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	<title>jduvernet, Author at Novastan France</title>
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	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
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	<title>jduvernet, Author at Novastan France</title>
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		<title>« C’était parfois extrêmement désagréable d&#8217;être considérée par les siens comme une étrangère »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[jduvernet]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Apr 2021 07:25:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Tadjikistan]]></category>
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		<category><![CDATA[Asie centrale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/cetait-parfois-extremement-desagreable-detre-consideree-par-les-siens-comme-une-etrangere/">« C’était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère »</a></p>
<p>Il y a quelques années, Marifat Davlatova, une jeune artiste tadjike de 25 ans, a été pendant un moment la personnalité médiatique la plus connue de son pays. C&#8217;était après l&#8217;exposition où elle avait montré au centre de Douchanbé, la capitale du pays, 26 portraits de ses compatriotes à moitié nues, ce qui provoqua presque une émeute. [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/cetait-parfois-extremement-desagreable-detre-consideree-par-les-siens-comme-une-etrangere/">« C’était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère »</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/cetait-parfois-extremement-desagreable-detre-consideree-par-les-siens-comme-une-etrangere/">« C’était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère »</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il y a quelques années, Marifat Davlatova, une jeune artiste tadjike de 25 ans, a été pendant un moment la personnalité médiatique la plus connue de son pays. C&rsquo;était après l&rsquo;exposition où elle avait montré au centre de Douchanbé, la capitale du pays, 26 portraits de ses compatriotes à moitié nues, ce qui provoqua presque une émeute. <br></strong> <br><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 22 septembre 2020 par le média russe </strong><a rel="noreferrer noopener" href="https://fergana.site/articles/121022/" target="_blank"><strong>Fergananews</strong></a><strong>.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">La famille et les amis de&nbsp;Marifat&nbsp;Davlatova&nbsp;ont parfois sérieusement peur pour sa sécurité physique. Dans ce pays patriarcal où l’État établit les règles de l&rsquo;habillement féminin,&nbsp;Marifat&nbsp;enlève aux femmes tadjikes leurs vêtements. En partie. Sur ses tableaux. Et cela suscite une violente critique des défenseurs des « valeurs traditionnelles ». L’artiste parle d’elle-même et de ses nus. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Des médias russes et occidentaux ont exprimé leur sympathie à son égard. Elle-même dit qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de quitter le pays et continue à peindre des nus, gagnant ainsi de nouveaux ennemis et de nouveaux soutiens. Pour cette jeune fille courageuse au sourire d&rsquo;écolière, tout semble aller pour le mieux.&nbsp;</p>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fergananews : À en juger par vos photos sur Facebook, vous êtes actuellement en Europe ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marifat</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Davlatova</strong><strong>&nbsp;:&nbsp;</strong>Je suis en Autriche, c&rsquo;est provisoire, pour mon travail.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Provisoirement ? Vous tenez donc votre promesse de ne pas quitter votre pays</strong> <strong>?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne me souviens pas avoir fait une telle promesse.&nbsp;Je voyage. Je suis très souvent à l&rsquo;étranger pour mon travail. Je ne peux pas m&rsquo;imaginer vivre sans voyager. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est très important pour moi de toujours avoir la possibilité de retourner dans mon Tadjikistan natal. Je n&rsquo;ai pas changé de nationalité et je n&rsquo;ai pas l&rsquo;intention de le faire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marifat, je suis du même endroit que vous. Je viens du quartier 191 de Douchanbé, on l&rsquo;appelait « le village des ivrognes ». Êtes-vous originaire de Douchanbé ? De quel quartier ? Je n&rsquo;ai pas pu trouver sur Internet.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est amusant ! Jusqu&rsquo;à mes 5 ans, j’ai vécu dans le quartier 191. Ensuite j&rsquo;y retournais tous les étés pour voir ma grand-mère et mon grand-père. Après j&rsquo;ai déménagé dans le quartier 91, celui légèrement plus haut, dans lequel je vis toujours aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai eu une enfance merveilleuse. Je me rappelle que nous étions tous ensemble le soir jusque tard dans la nuit à jouer, à nous raconter des histoires d’horreur, à cueillir des mûres et des framboises pour faire de la confiture. Nous vivions dans l&rsquo;immeuble 303 … </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>là</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>qu&rsquo;habitaient</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>mes</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>camarades</strong><strong>&nbsp;de&nbsp;</strong><strong>classe</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Zoulmira</strong><strong>,&nbsp;</strong><strong>Djamched</strong><strong>.&nbsp;</strong><strong>C&rsquo;est</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;immeuble</strong><strong>&nbsp;le plus long.</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me souviens très bien de tante Anna du premier étage, vous la connaissez peut-être ?&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="496" height="330" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook.jpeg" alt="Marifat Davlatova Artiste Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46508" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook-300x200.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook-128x86.jpeg 128w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Non, j&rsquo;ai sans doute oublié… Les gens ne vont pas croire à ces coïncidences, ils vont dire que l&rsquo;interview était arrangée ! Bon continuons, même si les larmes, comme on dit, empêchent de parler…</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, les&nbsp;larmes&nbsp;montent&nbsp;aux&nbsp;yeux&nbsp;quand&nbsp;on se&nbsp;souvient&nbsp;de&nbsp;ces&nbsp;années…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au début du mois de septembre, c&rsquo;était le deuxième anniversaire de votre exposition. Vous avez reçu des tonnes de menaces et d&rsquo;injures, notamment sur les réseaux sociaux. Êtes-vous devenue plus dure, plus méchante ? Moi je le deviendrais si je lisais ce genre de choses sur moi.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, absolument pas. Je me suis efforcée de rester indifférente à tout cela, de ne pas le prendre trop à cœur. Je peux dire tout à fait le contraire : je suis aujourd&rsquo;hui beaucoup plus gentille et douce qu&rsquo;avant. Ces dernières années ont été riches et imprévisibles, pas toujours faciles. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur&nbsp;</strong><strong>Novastan</strong><strong>&nbsp;:&nbsp;</strong><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/pourquoi-les-femmes-dasie-centrale-commencent-a-se-devetir/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Pourquoi les femmes d’Asie centrale commencent à se dévêtir</strong></a>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mes rapports avec les gens ont changé, l&rsquo;image que je me fais d&rsquo;eux, de ce monde. J&rsquo;ai commencé à voir tout cela de façon plus simple, j&rsquo;ai appris à être calme. Et surtout j&rsquo;ai appris à être reconnaissante. Cela s&rsquo;est révélé beaucoup plus difficile que je pensais.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous reconnaît-on dans la rue ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans certains endroits. Dans le Pamir, à&nbsp;Khorog, par exemple, où je suis allée pour un voyage. Des hommes sont venus vers moi dans un café et m&rsquo;ont conseillé de peindre des paysages et des natures mortes.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2.jpeg" alt="Marifat Davlatova Artiste Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46509" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/facebook2-240x300.jpeg 240w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;était</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>une</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>menace ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Dans un de mes tableaux, on voit une calotte brodée du Pamir, il est possible qu&rsquo;ils se soient sentis blessés… Mais au même endroit, dans le Pamir, il y a eu aussi des gens qui m&rsquo;ont soutenue et m&rsquo;ont même proposé leur aide. Il y a eu différentes réactions, mais le plus souvent on me remercie pour mon courage et mon attitude. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui m&rsquo;enchante le plus, c&rsquo;est qu&rsquo;aussi bien des hommes que des femmes me remercient. J&rsquo;ai moi-même été étonnée par le soutien venant de l’extérieur. Je n&rsquo;espérais pas cela au début. Mais ce soutien m&rsquo;a donné de l&rsquo;énergie et encore plus d&rsquo;inspiration.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On dit que pour votre exposition, vous avez demandé de l&rsquo;aide à des organisations féministes occidentales, mais que vous avez essuyé un refus. Elles auraient considéré trop provocante l&rsquo;idée de monter une telle exposition dans une société traditionnelle.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, je ne me suis pas adressée à des organisations féministes, mais à plusieurs organisations internationales dont je ne souhaite pas donner les noms. Mais c&rsquo;est vrai, ces organisations ont refusé. Certaines ont expliqué leur refus en disant que l&rsquo;exposition pourrait provoquer des troubles, d&rsquo;autres n&rsquo;ont rien répondu. J&rsquo;ai alors décidé de l&rsquo;organiser toute seule.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je voudrais tout de même clarifier le sujet. Dans une </strong><a rel="noreferrer noopener" href="https://asiaplustj.info/news/life/culture/20180915/eto-ne-ih-zhentshini-a-moi-marifat-davlatova-o-svoei-vistavke-v-tadzhikistane" target="_blank"><strong>interview à Asia Plus</strong></a><strong> vous avez dit que le thème du nu est apparu dans votre travail après que vous vous êtes fait attaquer par deux hommes qui voulaient, comment dire, faire connaissance, et qui ont pris votre téléphone pour connaître votre numéro  : « Je suis devenue agressive et j&rsquo;ai peint ces tableaux pour ne pas mourir après cette agression ».</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">En lisant cette interview, je vois une tout autre&nbsp;Marifat. Bien des choses ont changé à présent, j&rsquo;ai changé. Deux années ont passé depuis, et même si ce n&rsquo;est pas considérable, ce n&rsquo;est pas rien. Pour être tout à fait exacte, dès le début de ma peinture, j&rsquo;ai été inspirée par la beauté féminine, les femmes.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et je ne pensais pas du tout faire une exposition. Mais peu à peu, en voyant mes travaux, des gens m&rsquo;ont fait des remarques, m&rsquo;ont dit que je ne devais pas peindre ainsi au Tadjikistan, que ce n&rsquo;était pas admissible. Je ne les ai pas écoutés, j&rsquo;ai continué à faire ce qui me plaisait. Mais toutes ces remarques, l&rsquo;étonnement du public, m&rsquo;ont amenée à l&rsquo;idée d&rsquo;une exposition. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet incident du téléphone a été la goutte d&rsquo;eau qui fait déborder le vase, qui a mis à bout ma patience. La façon dont les femmes sont considérées chez nous n&rsquo;est pas un secret. Il y a souvent un mépris grossier, ils ne voient simplement pas une personne dans une femme, ni son âme. Ils ne comprennent pas que les femmes se sentent mal et blessées. J&rsquo;ai décidé de montrer à mes compatriotes que la femme est belle, que son corps est beau et qu&rsquo;elle a aussi une belle âme.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls.jpeg" alt="Nudité Art Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46512" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/two_girls-240x300.jpeg 240w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La réaction violente du public a-t-elle été une surprise pour vous ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me doutais bien qu&rsquo;elle serait négative, mais je ne pensais pas que tout cela prendrait une telle ampleur&#8230; Je fais simplement ce que je sens. Je ne veux pas vivre dans la cage de l&rsquo;opinion générale. Et c&rsquo;était parfois extrêmement désagréable d&rsquo;être considérée par les siens comme une étrangère.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vivant à Douchanbé, j&rsquo;ai pu voir toutes sortes de jeunes tadjiks de la grande ville, filles et garçons, qui se considéraient jadis comme « Russes », aujourd&rsquo;hui comme « Occidentaux », c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;ils vivent sans tenir compte des traditions. On dit même qu&rsquo;ils ne maîtrisent pas leur langue…</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la langue me préoccupe aussi. Depuis l&rsquo;enfance. À la maison, nous parlons tadjik, mais c&rsquo;est un tadjik très différent de la langue de la rue, plus littéraire, proche du farsi. Avec le tadjik parlé aujourd&rsquo;hui, ou plus exactement avec sa variante populaire, j&rsquo;ai évidemment des problèmes. Je me rappelle qu&rsquo;enfant, je n&rsquo;arrivais pas à comprendre pourquoi nos voisins parlaient différemment, et parfois je ne pouvais tout simplement pas les comprendre. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J’étais allée voir mon père en lui demandant : « Est-ce que je ne devrais pas apprendre à parler ce dialecte ? » Ce à quoi mon père a répondu : « Non, en aucun cas, tu ne dois pas faire ce que font tous les autres. Agis comme cela te convient, comme tu le ressens au fond de ton cœur. » C&rsquo;est cette règle que je suis depuis ce jour, et pas seulement par rapport à la langue. </p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="352" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem.jpeg" alt="Poème Art Tadjikistan" class="wp-image-46511" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/poem-300x213.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que répondez-vous d&rsquo;habitude aux critiques qui disent que chez les Tadjikes, il n&rsquo;est pas d&rsquo;usage de montrer un corps nu dans l’art ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je leur parle du <em>Livre des Rois</em> de Ferdowsi et des illustrations qui en ont été faites. Et c&rsquo;était il y a bien des siècles. D&rsquo;ailleurs ce n&rsquo;est pas seulement chez les Tadjikes que l&rsquo;on ne pouvait pas montrer et représenter un corps nu, c&rsquo;était le cas partout. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais beaucoup de peuples ont dépassé ce moment, l&rsquo;art n’est pas resté figé, et les artistes ont commencé à représenter la beauté du corps humain, beaucoup plus tôt que nous. Et je ne suis pas la première à avoir fait cela chez nous, au Tadjikistan. Cela s&rsquo;était déjà produit au XXe siècle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;parents&nbsp;</strong><strong>réagissent-ils</strong><strong>&nbsp;à&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>toiles ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père et ma mère me soutiennent toujours, ils s&rsquo;efforcent de comprendre ce que je fais. À l&rsquo;époque ils se faisaient du souci pour moi, ils voulaient me protéger, mais ils n&rsquo;ont jamais décidé pour moi qui je devais être et ce que je devais faire de ma vie. Ils m&rsquo;ont donné la possibilité de choisir, de décider par moi-même. C&rsquo;est sans doute pour cela que je n&rsquo;ai jamais compris que des gens de mon âge puissent agir contre leur volonté… </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J&rsquo;ai lu que votre père était musicien, votre mère programmeuse.</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père a beaucoup de cordes à son arc, mais il a une relation particulière avec la musique. Il a appris la guitare, mais aussi la flûte et le piano. Il pratique ces instruments depuis longtemps, mais c&rsquo;est dans le domaine de la finance qu&rsquo;il travaille. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/europe-et-asie-centrale/splendeurs-dasie-centrale-le-louvre-reporte-en-2022-la-premiere-grande-exposition-dart-ouzbek-en-europe/">« Splendeurs d’Asie centrale » : le Louvre reporte en 2022 la première grande exposition d’art ouzbek en Europe</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;amour de la musique lui est resté, et c&rsquo;est lui qui nous a fait découvrir le monde de l&rsquo;art, qui nous a appris à aimer la musique, la peinture et l&rsquo;histoire. Et ma mère, en plus d’être programmeuse, pratique le tir à l&rsquo;arc, elle est toujours en lice pour les championnats du Tadjikistan.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A-t-</strong><strong>elle</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>gagné</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>une</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>médaille</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas encore, malheureusement.  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>NDLR</em> : <em>Marifat ne savait pas encore que peu de temps avant l&rsquo;interview, sa mère, Firouza Dovlatova, avait remporté la médaille de bronze aux championnats du pays.</em> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Avez-vous ressenti dans votre famille ce dont nous parlions tout à l&rsquo;heure, un mépris à l&rsquo;égard des femmes ? Ou bien les relations entre vos parents étaient-elles respectueuses ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Incontestablement, oui ! Aussi loin que je me souvienne, j&rsquo;ai toujours senti de l’amour et du respect dans les relations de mes parents, et c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils nous ont appris.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cela se produit-il fréquemment dans d’autres familles tadjikes, d&rsquo;après vos observations ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis mon enfance, je n&rsquo;ai pu observer des relations de famille que chez moi et chez des parents proches…et je ne peux pas dire que tout m&rsquo;ait plu. Il y avait des moments où j&rsquo;étais catégoriquement en désaccord, mais, comme cela est d&rsquo;usage en Orient, on ne donne généralement pas à l&rsquo;enfant le droit de parler ou la possibilité de s&rsquo;exprimer. Dans nos familles il y avait de l&rsquo;amour et du respect, mais j&rsquo;ai vu aussi du manque de respect du côté des hommes. Du côté des garçons, dans la rue, à l&rsquo;égard des filles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En grandissant, j&rsquo;ai commencé à exprimer mon désaccord devant de tels comportements. À cause de cela ma famille m&rsquo;appelait « rebelle ». Je voyais la peur des femmes devant les hommes. Et je ne comprenais pas d&rsquo;où elle venait. J&rsquo;étais profondément indignée quand j&rsquo;entendais dire : “C&rsquo;est un garçon, cela explique tout.” </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pensez-vous que ce soit seulement inhérent à la société tadjike ? Y a-t-il en elle un mauvais atavisme ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr que non, je suis certaine que cela ne se trouve pas seulement chez le peuple tadjik, on peut aussi observer ce genre de comportement dans d&rsquo;autres nationalités, mais je l&rsquo;ai surtout remarqué dans la majorité des pays post-soviétiques. Il faudrait naturellement se plonger dans l&rsquo;histoire, quand les femmes avaient beaucoup moins de droits que les hommes, et cela, bien sûr,&nbsp;a eu&nbsp;des répercussions sur la société contemporaine.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Parlons de vos tableaux auxquels je m’intéresse. Celui-ci avec un garçon qui pleure par exemple. Pourquoi pleure-t-il ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mes travaux expriment mon monde intérieur, mes émotions, mes sentiments. Il pleure de ressentiment et de douleur. Les larmes sont notre douleur… Enfin, je suppose. Mais je me rends compte avec le temps qu&rsquo;en parlant de mes&nbsp;œuvres, en expliquant le sens que j&rsquo;ai voulu leur donner, je commence à ne plus m&rsquo;en souvenir.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="549" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy.jpeg" alt="Art Emotions Tadjikistan" class="wp-image-46506" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/crying_boy-271x300.jpeg 271w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez montré que ce garçon, que les hommes tadjiks pleurent eux aussi. Peut-être qu&rsquo;eux aussi ont beaucoup de problèmes. Devriez-vous vous sentir désolée pour eux ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il existe aussi de l&rsquo;injustice à l&rsquo;égard des hommes. Mais mon travail porte seulement sur les femmes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On dirait qu&rsquo;après 2018, vous avez marqué une pause dans votre création. J&rsquo;ai entendu dire que vous avez perdu votre atelier à Douchanbé. On vous empêche de travailler ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, il n&rsquo;y a évidemment pas de pause. J&rsquo;ai participé début 2019 avec d&rsquo;autres artistes à une exposition à l&rsquo;ambassade de France, et en automne de la même année à l&rsquo;exposition internationale du New Jersey, aux États-Unis. En 2020 plusieurs expositions devaient avoir lieu, mais elles ont été supprimées à cause de la pandémie qui chamboule tous nos projets. Il est difficile en ce moment de planifier quelque chose. Mais je ne peux pas dire que quelqu’un m&#8217;empêche de travailler à Douchanbé, même si j&rsquo;ai évidemment beaucoup moins de possibilités créatrices ici que dans les pays européens. Et j&rsquo;ai dû renoncer à mon atelier parce que je suis constamment en voyage. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous continuez à travailler sur le nu ici en Europe ? Si oui, où trouvez-vous vos modèles ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne sont pas toujours des modèles, mais souvent des figures que j&rsquo;imagine. Mais il est possible ici de trouver des modèles grâce aux amis et connaissances. C&rsquo;est évidemment plus simple qu&rsquo;à Douchanbé où il me fallait d&rsquo;abord convaincre, puis modifier les traits du visage… Mais voyager en Europe fait naître en moi beaucoup d&rsquo;émotions et de sentiments nouveaux. Je fais alors des croquis, des esquisses rapides que je reprends ensuite dans des formats plus grands. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/linfluence-des-peintres-allemands-dans-lart-au-kazakhstan/">L’influence des peintres allemands dans l’art au Kazakhstan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout récemment, j&rsquo;ai pris l&rsquo;habitude de peindre de petites cartes postales des endroits où je suis allée. Je marche beaucoup et j&rsquo;essaie de bien observer tous les détails autour de moi. Je vais là où me portent mes yeux, et pas là où veulent m&rsquo;envoyer les guides touristiques occidentaux. Mon amour pour le nu est toujours vivant en moi, mais il se transforme chaque jour. Mon monde se transforme, et je me transforme avec lui. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi travaillez-vous seulement à l’aquarelle qui est compliquée et délicate ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Justement pour cette raison ! Elle m&rsquo;apprend la patience et le calme. J&rsquo;essaie de me chercher, d&rsquo;expérimenter, de me confronter à différentes techniques, mais l&rsquo;aquarelle vit toujours avec moi. C&rsquo;est une partie intégrante de ce que je suis. J’en suis tombée amoureuse dès l&rsquo;enfance. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, j&rsquo;ai pour elle un amour très particulier, et ce n&rsquo;est pas du tout une passion qui flambe et s&rsquo;éteint avec le temps. Si vous me demandiez de la comparer à quelque chose ou à quelqu&rsquo;un, je dirais que l&rsquo;aquarelle est pour moi comme un oiseau, aussi libre et légère, mais avec un caractère très compliqué.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quoi qu&rsquo;il en soit, les critiques ont fait que l&rsquo;on vous connaît maintenant… Mais pourquoi ce nom “Davlatova” ? Pourquoi n&rsquo;avez-vous pas modifié ce nom de famille “russe” ?&nbsp;</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En avril 2020 le parlement du Tadjikistan a interdit l&rsquo;utilisation des noms de famille et des patronymes russifiés.  Dans mon enfance je m&rsquo;appelais Marifati Iskandar, c&rsquo;est le nom de mon père. Plus tard, avant de finir ma 3ème, j&rsquo;ai changé mon nom de famille pour Davlatova, parce que c&rsquo;est le nom de mon arrière-grand-père, c&rsquo;était une façon de garder sa mémoire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous mes papiers officiels sont au nom de Davlatova, et si je changeais de nom, il faudrait tous les refaire. De plus tous les documents et certificats ne peuvent être changés. Et je ne vois pas l&rsquo;intérêt de passer beaucoup de temps là-dessus si je peux le dépenser à travailler sur mon propre développement. Je ne veux pas inventer de problèmes inutiles. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je&nbsp;</strong><strong>reviens</strong><strong>&nbsp;à la question de&nbsp;</strong><strong>votre</strong><strong>&nbsp;“</strong><strong>notoriété</strong><strong>”. Avez-vous plus&nbsp;</strong><strong>d&rsquo;acheteurs</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>qu&rsquo;avant</strong><strong>&nbsp;? Qui&nbsp;</strong><strong>sont-ils</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, après 2018 les personnes ont commencé à s&rsquo;intéresser à moi, à m&rsquo;inviter pour des expositions et des évènements en dehors du pays. Quant à mes acheteurs, ce sont plutôt des acheteuses. Elles ont vu mes travaux, elles les ont aimés, elles y ont trouvé quelque chose qui était proche d&rsquo;elles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont des femmes très différentes qui viennent d&rsquo;Asie centrale ou d&rsquo;autres pays post-soviétiques. Je corresponds avec beaucoup d&rsquo;entre elles, nous restons en contact, nous attendons qu&rsquo;il soit de nouveau possible de nous rencontrer, chez moi ou chez elles, et de commencer un nouveau travail. Ce sont douze femmes magnifiques.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;une</strong><strong>&nbsp;de&nbsp;</strong><strong>vos</strong><strong>&nbsp;toiles, il&nbsp;</strong><strong>m&rsquo;a</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>semblé</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>reconnaître</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Aliya</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Chaguieva</strong><strong>, la fille de&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;ex-président</strong><strong>&nbsp;du&nbsp;</strong><strong>Kirghizistan</strong><strong>&nbsp;</strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Almazbek_Atambaev" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Almazbek</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Atambaïev</strong></a><strong>. Est-</strong><strong>ce</strong><strong>&nbsp;bien&nbsp;</strong><strong>elle</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Malheureusement. Je ne l&rsquo;ai pas peinte, et je ne la connais même pas personnellement. Mais elle me plaît beaucoup. J&rsquo;aime ce qu&rsquo;elle fait, j&rsquo;aime la personne qu&rsquo;elle est, je suis proche de son univers.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="620" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl.jpeg" alt="Nudité Art Féminisme Tadjikistan" class="wp-image-46510" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/04/girl-240x300.jpeg 240w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qui&nbsp;d&rsquo;autre&nbsp;vous&nbsp;plaît&nbsp;parmi&nbsp;les&nbsp;personnalités&nbsp;féminines&nbsp;d&rsquo;Asie&nbsp;centra</strong>l<strong>e, de qui&nbsp;aimeriez-vous&nbsp;faire le&nbsp;portrait ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Asie centrale, il y a énormément de femmes intéressantes. La liste serait très longue. En général, je ne fais pas très attention au statut, à la notoriété. Il arrive souvent que j&rsquo;aie envie de peindre un tableau d&rsquo;une femme que je ne connais pas, que je vois pour la première fois. Mais il y a aussi des femmes connues dans le monde entier dont la personnalité me plaît. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pouvez-vous</strong><strong>&nbsp;citer&nbsp;</strong><strong>quelques</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>noms</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime&nbsp;beaucoup Natalie Portman et Audrey&nbsp;Tautou.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>n&rsquo;avez</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>pas</strong><strong>&nbsp;fait de tableau de&nbsp;</strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gulnora_Karimova" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Goulnara</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>Karimova</strong></a><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Je n&rsquo;ai jamais pensé à elle… Mais de toute façon, la personne la plus importante pour moi est ma mère.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vos tableaux se vendent bien ? Les nouveaux et les anciens ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout est relatif, cela dépend. Je vends des tableaux anciens, des nouveaux. Tout dépend des gens. Généralement ce sont des acheteurs étrangers. Mais j&rsquo;ai toujours beaucoup de mal à me séparer de chacune de mes œuvres, elles me manquent ensuite. Mais je comprends bien qu&rsquo;elles aussi, comme moi, ont le droit de voyager. Je ne me souviens pas exactement combien de tableaux ont été achetés, environ une quarantaine ou une cinquantaine. Le montant le plus élevé que j’ai eu était de 2 300 dollars (1909,2 euros). </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous&nbsp;</strong><strong>avez</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>dit</strong><strong>&nbsp;tout à&nbsp;</strong><strong>l&rsquo;heure</strong><strong>&nbsp;que&nbsp;</strong><strong>votre</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>père</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>avait</strong><strong>&nbsp;beaucoup de&nbsp;</strong><strong>cordes</strong><strong>&nbsp;à son arc. Et&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime beaucoup écouter de la musique. Elle fait naître des formes, des univers dans ma tête. C’est de la musique très différente mais j&rsquo;aime beaucoup la musique classique instrumentale, l&rsquo;opéra et le jazz. Et j&rsquo;ai un amour particulier pour notre musique populaire authentique. Encore plus pour les livres. Je ne pourrais pas m&rsquo;imaginer vivre sans. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-artistes-qui-ne-sont-pas-des-rebelles-a-quoi-servent-ils-au-fait/">« Les artistes qui ne sont pas des rebelles, à quoi servent-ils au fait ? » – entretien avec Viatcheslav Akhounov</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;aime beaucoup faire quelque chose avec mes mains, créer des éléments de décoration, en bois particulièrement. Je pense que je m&rsquo;achèterai un jour les outils qu&rsquo;il faut pour cela. Je vais souvent en montagne, j&rsquo;aime photographier et faire des vidéos. J&rsquo;ai aussi un amour pour la mode qui m&rsquo;a fait étudier à l&rsquo;Institut du design et du vêtement. Il arrive encore aujourd&rsquo;hui que je couse quelque chose.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n&rsquo;êtes apparemment encore pas mariée. Êtes-vous très exigeante dans vos choix ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est&nbsp;vrai. Je&nbsp;n&rsquo;ai&nbsp;jamais&nbsp;été&nbsp;mariée&nbsp;et je&nbsp;n&rsquo;ai&nbsp;jamais&nbsp;aspiré&nbsp;à me&nbsp;marier. Je ne&nbsp;suis&nbsp;pas à la recherche de&nbsp;quelqu&rsquo;un,&nbsp;cela&nbsp;n&rsquo;est&nbsp;pas pour&nbsp;moi.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour&nbsp;</strong><strong>vous</strong><strong>, le&nbsp;</strong><strong>mariage</strong><strong>…</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">… n&rsquo;est pas le but principal de la vie, et ce n&rsquo;est même pas, tout simplement, un but. Pour moi, c&rsquo;est simplement un mot. Mais ce qui a une grande importance pour moi, c&rsquo;est la famille. Sur ce sujet-là, mon attitude est très responsable. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Si j&rsquo;ai un jour envie de lier ma vie à quelqu&rsquo;un, de fonder une famille, je voudrais que ce soit pour toujours. Il faut que ce soit vraiment la personne de ma vie, mon âme&nbsp;sœur. C&rsquo;est pour cela que je ne suis pas pressée. Chaque chose en son temps.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est vrai aussi pour vos toiles ? Qu&rsquo;en pensez-vous ? Je veux parler de leur réception dans notre pays ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je&nbsp;pense&nbsp;que&nbsp;oui,&nbsp;j&rsquo;espère&nbsp;!&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mais pour le moment&nbsp;vous&nbsp;êtes&nbsp;en Europe. On&nbsp;vous&nbsp;a&nbsp;proposé&nbsp;d&rsquo;y&nbsp;rester&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, j&rsquo;ai eu des propositions de soutien de quelques organisations dans le monde entier, c&rsquo;est exact. Mais comme je l&rsquo;ai déjà dit, je ne souhaite pas m&rsquo;installer définitivement quelque part. Ici, je commence à avoir la nostalgie de mon pays natal, même si à part les montagnes, il n&rsquo;en reste plus grand chose… </p>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n&rsquo;êtes pas une « Européenne » ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne comprends pas très bien ce que signifie “Européenne”. Je pense que l&rsquo;on appelle “Européens” ceux qui marchent ou essaient de marcher avec leur temps, qui ont leur propre opinion et qui se donnent le droit d&rsquo;agir différemment de tous les autres. Et parfois, oui, il n&rsquo;est pas facile de défendre mon point de vue, mon droit à mener la vie qui me convient. Et en cela&#8230;je suis fière d&rsquo;être tadjike.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Propos recueillis par Alexey&nbsp;Torky</strong> <br><strong>Journaliste pour&nbsp;Fergananews&nbsp;</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://fergana.site/articles/121022/" target="_blank">du russe</a>&nbsp;par&nbsp;Jacques&nbsp;Duvernet&nbsp;</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Luna-Rose Durot</strong> </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<item>
		<title>Des photos de l&#8217;ouverture du tombeau de Tamerlan publiées</title>
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		<dc:creator><![CDATA[jduvernet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Jan 2021 09:02:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Amir Temur]]></category>
		<category><![CDATA[Archéologie]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Photo]]></category>
		<category><![CDATA[Samarcande]]></category>
		<category><![CDATA[Tamerlan]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/des-photos-de-louverture-du-tombeau-de-tamerlan-publiees/">Des photos de l&rsquo;ouverture du tombeau de Tamerlan publiées</a></p>
<p>« Ouzarchiv » a publié les photos prises en juin 1941 pendant l&#8217;ouverture de la crypte de Tamerlan. L&#8217;ancien monarque est aujourd&#8217;hui une figure de l&#8217;identité nationale ouzbèke. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 26 octobre 2020 par le média ouzbek Gazeta.uz. Le 26 octobre dernier, l&#8217;agence « Ouzarchiv » a publié les photos réalisées à [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/des-photos-de-louverture-du-tombeau-de-tamerlan-publiees/">Des photos de l&rsquo;ouverture du tombeau de Tamerlan publiées</a></p>

<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph"><strong>« Ouzarchiv » a publié les photos prises en juin 1941 pendant l&rsquo;ouverture de la crypte de Tamerlan. L&rsquo;ancien monarque est aujourd&rsquo;hui une figure de l&rsquo;identité nationale ouzbèke.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 26 octobre 2020 par <a href="https://www.gazeta.uz/ru/2020/10/26/amir-timur/?utm_source=push&amp;utm_medium=telegram">le média ouzbek Gazeta.uz</a></strong>.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Le 26 octobre dernier, l&rsquo;agence « <a href="http://www.archive.uz/">Ouzarchiv</a> » a <a href="https://telegra.ph/Samar%D2%9Band-sha%D2%B3rida-zhojlashgan-G%D1%9Eri-Amir-ma%D2%9Bbarasidagi-Amir-Temur-%D2%9Babrini-ochilishi1941-jil-Amir-Temur-%D2%9Babrini-ochilishida-ehksp-10-26">publié</a> les photos réalisées à l&rsquo;occasion de l&rsquo;ouverture, en 1941, de la tombe de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tamerlan">Tamerlan</a> dans le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gour_Emir">mausolée Gour-Emir</a> à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samarcande">Samarcande</a>. Ces photos sont conservées aux Archives nationales de la région de Samarcande.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Tamerlan (1370-1405), appelé Amir Temur en Ouzbékistan, est l&rsquo;une des figures historiques du pays le plus peuplé d&rsquo;Asie centrale. <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/lasie-centrale-grande-nouveaute-dage-of-empires-ii-definitive-edition/">Conquérant</a> mais aussi amateur d&rsquo;arts et de lettres, Tamerlan est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;une des figures <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/lidentite-nationale-ouzbeke-2-0-heritage-dun-debat-12/">de l&rsquo;identité nationale ouzbèke</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-les-manuels-dhistoire-reecrits-pour-construire-une-identite-nationale/">Ouzbékistan : les manuels d’histoire réécrits pour construire une identité nationale</a></strong></p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Le mathématicien <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9A%D0%B0%D1%80%D1%8B-%D0%9D%D0%B8%D1%8F%D0%B7%D0%BE%D0%B2,_%D0%A2%D0%B0%D1%88%D0%BC%D1%83%D1%85%D0%B0%D0%BC%D0%B5%D0%B4_%D0%9D%D0%B8%D1%8F%D0%B7%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Tachmoukhamed Kary-Niyazov</a> et l&rsquo;anthropologue <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mikha%C3%AFl_Mikha%C3%AFlovitch_Guerassimov">Mikhaïl Guerassimov</a> ont dirigé l’opération d’ouverture du tombeau et celle-ci a été filmée par le caméraman Malik Kaïoumov. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;ouverture réalisée peu avant l&rsquo;invasion allemande de l&rsquo;URSS</strong></p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">La décision d&rsquo;ouvrir cette tombe a été prise par le gouvernement de l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_des_r%C3%A9publiques_socialistes_sovi%C3%A9tiques">URSS</a>. Les fouilles ont commencé le 16 juin 1941 et mis d&rsquo;abord à jour les tombeaux des fils d&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ulugh_Beg">Oulougbek</a>, le petit-fils de Tamerlan, puis la crypte des fils de Tamerlan, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Miran_Shah">Miranchakh</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chahrokh">Chakhroukh</a>. </p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Les restes d&rsquo;Oulougbek ont été trouvés le 18 juin, et le cercueil de Tamerlan lui-même a été ouvert le 20 juin, c’est-à-dire deux jours avant le début de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Guerre_patriotique">Grande Guerre patriotique</a> (1941-1945), ce qui a fait naître la légende selon laquelle l&rsquo;ouverture de ce tombeau aurait libéré l&rsquo;Esprit de la guerre.</p>


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<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="680" height="455" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/fVIwiX16037209697326_b.jpg" alt="Guerassimov crâne Tamerlan Amir Temur Découverte Archéologie Tombeau" class="wp-image-42035" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/fVIwiX16037209697326_b.jpg 680w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/fVIwiX16037209697326_b-300x201.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/fVIwiX16037209697326_b-128x86.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 680px) 100vw, 680px" /><figcaption>Le crâne de Tamerlan examiné par l&rsquo;anthropologue Mikhaïl Guérassimov.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="680" height="470" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/d4wdXv16037209717868_b-1.jpg" alt="Observation crypte Tamerlan Amir Temur Découverte Archéologie Tombeau" class="wp-image-42038" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/d4wdXv16037209717868_b-1.jpg 680w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/d4wdXv16037209717868_b-1-300x207.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 680px) 100vw, 680px" /><figcaption>La crypte dans laquelle le tombeau était enterré.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="680" height="846" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/nSUvCe16037209708478_b.jpg" alt="Tamerlan Amir Temur Découverte Archéologie Tombeau" class="wp-image-42036" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/nSUvCe16037209708478_b.jpg 680w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/nSUvCe16037209708478_b-241x300.jpg 241w" sizes="auto, (max-width: 680px) 100vw, 680px" /><figcaption>Les restes de Tamerlan étaient encore bien conservés.</figcaption></figure>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Gazeta.uz</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://www.gazeta.uz/ru/2020/10/26/amir-timur/?utm_source=push&amp;utm_medium=telegram">russe</a> par Jacques Duvernet</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Gulafiya Chatayeva</strong> </p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Le timide printemps des médias ouzbeks</title>
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		<dc:creator><![CDATA[jduvernet]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Nov 2020 11:44:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Interview]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté de la presse]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Nikita Makarenko]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/le-timide-printemps-des-medias-ouzbeks/">Le timide printemps des médias ouzbeks</a></p>
<p>Avec l’apparition de médias en ligne et blogueurs, le paysage médiatique ouzbek connaît un certain renouveau et expérimente une liberté de ton dont les principales limites restent l’autocensure et l’immobilisme des médias traditionnels. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 10 juin 2020 par le média centrasiatique Central Asian Analytical Network. À son [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/le-timide-printemps-des-medias-ouzbeks/">Le timide printemps des médias ouzbeks</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Avec l’apparition de médias en ligne et blogueurs, le paysage médiatique ouzbek connaît un certain renouveau et expérimente une liberté de ton dont les principales limites restent l’autocensure et l’immobilisme des médias traditionnels.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 10 juin 2020 par le média centrasiatique </strong><a href="https://caa-network.org/archives/19930?fbclid=IwAR0Z5R7HiJeYvDYIJ8L1-mgaWxyssKdskZIk4GtsnzVEa_yAFZIB_bLraeU"><strong>Central Asian Analytical Network</strong></a><strong>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À son arrivée au pouvoir en décembre 2016, <a href="https://www.novastan.org/fr/ouzbekistan/qui-est-le-nouveau-president-de-louzbekistan/">Chavkat Mirzioïev</a>, président de la République d&rsquo;Ouzbékistan, avait lui-même appelé les médias à montrer davantage d’indépendance et d’esprit critique dans leur traitement de l’information, rompant ainsi avec la censure officieuse mais sévère qui prévalait jusque-là.&nbsp;</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Nikita Makarenko, correspondant de la chaîne télévisuelle Uzreport TV et auteur de la chaîne Telegram <a href="https://ttttt.me/makarenko_channel">« L&rsquo;effet Makarenko »</a>, revient sur les transformations du secteur ainsi que sur les enjeux actuels.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Central Asian Analytical Network : Comment décririez-vous l’état des médias en Ouzbékistan aujourd&rsquo;hui ? Quelles sont les publications qui dominent le marché ? Que privilégie le grand public : médias d’État, médias privés ou blogueurs ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nikita Makarenko :</strong> Le marché des médias en Ouzbékistan aujourd&rsquo;hui ressemble à un bazar assez animé dans lequel ont commencé à apparaître des budgets publicitaires importants.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous le président précédent, <a href="https://www.novastan.org/fr/ouzbekistan/islam-karimov-un-orphelin-devenu-pere-de-la-nation/">Islam Karimov</a> (1989-2016), les médias étaient un domaine aussi stérile que l’est l<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Barsa-Kelmes">&lsquo;île de Barsa-Kelmes</a>, toute plate au milieu du sel de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mer_d%27Aral">mer d&rsquo;Aral</a> asséchée. En réalité, on ne pouvait survivre qu&rsquo;en passant inaperçu. Celui qui relevait la tête risquait de se la faire couper. La profession de journaliste n&rsquo;était pas considérée comme prestigieuse et n&rsquo;était pas bien payée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, ces trois dernières années, la situation s&rsquo;est mise à changer, lentement, mais de manière radicale.&nbsp; Les médias historiques redoublent d&rsquo;activité. Les hommes d’affaires considèrent avec intérêt le marché, en particulier les chaînes télévisuelles et les médias en ligne. L’argent a commencé à stimuler le marché. En d’autres termes, ce n&rsquo;est plus un désert de sel mais un bazar bruyant et en ébullition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;un des problèmes fondamentaux aujourd&rsquo;hui reste la qualification des journalistes et leur encadrement. On imagine aisément que, ces dernières années, personne ne se donnait la peine de former les journalistes. Ces derniers n&rsquo;avaient aucun endroit pour acquérir de l&rsquo;expérience, aucun rôle modèle, et les plus talentueux sont partis. Aujourd&rsquo;hui, cette absence de talents est un handicap sérieux pour le développement du marché. À partir de 2020, des départements de journalisme vont ouvrir à nouveau dans les universités. Cela permettra sans doute de contribuer à cet enjeu de qualification.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/comment-les-medias-etrangers-ont-pu-couvrir-louzbekistan-malgre-les-blocages/"><strong>Comment les médias étrangers ont pu couvrir l’Ouzbékistan malgré les blocages</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je serais pour ma part heureux d&rsquo;enseigner, mais, pour le moment, aucun des établissements d&rsquo;enseignement supérieur de mon pays n&rsquo;a souhaité me proposer une chaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ma connaissance, aucune enquête sérieuse sur l&rsquo;audience des médias n&rsquo;a été effectuée en Ouzbékistan. Cependant, Internews a publié récemment les résultats d&rsquo;un sondage intéressant. Il en ressort qu&rsquo;une écrasante majorité des sondés, quel que soit l&rsquo;âge, préfère la télévision. C&rsquo;est deux ou trois fois plus que pour Internet.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, l&rsquo;essor de la presse ouzbèke sous le président Chavkat Mirzioïev est lié aux médias en ligne,&nbsp; et uniquement à ces derniers. Ce sont ces médias qui ont lancé de premières enquêtes courageuses, faisant souffler pour la première fois le vent de la liberté, et entraînant jusqu’à aujourd’hui un bouillonnement et une effervescence intellectuelle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au contraire, la télévision reste une ressource assez stérile soumise aussi bien à la censure d’État qu&rsquo;à l&rsquo;autocensure.&nbsp; Seules une ou deux chaînes privées se permettent jusqu&rsquo;à un certain point d&rsquo;aborder des thèmes sensibles devenus déjà familiers pour les internautes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les blogueurs et leur popularité grandissante sont aussi un trait caractéristique de l&rsquo;Ouzbékistan actuel. Ils jouissent d&rsquo;un grand capital de confiance chez leurs lecteurs, parce qu&rsquo;ils sont souvent les premiers à révéler les affaires sensibles de corruption, de criminalité, d&rsquo;arbitraire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les vrais sujets d&rsquo;actualité sont souvent traités par les blogueurs avant de pouvoir l’être par les médias en ligne. De plus, ces derniers ayant conservé des formes d’autocensure, certains sujets sensibles seront écartés et feront uniquement l’objet de publications dans&nbsp;la blogosphère. A contrario, il faut également souligner le fait que les blogueurs ont tendance à donner des informations non vérifiées et contradictoires, manipulant ainsi leurs lecteurs. Les publications téléguidées, instrumentalisées politiquement ne sont pas rares.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le président Chavkat Mirzioïev a appelé les médias à être plus critiques. Quelles sont les critiques que l&rsquo;on entend le plus dans les pages des grands médias, à qui s&rsquo;adressent-elles et sur quels sujets principaux portent-elles ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les médias sur Internet sont critiques sur un très&nbsp;large éventail de thèmes, à l’inverse de leurs collègues de la télévision, radio et presse écrite. Il est possible sans trop de risques pour les auteurs de critiquer les fonctionnaires jusqu&rsquo;au rang de ministre, les responsables des régions et des villes, les députés, les sénateurs.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les échelons plus élevés du pouvoir, la critique est plus rare. À ces niveaux-là, on trouve toujours un certain degré d&rsquo;autocensure. Mais sinon, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;obstacles particuliers. Dans la mesure de leurs possibilités et de leur courage, les médias critiquent les hommes d’affaires, les entreprises publiques, la politique intérieure et extérieure. Les gouverneurs des provinces (<em>hokims</em>) sont plus souvent que d&rsquo;autres en ligne de mire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/le-media-fergana-au-bord-de-la-fermeture/">Le média Fergana au bord de la fermeture</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant la pandémie, la plupart des critiques portaient sur des démolitions illégales d&rsquo;immeubles et des opérations immobilières, sur le sous-développement des infrastructures, sur la liberté de parole, sur le système d’enregistrement&nbsp;(<em>propiska</em>) et la liberté de déplacement, sur la politique de maintien de l&rsquo;ordre&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous soulignez le fait que les blogueurs sont très populaires en Ouzbékistan et que Telegram est très répandu, comment expliquer cela ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La communauté d’utilisateurs de Telegram en Ouzbékistan est certainement l’une des plus développées au monde. Il s’agit d’un phénomène unique et qui mériterait clairement d’être l’objet d’une thèse de doctorat.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon App Annie <em>(spécialisée dans les statistiques autour des applications, ndlr)</em>, l&rsquo;Ouzbékistan est au deuxième rang mondial pour la quantité des utilisateurs. L&rsquo;atmosphère qui y prévaut ne ressemble à aucune autre. On voit cohabiter dans une même messagerie des blogueurs qui n&rsquo;ont pas froid aux yeux, des trolls soutenus par des structures d&rsquo;État, des patriotes, des extrémistes, des organes officiels de maintien de l&rsquo;ordre, des trafiquants de drogue.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Telegram ressemble à un saloon fiévreux où chacun peut trouver la distraction qui lui convient. Blogueurs et chaînes grand public, c&rsquo;est cela, Telegram en Ouzbékistan. Ils en constituent l&rsquo;essentiel et c&rsquo;est pour trouver leurs contenus que les gens vont sur la messagerie. On y trouve absolument tout. On peut regarder des vidéos amusantes sur des sujets locaux ou aller sur une chaîne intello pour regarder une émission sur l&rsquo;architecture urbaine.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="533" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/11/image2-1.jpg" alt="Nikita Makarenko médias ouzbeks" class="wp-image-41068" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/11/image2-1.jpg 800w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/11/image2-1-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/11/image2-1-768x512.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/11/image2-1-128x86.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Les blogueurs et chaînes ouzbeks ne sont pas de grands adeptes de la vérification des faits (fact checking<em>)</em> et publient très souvent une quantité énorme d’informations non fondées et de rumeurs. Les faux documents ou les photos truquées délibérément fabriquées dans un but bien précis sont un genre très populaire. Je ne peux pas dire que le public soit très préparé à vérifier par lui-même ce genre d&rsquo;informations, et les campagnes de désinformation atteignent donc souvent leurs objectifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu&rsquo;en est-il des médias de langue ouzbèke ? En quoi se distinguent-ils des médias russophones sur le plan des sujets traités et de leur public ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les médias de langue ouzbèke sont incontestablement beaucoup plus populaires et ont une audience beaucoup plus large que les médias russophones. Néanmoins, ces deux types de médias ne font pas double emploi et vivent dans une étonnante symbiose. Chacun répond à un besoin aussi bien du public que des annonceurs.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n&rsquo;est pas juste de&nbsp;dire que les médias russophones, ayant une audience plus restreinte, sont moins rentables. Indépendamment des chiffres, les annonceurs ont le même intérêt pour les deux publics. La langue russe est plus répandue dans la région la plus active économiquement, à Tachkent, ce qui explique l&rsquo;attention portée aux lecteurs russophones.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une caractéristique des médias de langue ouzbèke est la grande quantité de nouvelles internationales traduites de la presse étrangère, au détriment des nouvelles locales. Dans les médias russophones, il n&rsquo;y a pratiquement pas de place pour les informations internationales et les informations locales constituent environ la très grande majorité des publications. Cela s&rsquo;explique par le fait que les lecteurs russophones ne manquent pas de sources d&rsquo;information pour l&rsquo;international.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ce qui concerne les sujets locaux, il en va différemment : les médias russophones parlent peu de la vie dans les régions, car ils n&rsquo;ont ni correspondants, ni public sur place. Ils se concentrent essentiellement sur Tachkent, avec souvent des échos critiques sur des thèmes comme la défense de l&rsquo;environnement, la liberté d&rsquo;expression, les droits des femmes et des handicapés, la défense des droits de l&rsquo;Homme. Dans les médias de langue ouzbèke, on trouve davantage les thèmes religieux, les questions portant sur l&rsquo;identité nationale, la langue, l&rsquo;histoire. Ces sujets sont extrêmement rares dans les médias russophones.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel est le secteur qui se développe le plus actuellement et pourquoi ? S’agit-il des médias qui portent principalement sur l’économie et le commerce ? Dans quelle mesure ces médias sont-ils dépendants des annonceurs ou d&rsquo;autres sources de financement ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours des trois dernières années, j&rsquo;ai observé une croissance fulgurante des médias en ligne, et la tendance se poursuit. Mais en réalité, le marché est très peu segmenté. Les médias en ligne écrivent sur des sujets très variés et il n’y a pas de réelle spécialisation par secteur.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a des projets intéressants portés par certains médias économiques, mais ils sont encore loin d&rsquo;avoir une réelle popularité. L&rsquo;arrivée sur le marché&nbsp;du magazine Forbes Uzbekistan n&rsquo;a pas encore réellement retenu l&rsquo;attention, et la publication la plus ancienne, Kommersant.uz, a cessé de paraître pendant la pandémie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les publications sont complètement dépendantes des annonceurs. Tous les médias en ligne privés qui ont une équipe fixe et publient entre 5 et 10 articles par jour dépendent des annonceurs. Ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;autres ressources, sauf ceux qui appartiennent à une holding ou à une société et qui peuvent bénéficier de ce financement. Les subventions publiques sont très peu développées, et l&rsquo;État reste très méfiant à l&rsquo;égard des aides venant de l&rsquo;étranger. La publicité reste donc aujourd’hui en Ouzbékistan la seule possibilité sérieuse de survie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>De quoi ont besoin, selon vous, les médias ouzbeks (presse écrite, en ligne, à l’exclusion de la télévision) ? Dans quelle mesure le public continue-t-il à s’informer via les médias étrangers ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il me semble que les médias ouzbeks n&rsquo;ont pas encore réussi à se libérer complètement des chaînes de l&rsquo;autocensure. Je comprends bien que cela n&rsquo;est pas simple, et cela peut même être dangereux. Toujours est-il que les barrières sont toujours là, on ne peut pas parler de tout.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un excellent exemple en est le fait que j&rsquo;ai dû quitter la rédaction dans laquelle j&rsquo;avais travaillé trois ans parce que mon article n&rsquo;a pas été publié. J&rsquo;ai été forcé de le publier dans un autre média.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis les médias ouzbeks ont un besoin urgent de formation afin de pouvoir grandir, se développer, et gagner en professionnalisme. Il me semble que le public de langue ouzbèke s&rsquo;en remet entièrement aux publications locales pour avoir des informations locales. Le public de langue russe continue de consommer des informations venant de publications étrangères, et, sur ce plan, la concurrence est tout simplement impossible.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La situation actuelle permet-elle l’apparition de nouveaux médias indépendants ? Ou bien les médias continueront-ils d&rsquo;être contrôlés par l&rsquo;État ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De nouveaux médias plus ou moins indépendants se créent sans cesse, il n&rsquo;y a pas d’obstacle pour cela. Quelques jours suffisent pour l&rsquo;enregistrement et on peut créer sa SARL en 15 minutes, sans obstacle particulier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vraie question est de savoir comment survivre dans un marché des médias déjà très encombré. J&rsquo;attends l&rsquo;apparition d&rsquo;un média qui serait orienté non pas sur l’actualité quotidienne, mais sur les reportages, les enquêtes, les articles de fond et de qualité.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le moment, je ne vois pas dans le paysage actuel d’hommes d&rsquo;affaires ayant suffisamment le goût du risque pour investir dans ce genre de projet difficile et économiquement risqué. Il ne suffit pas de publier une petite vidéo qui fasse le buzz, YouTube se développe très lentement. J&rsquo;attends là aussi des projets du niveau de ce que font aujourd&rsquo;hui <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Alexey_Pivovarov">Alexey Pivovarov</a> ou <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Leonid_Parfyonov">Leonid Parfionov</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Existe-t-il des groupes de médias financés par l&rsquo;État ou par des groupes privés ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le conglomérat le plus important du pays est la Compagnie nationale de Téléradio qui possède la plupart des chaînes de télévision et de radio et est contrôlée par l&rsquo;État. Parmi les groupes privés, on peut mentionner UzReport qui possède notamment les chaînes UzReport TV, UzReport World, Futbol TV ou encore le site très fréquenté UzReport News.&nbsp;</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire <strong><span style="text-decoration: underline;"><a href="https://2ff41361.sibforms.com/serve/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N">en cliquant ici.</a></span></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains entrepreneurs ou politiciens tentent parfois de créer leur propre groupe, mais pas toujours avec succès. Par exemple, en septembre 2019, un projet ambitieux, nommé Ogri.uz et doté d&rsquo;un généreux budget s&rsquo;est interrompu après moins d’un mois d’activité. Selon certains observateurs, ce projet était lié <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/un-homme-daffaires-ouzbek-devient-maire-de-tachkent/">au maire de Tachkent</a> (hokim)<em> </em>et à son groupe d&rsquo;affaires Akfa-Artel. Avant cela, en 2018, le projet tout aussi ambitieux Turon 24 avait connu le même sort.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l&rsquo;essentiel, les médias de langue russe et ouzbèke les plus connus en Ouzbékistan appartiennent à des propriétaires différents qui ne sont pas liés entre eux. C&rsquo;est une situation intéressante qui rend structurellement possible l’expression de critiques et points de vue différents.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il est certain qu&rsquo;à l’avenir, et même si cela n’est pas encore le cas aujourd’hui,&nbsp; les hommes d’affaires et politiciens auront un intérêt stratégique à regrouper sous leur contrôle plusieurs médias et à favoriser les fusions au sein du marché.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong><br>Central Asian Analytical Network</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du </strong><a href="https://caa-network.org/archives/19930?fbclid=IwAR0Z5R7HiJeYvDYIJ8L1-mgaWxyssKdskZIk4GtsnzVEa_yAFZIB_bLraeU"><strong>russe</strong></a><strong> par Jacques Duvernet</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Grégoire Odou</strong> </p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Dans les coulisses du documentaire « l’exploit du peuple » retraçant l’engagement des Ouzbeks dans la Seconde Guerre mondiale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[jduvernet]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jul 2020 09:46:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Khamraïev]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[Grande Guerre patriotique]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Seconde Guerre mondiale]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://novastan.org/fr/?p=33914</guid>

					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/dans-les-coulisses-du-documentaire-lexploit-du-peuple-retracant-lengagement-des-ouzbeks-dans-la-seconde-guerre-mondiale/">Dans les coulisses du documentaire « l’exploit du peuple » retraçant l’engagement des Ouzbeks dans la Seconde Guerre mondiale</a></p>
<p>Alors que la mémoire de la Grande Guerre patriotique est aujourd’hui dominée par la vision de Moscou, l’Ouzbékistan a pour la première fois diffusé un documentaire dévoilant la participation de ses citoyens au conflit. Le metteur en scène Ali Khamraïev, chargé de réaliser le projet, a travaillé durant la quarantaine et est revenu dans son [&#8230;]</p>
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<p style="text-align: justify"><strong>Alors que la mémoire de la Grande Guerre patriotique est aujourd’hui dominée par la vision de Moscou, l’Ouzbékistan a pour la première fois diffusé un documentaire dévoilant la participation de ses citoyens au conflit. </strong><strong>Le metteur en scène Ali Khamraïev, chargé de réaliser le projet, a travaillé durant la quarantaine et est revenu dans son pays natal, près de 30 ans après l’avoir quitté. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 22 mai 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale, </strong><strong><a href="https://fergana.site/articles/118288/">Fergana News</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify">Ces dernières années, les autorités russes soulignent de plus en plus le rôle primordial du peuple russe dans la victoire de la Seconde Guerre mondiale, appelée <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Guerre_patriotique">Grande Guerre patriotique</a>, minimisant aussi bien la contribution des autres peuples qui formaient l&rsquo;armée soviétique que celle des Alliés. Les opposants parlent d&rsquo;une « privatisation de la victoire », ou de « l&rsquo;obscurantisme du 9 mai », expression qui reflète bien l&rsquo;hystérie qui renaît chaque année en mai autour de la « grande fête des Russes ».</p>
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<p style="text-align: justify">Dans le même temps, l&rsquo;Ouzbékistan est en train de modifier son rapport à la Seconde Guerre mondiale. Du temps du président <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/islam-karimov-un-orphelin-devenu-pere-de-la-nation/">Islam Karimov</a> (1989-2016), la ligne officielle était que le pays avait été enrôlé de force, comme une colonie, et donc que sa participation à la guerre avait été contrainte et forcée. À présent, peut-être à la suite de la propagande de Moscou, une autre relation à la guerre et à la victoire apparaît. Des archives ont été ouvertes, et le président <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/qui-est-le-nouveau-president-de-louzbekistan/">Chavkat Mirzioïev</a>, au pouvoir depuis 2016, a communiqué de nouveaux chiffres sur les Ouzbeks qui ont participé à la guerre ou y sont morts, sur ceux qui ont été décorés ou évacués, sur la contribution des habitants du pays à la victoire. Un Ouzbek sur trois est ainsi parti à la guerre, tandis que le pays a compté plus de 538 000 morts sur une population de 6,3 millions d&rsquo;habitants entre 1941 et 1945.</p>
<p style="text-align: justify">Pour fêter le 75<span style="font-size: 13.3333px">ème</span> anniversaire de la victoire, les chaînes de télévision ont passé plusieurs films sur le rôle du peuple ouzbek dans la Grande Guerre patriotique et sur son héroïsme dans le combat contre le fascisme. Les 8 et 9 mai, sur toutes les chaînes sans exception, publiques comme privées, est sorti le film <em>Xalq jasorati</em> (<em>L&rsquo;exploit du peuple</em>), le premier film entièrement ouzbek depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, réalisé presque exclusivement à partir de bandes d&rsquo;actualités cinématographiques.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><strong><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/trois-presidents-centrasiatiques-ont-assiste-au-defile-de-la-victoire-a-moscou/">Trois Présidents centrasiatiques ont assisté au défilé de la Victoire à Moscou</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Cet évènement est également notable parce que l&rsquo;auteur du film est <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ali_Khamraev">Ali Khamraïev</a>, un nom connu du cinéma soviétique, oublié pendant un quart de siècle en Ouzbékistan. Alors que le réalisateur de 83 ans n’avait pas travaillé depuis près de 30 ans dans son pays, il revient sur son travail pour la réalisation de <em>L&rsquo;exploit du peuple</em> dans une interview au média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana News.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Fergana News : Ali Khamraïev, voilà presque trente ans que vous n&rsquo;avez plus travaillé en Ouzbékistan, et voici que ce même État vous propose de tourner pour l&rsquo;anniversaire de la victoire un film documentaire, qui pourra ensuite donner matière à une série télévisée. Comme disait le cardinal de Richelieu, « c&rsquo;est beaucoup de confiance et beaucoup d&rsquo;argent »&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify">Oui, il y avait beaucoup de confiance, et ils ont été généreux aussi pour le financement &#8211; la chaîne privée Sevimli TV y a participé. Je raconterai plus tard dans quelles conditions nous avons travaillé.  Les comptables du studio « Ouzkinokhronika » ont râclé leurs fonds de tiroirs pour pouvoir me donner ce qu&rsquo;ils estimaient des honoraires convenables. Mais j&rsquo;ai compris que cet argent, en ces jours extrêmement difficiles pour l&rsquo;Ouzbékistan, me brûlerait les doigts et le cœur. Je garde une lettre de mon père écrite quand il était au front où l&rsquo;on peut lire ces mots : « Ici, l&rsquo;argent ne nous intéresse pas. Nous avons oublié la valeur du rouble&#8230; Nous vaincrons, alors nous aurons de l&rsquo;argent, de l&rsquo;or, et de la gloire&#8230; ». J&rsquo;ai tout de suite décidé de donner mon salaire pour le film au fonds de lutte contre <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/coronavirus-lasie-centrale-face-a-une-nouvelle-acceleration/">la pandémie du coronavirus.</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Comment l&rsquo;affaire a-t-elle commencé pour vous ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le 5 mars 2020, je suis sorti de l&rsquo;avion à Tachkent. Le voyage depuis l&rsquo;Italie contaminée a été compliqué : en voiture d&rsquo;abord jusqu&rsquo;à l&rsquo;aéroport de Nice, où j&rsquo;ai miraculeusement échappé à une quarantaine de 14 jours, ensuite Moscou, encore indemne à cette époque, l&rsquo;aéroport de Vnoukovo&#8230; Et me voilà dans ma patrie. Au cours des 18 derniers mois, j&rsquo;ai eu des contacts fréquents avec le chanteur et compositeur <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Farrukh_Zokirov">Farroukh Zakirov </a>: il rêvait depuis longtemps de faire un film sur la grande dynastie des Zakirov – depuis le père, Karim Zakirovitch, et la mère, Choïsta Saïdovaya, jusqu&rsquo;à leurs enfants, tous pleins de talent, et aux petits-enfants et même arrière-petits-enfants.</p>
<p style="text-align: justify">À côté de ce travail, nous avons parlé avec Farroukh d&rsquo;un autre projet : réaliser un mini-film à partir de sa nouvelle chanson <em>Nous nous souvenons</em> sur les centaines de milliers d&rsquo;orphelins accueillis par l&rsquo;Ouzbékistan pendant la Grande Guerre patriotique. Mais le tournage a été interrompu à cause des mesures strictes de quarantaine introduites dans le pays. Je me suis retrouvé en confinement. Et voilà que début avril, l&rsquo;agence nationale Ouzbekkino me propose de tourner dans les plus brefs délais, pour le 75ème anniversaire de la victoire sur l&rsquo;Allemagne fasciste, un film documentaire, <em>L&rsquo;exploit d&rsquo;un peuple,</em> montrant la part héroïque prise par l&rsquo;Ouzbékistan et les Ouzbeks dans cette guerre.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Dans les plus brefs délais, cela veut dire en un mois ! Tous les projets cinématographiques en Ouzbékistan peuvent donc se réaliser avec une telle réactivité ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Je n&rsquo;en sais rien ! Je peux seulement supposer que quelqu&rsquo;un dans les milieux du pouvoir ou à Ouzbekkino s&rsquo;est souvenu que me suis déjà intéressé à ce thème auparavant. En 1975, pour le 30ème anniversaire de la victoire, j&rsquo;avais réalisé le film <em>L&rsquo;exploit de Tachkent</em> pour lequel j&rsquo;avais reçu au Festival du Film soviétique le grand prix du meilleur documentaire. Et j&rsquo;ai eu ainsi le droit, malgré le régime de confinement général, d&rsquo;accéder aux trésors des archives cinématographiques et sonores de la République d&rsquo;Ouzbékistan.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Il est intéressant, en fait, de comparer cette expérience-là avec celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : combien de temps a demandé <em>L&rsquo;exploit de Tachkent</em> ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Il y a quarante-cinq ans, le cinéma vivait évidemment de façon différente. Le metteur en scène était la figure centrale autour de laquelle tout tournait, les fonctionnaires, la production, la distribution, la télévision, la presse, les spectateurs. Un projet comme <em>L&rsquo;exploit du peuple</em> aurait demandé au minimum six mois. Écriture du scénario, passage par plusieurs commissions (avec d&rsquo;ordinaire de nombreuses modifications), ensuite la période de préparation, le travail aux archives cinématographiques ou autres. Et puis le tournage, le montage, de nouveau l&rsquo;approbation nécessaire de toutes les instances. Personnellement, cela me convenait : je savais naviguer entre les écueils de la bureaucratie, et pendant ce temps je préparais tranquillement mon projet de film de fiction.</p>
<p style="text-align: justify">En 1970, je suis allé pour la première fois aux Archives cinématographiques de l&rsquo;URSS à Krasnogorsk et j&rsquo;ai adoré ce travail sur les vieilles actualités filmées. Les images que j&rsquo;ai pu trouver avec l&rsquo;aide des employées des archives, des jeunes filles souriantes aux grands yeux que j&rsquo;amadouais avec des melons et du raisin des bazars de Tachkent, se promènent chez nous de film en film depuis presque cinquante ans déjà. Elles sont inusables, n&rsquo;ont pas une ride – c&rsquo;est la caractéristique principale des films d&rsquo;actualité véridiques.</p>
<p style="text-align: justify">Mais les archives cinématographiques de notre République sont elles aussi un coffre au trésor sans fond. On peut y trouver tant de films uniques qui touchent à l&rsquo;histoire de l&rsquo;Ouzbékistan ! En prenant le temps de chercher, on fait des découvertes sensationnelles !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Par exemple ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Eh bien tenez, j&rsquo;ai longtemps cherché un sujet avec le légendaire général ouzbek <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Sobir_Rakhimov">Sabir Rakhimov</a>, j&rsquo;ai passé en revue toutes les actualités de juin 1941 à mai 1945 et… j&rsquo;ai fini par trouver, dans une émission de juin 1945. 10 secondes en tout, mais lesquelles ! Et il y a aussi dix minutes très précieuses avec l&rsquo;adieu aux cendres de ce glorieux soldat.</p>
<p><figure id="attachment_33915" aria-describedby="caption-attachment-33915" style="width: 496px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-33915" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/07/39971601-1bf6-4494-abab-b50a8170f2f4.jpeg" alt="Ouzbékistan Grande Guerre patriotique Seconde Guerre mondiale l'exploit du peuple documentaire Ali Khamraïev Histoire" width="496" height="310" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/07/39971601-1bf6-4494-abab-b50a8170f2f4.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/07/39971601-1bf6-4494-abab-b50a8170f2f4-300x188.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" /><figcaption id="caption-attachment-33915" class="wp-caption-text">Formation des premières divisions ouzbèkes au début de la Seconde Guerre mondiale.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify">Et voici un autre exemple, plus personnel. Quand je suis allé pour la première fois, il y a environ soixante ans, aux Archives cinématographiques de Tachkent (elles ont été fondées en 1943), j&rsquo;ai tout de suite demandé à voir un film dans lequel, selon ma mère, on pouvait voir mon père Ergach Khamraïev filmé avant son départ pour le front. Je tremblais comme une feuille quand j&rsquo;ai enfin vu sur l&rsquo;écran mon père, qui avait 32 ans au début de la guerre. Je mets depuis longtemps ces images dans chaque film documentaire que je fais sur la guerre. Et je les ai aussi insérées dans mon film de fiction <em>Je me souviens de toi</em> (1985).</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Concrètement, en quoi le projet <em>L&rsquo;exploit d&rsquo;un peuple</em> est-il important pour vous ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">C&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;heureuse possibilité de reprendre pied dans le cinéma d&rsquo;Ouzbékistan, le pays où je suis né, où j&rsquo;ai fait ma scolarité, où j&rsquo;ai tourné mes meilleurs films. Ensuite, l&rsquo;un des thèmes principaux de mon œuvre est la mémoire, le souvenir de ceux qui ne sont pas revenus des sanglants champs de bataille : mon père et ses compagnons de combat, l&rsquo;orphelin qui n&rsquo;a personne pour le défendre, personne chez qui trouver un sage conseil ou une bénédiction paternelle. J&rsquo;ai toujours sur moi les photos de mon père – tenez, regardez celle-ci, dans mon portefeuille…</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Merci. Selon vous, à quoi peut servir ce film dans l&rsquo;Ouzbékistan d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le souhait que m&rsquo;a exprimé le nouveau directeur d’Ouzbekkino, Firdavs Abdoukhalikov, était celui-ci : apporter le plus possible de vérité sur ces jours et ces années difficiles. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait, et on m&rsquo;en a rendu justice.</p>
<p style="text-align: justify">Pourquoi précisément aujourd&rsquo;hui ? Je pense que pour tous les responsables de tous niveaux dans le domaine de la culture, de l&rsquo;idéologie, le projet <em>L&rsquo;exploit d&rsquo;un peuple</em> est indispensable pour un dialogue ouvert avec la population de tous âges, un dialogue qui soit en prise avec la réalité actuelle, surtout en ce moment, pendant la lutte contre la pandémie de coronavirus. Pour que les citoyens de notre pays, assis dans leurs maisons bien chauffées avec leurs téléviseurs et leurs réfrigérateurs pleins, prennent exemple sur leurs ancêtres dont la vie était mille fois plus difficile. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est nous-mêmes que nous voulons sauver, mais il y a soixante-quinze ans, les Ouzbeks au front sauvaient leurs mères, leurs sœurs, leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Ils nous ont sauvés, et vous aussi. Et je pense aussi que le gouvernement veut être honnête devant les générations futures qui doivent connaître la vérité sur l&rsquo;histoire de leur peuple.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le thème des répressions staliniennes est-il présent dans votre film ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Bien entendu. Dans notre film, le stalinisme est évoqué sous la rubrique “Combat pour le pouvoir dans un État totalitaire”. On y voit des images du troisième procès de Moscou contre les compagnons de lutte de Lénine – <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikola%C3%AF_Boukharine">Nikolaï Boukharine</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexe%C3%AF_Rykov">Alexeï Rykov</a> – et aussi contre les dirigeants du parti communiste d&rsquo;Ouzbékistan <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Akmal_Ikramov">Akmal Ikramov</a> et <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-naissance-dune-nation-a-lepoque-de-la-revolution/">Faïzoulla Khodjaïev</a>, une partie du réquisitoire du procureur Vychinski et la proclamation de la sentence de mort.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Comment s&rsquo;est déroulé votre travail sous un régime de quarantaine totale ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">C&rsquo;est le plus intéressant ! Dans un hôtel particulier du centre de Tachkent entouré d&rsquo;une haute palissade, une table de montage avec des ordinateurs avait été installée. Nous avions notre cuisinier, une employée de maison rien que pour nous. À toute heure, sur la table, des plateaux de fraises et d&rsquo;abricots. Trois monteurs travaillaient 18 heures par jour, des voitures avec des laissez-passer spéciaux nous apportaient du matériel venant des archives cinématographiques classifiées que le gouvernement avait ouvertes spécialement pour notre projet. Les chauffeurs dormaient dans les voitures. Les rédacteurs, interprètes, assistants, administrateurs, consultants travaillaient avec moi « online » par vidéoconférence et par téléphone. La chaîne Sevimli TV s&rsquo;occupait de l&rsquo;aspect technique et organisationnel, c&rsquo;est elle qui pour une large part a permis de réaliser le projet dans des délais “réactifs”, comme vous dites… “Il nous faut la victoire, une pour tous, peut nous importe le prix”. Vous vous souvenez de cette fameuse chanson de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boulat_Okoudjava">Boulat Okoudjava</a> ?</p>
<p>https://www.youtube.com/watch?v=R4ShUS25Cec</p>
<p style="text-align: justify">La situation avec cette pandémie a montré qu&rsquo;en se concentrant au maximum, en ne se laissant pas distraire le matin en allant au bureau ou en rentrant chez soi, en ne perdant pas de temps à préparer des repas, en n&rsquo;avalant pas des centaines d&rsquo;heures de séries télévisées débiles, on peut faire rapidement un travail de qualité. Et la pandémie a montré encore que quelqu&rsquo;un peut très bien ne pas se montrer au bureau, mais faire très bien son travail à domicile, que tel autre n&rsquo;est pas forcément indispensable dans un système où l&rsquo;occupation principale est de transporter des papiers d&rsquo;un étage à l&rsquo;autre et d&rsquo;un bureau au bureau d&rsquo;à côté… En fait, je pense qu&rsquo;après la victoire sur la pandémie, le monde va beaucoup changer, que l&rsquo;humanité vivra selon d&rsquo;autres règles de comportement et de morale. Et que les spectateurs voudront voir un cinéma complètement différent.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Parlons de ce “cinéma différent”… Vous considérez que le miracle qui vous est arrivé est la conséquence des changements positifs survenus en Ouzbékistan. Quels sont, selon vous, les changements urgents à effectuer dans le système d’Ouzbekkino ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">La situation dans le système du cinéma ouzbek n&rsquo;est pas simple depuis presque trente ans déjà, et il y a des raisons objectives à cela. Certains maîtres tournent déjà leurs films dans les jardins d’Éden, d&rsquo;autres travaillent là où l&rsquo;herbe est plus verte (comme nos ancêtres nomades qui allaient avec famille et troupeaux  chercher les meilleurs pâturages), d&rsquo;autres encore galèrent tout seuls dans l&rsquo;industrie cinématographique de notre pays et finissent par passer pour des têtus capricieux. Le tableau est disparate, complexe, conflictuel, embrouillé. Pour ma part, je ne peux évidemment pas rester à l&rsquo;écart du destin de notre cinéma, mais il arrive que je me fasse remettre à ma place…</p>
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<p style="text-align: justify">Il y a dix ans, en discutant d&rsquo;un des films de <a href="https://www.cinemas-asie.com/fr/les-membres/item/1953-kamara-kamalova.html">Kamara Kamalova</a> pendant le festival international “Kinochoc”, j&rsquo;avais osé dire aux critiques que s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de second plan chez cette réalisatrice, c&rsquo;est parce que son budget était trop serré : derrière les héros au premier plan, elle ne pouvait pas se permettre une petite scène de foule, une voiture qui passe, des enfants qui courent, une charrette tirée par un âne, un cycliste, des cheminées qui fument, la poussière d&rsquo;un chemin soulevée par une machine à vent. Il n&rsquo;y avait tout simplement pas d&rsquo;argent pour cela, ce qui est bien naturel dans la situation complexe où se trouvait alors notre République. J&rsquo;ai quitté la discussion avant la fin, et on m&rsquo;a dit ensuite que l&rsquo;un des membres de la délégation ouzbèke, metteur en scène et ancien directeur d’Ouzbekfilm, avait dit littéralement ceci : “Khamraïev ne connaît pas la vie de notre peuple, en Ouzbékistan les gens habitent dans des villas et roulent en Mercedes”. Sans commentaire…</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-a-la-conquete-du-marche-international-du-cinema/">L’Ouzbékistan à la conquête du marché international du cinéma</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Je n&rsquo;ai pas de recette miracle, je sais simplement que l’État ne doit pas perdre le contrôle sur une forme d&rsquo;art aussi importante que le cinéma. Il est indispensable, à mon avis, de changer très vite le système de préparation des films, car pour réaliser chaque année trente longs métrages, il est absolument nécessaire aujourd&rsquo;hui que la production ait dans ses dossiers une centaine de scénarios parmi lesquels elle puisse choisir, et au moins une cinquantaine de réalisateurs professionnels, talentueux ou au moins compétents. Je me souviens qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas très longtemps, les médias ont jubilé quand un groupe assez important de jeunes réalisateurs de notre pays sont partis se former en Chine. Où sont ces réalisateurs ? Sur quoi travaillent-ils ? Quelle expérience ont-ils acquise ?</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Qu&rsquo;est ce qui doit changer, selon vous, dans le langage cinématographique ouzbek pour qu&rsquo;il commence à être coté dans le monde ? Il est entendu que pour tourner un blockbuster, il faut beaucoup d&rsquo;argent. Mais on peut aujourd&rsquo;hui faire aussi du bon cinéma avec quelques sous, comme le prouve sans arrêt le cinéma iranien ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Pour que quelque chose change dans le langage du cinéma ouzbek, il faut s&rsquo;intéresser aux classiques du cinéma mondial et se mettre à l&rsquo;école de ses représentants. La plupart de nos réalisateurs ont été formés par des pédagogues qui, pour différentes raisons, n&rsquo;étaient en fait que des demi-savants. S&rsquo;il n&rsquo;y a pas de talent donné par les dieux, alors la paresse, l&rsquo;arrogance, une prétention injustifiée sont les causes principales qui expliquent pourquoi on ne trouve pas chez nos jeunes réalisateurs une écriture vraiment personnelle. Je sais que beaucoup ne seront pas d&rsquo;accord avec moi, mais les faits sont têtus.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/abdullajon-une-critique-de-la-societe-ouzbeke-par-la-science-fiction-comique/">« Abdullajon », une critique de la société ouzbèke par la science-fiction comique</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Le grand Sergueï Eisenstein disait que le langage cinématographique est semblable au chinois : il existe des milliers d&rsquo;idéogrammes, mais on n&rsquo;en utilise que cinq ou six… Un espace infini est ouvert pour les jeunes, mais il faut d&rsquo;abord apprendre ces cinq ou six “hiéroglyphes”.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Sandjar Ianichev<br />
</strong><strong>Journaliste pour Fergana News</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://fergana.site/articles/118288/">du russe</a> par Jacques Duvernet</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Edité par Sayyora Pardaïeva </strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Anne Marvau<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Tensions États-Unis / Chine : « La diplomatie multi-vectorielle des pays d&#8217;Asie centrale est mise à l&#8217;épreuve »</title>
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		<pubDate>Mon, 25 May 2020 09:37:49 +0000</pubDate>
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<p>Des «&#160;Nouvelles routes de la Soie&#160;» aux problématiques énergétiques et sécuritaires, l’Asie centrale a une position clé dans les enjeux politiques et économiques mondiaux. Le politologue kazakh Sanat Kouchkoumbaïev dresse un portrait des perspectives de la région, à l&#8217;heure où les tensions entre États-Unis et Chine semblent dessiner un nouvel environnement. Novastan reprend et traduit [&#8230;]</p>
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<p style="text-align: justify"><strong>Des «&nbsp;Nouvelles routes de la Soie&nbsp;» aux problématiques énergétiques et sécuritaires, l’Asie centrale a une position clé dans les enjeux politiques et économiques mondiaux. Le politologue kazakh Sanat Kouchkoumbaïev dresse un portrait des perspectives de la région, à l&rsquo;heure où les tensions entre États-Unis et Chine semblent dessiner un nouvel environnement.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 avril 2020 par <a href="https://caa-network.org/archives/19583">le média Central Asia Analytical Network.</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Depuis des décennies, l&rsquo;Asie centrale est un terrain convoité par les géants économiques. Géographiquement située entre les États-Unis et la Chine, elle peut aussi devenir le lieu d’affrontements indirects. &nbsp;La région est-elle en train de devenir l’un des terrains de la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine&nbsp;? Qu’en est-il de place de la Russie&nbsp;? Et quelles sont les perspectives de coopération régionale&nbsp;?</p>
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<p style="text-align: justify">Sanat Kouchkoumbaïev est sous-directeur de l’Institut kazakhe de recherche stratégique (KISI), rattaché à la présidence du Kazakhstan. Docteur en sciences politiques, il répond aux questions du Central Asian Analytical Network (CAAN).</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Central Asian Analytical Network : La visite du secrétaire d’État Mike Pompeo au Kazakhstan et en Ouzbékistan donne le sentiment que l&rsquo;intérêt des États-Unis pour cette région se réveille peu à peu, notamment en raison de la rivalité avec la Chine. En quoi cela modifie-t-il les relations diplomatiques et l&rsquo;atmosphère dans la région&nbsp;?</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Sanat Kouchkoumbaïev</strong>&nbsp;: L&rsquo;intérêt des États-Unis pour l&rsquo;Asie centrale a toujours existé, avec, on le sait, des hauts et des bas. Au cours la première décennie de l&rsquo;indépendance, cet intérêt était largement conditionné par des questions de diversification de l&rsquo;approvisionnement en énergie que permettaient les ressources de la région. Puis, après le 11 septembre 2001, l&rsquo;Afghanistan est devenu un enjeu de sécurité central. C’est après la mort de Ben Laden en 2011 que le mécontentement et la lassitude suscités dans la société américaine par l&rsquo;intervention en Afghanistan ont commencé à grandir.</p>
<p style="text-align: justify">Washington voudrait mettre un terme à la guerre d&rsquo;Afghanistan avec des conditions acceptables pour l&rsquo;Amérique. L&rsquo;administration Obama avait déjà entrepris des efforts en ce sens. Les actions décisives récentes du patron actuel de la Maison Blanche sont une nouvelle tentative pour trouver une issue à ce long conflit. Mais, jusqu&rsquo;à nouvel ordre,&nbsp; l&rsquo;engagement et les intérêts américains en Afghanistan demeurent, et ils continueront d&rsquo;être plus ou moins affirmés. Ainsi, l&rsquo;Asie centrale restera elle aussi sur les radars de la politique étrangère américaine.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/decryptage/laccord-entre-talibans-et-etats-unis-quel-impact-pour-lasie-centrale/">L’accord entre Talibans et États-Unis : quel impact pour l’Asie centrale ?</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Actuellement, la rivalité entre les États-Unis et la Chine est incontestablement un facteur essentiel de la réactivation de la politique de Washington en Asie centrale, mais ce n&rsquo;est pas le seul. Pour les principaux opposants des États-Unis en Eurasie – la Chine, la Russie et l&rsquo;Iran &#8211;&nbsp; l&rsquo;Asie centrale est stratégiquement très importante. Cela explique que la région ne soit pas encore devenue une zone de confrontation aiguë entre ces États. Pendant longtemps, une sorte de consensus y a régné. Le maintien du statu quo est dans l&rsquo;intérêt des pays d&rsquo;Asie centrale, mais il est évident qu&rsquo;ils sont de plus en plus souvent confrontés aux défis d&rsquo;une telle situation.</p>
<p style="text-align: justify">Le problème ne réside pas dans les déclarations musclées du secrétaire d’État Mike Pompeo lors de <a href="https://novastan.org/fr/decryptage/la-strategie-americaine-en-asie-centrale-simple-redite-ou-veritable-changement/">sa visite dans les deux principaux États de la région</a>, ni même dans la réaction irritée de Pékin. Ce qui est beaucoup plus important, ce sont les changements dans les phases de rivalité entre les deux États. Sur la ligne de front – la guerre commerciale &#8211; &nbsp;il règne en ce moment une accalmie relative, mais le conflit se poursuit par procuration. Les pays d&rsquo;Asie centrale, bien évidemment, voudraient éviter d&rsquo;être impliqués dans une confrontation indirecte.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/decryptage/la-strategie-americaine-en-asie-centrale-simple-redite-ou-veritable-changement/">La stratégie américaine en Asie centrale, simple redite ou véritable changement ?</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Les efforts de Washington pour attaquer la réputation de Pékin dans le contexte de la <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/le-coronavirus-en-perte-de-vitesse-en-asie-centrale/">pandémie du coronavirus</a> portent aussi un coup à la grande initiative des «&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/les-obstacles-aux-nouvelles-routes-de-la-soie/">Nouvelles routes de la Soie </a>» et cela se produit dans un contexte où l&rsquo;image de marque de la Chine dans les pays d&rsquo;Asie centrale n&rsquo;est pas sans taches. Ces pays ont réagi avec beaucoup de retenue aux escarmouches auxquelles la visite de Mike Pompeo a donné lieu, mais il est clair qu&rsquo;ils ne peuvent manquer d&rsquo;être préoccupés pas la rivalité croissante entre leurs partenaires stratégiques.</p>
<p style="text-align: justify">La diplomatie multi-vectorielle des pays d&rsquo;Asie centrale est mise à l&rsquo;épreuve, mais malgré la complexité de la conjoncture, je crois que c&rsquo;est cette politique, alliée à de la patience stratégique, qui pourra donner à moyen terme les meilleurs résultats.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Quelle est la politique de Moscou dans la région, compte tenu de la tension actuelle entre les États-Unis et la Chine&nbsp;? Cette tension est-elle positive ou négative pour Moscou&nbsp;? Resserre-t-elle les liens entre la Russie et la Chine&nbsp;?</strong><strong>&nbsp;</strong></p>
<p style="text-align: justify">Il y a entre Moscou et Pékin un certain consensus. Ils sont en fait d&rsquo;accord pour respecter une sorte de division du travail entre les deux pays. La Chine est active dans le secteur économique et commercial, la Russie domine pour les questions de sécurité. Et la Russie dispose là, évidemment, d&rsquo;une palette d&rsquo;outils, bilatéraux ou multilatéraux, comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_%C3%A9conomique_eurasiatique">l&rsquo;Union économique eurasiatique</a> (UEE) <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_s%C3%A9curit%C3%A9_collective">ou l&rsquo;Organisation du traité de sécurité collective</a> (OTSC). La Russie est traditionnellement préoccupée par l&rsquo;activisme des États-Unis mais elle n&rsquo;est pas particulièrement enthousiasmée de voir la Chine avancer ses pions en Asie centrale. Moscou s&rsquo;efforce cependant sagement de ne pas entrer avec Pékin dans une concurrence ouverte.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/la-russie-et-la-chine-principaux-investisseurs-dans-les-entreprises-ouzbekes/">La Russie et la Chine, principaux investisseurs dans les entreprises ouzbèkes</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">La Russie se trouve pour le moment à la périphérie de l&rsquo;initiative des «&nbsp;Nouvelles routes de la soie&nbsp;» et elle a une attitude prudente à l&rsquo;égard de la réalisation de ce projet. On sait qu&rsquo;il existe une déclaration sur un couplage de l&rsquo;UEE avec les routes de la Soie, mais il s&rsquo;agit plutôt d&rsquo;un simple document diplomatique, d&rsquo;une sorte de mémorandum sur un protocole d&rsquo;accord. Plusieurs experts russes redoutent toujours que l&rsquo;initiative chinoise ne devienne un défi pour l&rsquo;UEE. Je pense que c&rsquo;est la conséquence d&rsquo;une compréhension incomplète d&rsquo;une réalité qui évolue à toute allure. En réalité, si l&rsquo;on sait définir correctement les objectifs à atteindre, toutes les parties concernées peuvent tirer profit d&rsquo;une coopération à ce niveau.</p>
<p style="text-align: justify">Je ne pense pas que la tension entre Washington et Pékin soit bénéfique pour Moscou d&rsquo;un point de vue stratégique. Ceux qui pensent le contraire se laissent guider par des considérations de tactique conjoncturelle. Si la Chine doit subir des pertes importantes sur le plan politique et, ce qui est le plus important, économique, elles se répercuteront aussi par ricochet sur ses partenaires et amis, c&rsquo;est-à-dire la Russie et les pays d&rsquo;Asie centrale, et c&rsquo;est précisément ce que nous observons aujourd&rsquo;hui.</p>
<p style="text-align: justify">L&rsquo;autre question est que par leur concurrence avec les États-Unis, Pékin et Moscou peuvent continuer à se rapprocher. La Russie n&rsquo;a pas de désaccords de principe avec la Chine. Pour leurs stratégies respectives en Asie centrale, les deux États ont une tolérance réciproque de plus en plus marquée. Ce qui les rapproche, ce n&rsquo;est pas seulement la rivalité avec les États-Unis, mais aussi leur intérêt commun à maintenir dans la région la stabilité et la sécurité telles qu&rsquo;ils les comprennent.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Est-il possible qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une confrontation passagère intensifiée par l&rsquo;administration Trump et que, si une autre administration s&rsquo;installait, l&rsquo;approche devienne différente&nbsp;?</strong></p>
<p style="text-align: justify">La politique extérieure américaine est assez prévisible. Du point de vue de la stratégie, elle ne change pas fondamentalement. La définition de la politique des États-Unis en Asie centrale, formulée avec concision et clarté il y a plus de vingt ans, par le conseiller en politique étrangère <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Zbigniew_Brzezi%C5%84ski">Zbigniev Brzezinski</a>, est toujours d&rsquo;actualité&nbsp;: <em>« L&rsquo;Amérique est située trop loin pour dominer dans cette partie de l&rsquo;Eurasie, mais elle est trop puissante pour ne pas être impliquée dans les événements qui se déroulent sur ce théâtre&nbsp;»</em>. En Asie centrale, les États-Unis ne veulent ni dominer, ni être marginalisés.</p>
<p style="text-align: justify">La tension dans les relations sino-américaines ne date pas de la présidence de Trump. Les frictions économiques et géopolitiques s&rsquo;étaient aggravées plus tôt déjà, quand la Chine était devenue la deuxième économie mondiale. N&rsquo;oublions pas que sous l&rsquo;administration Obama, l&rsquo;<em>establishment</em> américain était déjà unanime à considérer la Chine comme le principal adversaire, sur le plan régional aussi bien que mondial.</p>
<p style="text-align: justify">C&rsquo;est à cette période que le commandement Pacifique des forces armées s&rsquo;est encore davantage renforcé pour devenir l&rsquo;élément-clé. Dans la doctrine militaire américaine, la Chine est, avec la Russie, le principal adversaire. En même temps, c&rsquo;est le président Trump qui a insisté pour que les États-Unis sortent en 2017 de l&rsquo;accord sur le <a href="https://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/01/23/20002-20170123ARTFIG00275-trump-signe-l-acte-de-retrait-des-etats-unis-du-traite-de-libre-echange-transpacifique.php">Partenariat Trans-Pacifique</a>, conclu par l&rsquo;administration précédente.</p>
<p style="text-align: justify">Malgré la manière très personnelle qu&rsquo;a Donald Trump de qualifier de «&nbsp;très bonnes&nbsp;» ou de «&nbsp;remarquables&nbsp;» toutes ses rencontres avec le leader chinois Xi Jinping, la pression qu&rsquo;exerce l&rsquo;administration américaine actuelle sur la Chine est sans précédent. Cela illustre une fois de plus que ce sont les intérêts à long terme des États-Unis qui déterminent la politique extérieure américaine. Que la tactique soit celle des «&nbsp;faucons&nbsp;»&nbsp; ou des «&nbsp;colombes&nbsp;», que la confrontation s&rsquo;aiguise ou s&rsquo;apaise, l&rsquo;opposition stratégique entre Washington et Pékin n&rsquo;en subsistera pas moins quel que soit le vainqueur de la prochaine élection présidentielle.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Dans leur nouvelle stratégie en Asie centrale pour 2019 – 2025, les Américains mettent l&rsquo;accent sur la connectivité de la région. La Chine, l&rsquo;UE et – en partie – la Russie font de même. Pourquoi la connectivité ne deviendrait-elle pas un facteur d&rsquo;unification dans les relations entre les grands États de la région&nbsp;?</strong></p>
<p style="text-align: justify">L&rsquo;une des causes principales est la méfiance réciproque croissante entre ces États. Le niveau de leurs relations à l&rsquo;échelle globale se retrouve dans le contexte régional. Si par exemple deux États sont en conflit aigu dans d&rsquo;autres régions ou pour des raisons diverses, en Syrie, en Ukraine, en Asie-Pacifique, ou bien dans la sphère économico-commerciale, il est clair qu&rsquo;il n&rsquo;est pas facile d&rsquo;en faire abstraction dans d&rsquo;autres régions, même sur des questions moins conflictuelles. Il est important que chacun fasse preuve de souplesse et d&rsquo;ouverture.</p>
<p style="text-align: justify">En outre, la connectivité n&rsquo;est pas vue de la même manière dans les différentes capitales. Pour Moscou, la connectivité régionale est importante dans un contexte de renforcement des organisations où la Russie a un rôle dominant,&nbsp; l&rsquo;UEE et l&rsquo;OTSC. Pour Pékin, ce sont les progrès de l&rsquo;initiative des «&nbsp;Nouvelles routes de la Soie&nbsp;» qui priment.</p>
<p style="text-align: justify">Pour Washington, la connectivité de l&rsquo;Asie centrale est importante dans un contexte de renforcement des liens énergétiques, commerciaux et militaires avec l&rsquo;Asie du Sud, en particulier avec l&rsquo;Afghanistan et le Pakistan, et avec l&rsquo;Europe en passant par le Caucase. On sait qu&rsquo;au Département d’État américain, c&rsquo;est un seul service, réunissant deux régions bien différentes, le Bureau des affaires d&rsquo;Asie du Sud et du Centre, qui a en charge ces questions.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/lunion-europeenne-a-devoile-sa-nouvelle-strategie-pour-lasie-centrale/">L’Union européenne a dévoilé sa nouvelle stratégie pour l’Asie centrale</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Sur ce plan, il me semble que <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/lunion-europeenne-a-devoile-sa-nouvelle-strategie-pour-lasie-centrale/">l&rsquo;approche de Bruxelles</a> est plus souple d&rsquo;un point de vue géopolitique. L&rsquo;Union européenne, géant économique et principale partenaire des pays d&rsquo;Asie centrale, est incapable de se fixer des objectifs clairs, parce que l&rsquo;Europe est une mosaïque sans unité politique. Dans ses liens avec les pays d&rsquo;Asie centrale, elle développe le principe de relations de région à région. Au moins, c&rsquo;est Bruxelles qui, avant les autres, a posé la question qui compte&nbsp;: que désirent et qu&rsquo;attendent les pays d&rsquo;Asie centrale eux-mêmes sur le plan de la coopération régionale et interrégionale&nbsp;?</p>
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<p style="text-align: justify">Dans ce contexte, la position des États d&rsquo;Asie centrale eux-mêmes est bien sûr très importante. Dans quelle mesure sont-ils prêts à renforcer leur interdépendance&nbsp;? Si une plate-forme d&rsquo;union pour les États de la région voit le jour, les acteurs extérieurs seront forcés d&rsquo;en tenir compte dans leurs approches. Je suis convaincu qu&rsquo;un tel vecteur de développement est dans l&rsquo;intérêt de ces pays.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Que pensez-vous au fond des perspectives de coopération régionale en Asie centrale, particulièrement dans le contexte de ces nouveaux défis&nbsp;?</strong></p>
<p style="text-align: justify">La situation actuelle, avec ce renforcement des rivalités entre les puissances mondiales en lien avec les crises économiques et épidémiologiques, doit être un aiguillon pour plus de coopération entre les États de la région. Unir et synchroniser le plus possible leurs efforts sera, j&rsquo;en suis certain, la meilleure réponse à ces défis.</p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/les-chefs-detat-dasie-centrale-a-tachkent-symboles-et-egos-pour-creer-le-dialogue/">Les chefs d’État d’Asie centrale à Tachkent : symboles et egos pour créer le dialogue</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Alors que beaucoup de chaînes de production, de commerce, de logistique internationales sont interrompues, de nombreux États, et avec eux des régions entières, s&rsquo;efforcent de diminuer ou de remplacer leurs importations en recherchant des ressources intérieures. Les crises, traditionnellement, n&rsquo;apportent pas seulement des défis et des menaces, elles ouvrent aussi de nouvelles possibilités, de nouvelles perspectives. Les pays d&rsquo;Asie centrale peuvent ainsi réaliser leur potentiel de coopération sur le plan de l&rsquo;industrie, des transports et de la logistique, de l&rsquo;agro-alimentaire. La crise mondiale et les différentes mesures de confinement montrent que les pays qui répondent le mieux à ces défis sont ceux qui ont une structure économique équilibrée.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le contexte économique local, la réponse à la question de savoir s&rsquo;il vaut mieux pour la compétitivité avoir un marché de 10, 20, 30 millions de personnes, ou bien de 75 millions, est assez évidente. Les pays de la région doivent sans tarder réfléchir à ce vecteur du développement. Nous sommes par exemple interdépendants pour le développement de nos secteurs agraires, nous sommes liés par-delà les frontières pour les ressources en eau, question pour laquelle les États d&rsquo;Asie centrale peuvent et doivent trouver des solutions qui soient dans l&rsquo;intérêt de tous.</p>
<p style="text-align: justify">Avec leur potentiel important pour l&rsquo;énergie, l&rsquo;agriculture, les ressources naturelles et leur transformation, ainsi qu’avec d&rsquo;énormes ressources de main-d’œuvre, ces pays peuvent, en coopérant, réussir mieux leur développement. Et, sur la scène internationale, ils pourront défendre plus efficacement leurs intérêts. L&rsquo;atmosphère politique de la région va d&rsquo;ailleurs actuellement tout à fait dans ce sens. Il est intéressant de noter que, symboliquement, le 28 mars, pendant l&rsquo;état d&rsquo;urgence et les mesures de quarantaine causées par la pandémie, les chefs de gouvernement des deux pays ont inauguré, à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kostana%C3%AF">Kostanaï</a>, une usine commune kazakho-ouzbèke pour le montage des automobiles de la société ouzbèke UzAuto Motors.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://caa-network.org/archives/19583">du russe</a> par Jacques Duvernet</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Édité par Anne Pouzargues</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Aline Cordier Simonneau</strong></p>
<p><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Charov Rachidov, figure de la diplomatie soviétique auprès des pays du tiers-monde</title>
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		<dc:creator><![CDATA[jduvernet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2020 09:17:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Charov Rachidov]]></category>
		<category><![CDATA[Diplomatie]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[URSS]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/charov-rachidov-figure-de-la-diplomatie-sovietique-aupres-des-pays-du-tiers-monde/">Charov Rachidov, figure de la diplomatie soviétique auprès des pays du tiers-monde</a></p>
<p>Charov Rachidov n’a pas été que le premier secrétaire du parti communiste ouzbek pendant une vingtaine d’années. Il a été aussi un diplomate soviétique brillant qui a connu de nombreux succès auprès des pays du tiers-monde.  Novastan reprend et traduit ici un article publié le 25 février 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/charov-rachidov-figure-de-la-diplomatie-sovietique-aupres-des-pays-du-tiers-monde/">Charov Rachidov, figure de la diplomatie soviétique auprès des pays du tiers-monde</a></p>
<p style="text-align: justify"><b>Charov Rachidov n’a pas été que le premier secrétaire du parti communiste ouzbek pendant une vingtaine d’années. Il a été aussi un diplomate soviétique brillant qui a connu de nombreux succès auprès des pays du tiers-monde. </b></p>
<p style="text-align: justify"><b>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 25 février 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale </b><a href="https://fergana.ru/articles/115239/"><b>Fergana News</b></a><b>.</b></p>
<p style="text-align: justify"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sharof_Rashidov"><span style="font-weight: 400">Charov Rachidov</span></a><span style="font-weight: 400">, premier secrétaire du parti communiste et dirigeant tout puissant de la République soviétique socialiste d&rsquo;Ouzbékistan de 1959 à 1983, est une figure pour le moins controversée. Si dans toute l&rsquo;URSS (et en partie aussi en Ouzbékistan), on parle de « Rachidovisme » pour qualifier ses longues années au pouvoir, en entendant par là  corruption, fraude, népotisme et clanisme, Charov Rachidov était également considéré sur la scène internationale comme le représentant de la population autochtone (et non des colonisateurs), comme un intellectuel et comme un leader d’une République  soviétique musulmane moderne.</span></p>
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<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">C&rsquo;est cette image de marque qui lui a permis d&rsquo;accomplir le nombre record de 33 missions diplomatiques à l&rsquo;étranger. Les péripéties de la carrière diplomatique de Charov Rachidov, ses heures de gloire au Caire et à Cuba, l&rsquo;échec de son projet d&rsquo; « islam socialiste »  après le début de la guerre en Afghanistan sont l&rsquo;objet de la nouvelle étude de l&rsquo;historien italien Ricardo Mario Cucciolla « </span><a href="https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/02634937.2019.1708269?journalCode=ccas20"><span style="font-weight: 400">Sharaf Rashidov and the international dimension of Soviet Uzbekistan</span></a><span style="font-weight: 400"> » publiée dans la revue scientifique </span><i><span style="font-weight: 400">Central Asian Survey</span></i><span style="font-weight: 400"> le 23 janvier dernier</span><span style="font-weight: 400">.</span></p>
<p style="text-align: justify"><b>Les débuts diplomatiques de Charov Rachidov</b></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Le pouvoir soviétique s&rsquo;efforçait de mener une politique extérieure complexe qui se développait selon plusieurs axes. La fin de la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide avec l&rsquo;Occident, la décolonisation, l&rsquo;émergence sur la scène internationale de nouveaux partenaires puissants tels que l’Inde la Chine et certains pays du tiers-monde ont forcé l&rsquo;URSS à développer une « paradiplomatie ». Celle-ci s&rsquo;appuyait sur les leaders des Républiques de l&rsquo;Union soviétique et sur leurs ministres des Affaires étrangères, sur les organisations de femmes, de jeunes, sur les organisations religieuses, sur les militants politiques et associatifs, sans parler des sportifs et des cosmonautes. Dans ce contexte, un rôle important était dévolu à Tachkent, capitale de l&rsquo;Orient soviétique, vitrine du modèle de développement soviétique. Décolonisation, internationalisme, progrès socialiste, amitié des peuples : c&rsquo;est avec de tels mots d&rsquo;ordre que <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikita_Khrouchtchev">Nikita Khrouchtchev</a> (1958-1964) se défendait contre les critiques venant de pays d&rsquo;Asie et d&rsquo;Afrique qui reprochaient à l&rsquo;URSS de représenter un autre forme d&rsquo;impérialisme de l&rsquo;homme blanc.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Ce tournant vers l&rsquo;Orient et le tiers-monde fut d’abord activement accompagné par le premier secrétaire du parti communiste d&rsquo;Ouzbékistan </span><a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1958/11/FERON/22810"><span style="font-weight: 400">Nouritdin Moukhitdinov</span></a> (<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Nuritdin_Mukhitdinov">1955-1957</a>)<span style="font-weight: 400"> qui organisa en 1955 une rencontre à Tachkent avec le Premier ministre indien <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jawaharlal_Nehru">Jawaharlal Nehru</a>, puis fut ensuite plusieurs années ambassadeur à Damas où il renforça les liens entre l&rsquo;URSS et le régime de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hafez_el-Assad">Hafez el-Assad</a>. Selon Ricardo Mario Cucciola, il joua un rôle clé dans la nomination de Charov Rachidov, écrivain et journaliste, à des postes de responsabilité.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">La carrière de Charov Rachidov décolla véritablement en 1957 lorsqu&rsquo;il accompagna le militaire et homme politique soviétique <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kliment_Vorochilov">Kliment Vorochilov</a> </span><span style="font-weight: 400">dans son voyage en Indonésie, Birmanie, Chine et au Vietnam. Placé au premier plan, Charov Rachidov apparaissait comme un représentant des dirigeants de l’État soviétique. Lors de la rencontre avec <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4_Chi_Minh">Ho Chi  Minh</a>, ce dernier se félicita d&rsquo;avoir pour interlocuteur ce dirigeant d&rsquo;une République multinationale. N&rsquo;étant pas russe, Charov Rachidov suscitait une sympathie particulière chez les combattants anticolonialistes de Birmanie, de Chine, du Vietnam.</span></p>
<p><figure id="attachment_32968" aria-describedby="caption-attachment-32968" style="width: 690px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-32968" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-hoshimin.jpg" alt="Charov Rachidov Rencontre Diplomatie Ouzbékistan URSS Histoire Ho Chi Minh" width="690" height="710" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-hoshimin.jpg 690w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-hoshimin-292x300.jpg 292w" sizes="auto, (max-width: 690px) 100vw, 690px" /><figcaption id="caption-attachment-32968" class="wp-caption-text">Charov Rachidov a rencontré Ho Chi Minh en 1957.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Moscou se réjouit de ce succès et plaça Charov Rachidov à la tête de la délégation soviétique pour la conférence de la solidarité des peuples d&rsquo;Asie et d&rsquo;Afrique au Caire (1957). Là, Charov Rachidov s&rsquo;en prit violemment à l&rsquo;impérialisme de l&rsquo;Occident, accusant les États-Unis de piller l&rsquo;Orient sous prétexte de l&rsquo;aider, alors que l&rsquo;URSS, selon lui, aidait de façon désintéressée les pays à développer leur industrie et leur économie sans intervenir dans leurs affaires intérieures. Dans leurs rapports, les agents de la CIA présentèrent avec inquiétude Charov Rachidov comme un homme belliqueux convaincu que la doctrine de la coexistence pacifique entre l&rsquo;URSS et l&rsquo;OTAN ne concernait pas le tiers-monde, qui devait lutter pour son indépendance.</span></p>
<p><b>Lire aussi sur Novastan : </b><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-les-manuels-dhistoire-reecrits-pour-construire-une-identite-nationale/"><b>Ouzbékistan, les manuels d’histoire réécrits pour construire une identité nationale</b></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">C&rsquo;est à ce moment-là que Charov Rachidov reçut des instructions particulières pour engager des pourparlers avec le gouvernement égyptien. Kliment Vorochilov en personne lui demanda d&rsquo;inviter <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gamal_Abdel_Nasser">Gamal Abdel Nasser</a> en Ouzbékistan. Le coton, l&rsquo;irrigation de terres désertes, l&rsquo;industrie, toutes ces spécificités de la République soviétique ouzbèke ne pouvaient manquer d&rsquo;intéresser le leader égyptien. L&rsquo;URSS joua également la carte musulmane : dans la délégation, il y avait aussi le président du Conseil spirituel d&rsquo;Asie centrale et du Kazakhstan <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%91%D0%B0%D0%B1%D0%B0%D1%85%D0%B0%D0%BD%D0%BE%D0%B2,_%D0%A8%D0%B0%D0%BC%D1%81%D0%B8%D0%B4%D0%B4%D0%B8%D0%BD%D1%85%D0%B0%D0%BD">C</a></span><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%91%D0%B0%D0%B1%D0%B0%D1%85%D0%B0%D0%BD%D0%BE%D0%B2,_%D0%A8%D0%B0%D0%BC%D1%81%D0%B8%D0%B4%D0%B4%D0%B8%D0%BD%D1%85%D0%B0%D0%BD">hamchiddinhan </a><span style="font-weight: 400"><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%91%D0%B0%D0%B1%D0%B0%D1%85%D0%B0%D0%BD%D0%BE%D0%B2,_%D0%A8%D0%B0%D0%BC%D1%81%D0%B8%D0%B4%D0%B4%D0%B8%D0%BD%D1%85%D0%B0%D0%BD">Babakhanov</a>, qui rendit visite au recteur de l&rsquo;université Al-Azhar et lui proposa de renforcer les liens entre les clergés d’Égypte et d&rsquo;URSS. Cette diplomatie « ouzbèke » porta ses fruits : l&rsquo;année suivante, Gamal Abdel Nasser se rendit effectivement en visite en Ouzbékistan.</span></p>
<p style="text-align: justify"><b>Charov Rachidov pendant la guerre froide</b></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Devenu en 1959 premier secrétaire du Comité central du parti communiste ouzbek, Charov Rachidov se vit confier des missions de plus en plus importantes. En mai 1962, il dirigea la délégation soviétique à La Havane dont le but officiel était la coopération dans les domaines de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;irrigation. Qui mieux qu&rsquo;un dirigeant de la République cotonnière pouvait tenir ce rôle ? Mais en réalité, ce voyage n’était qu’un prétexte pour la visite du maréchal soviétique <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sergue%C3%AF_Biriouzov">Sergueï Biriouzov</a>, </span><span style="font-weight: 400">commandant en chef de l’Armée de l’air de Défense nationale</span><i><span style="font-weight: 400">,</span></i><span style="font-weight: 400"> qui devait convaincre <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fidel_Castro">Fidel Castro</a> d&rsquo;accueillir à Cuba des missiles balistiques et des bombardiers stratégiques. Charov Rachidov ne perdait pas pour autant de vue son propre intérêt : il se lia d&rsquo;amitié avec le leader cubain qu&rsquo;il reçut en Ouzbékistan l&rsquo;année suivante, en 1963. Fidel Castro séjourna à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samarcande">Samarcande</a> et conduisit des tracteurs dans les kolkhozes de la <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Betpak-Dala">Steppe de la Faim</a>.</span></p>
<p><figure id="attachment_32967" aria-describedby="caption-attachment-32967" style="width: 1100px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-32967" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-kastro-1.jpg" alt="" width="1100" height="740" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-kastro-1.jpg 1100w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-kastro-1-300x202.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-kastro-1-768x517.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-kastro-1-1024x689.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/05/rashidov-kastro-1-128x86.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /><figcaption id="caption-attachment-32967" class="wp-caption-text">Charov Rachidov accueillant Fidel Castro en Ouzbékistan en 1963.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">L&rsquo;éviction de Nikita Khrouchtchev n&rsquo;eut pas </span><span style="font-weight: 400">pour Charov Rachidov de conséquences négatives. Au contraire, il devint l&rsquo;un des fidèles alliés de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9onid_Brejnev">Leonid Brejnev</a> (1964-1982). Ses voyages diplomatiques continuèrent. En 1965, il appela à la solidarité “anti impérialiste” à Djakarta, quelques mois avant les exécutions en masse des communistes par le régime de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soeharto">Suharto</a>.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Il se rendit également quatre fois en Algérie car l&rsquo;URSS soutenait activement la lutte de ce pays pour son indépendance. Charov Rachidov n&rsquo;arrivait pas les mains vides : l&rsquo;URSS proposait à son partenaire des crédits de 90 et 115 millions de roubles, une assistance pour la construction d&rsquo;un combinat métallurgique et pour la culture du coton, mais le programme cotonnier algérien ne décolla pas vraiment. Entre 1972 et 1981, dans un contexte de relations dégradées entre l&rsquo;URSS et l&rsquo;Egypte, l&rsquo;Algérie fut l&rsquo;objet d&rsquo;une attention particulière. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Charov Rachidov eut plusieurs fois l&rsquo;occasion de défendre la ligne du parti dans son travail diplomatique : c&rsquo;est lui qui, en 1971, représentait le Parti communiste de l&rsquo;Union soviétique (PCUS) au congrès du parti socialiste chilien, et qui ensuite reçut à Tachkent la communiste américaine <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Angela_Davis">Angela Davis</a>.</span></p>
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<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Vers la fin des années 1970, il s&rsquo;occupa davantage des problèmes intérieurs de la République d&rsquo;Ouzbékistan. mais dès le début des années 1980, il fit son retour sur la scène internationale, en Afrique cette fois. En 1980, le leader ouzbek fit une visite au Zimbabwe pour s&rsquo;assurer du soutien du gouvernement de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Mugabe">Robert Mugabe</a>, qui, après sa victoire sur la Rhodésie, s&rsquo;appuyait sur la majorité noire. Robert Mugabe vint accueillir Charov Rachidov à l&rsquo;aéroport, mais différa le début des pourparlers officiels, suscitant ainsi le mécontentement de l&rsquo;URSS. Dans ces mêmes années, Charov Rachidov noua des contacts personnels avec les révolutionnaires du Mozambique (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_lib%C3%A9ration_du_Mozambique">FRELIMO</a>) et d&rsquo;Angola (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_populaire_de_lib%C3%A9ration_de_l%27Angola">MPLA</a>). Le dernier objectif international du leader ouzbek a été l’Éthiopie : en 1983, à la tête d&rsquo;une délégation du PCUS, il inaugura à Addis-Abeba la première statue de Lénine sur le sol africain, qui resta en place jusqu&rsquo;en 1991.</span></p>
<p style="text-align: justify"><b>Tachkent, ville de concorde</b></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Tachkent, la « capitale » de Charov Rachidov, représentait en Union soviétique la vitrine des réalisations du pouvoir soviétique et attestait des bienfaits de l&rsquo;approche soviétique sur les sociétés islamiques traditionnelles. La reconstruction de la ville après le tremblement de terre de 1966 en témoignait également. Instituts scientifiques, complexes sportifs, larges avenues, tout concourait à construire une société développée moderne, sous la direction du parti communiste, bien entendu. La diplomatie ne demeurait pas en reste : c&rsquo;est à Tachkent que les leaders de l&rsquo;Inde et du Pakistan signèrent en 1966 leur déclaration de paix, ce qui ne les empêcha pas de commencer en 1971 une nouvelle guerre, mais Charov Rachidov put ainsi se voir en faiseur de paix.</span></p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/larchitecture-sovietique-de-tachkent-a-t-elle-encore-de-la-valeur/">L’architecture soviétique de Tachkent a-t-elle encore de la valeur ?</a></strong></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">On fit de Tachkent un centre culturel cosmopolite. Des milliers d&rsquo;écrivains, de poètes, de journalistes, de cinéastes et de sportifs venus d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Amérique latine s&rsquo;y retrouvaient pour des manifestations diverses, et dix festivals de cinéma s&rsquo;y déroulèrent entre 1968 et 1988.</span></p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-edifices-remarquables-et-lieux-uniques-a-decouvrir-a-tachkent-la-capitale-ouzbeke/">Les édifices remarquables et lieux uniques à découvrir à Tachkent, la capitale ouzbèke</a></strong></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Vitrine du socialisme, Tachkent devait aussi montrer au monde entier que l&rsquo;URSS était tolérante à l&rsquo;égard de la religion et que la société soviétique était parfaitement compatible avec l&rsquo;islam. Charov Rachidov voulait que mosquées, écoles coraniques et  mausolées soient utilisés le plus possible, et pas seulement restaurés pour les touristes, mais rendus aux croyants selon leur destination première. Le gouvernement du pays entendit ces appels et s&rsquo;efforça de lutter contre la propagande occidentale qui s&rsquo;indignait des persécutions religieuses en URSS.</span></p>
<p><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/les-monuments-brutalistes-sovietiques-brutalises-en-asie-centrale/">Les monuments brutalistes soviétiques brutalisés en Asie centrale</a></strong></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">On recréa à Tachkent un cursus d&rsquo;études théologiques, l&rsquo;institut islamique Al-Boukhâri fut inauguré et des centaines de milliers de roubles furent investies dans la restauration des monuments et l&rsquo;enseignement des anciennes cultures de l&rsquo;Ouzbékistan. En 1970, pour la première fois dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;URSS, une conférence islamique internationale se déroula à Tachkent. Tous ces événements, bien entendu, avaient lieu sous le contrôle du parti et du KGB, et un élément obligé dans toutes les discussions était l&rsquo;éloge du mode de vie soviétique et la condamnation de l&rsquo;impérialisme.</span></p>
<p style="text-align: justify"><b>Le piège afghan</b></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Charov Rachidov et sa République eurent bientôt la possibilité de démontrer à leur plus proche voisin musulman, l’Afghanistan, les charmes du projet « islamo-socialiste ».</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Après la révolution iranienne et l&rsquo;entrée des troupes soviétiques en Afghanistan, l&rsquo;Ouzbékistan devint le centre des communications et du commandement de l&rsquo;armée soviétique, Tachkent étant le centre de la région militaire du Turkestan. De plus, le parti communiste ouzbek et Charov Rachidov en personne furent, selon Ricardo Mario Cucciolla, des partisans très actifs de la révolution d&rsquo;avril 1978 </span><span style="font-weight: 400">qui plaça au pouvoir en Afghanistan le parti démocratique populaire d’Afghanistan (PDPA, communiste),</span><span style="font-weight: 400"> et jouèrent un rôle-clé d&rsquo;intermédiaires dans les négociations avec le PDPA pour diffuser le « modèle ouzbek » au sud de l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Amou-Daria">Amou-Daria</a>. Tachkent fut activement impliquée dans la soviétisation de l&rsquo;Afghanistan : un consulat y fut ouvert, 5 000 jeunes Afghans furent envoyés en 1982 pour étudier dans la capitale de l&rsquo;Ouzbékistan, des journaux afghans et d&rsquo;autres matériels de propagande y étaient imprimés. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Mais la guerre en Afghanistan ternit gravement l&rsquo;image de la République soviétique ouzbèke en tant que pays de coexistence harmonieuse entre l&rsquo;islam et le socialisme. La conférence de 1980 à Tachkent pour le 1500<sup>ème</sup> anniversaire de l&rsquo;Hégire fut boycottée : sur 500 personnalités musulmanes invitées, seules 76 s&rsquo;y rendirent. La réputation du clergé musulman soviétique était ruinée à l&rsquo;étranger. En 1983, Charov Rachidov décède et est remplacé par </span><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Inomjon_Usmonxo%E2%80%98jayev">Inomjon Ousmonkhoujaïev</a>.</p>
<p style="text-align: justify"><b>Lire aussi sur Novastan : </b><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-vieux-amis-du-president-ouzbek-larmee-americaine-et-ses-blindes/"><b>Les vieux amis du président ouzbek : l’armée américaine et ses blindés</b></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: 400">Avec la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Perestro%C3%AFka">Perestroïka</a> lancée en 1985 et les difficultés d&rsquo;une société en crise, le côté brillant et prestigieux de l&rsquo;image de Charov Rachidov, « ambassadeur » de l&rsquo;URSS dans le tiers-monde et dans l&rsquo;Orient musulman, perdit toute son actualité. Les élites de Moscou, la presse, la population étaient beaucoup plus intéressées par « l&rsquo;affaire du coton », des </span><span style="font-weight: 400">détournements massifs d’argent sur la vente du coton pratiqués par certains hommes politiques ouzbeks, dont Charov Rachidov. L</span><span style="font-weight: 400">a surpopulation, les problèmes de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mer_d%27Aral">mer d&rsquo;Aral</a> et autres difficultés que connaissait l&rsquo;Asie centrale étaient aussi sur le devant de la scène. Mais dans l&rsquo;Ouzbékistan indépendant, la politique de Charov Rachidov laissa des marques, même de façon indirecte : dans l&rsquo;urbanisme de Tachkent, dans de pompeux forums internationaux et dans l&rsquo;idée d&rsquo;un islam d&rsquo;État responsable et idéologiquement loyal au pouvoir.</span></p>
<p style="text-align: right"><b>Artiom Kosmarski<br />
Journaliste pour Fergana News</b></p>
<p style="text-align: right"><b>Traduit <a href="https://fergana.ru/articles/115239/">d</a></b><a href="https://fergana.ru/articles/115239/"><b>u russe</b></a><b> par Jacques Duvernet</b></p>
<p style="text-align: right"><b>Édité par Louise Duplenne</b></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Aline Cordier Simonneau</strong></p>
<p><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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		<title>Législatives en Ouzbékistan : pourquoi deux partis d&#8217;opposition n&#8217;ont pas pu se présenter aux élections</title>
		<link>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/legislatives-en-ouzbekistan-pourquoi-deux-partis-dopposition-nont-pas-pu-se-presenter-aux-elections/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[jduvernet]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2020 06:39:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
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		<category><![CDATA[Election]]></category>
		<category><![CDATA[Élections législatives]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/legislatives-en-ouzbekistan-pourquoi-deux-partis-dopposition-nont-pas-pu-se-presenter-aux-elections/">Législatives en Ouzbékistan : pourquoi deux partis d&rsquo;opposition n&rsquo;ont pas pu se présenter aux élections</a></p>
<p>Les dernières élections législatives en Ouzbékistan se sont déroulées sans la participation de l’opposition. Malgré tous leurs efforts, Erk et Birlik n’ont pu s’enregistrer au ministère de la Justice pour y prendre part. Le politologue ouzbek Kamoliddine Rabbimov tente d&#8217;analyser la situation. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 14 janvier 2020&#160;par le [&#8230;]</p>
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<p style="text-align: justify"><strong>Les dernières élections législatives en Ouzbékistan se sont déroulées sans la participation de l’opposition. Malgré tous leurs efforts, Erk et Birlik n’ont pu s’enregistrer au ministère de la Justice pour y prendre part. Le politologue ouzbek Kamoliddine Rabbimov tente d&rsquo;analyser la situation.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 14 janvier 2020&nbsp;<a href="https://hook.report/2020/01/oppozitsiya/">par le média ouzbek Hook report.</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">C&rsquo;est l&rsquo;une des critiques majeures des observateurs internationaux concernant <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Élections_législatives_ouzbèkes_de_2019-2020">les élections législatives ouzbèkes</a>. Lors du scrutin organisé le 22 décembre et le 5 janvier dernier, les partis politiques <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Erk_(parti)">Erk</a>&nbsp;(Liberté) et&nbsp;<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Unity_(Uzbekistan)">Birlik</a>&nbsp;(Unité), n&rsquo;ayant pu s’enregistrer au ministère de la Justice, n’ont pas été en mesure de se présenter aux élections. Sans surprise, le parti présidentiel <a href="https://thediplomat.com/2020/01/final-tally-on-uzbekistans-new-parliament-a-2014-repeat/">a emporté largement le scrutin.&nbsp;</a></p>
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<p style="text-align: justify">Erk et Birlik ne sont pas des inconnus sur l&rsquo;échiquier politique ouzbek.&nbsp;Birlik a été fondé en 1988 comme un mouvement populaire visant à faire reconnaître l’ouzbek comme langue nationale, à séparer l’Ouzbékistan de l’URSS et à procéder dans le pays à des changements démocratiques. Après l’indépendance, le parti a été interdit pour «&nbsp;activités antigouvernementales&nbsp;» et est passé dans la clandestinité. En 2003, lors d’un des congrès officieux, Birlik se déclare «&nbsp;parti politique&nbsp;». Le premier président du parti a été Abdourakhim Poulat, un scientifique ayant émigré aux États-Unis où il se trouve actuellement.</p>
<p style="text-align: justify">De son côté, Erk est le premier parti officiellement enregistré dans l’Ouzbékistan indépendant. Il a été fondé par d’anciens membres du mouvement Birlik. Le leader d&rsquo;Erk, Mouhammad Salikh, était le seul rival d’<a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/islam-karimov-un-orphelin-devenu-pere-de-la-nation/">Islam Karimov</a> pour l’élection présidentielle de 1991. En 1994, le parti, de même que le mouvement Birlik, n&rsquo;a pas pu se réenregistrer au ministère de la Justice et est devenu illégal. Après les attentats terroristes <a href="https://fr.qwe.wiki/wiki/1999_Tashkent_bombings">de 1999</a>, la répression contre les membres d&rsquo;Erk s’intensifie et le leader du parti est accusé d’avoir organisé ces attentats.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Officiellement, les partis ne sont pas interdits</strong></p>
<p style="text-align: justify">Les critiques ont fait réagir le président de la Commission électorale centrale, Mirzo-Oulougbek Abdousalomov. Durant une conférence de presse&nbsp;<a href="https://www.bbc.com/uzbek/uzbekistan-50885333">le 22 décembre dernier</a>, il a assuré qu’il n’existait en Ouzbékistan aucune interdiction touchant les partis politiques, comme c’était le cas auparavant. Selon lui, rien n’empêche l’opposition, et notamment Erk et Birlik, qui ne ménagent pas leurs critiques à l’égard du gouvernement actuel, de faire son travail. En évoquant ces deux partis, <em>«&nbsp;l’opposition en exil&nbsp;»</em>, il a souligné qu’ils pouvaient maintenant reprendre leurs activités dans le pays.</p>
<p style="text-align: justify">Mirzo-Oulougbek Abdousalomov relève en outre que <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/People%27s_Democratic_Party_of_Uzbekistan">le Parti démocratique populaire d’Ouzbékistan</a> (NDPU), qui a obtenu 22 sièges au Parlement, pouvait tout à fait être considéré comme un parti d’opposition. <em>«&nbsp;Toutes les conditions juridiques et politiques sont réunies pour cela&nbsp;»</em>, a-t-il dit.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Une déclaration officielle importante</strong></p>
<p style="text-align: justify">Pour le politologue Kamoliddine Rabbimov, cette déclaration du président de la Commission électorale est de première importance. <em>«&nbsp;Pendant les quinze ou vingt dernières années, les hauts responsables du pays ne mentionnaient que négativement les partis d’opposition. Mirzo-Oulougbek Abdousalomov est le premier dans l’histoire récente de notre pays à aborder ces sujets de façon neutre ou même positive »,&nbsp;</em>affirme le chercheur.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-actuel-ne-plairait-pas-a-islam-karimov/">L&rsquo;Ouzbekistan actuel ne plairait pas à Islam Karimov</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Du temps d’Islam Karimov&nbsp;(1989-2016), explique&nbsp;Kamoliddine Rabbinov, les termes «&nbsp;parti d’opposition&nbsp;» étaient synonymes d’extrémisme politique. <em>«&nbsp;Non seulement les représentants de l’État, mais aussi tout un chacun, tous avaient peur d’utiliser cette appellation. Et dans les médias officiels, il était absolument interdit d’aborder ce thème, à moins que ce ne soit par ordre d’en haut, dans le cadre d’une affaire criminelle&nbsp;»</em>, rappelle le politologue. L’administration précédente, juge l&rsquo;expert, considérait l’opposition comme une menace pour la stabilité et la sécurité du pays, un frein au développement de l’État.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Populisme classique ou signal destiné à l’opposition ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">La déclaration de Mirzo-Oulougbek Abdousaloumov sur les partis d’opposition a surpris, et elle est diversement interprétée sur les réseaux sociaux. Les uns y voient un signe favorable pour l’opposition qui pourra, selon eux, participer aux prochaines élections. Pour d’autres, c’est une habileté populiste destinée au monde occidental. Kamoliddine Rabbimov suppose une intention délibérée d’ <em>«&nbsp;adoucir la situation&nbsp;»</em>, de lui donner <em>«&nbsp;une tournure positive&nbsp;»</em>. L’absence de l’opposition aux élections avait en effet été vivement critiquée <a href="https://www.aljazeera.com/news/2019/12/uzbekistan-set-hold-parliamentary-elections-lacking-opposition-191221085111732.html">sur le plan international</a>.</p>
<p><figure id="attachment_30022" aria-describedby="caption-attachment-30022" style="width: 960px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-30022" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/photo-2-opposition-Ouzb.jpg" alt="Kamoliddine Rabbimov Législatives Ouzbékistan Opposition Interdiction Erk Birlik Parti" width="960" height="760" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/photo-2-opposition-Ouzb.jpg 960w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/photo-2-opposition-Ouzb-300x238.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/03/photo-2-opposition-Ouzb-768x608.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px" /><figcaption id="caption-attachment-30022" class="wp-caption-text">Le politologue Kamoliddine Rabbimov.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify"><em>«&nbsp;Dans un État libre, la moitié au moins des partis politiques doivent avoir une position radicalement critique, ils doivent défendre des points de vue d’opposants. Quand il n’y a qu’un seul parti au pouvoir, les autres partis deviennent naturellement partis d’opposition »,</em> décrit Kamoliddine Rabbimov.<em> « </em><em>C’est la règle simple et intangible de toute démocratie. Mais aux dernières élections, pas un seul parti n’a critiqué ni la situation politique, ni le gouvernement, ni le président. Pas un seul parti ne s’est présenté comme parti d&rsquo;opposition. Selon les standards des pays démocratiques libres, c’est une anomalie&nbsp;»</em>, estime le politologue.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/elections-presidentielles-ouzbekes-les-apparences-de-la-democratie/">Élections présidentielles ouzbèkes : les apparences de la démocratie</a></strong></p>
<p style="text-align: justify"><em>«&nbsp;Mirzo-Oulougbek&nbsp;Abdousaloumov, poursuit-il, est un fonctionnaire de haut rang, c’est aussi un homme d’expérience et un fin politique. Il ne parle certainement pas sans avoir soigneusement réfléchi et analysé tous les aspects de la situation.&nbsp;»</em> Mais Kamoliddine Rabbimov est sceptique à l’égard des déclarations qui assurent qu’à l’avenir, tous les partis, y compris ceux d’opposition, pourront être enregistrés et participer aux élections. <em>«&nbsp;Pendant un quart de siècle,&nbsp;le gouvernement d’Ouzbékistan a constamment trompé sa population avec des promesses non tenues. Il est donc bien naturel que les habitants du pays ne fassent pas confiance au pouvoir »</em>, affirme-t-il.</p>
<p style="text-align: justify"><em>&nbsp;</em><strong>Un jeu du passé ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Anvar Ousmonov, membre du <em>kengach central</em> (conseil des députés) du parti Birlik, a déclaré dès le 23 décembre dans une interview <a href="https://www.ozodlik.org/a/%D0%BE%D0%B7%D0%BE%D0%B4%D0%BD%D0%B0%D0%B7%D0%B0%D1%80/30340279.html">à Radio Ozodlik</a>, la branche ouzbèke du média américain Radio Free Europe,&nbsp;que la déclaration de Mirzo-Oulougbek&nbsp;Abdousalomov était un <em>«&nbsp;jeu du passé&nbsp;»</em>, de l’époque où l’opposition n’était pas interdite <em>de jure</em>, mais où elle n’avait <em>de facto</em> aucune possibilité d’exister librement.</p>
<p style="text-align: justify">Anvar Ousmonov a raconté également ses vaines tentatives pour enregistrer Birlik et participer aux élections. <em>«&nbsp;Avant le scrutin, nous avons envoyé au ministère de la Justice neuf courriers dans lesquels nous exprimions clairement notre souhait de participer aux élections. Les représentants de Birlik ont été reçus au ministère, nous avons eu des entretiens tout à fait courtois. Mais le résultat est le même que du temps de Karimov : Birlik n’a pas été enregistré.&nbsp;» </em>Quelques mois plus tôt, les représentants de Birlik avaient été reçus au Parlement européen et avaient expliqué les obstacles qu’ils rencontraient de la part du gouvernement ouzbek.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/tadjikistan/elections-legislatives-au-tadjikistan-le-parti-du-president-obtient-la-majorite-absolue/">Élections législatives au Tadjikistan : le parti du président obtient la majorité absolue</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Les tentatives du parti Erk pour rentrer dans le pays n’ont pas davantage été couronnées de succès.&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Muhammad_Solih">Mouhammad Salikh,</a>&nbsp;le leader du parti, souligne que ses demandes de contact avec le président&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/qui-est-le-nouveau-president-de-louzbekistan/">Chavkat Mirzioïev</a> sont demeurées sans réponses.&nbsp;<em>«&nbsp;J’ai écrit une lettre au président pour demander à être personnellement réhabilité et à pouvoir poursuivre mon activité politique dans le pays. Mais je n’ai pas reçu la moindre réponse »,</em>&nbsp;affirme-t-il à Radio Ozodlikl.<em>&nbsp;</em>Selon Mouhammad Salikh, il&nbsp;existe aujourd’hui encore en Ouzbékistan des couches sociales qui soutiennent les idées d&rsquo;Erk, et cela fait peur au pouvoir.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan :&nbsp;<a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/ouzbekistan-une-ouverture-mais-avec-certaines-lignes-rouges/">Ouzbékistan&nbsp;: une ouverture, mais avec certaines «&nbsp;lignes rouges&nbsp;»</a></strong></p>
<p style="text-align: justify">Les représentants d&rsquo;Erk ont été reçus le 10 janvier par le ministre de la Justice Rouslanbek Davletov, <a href="https://rus.ozodlik.org/a/30373237.html?withmediaplayer=1">décrit Radio Ozodlik</a>. Le ministre, racontent-ils, a attentivement écouté ce qu’ils avaient à dire, mais il leur a ensuite conseillé d’abandonner leur parti, celui-ci <em>«&nbsp;appartenant au passé&nbsp;»</em>.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Pour le gouvernement, l’opposition émerge</strong></p>
<p style="text-align: justify">Les observateurs internationaux <a href="https://www.osce.org/odihr/elections/uzbekistan/428690">ont noté</a> en Ouzbékistan, avec le nouveau président, une&nbsp;<em>«&nbsp;amélioration de la législation électorale&nbsp;»</em> et une <em>«&nbsp;tolérance croissante à l’égard des opinions indépendantes&nbsp;»</em>. Mais ils constatent aussi l’absence de l’opposition aux élections et d’une «&nbsp;<em>véritable compétition</em>&nbsp;».</p>
<p style="text-align: justify"><em>«&nbsp;Ces évolutions, les progrès de la liberté de parole méritent des éloges, mais ils ne peuvent compenser l’absence de partis d’opposition, le mépris persistant des droits fondamentaux et de sérieuses irrégularités le jour des élections&nbsp;»</em>, estime la cheffe de la mission du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH), Tana de Zulueta.</p>
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<p style="text-align: justify">Lors d’une conférence de presse le 20 décembre dernier, le premier vice-Président du Sénat&nbsp;<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Sodiq_Safoyev">Sadyk Safaïev</a> s’est exprimé sur cette question de l’opposition en Ouzbékistan, <a href="https://kun.uz/ru/news/2019/12/20/sadyk-safayev-vyskazal-svoye-mneniye-po-povodu-politicheskoy-oppozitsii">rapporte le média ouzbek Kun.uz</a>. Il estime que dans le pays, une opposition est en train de naître. <em>«&nbsp;En Ouzbékistan, l’opposition politique commence à faire connaître ses conceptions. Notre tâche est de créer les conditions qui lui permettront de voir le jour.&nbsp;»</em></p>
<p style="text-align: justify">De son côté, Kamoliddine Rabbimov espère que l’Ouzbékistan accomplira d’ici à 2024 des réformes politiques importantes et que les prochaines élections se dérouleront dans des conditions de véritable concurrence. <em>«&nbsp;Il y a actuellement dans le monde des conflits qui touchent à la liberté et à la démocratie. D’un côté, les modèles démocratiques classiques sont en faillite, parce que les partis politiques d’hier, le niveau de participation politique ne conviennent plus aux Occidentaux d’aujourd’hui&nbsp;»,</em>&nbsp;décrit le politologue. <em>«</em> <em>Mais le monde ne refuse pas la démocratie, au contraire : le progrès des libertés, la meilleure conscience des problèmes collectifs font que les anciens modèles démocratiques ne peuvent plus répondre aux besoins de la société. Cela veut dire que la mondialisation et le libre-échange d’informations réclament des gouvernements qu’ils accélèrent les réformes politiques et juridiques. Dans le monde contemporain, un gouvernement discrédité non seulement n’est pas en mesure d’accomplir les tâches qui lui incombent, mais il perd aussi la possibilité de défendre les intérêts de son État »,&nbsp;</em>explique&nbsp;Kamoliddine Rabbimov.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« Si des portes peuvent s’ouvrir avant les prochaines élections parlementaires vers une libre organisation des partis politiques, si les conditions juridiques et administratives pour fonder un parti sont simplifiées, alors les représentants de la jeune génération auront la possibilité de fonder beaucoup de partis nouveaux, progressistes »,</em>&nbsp;envisage le politologue ouzbek. <em>« Imaginez la concurrence politique, la vigueur du Parlement si d’ici à 2024 le nombre de partis pouvait atteindre 15 ou 20. Est-ce possible ou pas ? Cela dépend surtout de l’état d’esprit du pouvoir actuel, de la confiance qu’il a en lui-même. J’espère fortement qu’on supprimera en Ouzbékistan toutes les barrières non officielles qui font obstacle aux réformes politiques, en particulier celles qui empêchent une libéralisation des procédures permettant de fonder et d’enregistrer un parti politique.&nbsp;»</em></p>
<p style="text-align: right"><strong>Javokhir Otchilov<br />
Journaliste pour Hook Report</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit du&nbsp;<a href="https://hook.report/2020/01/oppozitsiya/">russe</a> par&nbsp;Jacques Duvernet</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Édité par Anne Marvau</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Corrigé par Aline Simonneau</strong></p>
<p style="text-align: justify"><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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