo;expliquer, et se préparer au cas où elle reviendrait.<br><br><strong>L’importance d’échanger avec les villageois</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Byron Crape, la recherche effectuée par son groupe se différencie de toutes les précédentes du fait qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas seulement rassemblé des données, des analyses des victimes, des renseignements sur les sols, l&rsquo;air et l&rsquo;eau. Ils ont également échangé avec tous les habitants de Kalachi. <em>«&nbsp;Nous devons entendre les habitants, les écouter, apprendre d&rsquo;eux. Il y a des idées très sensées, qu&rsquo;il faut prendre au sérieux »</em>, a-t-il expliqué en octobre 2020 <a href="https://nu.edu.kz/news/nu-scientists-come-closer-to-solving-the-mystery-of-the-sleepy-village-of-kalachi">dans un article du site de l&rsquo;université Nazarbaïev</a><em>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Parfois même nous, scientifiques expérimentés, ne savons pas ce qui se passe. Et les habitants savent. Nous avons vraiment interrogé chacun et posé beaucoup de questions. Au total, nous avons interrogé 202 familles&nbsp;»</em>, poursuit le scientifique.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="740" height="493" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/03/2-1.jpg" alt="Kalachi Kazakshtan Santé Maladie du sommeil Habitants" class="wp-image-43868" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/03/2-1.jpg 740w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/03/2-1-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/03/2-1-128x86.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 740px) 100vw, 740px" /><figcaption>Des habitants du village Kalachi à l&rsquo;été 2020.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Les chercheurs ont ainsi pu infirmer la conclusion de la commission internationale sur des radiations qui seraient la raison de la «&nbsp;maladie du sommeil&nbsp;». Outre cela, l’épidémiologiste a supprimé la méningite bactérienne, les maladies génétiques et le monoxyde de carbone de la liste des hypothèses répandues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;après ses déclarations, les scientifiques de l&rsquo;université Nazarbaïev sont les plus proches pour résoudre le secret du village «&nbsp;endormi&nbsp;».<br><br><strong>La théorie de l’eau potable “empoisonnée”</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En interrogeant les habitants, l’équipe a appris que tous prennent l&rsquo;eau d&rsquo;une seule source, à l&rsquo;aide d&rsquo;une pompe souterraine, se trouvant sur la propriété privée d&rsquo;un des villageois. Celui-ci pompe l&rsquo;eau et la vend à ses voisins. Tous les villageois lui achètent de l&rsquo;eau potable.  Pour les animaux domestiques, l&rsquo;eau est prélevée de la rivière. Ces derniers n&rsquo;ont pas été touchés par la « maladie du sommeil ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Il y a eu un cas unique où une femme s&rsquo;est plaint que son chat dormait de façon anormalement longue. Devinez quoi ? C&rsquo;était un chat domestique qui buvait de l&rsquo;eau de cette même pompe&nbsp;»</em>, indique Byron Crape.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La théorie de l&rsquo;eau potable « empoisonnée » a répondu à presque toutes les questions du chercheur. C’est pourquoi le groupe de l&rsquo;université Nazarbaïev a décidé d&rsquo;explorer la question de l&#8217;empoisonnement chimique de l&rsquo;eau. Ils ont conclu que la source la plus vraisemblable de pollution pouvait être les mines d&rsquo;uranium situées à proximité.<br><br><strong>Des mines avoisinantes soupçonnées d’être chimiques</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Des gens ont pu jeter quelque chose de chimique là-bas parce que les mines ont été laissées à l’abandon depuis la fin des années 1980. Etant épidémiologiste, je ne travaille pas dans les usines de chimie, je ne travaille pas dans les usines de l’armée mais j&rsquo;essaie de sauver des vies »</em>, estime Byron Crape.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« En utilisant les informations disponibles sur Internet, nous avons constaté que </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pavlodar"><em>Pavlodar</em></a><em> était un des lieux où étaient mis au point des produits chimiques destinés à d&rsquo;autres objectifs. Et dans quoi étaient conservées ces substances chimiques ? Très souvent elles étaient disposées dans des tonneaux ou des barils spéciaux »</em>, ajoute-t-il.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="740" height="553" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/03/3-1.jpg" alt="Kalachi Kazakshtan Santé Maladie du sommeil Habitante" class="wp-image-43866" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/03/3-1.jpg 740w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/03/3-1-300x224.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 740px) 100vw, 740px" /><figcaption>Une habitante du village Kalachi à l&rsquo;été 2020. </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">L’épidémiologiste poursuit son explication. <em>« Très profondément sous la terre, là où il y a beaucoup d&rsquo;humidité, la partie basse du revêtement du contenant peut commencer à rouiller, à fuir. Le produit chimique s&rsquo;égoutte dans l&rsquo;eau et si c&rsquo;est de l&rsquo;eau souterraine, elle s’écoule finalement jusqu&rsquo;aux habitants du village. Pourquoi certains s&rsquo;endorment plus souvent et plusieurs fois tandis que pour d&rsquo;autres c’est plus rare ? Peut-être que certains reçoivent une grosse concentration de produit chimique tandis que les autres, moins ?&nbsp;»</em>, envisage le professeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La “maladie du sommeil” caractéristique des saisons froides</strong><br><br>Les scientifiques ont appris que de telles substances se détruisent à une température d&rsquo;un degré Celsius. L&rsquo;épidémie de la « maladie du sommeil » a justement été caractéristique des saisons froides et a disparu en été.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Il se peut que sur toute la période de la maladie, depuis la fin de 2012 jusqu&rsquo;à 2015, les produits chimiques dans les tonneaux ou les barils, se soient complètement égouttés dans l&rsquo;eau, s&rsquo;y soient vidés »</em>, explique Byron Crape.<br> <br>Il fait toutefois preuve de prudence. <em>« Mais souvenez-vous que c&rsquo;est une hypothèse, et non une conclusion. Pour l&rsquo;instant, la conclusion est la suivante : c&rsquo;est, vraisemblablement, une substance chimique, qui, vraisemblablement, parvient jusqu&rsquo;aux habitants par l&rsquo;eau potable dans des concentrations diverses »</em>, conclut le professeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un problème sanitaire difficile à résoudre</strong><br><br>Pour confirmer leur hypothèse, il est nécessaire que les scientifiques descendent dans une des mines d&rsquo;uranium. Il est cependant trop dangereux de s’y rendre : le vieux gisement peut s&rsquo;effondrer à tout moment. C&rsquo;est pourquoi des spécialistes de l&rsquo;<a href="https://seds.nu.edu.kz/">Ecole d&rsquo;ingénieurs de l&rsquo;université Nazarbaïev</a> ont proposé d&rsquo;y envoyer un drone.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Auparavant les habitants du village de Kalachi s&rsquo;étaient plaints de sérieux problèmes avec l&rsquo;eau. <em>«&nbsp;On nous avait promis cette année d&rsquo;installer l&rsquo;eau dans plusieurs rues, mais à cause du coronavirus, comme on nous a expliqué, on ne peut pas le faire. A notre avis on ne nous l&rsquo;installera pas, de toute évidence&nbsp;»</em>, a déclaré une des habitantes.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Meyirim Smayil<br>Journaliste pour Tengrinews</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit </strong><a href="https://tengrinews.kz/kazakhstan_news/uchenyie-nashli-svyaz-himicheskim-yadom-vode-sonnoy-boleznyu-418148/"><strong>du russe</strong></a><strong> par Pauline-Clémence Baranov</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Luna-Rose Durot</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Nathalie Boué</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<item>
		<title>Habitat et urbanisme en Asie centrale : les cas de Tachkent et Bichkek</title>
		<link>https://novastan.org/fr/societe-et-culture/habitat-et-urbanisme-en-asie-centrale-les-cas-de-tachkent-et-bichkek/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Feb 2021 10:47:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Architecture]]></category>
		<category><![CDATA[Bichkek]]></category>
		<category><![CDATA[Conférence]]></category>
		<category><![CDATA[Tachkent]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[Urbanisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/habitat-et-urbanisme-en-asie-centrale-les-cas-de-tachkent-et-bichkek/">Habitat et urbanisme en Asie centrale : les cas de Tachkent et Bichkek</a></p>
<p>Afin de discuter des différents aspects de l’habitat et de l’urbanisme en Asie centrale, une trentaine de participants se sont réunis en ligne le 20 novembre 2020 pour l’événement “l’avenir du passé &#8211; habitat et urbanisme en Asie centrale : Tachkent et Bichkek”. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 décembre 2020 [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/habitat-et-urbanisme-en-asie-centrale-les-cas-de-tachkent-et-bichkek/">Habitat et urbanisme en Asie centrale : les cas de Tachkent et Bichkek</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Afin de discuter des différents aspects de l’habitat et de l’urbanisme en Asie centrale, une trentaine de participants se sont réunis en ligne le 20 novembre 2020 pour l’événement “l’avenir du passé &#8211; habitat et urbanisme en Asie centrale : Tachkent et Bichkek”.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 décembre 2020 par </strong><a href="https://novastan.org/de/novastan-ev/die-zukunft-der-vergangenheit-urbanitaet-in-zentralasien-taschkent-bischkek/"><strong>notre version allemande</strong></a><strong>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des perspectives d&rsquo;avenir mais la sensation de vivre dans le passé ? Ainsi peut-on souvent résumer l&rsquo;impression laissée par les grandes artères des capitales d&rsquo;Asie centrale. A l&rsquo;opposé des quartiers faits d&rsquo;immeubles préfabriqués plus ou moins entretenus, se trouvent des zones résidentielles composées de maisons individuelles et disposées autour de cours intérieures avec des arbres fruitiers, où la vie s&rsquo;organise selon les règles traditionnelles du patriarcat. Ailleurs dans les villes, on distingue des bâtiments prestigieux aux allures futuristes, de conception ancienne ou moderne.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 20 novembre 2020, une trentaine de participants se sont réunis en visioconférence pour faire l’état des lieux de ces différentes formes d&rsquo;habitat et d’urbanisme en Asie centrale. La soirée <a href="https://novastan.org/de/novastan-ev/online-diskussion-zu-urbanitaet-in-zentralasien/">« l&rsquo;avenir du passé &#8211; habitat et urbanisme en Asie centrale »</a>, d&rsquo;une durée de deux heures, a été organisée et animée par l’assistant de recherche allemand <a href="https://www.uni-goettingen.de/de/phillip+schroeder/615379.html">Phillip Schroeder</a>, également membre de Novastan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux conférences préliminaires ont introduit l’évènement: celle de <a href="https://www.tu-darmstadt.de/global-hot/the_project_global_hot/global_hot_kontakt/detailseite_kontakt_112768.de.jsp">Mariya Petrova</a>, de l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_de_technologie_de_Darmstadt">université de technologie de Darmstadt</a>, qui était consacrée à Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan; la deuxième, présentée par <a href="https://zmo.academia.edu/DavidLeupold">David Leupold</a>, de l’institut de recherche allemand <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Centre_for_Modern_Oriental_Studies">Leibniz-Zentrum Moderner Orient</a>, portait sur Bichkek, la capitale du Kirghizstan. La conférence de <a href="https://hu-berlin.academia.edu/KishimjanOsmonova">Kishimjan Osmonova</a> à propos de la capitale kazakhe <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/la-capitale-du-kazakhstan-renommee-nur-sultan/">Nur-Sultan</a>, initialement prévue, avait été annulée pour raison de santé.<br /><br />Les deux intervenants ont traité de l&rsquo;impact toujours visible des constructions soviétiques, de l’efficacité des projets de construction en cours, ainsi que des différentes références au passé et au futur. Ils ont également abordé les divisions et les conflits qui en résultent, opposant l&rsquo;archaïsme supposé et la modernité criante, ainsi que les initiatives publiques et les résistances au sein de certaines couches de la société.<br /><br /><strong>L’influence architecturale de Nikita Khrouchtchev</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les anciens immeubles d&rsquo;habitation, beaucoup datent de l&rsquo;époque de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikita_Khrouchtchev">Nikita Khrouchtchev</a>, (1953-1964) qui était parvenu à asseoir définitivement son pouvoir en 1956 avec son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9stalinisation">discours secret</a>. Mariya Petrova et David Leupold se sont accordés à dire que, à l&rsquo;inverse de ce qui s&rsquo;était fait durant la période stalinienne (1922-1953), le gouvernement soviétique s&rsquo;était efforcé, à partir de cette date, de satisfaire les besoins de consommation de sa population. Ce gouvernement avait notamment lancé dans tout le pays un programme de construction de logements offrant un minimum de confort : les fameuses <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khrouchtchevka">khrouchtchevkas</a>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/larchitecture-sovietique-de-tachkent-a-t-elle-encore-de-la-valeur/">L’architecture soviétique de Tachkent a-t-elle encore de la valeur ?</a></strong><br /> <br />Ces dernières, qui font encore l&rsquo;objet d&rsquo;un culte nostalgique malgré leur aspect peu engageant, constituent pour beaucoup la référence matérielle de la normalité en Asie centrale comme ailleurs. Elles sont synonymes d&rsquo;expériences et de relations sociales communes, vécues par-delà les frontières nationales. Selon David Leupold, ces logements étaient autrefois perçus non pas « <em>comme un cauchemar concret de monotonie grise, ou comme un monument du totalitarisme</em> » mais plutôt «<em> [&#8230;] comme un lieu d&rsquo;interactions sociales réelles, d&rsquo;intimité, où il faisait même bon vivre </em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-edifices-remarquables-et-lieux-uniques-a-decouvrir-a-tachkent-la-capitale-ouzbeke/">Les édifices remarquables et lieux uniques à découvrir à Tachkent, la capitale ouzbèke</a></strong><br /><br />Ces ensembles d&rsquo;habitations, qui répondaient tous aux mêmes standards, formaient des micro-rayons, c&rsquo;est-à-dire de grands lotissements agencés en quartiers ou arrondissements dans lesquels la vie quotidienne s&rsquo;organisait facilement entre voisins. C&rsquo;est en prenant le relais du pompeux classicisme stalinien (qui n&rsquo;avait été que de courte durée) que cette architecture en quartiers contribua à l&rsquo;intégration de l&rsquo;Asie centrale dans l&rsquo;Union soviétique. En conséquence, selon Mariya Petrova, aujourd&rsquo;hui à Tachkent, la <em>« </em><a href="https://youtu.be/M22nvxfCKfY"><em>vie à l&rsquo;étage</em></a><em> »</em> et les habitations privées cohabitent mais ne se rencontrent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br /><strong>La construction de bâtiments classiques souhaitée par Joseph Staline mais non aboutie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le classicisme et le conformisme des bâtiments de l&rsquo;époque stalinienne à Tachkent, tout comme la transformation radicale de Bichkek, témoignent de la volonté du pouvoir stalinien de tout régir &#8211; l&rsquo;idéologie du pouvoir totalitaire de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Staline">Joseph Staline</a> a clairement été exprimée sur le plan architectural. Alors que le plan de Bichkek était tracé en damier, Tachkent, en tant que capitale de l&rsquo;Asie centrale, devait devenir un modèle exemplaire, comme l’a expliqué Mariya Petrova.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/detruire-ou-sauver-la-question-de-la-renovation-du-patrimoine-posee-a-tachkent/">Détruire ou sauver ? La question de la rénovation du patrimoine posée à Tachkent</a></strong><br /><br />Les projets de construction, planifiés par le pouvoir central et composés d&rsquo;éléments de style orientaux développés de manière classique, allaient de pair avec la démolition de la ville ancienne. Celle-ci symbolisait, aux yeux des dirigeants soviétiques, l&rsquo;archaïsme présumé de la région autant que la survivance du mode de vie révolu de ses habitants.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire <strong><span style="text-decoration: underline;"><a href="https://2ff41361.sibforms.com/serve/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N">en cliquant ici.</a></span></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début de la Seconde Guerre mondiale, tandis que de nombreuses personnes étaient évacuées et réfugiées, cette phase de construction avait été interrompue. Toutes les ressources allaient désormais au front, tandis que la situation du logement sur place se détériorait.<br /><br /><strong>Des laboratoires d’expérimentation du pouvoir politique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">David Leupold a ensuite illustré les visions d&rsquo;avenir de la ville de Bishkek, empreinte du classicisme stalinien, des <em>khrouchtchevkas</em> et du souci d&rsquo;adaptation de cette capitale aux normes antisismiques. Il s’est servi pour cela de <a href="https://youtu.be/1d1M0MNw1JE">documents iconographiques de propagande</a>, qui témoignent des laboratoires d’expérimentation qu’étaient alors les capitales et les villes d&rsquo;Asie centrale: il s&rsquo;agissait d&rsquo;y créer une modernité soviétique. Les urbanistes avaient carte blanche pour mettre en œuvre leurs conceptions quasi <em>ex nihilo</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">David Leupold a ensuite illustré les différentes visions d&rsquo;avenir de la ville de Bishkek, qui est empreinte du classicisme stalinien, des <em>khrouchtchevkas</em> et du souci permanent d&rsquo;adaptation aux normes antisismiques. Il s’est servi pour cela de <a href="https://youtu.be/1d1M0MNw1JE">documents iconographiques de propagande</a>, qui témoignent de la manière dont les capitales et les villes d&rsquo;Asie centrale étaient alors considérées comme des « laboratoires d’expérimentation » : il s&rsquo;agissait d&rsquo;y créer une modernité soviétique. Les urbanistes avaient carte blanche pour mettre en œuvre leurs conceptions presque <em>ex nihilo</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De nos jours, les traces de ces anciennes conceptions visionnaires soviétiques coexistent avec les projets modernistes contemporains. Et parfois même, ils se superposent, faisant de ces villes de véritables <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Palimpseste">palimpsestes</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En même temps, cela met en évidence le fait que le passé était et reste encore une force de mobilisation. D’un côté, le pouvoir politique actuel considère ce passé comme un vide qu&rsquo;il importe de combler en détruisant tous les restes matériels subsistant. De l’autre, les décisions prises jadis, concernant par exemple le tracé des rues ou la protection contre les risques sismiques, continuent à s&rsquo;appliquer. Par ailleurs, certaines couches de la population conservent une mentalité passéiste, estimant par exemple que l&rsquo;accès aux logements et aux équipements publics est un dû.<br /><br /><strong>Le logement, un lieu politique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire se répète, comme le montrent certains débats actuels. L&rsquo;exemple de Tachkent en constitue, selon Mariya Petrova, une excellente illustration. La connivence, sur fond de corruption, entre acteurs économiques et décideurs politiques rend difficile toute tentative de s&rsquo;opposer aux nouveaux projets immobiliers, qui sont lancés sans aucune concertation avec les riverains.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/derriere-les-destructions-dhabitations-en-ouzbekistan-le-difficile-controle-des-elites-locales/">Derrière les destructions d’habitations en Ouzbékistan, le difficile contrôle des élites locales</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les décisions politiques sont imposées à une population isolée et impuissante. Il est par exemple difficile, pour une organisation non gouvernementale, de se faire enregistrer officiellement. Inversement, les réalisations du passé peuvent parfois venir en aide à ceux qui tentent de résister. Car, aujourd&rsquo;hui encore, les habitants des <em>khrouchtchevkas</em> bénéficient d&rsquo;espaces ouverts qui les relient et leur permettent de s&rsquo;organiser pour former des comités de défense, ce qui leur donne une chance de se faire entendre des autorités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les intervenants ont tous deux souligné que, même si les immeubles construits paraissent bien peu engageants de l&rsquo;extérieur, la politique du logement de Nikita Khrouchtchev avait néanmoins dégagé des perspectives d&rsquo;avenir positives. Elle avait d&rsquo;abord permis à la population d&rsquo;accéder à un logement à bas coût, même si, dans le détail, toutes les promesses gouvernementales d&rsquo;accès à l&rsquo;équipement n&rsquo;avaient pas été tenues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;autre part elle avait offert à la population soviétique, minée par la guerre et la terreur, une sorte de refuge qui pouvait constituer un point de départ pour des actions collectives.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un débat potentiellement transposable en Europe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces évolutions en Asie centrale permettent aussi d&rsquo;éclairer certains débats sur la politique sociale dans les métropoles occidentales &#8211; toute comparaison gardée bien sûr, puisque dans les démocraties occidentales, les militants ont a priori davantage de possibilités d&rsquo;interpeller l&rsquo;Etat.</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">Selon David Leupold, il existe une universalité de ces questions de construction de logements, comme le montre la création de la <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Berlin-Gropiusstadt">Gropiusstadt</a> </em>au Sud-Est de Berlin. En outre, dans ce dernier exemple comme dans d&rsquo;autres, on constate que le ressenti des habitants de ces grands ensembles est bien moins négatif que ce que le regard extérieur ne pourrait le supposer.<br /><br />Dans des villes qui, en Occident comme en Asie Centrale, subissent fortement les atteintes du néo-libéralisme et tendent à la ségrégation sociale, la résistance des habitants a plus de chances de se faire entendre si le territoire à défendre est déjà structuré &#8211; il serait certes plus difficile de lutter contre des promoteurs pour défendre la préservation de terrains vagues.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Kerstin Bischl<br />Rédactrice pour Novastan</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit </strong><a href="https://novastan.org/de/novastan-ev/die-zukunft-der-vergangenheit-urbanitaet-in-zentralasien-taschkent-bischkek/"><strong>de l’allemand</strong></a><strong> par Bruno Cazauran</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Jacqueline Ripart</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Luna-Rose Durot</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Pourquoi les femmes d&#8217;Asie centrale commencent à se dévêtir</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luna-Rose Durot]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Jan 2021 10:22:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
		<category><![CDATA[Asie centrale]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Nudité]]></category>
		<category><![CDATA[Photo]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
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		<category><![CDATA[Zere]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/pourquoi-les-femmes-dasie-centrale-commencent-a-se-devetir/">Pourquoi les femmes d&rsquo;Asie centrale commencent à se dévêtir</a></p>
<p>Depuis 2018, dans quasiment chaque pays d&#8217;Asie centrale, les jeunes femmes mènent leur petite révolution et s’affichent librement. Mais elles s’attirent dans le même temps les foudres de nombre de leurs compatriotes. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 juillet 2020 par le média tadjik Asia-Plus. Des photos en topless sur Instagram, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/pourquoi-les-femmes-dasie-centrale-commencent-a-se-devetir/">Pourquoi les femmes d&rsquo;Asie centrale commencent à se dévêtir</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Depuis 2018, dans quasiment chaque pays d&rsquo;Asie centrale, les jeunes femmes mènent leur petite révolution et s’affichent librement. Mais elles s’attirent dans le même temps les foudres de nombre de leurs compatriotes.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 juillet 2020 par le média tadjik </strong><a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200719/pochemu-zhentshini-v-tsentralnoi-azii-stali-razdevatsya"><strong>Asia-Plus</strong></a><strong>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des photos en topless sur Instagram, les seins nus d&rsquo;une mannequin sur le podium, ou du moins des femmes nues en peintures &#8211; tout cela eu lieu en 2018 dans plusieurs pays d’Asie centrale, une région qui reste encore conservatrice. Chacune d&rsquo;entre elles savait qu&rsquo;elles serait confrontée au harcèlement et à la haine: en effet, elles ont subi d’importantes pressions, des manifestations ont même été organisées contre certaines d&rsquo;entre elles.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains experts affirment le début de changements majeurs en Asie centrale et que les noms de ces femmes seront inscrits dans l&rsquo;histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelques années, tout l’Internet tadjik parlait d&rsquo;art. L&rsquo;aquarelliste Marifat Davlatova avait exposé des peintures de femmes à moitié nues avec des morceaux de vêtements traditionnels tadjiks. Cela a attiré l’attention autant des adeptes que des profanes du monde artistique. <em>«&nbsp;Nous sommes constamment confrontées dans la rue aux insultes d’inconnus à notre égard, ne serait-ce que pour une épaule découverte. J&rsquo;ai pensé que si je montrais de beaux corps de femmes en laissant comprendre que ce sont ces mêmes femmes qu&rsquo;ils insultent dans la rue, ils auraient honte&nbsp;», </em>a-t-elle expliqué dans une interview en septembre 2018 au média américain <a href="https://voicesoncentralasia.org/artist-talk-i-protest-with-my-art-interview-with-marifat-davlatova-contemporary-artist-from-tajikistan/">Voices on Central Asia</a>. «&nbsp;<em>[…] Je voulais montrer que le corps féminin est beau et qu&rsquo;il ne faut pas le considérer comme un objet, comme une chose. C&rsquo;est une forme de protestation contre les attitudes envers les femmes »</em>, a-t-elle ajouté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«&nbsp;Une fille à l’esprit libre dans un Kirghizstan libre&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que l&rsquo;exposition de la peintre faisait débat au Tadjikistan, un autre débat s’est ouvert dans le monde musical du Kirghizstan voisin : la chanteuse kirghize de 19 ans, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Zere_Asylbek">Zere Asylbek</a> s&rsquo;est filmée en soutien-gorge dans le clip de sa chanson “<a href="https://www.youtube.com/watch?v=E8XlFBSR1iE">Kyz</a>” sortie en 2018.</p>



<figure class="wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-rich is-provider-embed-handler wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
https://www.youtube.com/watch?v=E8XlFBSR1iE
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Dans sa chanson, Zere chante :<br><em>« Si seulement venait le temps, l&rsquo;époque où on ne vous apprenait pas comment vivre.</em><br><em>Et où ils ne vous diraient pas “fais-ci, mais ne fais pas ça”.</em><br><em>Pourquoi devrais-je être ce que toi ou la société veut que je sois ?</em><br><em>Je suis humaine, j&rsquo;ai droit à la liberté d&rsquo;expression, où est ton respect&nbsp;? Je te respecte, respecte-moi&nbsp;!&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré l’importance de son message, son soutien-gorge a davantage attiré l’attention. Zere Asylbek et ses proches ont reçu toutes sortes d’accusations, d’insultes et de menaces. <em>« Alors que certains m&rsquo;appellent pour me féliciter, d&rsquo;autres m&rsquo;écrivent : “Cette sorcière n&rsquo;est pas sérieusement votre fille, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;? Comment pouvez-vous permettre cela en tant qu&rsquo;enseignant&nbsp;?” Oui, Zere est ma fille. Une fille à l’esprit libre dans un Kirghizstan libre&nbsp;»,&nbsp;</em>a décrit son père, Joodonbekov Asylbek, dans un post Facebook.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/zere-asylbek-mon-histoire-est-devenue-politique/"><strong>Zere Asylbek : « Mon histoire est devenue politique »</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">La jeune femme a elle-même expliqué son clip. <em>« Au Kirghizstan et dans le monde, près de 90 % des jeunes femmes endurent l&rsquo;humiliation dans la société, au travail et à la maison. Je voulais écrire cette chanson en mon nom, au nom des femmes&nbsp;»</em>, a-t-elle affirmé en septembre 2018 auprès de <a href="https://rus.azattyk.org/a/kyrgyzstan-zere-woman-rights/29504848.html">Radio Azattyk</a>, la branche kirghize du média américain Radio Free Europe<em>. «&nbsp;Au début, je voulais confier l&rsquo;idée à des professionnels, mais j&rsquo;ai ensuite décidé d&rsquo;utiliser mon propre potentiel et d&rsquo;écrire la chanson moi-même. Voilà comment elle a été créée »</em>, a-t-elle ajouté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le corps nu comme provocation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les femmes du Kazakhstan ne sont pas restées à l&rsquo;écart de cette «&nbsp;flashmob&nbsp;» spontanée. Fin novembre 2018, la mannequin kazakhe Dinagoul Tassova a défilé dans une robe transparente lors de la <a href="http://astana.kipyat.com/en/photos/show/11851">Fashion Night Astana</a>. <em>«&nbsp;Certains y ont vu une belle robe, d&rsquo;autres y ont vu un corps nu et tous ont commencé à détester mon image »</em>, a décrit le modèle dans une <a href="https://www.bbc.com/russian/features-46681354">interview à la BBC</a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-1024x576.jpg" alt="Dinagoul Tassova Femmes Asie centrale Féminisme nudité" class="wp-image-42732" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-1024x576.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-300x169.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-768x432.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Dinagoul Tassova a défilé avec une robe transparente.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques jours après le défilé, la jeune femme a publié des photos d&rsquo;elle avec des ecchymoses sur le corps en expliquant qu&rsquo;elle avait été frappée par un jeune homme pour y avoir participé. <em>« Les blessures physiques ne sont rien comparées aux blessures psychologiques qu&rsquo;il m&rsquo;a infligées. J’ai pris la ferme décision que je ne devais pas rester silencieuse à ce sujet&nbsp;!&nbsp;»</em>, a-t-elle affirmé sur <a href="https://express-k.kz/news/moda/model_dina_tasova_pokazala_sinyaki_ostavlennye_blizkim_chelovekom-134068">son compte Instagram</a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-1024x576.jpg" alt="Dinagoul Tassova Femmes Asie centrale Féminisme nudité" class="wp-image-42731" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-1024x576.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-300x169.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-768x432.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-1536x864.jpg 1536w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1-1300x731.jpg 1300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/2-1.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Dinagoul Tassova a voulu montrer les violences qu&rsquo;elle a subi.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">En décembre 2018, une jeune kazakhe de 18 ans, Chirine Nartchaïeva, a fait scandale dans le pays pour avoir posté des photos d’elle seins nus, recouverts par ses mains, et des ornements kazakhs traditionnels habillant sa tête, <a href="https://www.nur.kz/world/1896384-kitaj-predupredil-o-vozmoznom-nacale-vojny/">relevait le média kazakh Nur.kz</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une manifestation a même été organisée contre ses publications, au cours de laquelle les hommes présents lui ont reproché son manque de pudeur et exigé qu’elle revienne dans le droit chemin. <em>« Nous, les habitants du village de Sarbastaou, sommes descendus aujourd&rsquo;hui dans la rue comme un seul homme pour exprimer notre mécontentement face à cette jeune fille nue en vêtements traditionnels. Avec sa nudité, elle méprise non seulement les vêtements traditionnels kazakhs, mais également toutes les femmes »</em>, ont-ils affirmé dans une vidéo relayée notamment par <a href="http://www.matritca.kz/news/59611-miting-protiv-shirin-narchaevoy-ustroili-zhiteli-poselka-sarbastau-video.html">le média kazakh matritca.kz</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la vague d&rsquo;indignation, Chirine Nartchaïeva a enregistré une nouvelle vidéo dans laquelle elle apparaît encore une fois seins nus, mais cette fois-ci avec <a href="https://kaktus.media/doc/384815_v_kazahstane_sotni_myjchin_ystroili_miting_protiv_modeli_iz_za_obnajennyh_snimkov_video.html">un chapeau de mariage traditionnel kazakh</a>.<br>Dans les jours qui ont suivi, une jeune femme kirghize a montré sa solidarité en se photographiant elle aussi seins nus avec un kalpak, le couvre-chef traditionnel kirghiz masculin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le problème n&rsquo;est pas la nudité des femmes tadjikes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les nombreuses critiques dénonçant au minimum la grossièreté des femmes, les experts prêtent surtout attention aux déclarations des jeunes femmes. &nbsp;Zoulaikho Ousmonova, chercheuse à l&rsquo;Institut de philosophie, de science politique et de droit de l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mie_des_sciences_du_Tadjikistan">Académie des sciences du Tadjikistan</a> estime que tous ces événements sont interdépendants. <em>« Si des événements se produisent dans plusieurs pays en même temps et provoquent une réaction aussi violente, cela démontre que d’importants bouleversements contradictoires secouent la société. Ces bouleversements, qui s’inscrivent dans un processus de transformation sociale, sont motivés par un conflit entre différentes idéologies et visions du monde dans notre société&nbsp;»</em>, a-t-elle affirmé au <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200719/pochemu-zhentshini-v-tsentralnoi-azii-stali-razdevatsya">média tadjik Asia-Plus</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au premier regard, les sociétés conservatrices d’Asie centrale semblent homogènes, pourtant elles sont imprégnées de nombreuses opinions divergentes. <em>« Dans notre société et notre système politique, on laisse de tels évènements se produire. Des évènements inimaginables dans des pays très proches de nous géographiquement. Bien sûr, il y a eu une grande résistance sociale face aux actions de ces jeunes femmes, mais l&rsquo;État a réagi calmement. En tant que scientifique, cela me rassure bien sûr »</em>, explique-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu&rsquo;on lui demande dans quelle mesure ces formes de protestation provocantes peuvent être justifiées, l&rsquo;experte explique que, dans le cas de Marifat Davlatova, le mécontentement de la société ne concerne pas directement la nudité des femmes sur ses peintures. Il s&rsquo;agit plutôt de critiquer une femme qui crée seule ses œuvres.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Toute la culture </em>[centrasiatique]<em> s’est développée dans une forme “classique”, dans laquelle il est d’usage de percevoir la femme comme objet et l’homme comme sujet. L’homme, comme sujet, a ses sentiments, ses expériences, ses opinions et crée l’objet comme il l’entend&nbsp;» </em>explique Zoulaikho Ousmonova<em>. «&nbsp;Ainsi, un homme au Tadjikistan peut peindre ce qu’il veut, mais une femme, en tant qu’objet, ne le peut pas. L’action féministe de Marifat Davlatova réside dans son positionnement comme sujet, ce qui a suscité de nombreuses critiques&nbsp;»,</em> ajoute la chercheuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La députée tadjike Goulnora Amirchoïeva estime qu’aujourd&rsquo;hui, les jeunes femmes et les jeunes hommes ont des intérêts contradictoires. <em>«&nbsp;Les jeunes femmes veulent recevoir une éducation, être libres, réussir dans leur vie et faire carrière. Les jeunes hommes, quant à eux, pensent qu&rsquo;ils resteront les maîtres du monde et qu’ils imposeront aux femmes leurs règles et leurs idées. Or, ces règles et ces idées vont à l’encontre des tendances contemporaines, elles sont un pas vers l’obscurantisme&nbsp;»</em>, affirme-t-elle auprès d’Asia-Plus.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-1024x576.jpg" alt="Dinagoul Tassova Femmes Asie centrale Féminisme nudité" class="wp-image-42732" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-1024x576.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-300x169.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1-768x432.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/1-1.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Dinagoul Tassova a défilé avec une robe transparente.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Goulnora Amirchoïeva dit comprendre ces jeunes femmes qui s’opposent aux conventions sociales.<em> « En raison de leur âge et du jusqu’au-boutisme propre à la jeunesse, les jeunes femmes prennent à juste titre des mesures radicales et expriment leur opposition avec provocation. Mais de nombreuses femmes âgées les soutiennent, font preuve de solidarité plutôt&nbsp;que refuser la légitimité de leurs actions »</em>, estime-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« Elle a piétiné les valeurs nationales »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La transformation sociale, dont parle Zoulaikho Ousmonova, a commencé en Asie centrale au début du siècle dernier lorsque les femmes ont enlevé leur voile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, le journal Krasnaja Niva (le champ rouge) a publié en 1929 dans son numéro 26 un <a href="https://archive.org/stream/krasnayaniva/%D0%9A%D1%80%D0%B0%D1%81%D0%BD%D0%B0%D1%8F%20%D0%9D%D0%B8%D0%B2%D0%B0.%201929.%20%E2%84%9646#mode/1up">article intitulé « Parandja »</a> (voile), dans lequel l’auteur décrit comment les femmes devraient changer à l’Est. Il encourage les femmes non seulement à enlever leur voile et à risquer leur vie, mais aussi à être actives.<br><br>Il cite notamment une déléguée communiste d’un conseil de village ouzbek. <em>«&nbsp;Nous avons des femmes qui ont répondu à notre appel, qui ont enlevé leur voile et luttent maintenant contre leurs maris. Si elles étaient indépendantes, elles apprendraient un métier, seraient alphabétisées et suivraient le chemin brillant du camarade Lénine&nbsp;»</em>, décrit le média communiste<em>. «&nbsp;Elles gagneraient leur combat contre leurs époux. Mais, cher camarade, la femme n’a aucun soutien, elle se bat seule. Après un mois ou deux, il ne reste plus rien de nos slogans. Les femmes doivent remettre leur voile et les seules nouveautés qui demeurent sont les ecchymoses sur leur corps&nbsp;», </em>continue l’article.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début du XXème siècle, les défenseurs du port du voile appuyaient leur argumentation sur les atteintes aux traditions ou à la religion. Aujourd’hui, leurs arguments n’ont pas changé. Par exemple, la journaliste kazakhe Bibigoul Daouletbekkyzy a exigé en décembre 2018 que Chirine Nartchaïeva soit expulsée du pays pour avoir <em>« piétiné les valeurs nationales », </em>relève <a href="https://www.nur.kz/1770835-izvestnaa-zurnalistka-potrebovala-vygnat-iz-strany-sirin-narcaevu.html">Nur.kz</a>.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Le chanteur pop kirghiz Mirbek Atabekov, qui avait lui-même sorti un clip provocateur en même temps que Zere Asylbek, a estimé <em>«&nbsp;qu’une jeune femme ne devrait pas montrer ce qui n’est pas approprié&nbsp;», </em>dans une interview au média kirghiz <a href="https://kaktus.media/doc/381343_mirbek_atabekov:_ia_soglasen_s_temi_kto_kritikyet_moy_novyy_klip.html">Kaktus.media</a>. Selon lui, <em>« cela commence toujours par des petites choses inappropriées mais qui vont progressivement devenir la norme. Par exemple, en Russie </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Philipp_Kirkorov"><em>Kirkorov</em></a><em> boit ou fait des choses étranges dans ses clips. Cela affecte psychologiquement ses fans. Comprenez, si on laisse tout faire, la valeur de la vie est perdue. Parfois, la modération est préférable »</em>, a-t-il affirmé.<br><br><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/bonne-nouvelle-le-dernier-clip-de-la-chanteuse-kirghize-zere-devoile/"><strong>« Bonne nouvelle », le dernier clip de la chanteuse kirghize Zere dévoilé</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, des sociologues occidentaux ont démontré aujourd’hui que rendre accessible ce type de contenu «&nbsp;inapproprié&nbsp;» lui enlève de sa valeur, et que les adolescents contemporains sont moins attirés par la drogue, le sexe ou tout autre chose de ce genre qui fascinait leurs parents avant. Dans un long article du média américain <a href="https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2018/12/the-sex-recession/573949/">The Atlantic</a>, publié en décembre 2018, des chercheurs tirent la sonnette d&rsquo;alarme soutenant que les pays développés se désintéressent du sexe et que les jeunes refusent volontairement d’offrir leur virginité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un mouvement lancé</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la région il y a encore tout à faire, et Zoulaikho Ousmonova est certaine que de telles manifestations artistiques féministes continueront de se reproduire au Tadjikistan, et que la société les acceptera progressivement. <em>« C&rsquo;est la mondialisation et c&rsquo;est imparable. Le monde semble immense, mais il est en fait très petit. Tout est à proximité et interconnecté »</em>, conclut l’experte.<br><br><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-quand-les-femmes-reclament-le-droit-a-la-parole/"><strong>Ouzbékistan : quand les femmes réclament le droit à la parole</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Youlia Petrova, fondatrice du <a href="https://www.facebook.com/femlitclub/?hc_ref=ARTP_ywuzcs2Be6QO9YRlL1rF3yd2ElCAvCHMZaHCsE53CL1Nmci0xWkrg972nJ8_-s&amp;ref=nf_target">groupe Facebook</a> « Philosophie et féminisme en tadjik » pense également que cette tendance se poursuivra car il y a de plus en plus de femmes qui se battent chaque jour pour leurs droits, mais pour la première fois, la vie culturelle s’en est saisie, attirant l’attention de millions de personnes.<br><br><em>“Nous verrons que plus il y aura de femmes pour parler publiquement de ces problèmes systémiques et culturels, plus il y aura de formes créatives pour dénoncer l’injustice. Quand quelqu’un fait quelque chose d’audacieux, cela donne du courage aux autres »</em>, estime Youlia Petrova<em>. « C’est toujours inspirant. La nouveauté est fabuleuse, il ne faut pas l’étouffer. Il y a de la place pour tout le monde – pour les traditionnalistes et les progressistes, pour les musulmans et les athées. L’Asie centrale n’est pas une masse homogène des gens mais elle est faite d&rsquo;une riche diversité »</em>, ajoute-t-elle.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Lilia Gaïssina<br>Journaliste pour Asia-Plus</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit <a href="https://asiaplustj.info/ru/news/tajikistan/society/20200719/pochemu-zhentshini-v-tsentralnoi-azii-stali-razdevatsya">du russe</a> par Adrien Balland Delrieu</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Luna-Rose Durot</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Guilhem Sarraute</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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